( Terminé) Sands Of Time [ Gabriel ]

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Mara Jade
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MessageSujet: ( Terminé) Sands Of Time [ Gabriel ]   Dim 31 Jan - 23:26




La planque des Pacificateurs, quartier résidentiel d’Asaria
22h22

26 Ghostlights street, quartier des affaires. Cette adresse tournait en boucle dans ma tête depuis presque soixante -douze heures comme le refrain d’une chanson entêtante. Avant de me précipiter au cœur des dômes et vers mon passé qui résonnait de plus en plus à mon cœur - à chaque fois que je repensais à toute cette histoire que j’avais vécue à la Taverne - je devais me montrer précise et rigoureuse. Je devais penser à tous les scénarios catastrophiques que je pourrai rencontrer si tout ne fonctionnait pas comme prévu. J’étais recherchée et ma tête mise à prix par le gouvernement. Si beaucoup de Miliciens ne connaissaient pas mon visage, d’autres ne pouvaient pas l’oublier. A chaque fois que je mettais les pieds dans la cité de verre, je savais que je mettais ma vie en danger. Vivre cachée et en reclus de tout, ce n’était pas dans ma conception et s’était donné l’avantage à mes ennemis et ce contre quoi je me battais. J’avais fait promettre à Julian de ne parler de rien concernant les recherches qu’il avait effectuées pour moi au QG. Mon ami d’enfance avait connu Gabriel et pour le moment, Julian ne faisait aucun lien entre ces deux prénoms et ces deux hommes. Rien ne devait non plus arriver aux oreilles d’Amaria tant que je ne lèverai pas le voile sur tout ce mystère.

Dans cet appartement tenu secret et dont le nom du propriétaire était une identité erronée, le tout contrôlé par Michael Hawkins pour donner un pied- à -terre à tous les Pacificateurs qui auraient besoin de se cacher, je me préparais à embraser mon destin.  Je devais faire cela toute seule. Une sorte de promesse que je m’étais faite à moi-même depuis toutes ces années où je m’étais accrochée inexorablement à cet espoir qui pour beaucoup était aberrant. Pas pour moi. Ce ne l’avait jamais été et depuis ces dernières semaines, cela s’avérait être tellement réel, si tangible.  Je levai les yeux sur mon image que reflétait le miroir psyché face à moi.  Est-ce que la folie me guettait ? Est-ce que toutes ces années à poursuivre une chimère, à croire à sa survie ne m’avait pas rendue fébrile et totalement indisposée à raisonner convenablement. Mon cœur  s'exprimait bien avant ma logique et pourtant je n’arrivais pas à me défaire de toutes ces sensations que j’avais ressenties et vécues ce soir-là. Je tirai doucement sur la veste de mon tailleur jupe de couleur rouge qui me donnait l’allure parfaite d’une Asarienne. Je plaçai correctement le petit col de mon chemisier blanc, sans manches, qui dissimulait mon médaillon du Phoenix.  La jupe était sur le même ton et elle arrivait à mi-cuisse. Le tout agrémenté par des bas, d’un porte-jarretelle et des talons à aiguilles. Le maquillage était à la fois délicat et magnifique, sublimant ma bouche d’un rouge à lèvre aux éclats de vermeil, mais pas vulgaire. Il me manquait un dernier détail pour effacer totalement la trace de Mara Jade.  J’avais redressé mes cheveux bruns en un chignon décoiffé pour faire tenir ma longue crinière sous la perruque que je mettais en place. En quelques instants, j’étais devenue blonde aux cheveux très longs et le rouge de ma tenue accentuait ce contraste que je désirai.

Trois nuits s’étaient écoulées et j’étais toujours aussi nerveuse. La femme de tête, la leader de tout un groupe, avait fait place à la jeune fille d’il y a dix ans.  J’en avais fait des missions de reconnaissance, des missions de contact, à approcher des indics ou des futurs alliés, à parlementer et à raisonner, à braver le danger, mais rien ne m’avait préparé à cela. Je ne pouvais me confier à personne chez les Pacificateurs parce que j’avais peur de lire dans leurs yeux à tous leur déception mais aussi la tristesse de me voir emprunter une voie qui pourrait ouvrir encore plus profondément la plaie de sa mort qui ne s’était jamais refermée.  J’avais appris à vivre avec cette blessure. J’avais appris à aimer de nouveau et à fonder une famille. Mais jamais je ne l’avais oublié. Il était avec moi à chaque instant, dans tous mes gestes, toutes mes pensées, chaque action et décision que je prenais, pas parce qu’il était le premier amour de ma vie mais qu’il était bien plus que cela. Nous étions si différents et pourtant nous avions tellement de passions qui nous liaient. Quelle était cette loi universelle qui nous empêchait d’aimer plusieurs personnes ?  L’amour était une émotion si intense, si ingouvernable qu’elle nous donnait des ailes. Je l’avais vécu et je le vivais encore. Mon cœur était assez grand et mes sentiments aussi pour aimer deux hommes. C’était peut-être égoïste, me direz-vous, cependant c’était la vérité. Le premier était mon passé. Le second mon présent. Les deux, mon avenir. Ils formaient tous les deux un tout, un diamant précieux que je gardais et chérissais, et dont je ne me séparerai pas parce qu’ils détenaient tous les deux une partie de moi.

Une fois que je fus satisfaite de mon artifice, je vérifiai avec méticulosité tout ce dont j’avais besoin dans mon petit sac : les clefs d’une voiture que Julian m’avait loué en détournant toutes les astuces de la sécurité informatique d’Asaria, ma carte d’identité et ma carte professionnelle. Si mes doutes devenaient une certitude irrévocable, je n'étais pas certaine de la réaction que j’aurai. J’allais devoir me montrer courageuse, endiguer les flots d’émotions qui me feraient tôt ou tard vaciller. Toutes ces questions que je lui poserai, tous ces mots que je n’avais jamais eus le temps de lui dire … sur notre enfant … C’était tellement onirique que je me demandais si j’avais pris la bonne décision de me lancer à la recherche du  fantôme de mon passé …

Sur la table du salon trônait la chevalière que j’avais soustraite à la Taverne. J’avais fait parvenir comme promis une enveloppe avec des billets pour aider le père et le fils à reconstruire et remettre en état leur commerce familial. C’était la sienne, il l’a portée déjà quand nous nous étions rencontrés. Personne d’autre n’aurait pu substituer un tel bijou de l’héritage de sa mère qu’elle gardait jalousement. Cela ne pouvait être donc que son propriétaire pour se délester de cela et en faire don pour aider des gens dans le besoin. L’heure était arrivée. Je m’étais renseignée depuis ces deux derniers jours sur les allées et les venues des musiciens au studio A.U.R.I.S. Ils y répétaient très tardivement, ce qui m’arrangeait. La journée, il y avait beaucoup trop de monde pour me présenter à leur porte même déguisée de cette manière-là.


◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘


Studio A.U.R.I.S
22h53


La route jusqu’au studio m’avait semblé très longue même si je n’avais rencontré aucun problème ni aucun barrage de la Milice pour vérification d’identité. J’avais garé mon véhicule dans une ruelle voisine, pas très loin du studio, pour rester discrète dans mes mouvements. Je me méfiais de ces patrouilles qui débarquaient à n’importe quelle heure de la nuit dans les établissements de la cité. Alors, pourquoi pas dans un studio ? Ma voiture parquée devant l’entrée pouvait être vérifiée et encercler par les soldats. Garée dans une ruelle au milieu d’autres, je ne risquais rien. J’avais refermé ma portière, mais mes jambes ne voulaient pas avancer, ni faire un pas de plus. Un instant, je pris appui à ma voiture pour me donner le courage de poursuivre cette folie qui m’avait poussée jusqu’ici. J’avais besoin de réponses. C’était comme l’air que je respirai. Cela m’était devenue nécessaire. J’inspirai  grandement pour chasser ma nervosité et j’avançai en direction du studio avec beaucoup d’appréhension mêlée d’un certain bonheur de le revoir, le toucher, lui parler ... de savoir et de comprendre tout ce qui lui était arrivé. La seule peur qui me nouait le ventre s’était qu’il me rejette, qu’il endosse ce costume de comédien pour tromper la vérité et je ne pourrai malheureusement rien faire pour changer cela …

Je sonnai à l’entrée du local qui abritait le studio, et derrière la porte vitrée, un homme pressait le pas pour venir m’ouvrir.  J’affichai un sourire sincère devant son air étonné et béat de voir une femme certainement à cette heure-ci et sans rendez-vous.

- Euh …ouais … bonsoir … dit-il en pensant sa main dans ses cheveux bruns … Je peux vous renseigner madame ?

- Bonsoir et navrée de ce dérangement aussi tardif et sans rendez-vous.  Ma secrétaire a oublié de confirmer ma venue à votre … à Monsieur Laymann.

Je sortis ma carte professionnelle que je lui tendis.
La carte:
 

-   Je suis Amanda Somerville, la directrice de marketing de la société Avantasia.  Monsieur Laymann est entré en contact avec ma boite au sujet des produits dérivés qu’il pourrait mettre sur le marché concernant votre groupe. Je dois discuter avec lui de cette liste. Vous savez : les tee-shirts, les porte-clefs, les verres, les posters, les stylos. Tout cela …

- Ah oui … il a presque terminé une session, si vous pouvez attendre un peu, je l’informe de votre visite.

- Oui bien sûr, j’ai tout mon temps. C’est normal, c’est moi qui arrive à l’improviste.

- Venez avec moi, vous serez mieux dans le salon privé Madame … Mademoiselle.

Je le suivis dans un petit couloir. Tout était calme et jamais on ne pouvait deviner que des musiciens répétaient dans une pièce voisine. Il m’ouvrit la porte de la salle et il me laissa entrer.

- Il y a des bières… enfin non … du café que je viens de faire … si vous en voulez. Je vais avertir Gabriel.

- Merci bien.

Il referma la porte et je relâchai soudain toute la tension que j’avais accumulée à l’instant où j’avais posé un pied dans le local. Mes yeux furent attirés immédiatement par une immense affiche du concert qu’il avait donné au Multiplex et qui était placardée sur un mur. Je m’avançai vers elle tout en détaillant son regard que j’avais eu beaucoup de mal à saisir lors de la nuit à la Taverne. Il n’avait eu de cesse de se défiler à chaque fois en m’évitant comme si j’étais la seule capable à faire voler en éclat le personnage qu’il avait joué devant nous tous. J’étais anxieuse de ce tête-à-tête et mes doigts trahissaient mon émotion que je tortillais dans tous les sens pour me donner du courage.

Quelques minutes après mon arrivée, la porte s’ouvrit de nouveau, dans mon dos. Mon cœur s’affola comme jamais à m’en faire mal tant il cognait contre ma poitrine. Je percevais son regard sur moi avec une acuité qui dépassait tous mes sens. La voix du jeune homme qui m’avait accueillie retentit en premier. Gabriel n’était pas tout seul et c’était peut-être mieux sur le moment. Lentement, je me retournai pour me donner la force de l’affronter.  Il découvrirait rapidement le subterfuge quand il verrait mon visage … ce n’était pas une perruque qui pourrait me dissimuler de lui. Le jeune musicien/employé, tout joyeux, continua sur sa lancée.

- Voilà Mademoiselle Somerville.

- Monsieur … Laymann … Enchantée …


 

~~ Maman d'une petite Héméra ~~





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Dernière édition par Mara Jade le Sam 7 Mai - 18:39, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: ( Terminé) Sands Of Time [ Gabriel ]   Lun 1 Fév - 23:10


Avancer dans les brumes d'un rêve et n'atteindre jamais la rive. Voir les lumières au loin danser sur la berge et entendre les rires s'élever... La rumeur de la vie des autres. Vivre derrière la vitre tandis que le monde court ... à sa perte peut-être, mais court sans se soucier du soldat tombé un jour en silence. Un soldat sans uniforme. Voir les heures défiler, puis les jours succéder aux nuits. Le soleil meurtrier monter au firmament pour en descendre chaque fois. Et se dire que ce jour a compté pour eux, mais n'est qu'une brique de plus au pont qu'on doit construire pour s'en aller ... S'en aller en emportant tout ce qui est sombre, néfaste, tout ce qu'on représente de mauvais, de pernicieux, prendre tout dans ses bras et l'arracher au monde pour le soulager. Entendre enfin la dernière heure sonner au clocher et se dire que c'est la fin, que les dés sont jetés, la clepsydre épuisée et que tout va sembler basculer en silence, que le monde va lentement vaciller, alors que c'est notre âme, notre corps qui doucement s'effondre dans la pénombre du crépuscule. La dernière heure qui arrive en notre cœur apaisé, la dernière larme qui coule sur la joue, emportant la vaine mascarade d'un clown.

                                                     
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Je suis au cœur de cette musique que j'ai composée il y a déjà fort longtemps. Une mélodie qui n'est jamais vraiment morte, qui attendait le moment propice pour ressurgir. L'introduction enregistrée avec un orchestre impose le silence au groupe qui prend bientôt vie dans les attaques de la section rythmique. Fez , Sau et Mattew forment vraiment un rouleau compresseur impitoyable sur lequel Zack s'appuie pour prendre ses envolées. Nous sommes deux à enregistrer nos parties ce soir. Le lead. Lui à la guitare et moi au chant. Dès qu'il plaque le premier accord, le plaisir s'invite sans façon et je place naturellement ma voix entre ses arpèges. La mélodie s'insinue entre mes respirations, dans les couplets puis m'appuie dans les refrains. Nous sommes deux à produire un effort ce soir sous le regard des trois autres, attentifs, recueillis. Notre sourire ne trompe pas quand il éclaire nos visages et Zack rayonne alors que je fanfaronne en roulant des yeux et mimant des grimaces de souffrance. La performance est intense et longue tout à la fois. Tantôt effrénée tantôt languissante. La guitare se fait déchirante tandis que je rassemble mon énergie pour jeter une émotion contenue dans le micro puis laisser éclater enfin la rage désespérée qui était contenue à grand peine. Cette rage de sentir le temps nous échapper, contrôlé par une main invisible qui vole nos vies, nos mémoires, nos sentiments.



Savior In The Clockwork:
 

Derrière les consoles Manz, notre ingénieur son, lève la main sur les manettes mais hésite à les effleurer. Il y va avec parcimonie, tout en nuance. Il y a tellement peu a reprendre sur le jeu magique de Zack. Les irrégularités de distorsions ne sont que l'expression d'une émotion qui ne peut se comprendre que lorsque la vie est un flux précieux qui s'épuise. Les autres membres de Scarecrow entendent cette magie mais ne peuvent expliquer pourquoi elle leur remue les tripes, tout comme nos fans asariens pour la plupart. Tout comme ils ne peuvent dire pourquoi ma voix brisée et rugueuse les prend par la gorge et les couilles et les balance d'un bout à l'autre de leur univers émotionnel. Il faut avoir eu la mort aux trousses pour savoir quels fantômes se trimballent à travers ces brûlots qui émaillent les titres du groupe. J'écris, je compose, et nous enregistrons. Les trois mousquetaires de la section rythmique bâtissent les bases d'une oeuvre maîtresse et sont souvent les premiers à gueuler quand trop de contre temps et de blast viennent leur compliquer la tâche au point de la rendre infernale. Ils sont les premiers à dire si je dois réviser la copie et quand je dois vraiment le faire, je le fais. Mais toujours à ma façon, en présentant la difficulté sous un autre angle. Une transposition, un demi temps en plus par-ci, un demi-ton en dessous, et je présente à nouveau la pièce sur le métier. Souvent elle passe alors qu'elle n'est pas moins compliquée. Ils ont juste le sentiment que je les ai pris en considération. Ils enregistrent alors leur partie, boostés et investis.

Puis, d'un excellent morceau, Zack et moi nous élevons l'affaire à une prouesse émotionnelle et technique. C'est souvent ainsi que les choses se font au sein de Scarecrow. Ce soir, avec ce titre particulièrement long et intense, les choses se présentent ainsi. Les trois compères assis dans leur fauteuil derrière la vitre sont concentrés, casque sur les oreilles, bras croisés sur le torse, immobiles. Il n'y a guère que Manz qui bouge et le petit stagiaire qui ne peut s'empêcher de secouer de temps en temps sa nuque. Nous, Zack et moi, contrastons, tendus par l'émotion et la décharge d'adrénaline que la musique nous impulse directement dans les veines. C'est comme un shoot psychédélique. Les accords se mêlent à ma voix ou se posent en contrepoint. Nos corps tendus derrière les micros. Il y a aussi les deux choristes, blondes platine comme il se doit. Elles aussi sont tendues mais différemment. Leurs voix font écho à la mienne, la subliment. Mais c'est entre la musique et ma voix que l'alchimie se fait. La musique c'est ce que j'ai composé, ce que les autres ont bâti à partir de ça et la beauté des soli de Zack. Lorsque le plus long d'entre eux s'élève entre les différentes voix, je ferme les yeux, et la transe n'est pas loin. Rien n'égale cette jouissance, rien ne la dépasse sauf peut-être, vivre la même chose en live. Mon corps n'est plus que musique et vibration, lumière et émotion. Rien d'autre n'existe que cette quête de bonheur et de plénitude.

Le moment qui suit est un calme plat, après une lente redescente durant laquelle je frôle du bout des doigts quelque chose qui ressemble au bonheur. Je suis souvent épuisé après une prise, mais ce soir, la dose était massive. Je suis sonné. Je vais m'asseoir ou plutôt m'écrouler dans mon fauteuil préféré, et je descends un verre de vin. Je regarde à peine d'un œil Manz qui repasse la prise en off pour lui. Son visage quasi impassible trahit à la fois une concentration mais aussi un contentement. Je souris d'un air probablement niais. On a été bons ... Zack est en train de pinailler sur un effet, je le connais bien. Il n'aime pas qu'on"dénature" sa guitare. Il aime le roots, le true. Il a appris à jouer sur une guitare pourrie qu'il garde encore précieusement. Alors les double bobinage et les effets, il s'en méfie. Je me marre en les regardant. Je grimace ensuite parce que j'ai mal entre ces deux fichues côtes. C'est alors que le stagiaire, Gus ? Oui c'est ça. C'est alors que Gus vient s'agiter vers moi. Que dit-il ? Une commerciale ? Avec une carte Avantasia, elle veut négocier des produits dérivés ? A une heure pareille ? Qui a pris un rendez-vous, à une heure pareille, aujourd'hui, sachant qu'on avait une session ? Je me lève et je vais ouvrir la porte vitrée de l'aquarium à la volée.

- Bordel ! Qui a noté un rendez-vous avec une commerciale d'Avantasia à une heure pareille ?
Les gars secouent tous négativement la tête et ont l'air d'un innocent après le benedictus.

- Je parie que c'est pour son cul  ... Le stagiaire a l'air d'approuver ...

Unanime pointage du doigt dans ma direction...Choeur unanime.

- Alors, c'est toi !

- Faites chier, les mecs ! Allez vous faire foutre! On se demande parfois qui est le patron ici !

Repointage vers moi. Je lève les yeux au ciel et les paumes par la même occasion. J'ai bien compris le message. Être patron implique aussi de se coltiner les relations commerciales. Je suis Gus jusqu'au salon des visiteurs. Croyant sans doute me distraire de ma contrariété, il sourit niaisement en dessinant des formes avantageuses et en mentionnant encore

- Une belle pouliche la grande blonde, M'sieur Laymann  ...

Devant mon air faussement renfrogné, il range ses commentaires suivants et ouvre la porte du salon devant lequel nous voilà enfin arrivés. Un sourire illumine pourtant mon visage quand, dans mon dos, les portes ouvertes laissent filtrer la dernière prise que Manz est, encore, en train de repasser en mode "on air" cette fois. On la tient cette putain de prise !... Je m'engouffre derrière Gus.  Il me répète le nom de l'importune pour la troisième fois. Jolie silhouette il est vrai, même si les blondes n'ont pas sur moi l'attrait des ombrageuses. Elle se retourne lentement dans un mouvement qui n'est en rien celui d'une commerciale affûtée... et prononce mon nom...

Mon sourire se fige puis s’évanouit, le verre que je tiens entre mes doigts glisse lentement et tombe avec un bruit mat sur la moquette, répandant son contenu. Un "ohh je vais chercher de quoi éponger" échappe de la bouche de mon stagiaire... tandis que je réplique "oui, fais donc ça... et ne reviens pas avant que je t'appelle"  "Mais ... Ca va s'imbiber ..."

- Tu vas sorti d'ici Gus ! Bordel, dégage !

La voix blanche qui lui répond finit par le faire déguerpir. Je referme la porte à clef derrière lui, aussi fermement que je verrouille en moi cette envie de hurler et me tourne enfin vers ELLE. Je parle d'une voix sourde et atone.

- Est ce que vous avez perdu la tête ? Vous savez que votre tête est mise à prix pour 300 000 dollars asariens. Vous pensez qu'une perruque peut tromper les espions du Gouvernement ?

Je suis immobile, les poings serrés le long de mon corps et je la fixe comme si je regardais à travers elle. Sa présence emplit la pièce, son parfum s'est imposé partout dans l'air. Un parfum qui n'a pas changé malgré les années. Celui des Terres Sauvages. Je ne suis qu'un chanteur qui l'a aidée alors qu'elle était molestée par un client, elle vient me faire une visite de courtoisie. Je ne suis qu'un saltimbanque et elle est venue voir de plus près quel est cet étrange corbeau qui vient croasser sur les terres arides. Je ne suis rien, rien qu'un spectre, une ombre, une illusion, je ne suis rien... rien ... Je ne ressens rien... que le froid qui m'enveloppe et s'insinue dans mes os, dans mon ventre, dans mon cœur ... L'indifférence se meut lentement en morsure. Ma voix se fait tantôt glaciale tantôt doucereuse. Tout se confond, tout se meurt, ma vie bascule lentement en une horrifique farce ... Mais a-t-elle été autre chose un seul jour ?

- Si vous êtes venue me remercier pour la rose et pour vous avoir tirée de ce mauvais pas, il ne fallait pas vous donner cette peine. Je ne tiens pas à ce que mes Studios subissent le même sort que le bar de Monsieur Roswell ... Vous semblez attirer les ennuis et les complications Madame ...


Dernière édition par Gabriel Laymann le Sam 30 Avr - 20:33, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: ( Terminé) Sands Of Time [ Gabriel ]   Mer 3 Fév - 13:48




« L'amour, c’est l'enfant de la folie, c'est la plus forte de toutes les passions »

J’aimerai être le Phoenix pour ressusciter ce que nous étions. Je voudrai posséder ce pouvoir extraordinaire de faire renaître les cendres du passé, de pouvoir faire un bond en arrière de dix années et arriver avant que ces balles ne t’atteignent et que je te perde à jamais. Toi et notre enfant. Ta mort a laissé un vide qui n’a jamais été réellement comblé et bien que j’aie refait ma vie et que j’ai une fille à présent, un tel amour, une telle passion ne s’éteint jamais. Les flammes rayonnantes de l’oiseau de feu ont toujours brûlé en moi. L’écho fascinant et indestructible de mes sentiments pour toi. Mais je ne possède aucun don en ma possession que celui de mon cœur.
◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘



Et c’était avec celui-ci que j’avais décidé de venir te voir, te rencontrer  sans que quelque chose ou quelqu’un n’interviennent entre nous deux.  Pas de bagarres, pas de Miliciens, pas de types alcoolisés pour que tu m’évites. C’était de la pure folie, je m’en rendais-compte et pourtant, tout me poussait vers toi. Mon amour pour toi ne m’avait jamais quitté. Il était toujours là puissant et ardent. Je t’avais aimé et je t’aimais encore même après toutes ces années, même après cet éloignement, ce silence. Si j’avais vécu dans l’espoir, un jour de te revoir, si j’avais partagé mes nuits et mes rêves avec mes chimères, je ne pouvais oublier la sensation de ma main sur ta nuque effleurant tes cheveux cette nuit à la taverne. Tous ces détails que tu avais semés pour moi, peut-être involontairement, me guidaient vers toi. Chaque élément reconstituait le puzzle de notre vie et si j’étais folle de croire à tout cela, j’assumais mon aliénation qui guidait mon cœur jusqu’à toi et je me livrais à elle sans aucune retenue. J’étais prête à renoncer au Paradis si l’enfer prenait tes traits. J’irai combattre les démons pour te retrouver ne serait-ce pour te toucher et t’étreindre une dernière fois. Aucun obstacle ne pourrait me détourner de mon but ni de mon chemin pas même ta voix glaciale lorsque tu avais compris que l’identité inscrite sur cette carte professionnelle n’était qu’un leurre.

Je savais que cette rencontre, ce face à face avec toi ne serait pas facile. Tu avais disparu de ma vie, tu m’avais laissée croire à ta mort pour me permettre de vivre, peut-être même de me protéger. Mais c’était bien là que tu te trompes. Les Anciens ne m’avaient jamais accordé de répit et celle qui était à la tête du gouvernement, ta mère, avait fait en sorte que je sois la responsable de ta mort.  J’avais tant de questions à te poser, tant de choses à te demander. Pourquoi étais-tu réapparu dans la vie de la cité depuis ces derniers mois ? Tu savais que tôt ou tard en te mettant en avant, en sortant de tes ombres, on se croiserait, je te reconnaîtrai. L’amour rendait aveugle, c’était ce que les vieilles citations racontaient, mais il ne l’était pas pour moi. Au contraire, il m’inspirait et il m’aiguillait sur ton chemin. Si c'était une folie que de t'aimer toujours, j'acceptais volontiers de devenir folle et de recevoir tes coups. Tu pourras devenir odieux, blessant, insensible, rien ne m’empêchera de t’aimer et rien ne viendra me détourner de toi. Tu devrais te souvenir à quel point j’ai toujours été tenace dans mes idées et mes passions. Tu disais très souvent  que j’étais une femme de cœur qui une fois qu’elle donnait son amitié ou son amour, elle ne déviait pas de cette voie.

◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘◘



Pauvre stagiaire qui ne savait plus comment réagir et se comporter devant nous. Il n’était fautif de rien d’autre que de m’avoir accordé le droit d’entrer dans ce studio et ce salon privé. Comment aurait-il pu deviner que cette rencontre était montée de toute pièce par la leader des Pacificateurs ? Que cette femme qui portait une perruque blonde habillée d’un tailleur jupe rouge n’était qu’un artifice pour t’approcher ? J’étais désolée pour lui, cette manière que tu avais de le congédier, mais c’était aussi une manière de te murer derrière ce masque parce que tu n’étais pas préparé à ma venue. Une protection pour éviter de perdre pied. Personne ne devait entendre notre conversation et le tintement de la clef qui tourne dans la serrure en était bien la preuve. Je n’avais pas bougé de ma place, les bras le long de mon corps, seuls mes doigts étaient croisés entre eux pour me donner du courage pour t’affronter. Mon cœur bourdonnait dans ma poitrine parce qu’il te reconnaissait, qu’il t’avait déjà reconnu à cette taverne et qu’il m’en donnait encore la preuve. Au-delà des mots cassants que tu m’adressais, je te dévisageais et je cherchais l’homme que j’avais connu quelques années plus tôt.  J’avais enfin tout le loisir de laisser mes prunelles  admirer et contempler l’homme que j’aimais. Ta tignasse longue avait laissé place à une coupe plus courte et une couleur plus claire égayait tes mèches. Et tes yeux te trahissaient. Cette lueur était la même. Ce reflet qui n’appartenait qu’à toi et qui faisait ton essence même. Tu pourrais y mettre des masques, des lunettes, adopter toutes les attitudes possibles, tu serais incapable de me tromper. Tu t’en doutais déjà.

Qui pouvais-je être pour toi en cet instant alors que tu n’étais que froideur et morsure ? Toi le chanteur, toi le saltimbanque, toi le solitaire … qu’est-ce que j’étais pour toi ? Une pauvre humaine qui venait remercier l’homme qui s’était interposé entre elle et un client ? Une folle utopiste qui n’avait cessé de porter ce message de paix que nous avions fondé tous les deux ? Un déchet de ton passé que tu aurais préféré ne plus jamais revoir et balayer d’un revers de main ?  Peut-être un peu de tout cela … Ton attaque était acerbe et je n’y répondrai pas. Tu ne m’attirerais pas sur ce terrain, mais je jouerai ton jeu puisque c’était ce que tu désirais.

- Ma tête est mise à prix depuis dix ans pour un meurtre que je n’ai pas commis. Vous comptez me livrer aux Miliciens pour encaisser les 300 000 dollars et mettre un terme à cette histoire et à ma chasse ? Je vous en prie prenez votre téléphone, je ne bougerai pas de là. Il y a une fin à tout dit-on … Si la mienne se termine ici … alors je l’accepte.

Ma voix, toute en émotion et fragilité, possédait aussi la force de mes convictions. Je retirai doucement ma perruque et je défis de l’autre main le chignon qui retenait mes longs cheveux auburn qui se déployèrent sur mes épaules en une longue cascade. Le subterfuge n’était plus conforme à la scène qui se jouait entre nous.

- Je suis venue remercier un homme, il est vrai. Celui qui m’a laissé la rose m’a sortie d’un mauvais pas. Mais ce n’est pas vous que je suis venue voir.

Je ne sus où je trouvai le courage d’avancer vers lui, de réduire l’espace entre nous. Mes jambes ne me portaient plus, je les sentais trembler à chaque pas que j’effectuais et pourtant je ne m’arrêterais pas. Je découvrais les précisions de son visage un peu mieux. Il n’y avait plus le maquillage de ce troubadour qui s’affichait sur les posters ou que j’avais rencontré à la taverne pour travestir ses traits. Je parvins à son niveau en laissant un léger espace entre nous. Il se trouva coincé entre la porte et mon corps. Je scrutai son regard et je me laissai happer par ce qu'il me dévoilait.

- Si vous comptez me dénoncer à mes ennemis, laissez-moi une dernière requête pour la condamnée que je suis. Monsieur Laymann, laissez-moi voir l’homme pour qui je suis ici, pour qui je viens de défier la folie … Laissez-moi voir … Gabriel Nicholson … Il n’est pas mort … et j’ai tant à lui dire. Alors, si ce sont mes dernières heures, laissez-moi lui parler … le toucher … avant qu’on vienne me passer les menottes et que je paye pour le meurtre dont on m’accuse.


 

~~ Maman d'une petite Héméra ~~





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MessageSujet: Re: ( Terminé) Sands Of Time [ Gabriel ]   Jeu 4 Fév - 21:01



Nous nous faisons face dans la pénombre du salon dont les lumières tamisées peuvent encore laisser espérer une illusion. Une blonde portant un tailleur rouge, un avatar de la femme fatale et superficielle, aux antipodes de ce qu'ELLE était. La fatigue est peut-être en train de me jouer un tour à sa façon. J'ai tellement abusé de tout ces derniers temps. J'ai tellement voulu être sur tous les fronts afin de bâtir les fondations d'un autre avenir, pour la vie, l'espoir. Je sais être malade, physiquement et psychiquement. Mentalement déséquilibré. Le Destin, dans son infinie cruauté, ne m'épargne même pas de la lucidité terrible qui a toujours été la mienne. J'ai conscience de mon interminable chute, de cette lente agonie de mon esprit, jusqu'aux abîmes de la folie. Je sais m'infliger pire que ce que ma mère espérait pour moi. Elle avait simplement voulu ma mort et je l'avais transformée en damnation. Ma génitrice avait voulu me détourner de mon idéal et de mon amour. Elle avait finalement dû se résoudre à la seule solution qui pourrait lui apporter le succès escompté. Me faire exécuter. J'étais bien mort. Mais rien n'avait pu éteindre en moi cette puissante volonté de m'élever entre les bourreaux et les victimes ... ni me faire oublier Mara. J'étais mort avec ce rêve dans les yeux et son amour au fond de mon cœur et rien de cela n'avait changé lorsque j'étais revenu à la vie.


Autour de moi, tout avait changé. Je n'avais plus d'existence légale, j'avais été enterré, pleuré, élevé au rang de martyre le temps que la décence l'exigeait pour donner le change, puis rapidement oublié, effacé, comme un souvenir gênant. J'aurais dû me réveiller dans un hôpital, dans un service de réanimation placé sous haute protection. Les coupables auraient dû être traqués et arrêtés. Un procès aurait dû avoir lieu... Si je n'avais été victime que d'une tentative de meurtre ou d'un assassinat politique banal. Mais ma mise à mort n'avait rien de banal, pas plus que sa commanditaire. Je devais l'apprendre plus tard. Je m'étais réveillé dans une cabane en tôle ondulée accrochée à la colline surplombant la décharge, dont l'arrière était une sorte de grotte creusée dans la roche. J'avais eu pour infirmière et médecin un vieux mercenaire recherché, vivant en reclus dans des conditions de précarité terrible. La nuit j'entendais les rats courir et couiner dans les galeries qui truffaient notre abri et dans mes délires, ils prenaient parfois des dimensions surréalistes. J'aurais dû mourir. Jeko me le répéta souvent par la suite. Il avait plus d'une fois, durant ce mois de souffrance et de martyre hésité entre me maintenir en vie et m'achever. Quand la souffrance était trop insupportable, il me noyait dans la morphine et l’alcool en souhaitant presque que le mélange soit mortel. Mais mon bloodhaler, qui était d'une puissance incroyable, même Jeko qui n'était qu'un humain l'avait perçu, était devenu mon pire ennemi. Mon retour à la conscience l'avait motivé à choisir le chemin de la vie pour moi, même si je le suppliais parfois d'abréger mes souffrances.

J'avais le sentiment que parfois, il m'en voulait de m'accrocher ainsi à la vie et de lui demander d'y mettre fin. Qu'il m'assénait des vérités horrifiques sur ma mère pour me faire succomber à une crise cardiaque, ou sombrer dans le désespoir total qui tue plus certainement un être qu'un microbe. Aujourd'hui encore, je ne pourrais dire si c'était sa volonté à ce moment précis, lorsqu'il me débitait toutes ces infamies sur le rôle de ma mère, qu'il avait fini par reconstituer pièce par pièce, indice par indice, dans mon assassinat. Quelque fût son intention alors, il ne fût pas loin de parvenir à me tuer pour de bon, mais chaque fois que le chagrin m'anéantissait en pensant à la situation, je résistais. Mais ce faisant, j'amorçai ma lente descente dans la folie, descente qui se poursuit aujourd'hui encore tandis que Mara se tient devant moi. La folie a cette particularité de décupler la volonté de ceux qui en sont atteints. Ceux qui ont traversé des états de démence ou on côtoyé des personnes les traversant, comprendront ce que je veux dire. Un déclic se produisit, à un moment que je ne saurais nommer précisément. La folie avait transmuté le désespoir en rage, le désir de sombrer dans le néant en une soif de vengeance inextinguible. J'étais devenu l'alchimiste de mon propre destin.

Mais vivre sans elle et avancer seul sur une voie parallèle dans l'ombre de l'oubli s'était rapidement révélé comme un chemin de croix au long duquel mon âme n'en finissait pas de hurler sa souffrance en silence. Tout ce que je voyais autour de moi, cette douleur, cette injustice, cette infamie, ce vice élevé au rang de culte, étaient autant de pointes lacérant mon idéal qui n'avait pas changé. Pas faibli. Bien au contraire. Il était devenu le seul refuge qui me rappelait mon amour. Mais là aussi la folie faisait son œuvre et l'idéal finit par subir quelques aménagements, tous reflets de ma propre décadence, de ma propre agonie. Les Pacificateurs ne paraissaient plus que des poupées falotes, des redresseurs de tort à la petite semaine, des justiciers du dimanche. Les Rebelles n'étaient pas une option viable pour l'Humanité qui se déchirerait à nouveau sous leur houlette, une fois les asariens éradiqués. Il y avait ce groupe dont on parlait de plus en plus. Il me ressemblait beaucoup par certains côtés. Un mélange des deux races, puisqu'il fallait bien nommer les choses ainsi. Ils vivaient dans l'ombre, cachés des autres, volaient, détournaient les moyens et les richesses du système pour leur propre survie. Là se dessinait notre divergence. Je ne volais, détournais pas pour ma propre survie que je n'avais aucune raison de désirer. Je le faisais pour une idée de la vie que j'avais partagé un jour avec quelques fous, avec une folle qui se tenait devant moi ce soir. Et revendiquait sa folie. Et cette folle tenait entre ses mains l'étincelle qui animait encore mon âme, dans ses yeux, la lumière qui brillait encore faiblement dans mes ténèbres, dans son cœur, le souffle qui me manquait désormais pour vivre et aimer encore.

Le supplice ne s'arrêterait donc jamais, n'atteindrait jamais de limites à sa cruauté. Fallait-il en plus que je la laisse faire à nouveau partie de ma vie pour accomplir ce que je devais ? Partie de cette vie qui s'éteignait lentement mais inexorablement ? J'avais entendu tous ses mots et plus encore, ses silences. Percevait-elle ma souffrance ? La spirale mortelle qui s'ouvrait sous mes pieds ? Pouvait-elle comprendre que je ne pouvais pas encore me laisser glisser dans le gouffre pour mettre fin à cette agonie qui durait depuis plus de dix ans ? "Laisse-moi accomplir ce que je dois ... Reviens dans quelques mois récolter les moissons de mon amour pour toi ... Attends encore un peu avant de pousser mon corps dans les flots du Styx ..."

Elle s'est avancée et je ne peux reculer sans me plaquer contre la porte que je viens de refermer. Elle a libéré ses cheveux et balaie ainsi le faible doute auquel je me raccrochais en me mentant, tellement il est vrai que mon âme a reconnu l'inflexion de sa voix au premier mot.  Mon regard doit la crucifier autant que ses mots m'ont poignardé. Ce regard tellement troublant entre lacs d'eau claire et sombres abysses. Entre l'or du soleil et le bleu du ciel. Cette rareté fascinante. On a déjà vu des yeux d'azur pailletés d'or, mais jamais l'inverse. L'ambre de mon regard, parsemé de grains d'azur a fait succomber plus d'un cœur. Le sien ne s'était pas rendu facilement pourtant. Mais ce soir le ciel est de plomb, la nuit sans étoiles et ce sont les gouffres sans fond d'Helheim qui s'ouvrent dans mon âme. Abymes mystérieuses qui se lisent dans mon regard.

- Vous n'avez pas le droit ...  

Ma voix s'élève, rauque, véritable avatar de mon essence. Un spectre, un mort. Je n'ai même pas conscience de ce qu'il peut glisser entre mes mots.

- Vous n'avez pas le droit d'être ici devant moi...
"Tu n'as pas le droit de tenir de tels propos... De laisser entendre que je pourrais te dénoncer ... Me tourmenter ainsi ... est indigne de ... d'ELLE." Allez-vous en !

Je fais aussi un pas en avant, me menant contre elle, mais pas pour l'étreindre comme me supplient de le faire mon corps, mon âme et mon cœur. Ma raison, seule à maîtriser encore le navire la toise sans complaisance.

- L'homme que vous mentionnez est mort. "Tu n'as pas le droit de venir maintenant l'invoquer. Il est mort pour tous et doit le rester." J'ai assisté à sa mort... Je suis un polymorphe, un changelling. Je suis le maître de l'illusion. Je peux changer d'apparence à volonté. Peut-être avez-vous reconnu en l'une de ces apparences quelque chose de l'homme que vous nommez ... J'avais été frappé que nous portions le même prénom. A l'époque, je vivais dans l'indigence. J'ai assisté à son agonie et je l'ai accompagné... ses derniers instants. Il m'a donné cette chevalière en me disant d'en faire l'usage qui me semblait bon.

Je reprends pied, un scénario se dessine, plausible, que je peux étayer par quelques transformations à l'appui.

- Le soir où j'étais à la taverne, l'usage m'a paru indiqué. J'aime les bijoux mais pas de ce genre, comme vous le constatez. Offrir un peu de griserie à de braves gens m'a semblé un bon hommage à ce jeune qui était mort sous mes yeux. Ses propos étaient si décousus avant qu'il rende son dernier souffle ... mais c'était un gosse, juste un gosse ... Aucun gosse n'est mauvais. Et ce qu'il a dit avant de s'en aller ne l'était pas ...

Son odeur, le parfum de sa peau, sa chaleur, la soie de ses cheveux, l'éclat de son regard lorsqu'elle me détaille. Autant de blessures qui font saigner mon cœur  que je croyais froid et mort. Je me décide à bouger comme moi seul sait le faire, mais je n'use pas de mes dons. Je glisse juste sur le côté en direction de la table sur laquelle se trouve la cafetière. Je lui tourne le dos et prends le temps de modifier la couleur de mon regard.

- Voulez-vous un café ? Gus a pu vous le proposer sans vous le servir. Les jeunes gens maintenant, ne savant plus aller au bout de leur conviction ...


Je remplis deux tasses et en pose une sur la table à côté de la cafetière.

- Lait, sucre ?


J'ai failli prendre le demi sucre dans la boite pour l'ajouter à sa tasse. Ma main en suspens ... Trahison de mon corps.

- Je suis désolé ... si j'ai pu entretenir quelque espoir illusoire. Je ne suis qu'un artiste, un imitateur de notre société et je m'inspire des personnes qui me marquent. Cet homme m'a effectivement marqué. Je n'aurais jamais pu soupçonner que vous le connaissiez quand je me suis interposé à la taverne  ... J'avais appris quelques temps après l'avoir vu mourir, qu'il avait été tué par des terroristes. Croyez-le ou non, je n'y ai pas prêté foi. Selon les médias ces terroristes avaient pour leader une femme nommée Mara Jade. Or, il a nommé plusieurs fois une certaine Mara dans des termes sans équivoque avant de mourir. Il implorait pour elle le salut et l'évoquait en termes aimants.


Sans me retourner, je lui tends sa tasse et poursuis.

- Si vous êtes cette femme, sachez qu'il n'a jamais douté de vous ... Jamais ...


Dernière édition par Gabriel Laymann le Dim 14 Fév - 23:27, édité 5 fois
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Mara Jade
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Côté coeur : A tout jamais lui

Activité/Profession : Leader / Se battre pour un futur meilleur

MessageSujet: Re: ( Terminé) Sands Of Time [ Gabriel ]   Lun 8 Fév - 13:27





Si t’aimer est un crime alors je suis coupable et je devrais faire face à mon jugement. Cette chasse sur ma personne n’a jamais connu de répit depuis ta mort. Si je dois me rendre pour t’approcher, pour connaitre l’accalmie de mon cœur un instant entre tes bras, je le ferai, sois en certain. Je t'ai ouvert les portes de mon cœur et  tu as su y entrer en te faisant une place comme personne ne pourra le faire. Ton regard a toujours été magnétique et ensorcelant, et tu sais très bien que je n’ai pas vacillé facilement devant le jeune homme que tu étais et dont tout lui tombait trop rapidement au creux de ses mains.  C’est peut-être aussi pour cela que tu m’as aimée, parce que je n’étais pas soumise aux règles de ta société, je n’étais pas comme ces autres femmes qui ne voyaient en toi que le fils de la Grande Conseillère, un tremplin pour leur descendance et leur image. Moi j’étais un oiseau, je volais librement avant de me poser sur ton cœur tout comme tu l’avais fait avec le mien. Un cœur qui  t’aimera jusqu’à son dernier battement, jusqu’à mon dernier soupir.

Ma vie a changé et elle s’est liée à toi dès cette nuit, dès ce moment où tu t’es interposé entre moi et le Milicien qui me tenait en joue. Je n’étais pas encore la leader des Pacificateurs et le groupe n’existait pas. Je n’étais qu’une jeune femme qui s’était donnée un but et qui se battait pour ses choix. Tu as joué de ton rang pour faciliter tes ordres, mais j’avais déjà deviné que la flamme qui brulait dans tes yeux était différente. Nous étions peut-être naïfs de croire que nos peuples pourraient se comprendre, qu’on pourrait faire évoluer les mentalités, parce que nous, nous étions arrivés à nous apprivoiser et à nous aimer au-delà de nos différences.

Tu ne sais pas à quel point ta mort a été terrible. Ton absence que je ressentais tous les jours, toutes les nuits. Cette sensation de t’avoir près de moi et pourtant si loin en sachant que plus jamais je ne pourrai te caresser, te toucher, entendre ta voix et ton rire. J’ai perdu bien plus que l’homme que j’aimais, et que j’aime toujours. J’ai perdu un trésor que je n’ai jamais pu te révéler, car on t’avait déjà arraché à moi. Mes pleurs ont embrassé et étouffé  mes nuits durant de très longues années et dès que mes yeux se fermaient, c’était ton visage que je voyais. Je percevais tes mots comme si tu me murmurais encore et toujours ton amour. Je ne compte plus le nombre de nuits où je me suis réveillée en sursaut avec ce geste machinal de passer sur le matelas, ma main, à ta place. Une place froide et vide.  

Ce même froid que j’ai ressenti quand je suis allée à cette morgue, quand j’ai pu éviter la sécurité et qu’un Pacificateur doté de téléportation a pu m’y amener. Ton corps était méconnaissable. Je n’ai jamais pu l’identifier et je ne sais toujours pas comment ta mère a pu le faire. Je n’ai jamais cru en ta mort et j’ai même gardé l’espoir que tu avais fui, loin, très loin d’ici, de la cité et même de ce continent. Que tu avais trouvé cette paix tant cherchée et méritée. Si tu crois que j’ai pu te détester ou te haïr en m’abandonnant, tu te trompes. Je n’ai jamais eu cette pensée et je ne l’aurai jamais. Mon amour pour toi n’a jamais cessé de battre le tempo d’une mélodie qui n’était que pour toi et quand je te vois, ce soir devant moi, en essayant de te soustraire à ma présence, mon cœur saigne.

Dix ans, c’est très long et je ne sais pas ce que tu as vécu, ce qui s’est passé après qu’on t’ait tiré dessus, pourquoi ce corps n’était pas le tien et qui t’a aidé à te soigner. J’aimerai que tu me dises tout cela, pourquoi tu n’as jamais repris contact avec moi, pourquoi as-tu décidé de revenir dans ma vie maintenant après tout ce temps ? Qu’ai-je fait pour mériter ton mépris et cette colère que j’entends ? Est-ce ma condition d’humaine ? Regretterais-tu de m’avoir aimée ? D’avoir été le co-fondateur des Pacificateurs ? Gabriel arrête de fuir, cesse de t’éloigner de moi. Toutes ces années perdues loin de toi. Suis-je si mauvaise ? Si répugnante que tu ne peux pas me regarder ? Tu as certainement raison … Je suis celle qui a fait de toi l’Être qui se dresse devant moi ce soir. Tu as été privé de ta vie à cause de moi … On t’a abattu comme un animal parce que tu aimais une humaine, parce que je t’ai détourné de ton destin et de ton héritage. Qu’ai-je fait Gabriel … ? Me pardonneras-tu un jour de t’avoir aimé et de t’aimer encore ?

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En m’avançant vers toi, tu étais prisonnier entre la porte du salon privé et mon corps. La confrontation ne serait pas facile pour des raisons que je pouvais entrevoir comme cette haine que tu me vouais maintenant. L'ambre de tes yeux, parsemé de grains d'azur,  ne reflétait que la noirceur des abysses que nourrissait ton cœur en mon encontre.  J’aurai pu partir d’ici, mais j’étais convaincue que quelque chose se dissimulait derrière ce masque. La vérité faisait parfois mal et même si je devais arracher des larmes de sang  à mon cœur, je ne bougerai pas d’ici. Jouer cette mascarade me rendait malade, mais pour faire vaciller ton mur, j’allais devoir apprendre à contourner des défenses et à toucher ton cœur. Il était là quelque part à battre. Il m’avait reconnue, il m’avait identifiée tout comme toi et ça tu ne pourras pas l’occulter longtemps. Lorsque je t’ai vu avancer vers moi, j’ai perdu mon souffle. Je voyais ton corps se tendre et se crisper, j’aurai tant voulu que tu attrapes ma main, que tu me prennes contre toi et que cet instant ne soit que pour nous deux, oubliant pour quelques instants l’Enfer autour de nous. Mais tu ne l’as pas fait. Tu as préféré m’assener de tes paroles blessantes, ériger un scénario complexe sur ta mort et disparaitre de ma vue pour reprendre contenance. Tu pourras hurler, je ne m’en irai pas, tu ne me congédieras pas et je ne t’obéirai pas.

J’essaye de calmer les battements de mon cœur, anarchiques et à l’agonie. Je serre entre mes doigts ma perruque que je laisse tomber sur l’un des divans près de moi sans faire un pas de plus. Je reste figée devant cette porte que tu as fermé à clefs pour nous isoler. J’écoute toujours ce que tu as à me dire. Tu as repris l’avantage. Tout ce que tu me racontes peut être vrai, tout … sauf que certains détails sont faux, car je connais la vérité sur cette partie que tu me cites.  Je ne dis rien, et je baisse lentement mes yeux vers la moquette resplendissante qui baigne ce salon. Une seule question au sujet de mon café …

- Un demi-sucre s’il vous plait.

Je prends la tasse que tu me tends sans même me regarder et je la porte à mes lèvres pour me donner le temps nécessaire d’analyser tes paroles, de faire le tri entre la vérité et les mensonges. Je sais beaucoup de choses sur ce jour où tu as été abattu. Je connais les moindres informations sur son déroulement parce que …

- Il n’y avait pas d’homme près de lui … Bien avant que le gouvernement efface les vidéos de surveillance, les pacificateurs avaient déjà détourné les enregistrements. Quand l’urgence a été reliée sur le réseau, au QG, nos hackers se sont connectés sur la toile informatique de la cité. Je connais ces vidéos pour les avoir vues et revues un nombre incalculable de fois.

Je pivote légèrement pour te tourner le dos puisque c’est ainsi que tu préfères que nous discutions, sans regard, sans familiarité, sans lien du passé.

- Votre histoire aurait pu marcher. Vous avez oublié quelque chose de très important dans votre scénario : Mon amour pour lui. J’ai cherché à comprendre, à savoir durant toutes ces années… pas pourquoi sa mère avait ordonné sa condamnation … Non, pourquoi le corps que j’ai vu à la morgue ne correspondait pas à celui que j’aime. L’homme sur cette table était plus grand, son visage méconnaissable. Mon cœur ne l’a jamais reconnu. Ho, je sais ce que vous êtes en train de vous dire et vous avez raison. Je suis passée pour folle durant ces  10 dernières années. J’assume et je suis aussi quelqu’un de très tenace.

Je pose ma tasse vide sur la table basse et j’avance vers ces affiches du concert du Multiplex qui ornent un des pans du mur. Je frictionne mes bras en sentant des frissons se répandre sur ma peau.

- Vous êtes un imitateur pour cacher ce que vous êtes vraiment. Il avait des pouvoirs déjà puissants. 10 ans après, ils n’ont pu que se développer. Il n’aurait jamais révélé à un inconnu, même sous la torture, mon nom. Jamais, il n’aurait fait cela. C’était me donner en pâture à sa mère et à ses sbires. Il m’aimait trop pour agir ainsi.

J’inspire douloureusement et je chasse les larmes qui s’invitent et que je sens couler silencieusement sur mes joues. Je ne me retourne toujours pas pour te faire face, à quoi bon. Je t’exècre tellement que ma vision t’insupporte.

- Aujourd’hui, il m’en veut … Je suis responsable de cet Enfer qu’il vit. Son mépris, sa colère, sa haine pour moi sont rationnels. Il ne peut pas aimer une personne qui l’a fait tant souffrir et qui a fait voler en éclat sa vie. Mais ce n’est pas à vous que je veux parler … C’est à lui … Lui dire  que …

Ma voix se brise et j’inspire lentement pour m’éviter de m’effondrer. Je me tourne enfin vers toi parce que j’ai besoin de cette connexion entre nous deux que tu me refuses.

- Je veux lui dire que je l’aime, que je l’ai toujours aimé, qu’il a toujours été là. Je pose mes deux mains sur mon cœur. Je ne l’ai jamais oublié quelle que soit la vie que j’ai menée. J’ai tant à lui dire. Je l’aimerai toujours même s’il me maudit après tout ce que je lui ai fait. Mon amour ne changera pas … Il m’a toujours porté et poussé dans mon combat, dans ma foi. Comment peut-il croire que je l’ai rayé de ma vie ? Comment peut-il penser qu’un disparaissant, qu’en me laissant croire à sa mort, j’allais l’oublier ? Il n’y a pas un jour sans que je pense à lui …


 

~~ Maman d'une petite Héméra ~~





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MessageSujet: Re: ( Terminé) Sands Of Time [ Gabriel ]   Dim 14 Fév - 22:07

Lyrics:
 


Le Caméléon et The Scarecrow se marrent au fond de moi. Je pourrais rire aussi, tant il est facile de manipuler ces petits humains. Ils en sont tellement touchants. Vulnérables. J'ai remarqué cela aussi au sujet de Scarlett. Mais je serais bien incapable de me moquer de l'une comme de l'autre. C'est ce qui les rend faibles face aux Asariens et c'est là que commence le drame de notre communauté. Mais surtout, je ne sais pas me moquer des personnes qui comptent pour moi. Je peux tourner en dérision bien des choses mais jamais les personnes dont le sort m'importe. Gabriel ne se moque pas de Mara lorsqu'elle tente son coup de poker avec la caméra. Peut-être est-elle sincère d'ailleurs. Qui peut savoir ? J'aimerais arriver à être méchant, cruel, fort face à elle. Je me sens pitoyable et pourtant droit dans mes bottes. Et j'ose l'ultime coup de bluff. The Scarecrow inside.

- Je suis un polymorphe Madame. Il se trouve que j'avais ce jour là l'apparence d'une très belle femme, brune, et masquée, la silhouette parfaite ... C'est peut-être ce que les images vous ont révélé et elles n'ont pas menti.


Au même instant mon image se brouille et se transforme sous ses yeux incrédules. Je peux donner l'illusion d'être de l'autre sexe... Ma voix se transforme aussi. Séductrice et facétieuse.


- Je ne sais qui vous a renseigné au sujet de Miss Somerville -bien sûr que si je sais! C'est certainement ce diable de Julian!- mais la perruque était bluffante. Cependant, vos deux silhouettes comportent quelques disparités qui auraient alerté tous les membres de mon groupe. Nous avons l'habitude de travailler avec elle. Gus est un stagiaire arrivé depuis peu dans notre structure. Cela explique qu'il vous aie laissé entrer sans se méfier ... Vous correspondiez à la description sommaire qu'on peut faire d'Amanda et il ne l'a jamais rencontrée.

Gus est en effet un esclave récemment affranchi tout droit sorti du lot provenant de la sélection de cette chère maquerelle de Valkerian. Son intérêt pour la musique m'a fait le choisir pour un stage au studio. Je ménage mon effet, balançant ma longue chevelure blond platine et je me tourne enfin pour lui faire face, affichant un sourire lumineux comme Amanda en a le secret.

- Vous voyez, si vous avez pu mystifier Gus qui est un humain, alors que vous étiez en chair et en os devant lui, imaginez comme j'ai pu mystifier tout le monde sur une bande vidéo en me faisant passer pour une belle brune masquée ... Surtout à vos yeux d'humaine ... Je ne vous tiens pas rigueur de votre subterfuge. Si vous saviez les ruses qu'emploient les fans pour s'infiltrer chez A.U.R.I.S. ou dans ma suite privée. Je dois d'ailleurs prochainement revoir le niveau de sécurité des deux. Je suis en contrat avec mon cher ami Damien Stark. J'avais pensé faire appel à Kylian Wright qui est à la pointe de la cyber technologie, mais il est tellement occupé que je n'ai pas réussi à avoir un entretient avec lui ... Pas encore, mais cela ne saurait tarder ...

Le polymorphisme transsexuel demande un grand effort sur le plan mental et énergétique et je dois bientôt reprendre mon apparence réelle ... avec quelques conséquences. Ma cicatrice est bien moins masquée par l'illusion. Cela ne dure qu'une brève poignée de secondes. Trop peu, je l'espère, pour qu'elle le voie. Elle est humaine et sa vision n'est pas aussi acérée que la notre. Je sais que je cours le risque qu'elle me prenne pour un agresseur de Gabriel en utilisant ce subterfuge de la belle brune. La tueuse m'avait molesté à coup de bottes pour mettre mon corps sur le dos. Elle avait soulevé ma tête puis l'avait rejetée brutalement en arrière. Si l'angle de la caméra a permis à Mara de voir ces gestes, je risque -enfin, la brune mystérieuse risque- de devenir un objet de haine pour elle. Même si cette perspective me fait mal, tellement mal à l'intérieur, c'est préférable à la voie sur laquelle elle essaye de m'entraîner. Il faudra que je réfute un à un ses arguments pour la repousser. C'est comme lutter contre un courant qui vous emporte dans l'océan. Je sais que je risque de me noyer à chaque seconde et je suis tenté de me laisser échouer sur la plage, de m'abandonner à la seule vérité que je me refuse à admettre. Il faut résister. Parce qu'il n'y a aucun avenir pour nous sur cette plage de l'abandon. Elle est passée à autre chose, il y a longtemps déjà. Et je n'ai pas le droit de lui en vouloir pour cela, même si lorsque j'ai appris qu'elle avait un enfant d'un autre homme, j'ai cru mourir encore une fois. Même si respirer après me semblait aussi douloureux que lorsque j'avais un poumon perforé. Et encore récemment, à la taverne du bidonville, lorsque j'ai compris qu'elle avait aussi tourné la page au sujet de cet homme et qu'elle en aimait un autre, quand je l'ai entendu dans sa voix, quand je l'ai lu dans ses yeux, lorsque cette révélation m'a relégué à un souvenir encore plus lointain que celui de l'homme qui m'avait remplacé, et était mort lui aussi, j'ai juste serré les dents et les poings sur ce zinc usé. J'ai juste pleuré, quelques minutes ... à peine... Un monstre n'a pas plus de luxe que quelques minutes pour les sentiments. Pour pleurer ce qu'il a perdu une seconde fois.

La douleur est comme cette enclave dans le cœur et l'empêche de battre. Il sécrète une sorte d'enveloppe qui enferme la souffrance, l'empêche de se diffuser dans tout le corps, dans l'esprit. Un peu comme une huitre sécrète sa perle. Mon deuil est la perle qui grandit dans mon cœur, comme un trésor précieux. Je garde mon agonie en moi, pour moi. Elle est mienne, trop pure et belle pour être dite. Les mots sont vains, faibles, en dessous de tout ce que j'ai éprouvé en pensant à elle. Colère, passion, abnégation, rage, dévotion, haine, tendresse, déception. Mais jamais je n'arriverais à penser le seul mot qui compte. Il ne peut plus s'appliquer à moi. Je n'ai plus le droit de l'éprouver ni de le susciter. Je me tiens droit devant elle, comme une tour imprenable, fier et sombre, sans haine, mais sans bienveillance. Je n'en éprouve pas pour sa démarche. Je comprends son doute, ses questionnements. Mais elle aurait dû avoir le même courage que moi. Elle aurait  dû les enfouir au cœur d'une perle et les chérir comme des souvenirs qu'elle avait recouvert d'autres amours. Moi je n'avais aimé personne ... Personne ...  Durant toutes ces années... Je m'étais juste autorisé la tendresse affectueuse pour Leana. Je me réchauffais juste à la chaleur d'une enfant de la rue qui m'accordait ses grâces par reconnaissance et à laquelle je m'attachais à tort parce que nos âmes étaient deux solitaires. Je n'avais aimé personne. Je n'avais aimé que Mara. Je n'avais aucun mérite. Mon cœur était mort quand je l'avais perdue. Non pas pour me garder pour elle. Je savais qu'elle était perdue pour moi. Mais j'en étais simplement incapable. Elle non. Elle avait aimé un autre, avait eu un enfant avec lui. La page était tournée pour nous deux. Chacun de notre côté, chacun à notre façon.

C'est pourquoi je ne comprends pas. C'est pourquoi je lui en veux de se tenir là devant moi. Si elle a des soupçons, qu'espère-t-elle ? Que veut-elle de moi ? Un ménage à trois ? Raviver mes plaies cicatrisées à grand peine, les racler à vif à grands coups de déclarations enflammées ? Ressasser des souvenirs devenus morbides ? Est-elle libre et seule, superbe d'indépendance ? Puis-je prétendre tout abandonner pour m'enfuir avec elle par delà l'océan, comme nous en rêvions quand nous étions deux gosses amoureux ? Je souris et je chantonne doucement "the great mystery" pour calmer la colère qui gronde en moi. Je sens le maelstrom larvé qui menace de se former au dessus de ma tête.

- Mon histoire marche très bien à présent, comme vous pouvez le constater. J'ai du succès et une certaine notoriété. Je suis aimé et apprécié d'un certain nombre de citoyens asariens de toute nature. J'ignore tout de la vôtre, si ce n'est qu'elle semble liée à cet homme dont vous parlez. A la taverne , plusieurs de ces hommes semblaient vouloir vous protéger, d'autres vous agresser. J'ai aidé les premiers à repousser les seconds. J'ai payé les dégâts parce qu'il me paraissait clair que j'étais le seul à pouvoir le faire financièrement parlant. Je n'ai pas de mépris envers les Humains. Est- ce que cela me rend suspect à vos yeux et vous autorise à venir me harceler jusqu'ici. Encore seriez-vous passée pour me demander un autographe ou un exemplaire de mon dernier album, vous auriez été la bienvenue. Mais je ne comprends pas ce que vous voulez à ce type mort depuis 10 ans.  

Je me rends jusqu'à la porte et actionne l'interphone installé dans le mur et qui relie les pièces entre elles.

- Manz, tu veux envoyer dans le salon de réception les prises du jour, pour que notre invitée puisse apprécier...


La musique envahit la pièce et s'étend comme un tissu soyeux et léger dans lequel je me drape. Superbe illusion.

- Je perçois le drame que vous avez vécu jadis. Il est clair que cet homme et vous trempiez dans des affaires illégales. Que son corps ait été substitué pour contrefaire la vérité ne me surprend pas. Nous vivons tous dans un monde d'illusions Madame... Et je suis peut-être le seul à le reconnaître et à m'en accommoder ouvertement. Cela ne veut pas dire pour autant que l'homme que vous avez connu est encore vivant. L'âme qui se sent coupable s'accroche souvent à un vain espoir ...Sans pour autant être folle. C'est juste terriblement humain. Vous auriez aimé pouvoir lui dire adieu, j'imagine.

Je me dirige vers le bar qui est encastré dans le mur du fond et y prend une bouteille de vodka que je décachète. En ce moment j'abuse un peu trop de toutes ces vapeurs d'oubli mais je dois me griser pour trouver le courage de ne pas m'effondrer, pour encaisser toutes les illusions et les dissimulations que je m'impose, alors que je n'ai qu'une envie: me jeter à ses genoux et crier... Crier quoi ? Je ne sais même pas seulement ce que je pourrais lui dire après toutes ces années ? Les souffrances, l'agonie, la renaissance, la désillusion, le désespoir, le renoncement quand j'avais compris que ma mère avait réussi à nous séparer définitivement en plaçant cette épée de Damoclès au dessus de sa tête. Je devais rester mort. Pour qu'elle vive. The great mystery continue à retentir lorsque je lui fais à nouveau face.

- Est-ce que cela vous plait ? Ce que vous entendez ? C'est ce que je suis, aujourd'hui. Un saltimbanque. Les paillettes, la foule, la rage, la violence, le sexe, la drogue, l'alcool, le vice, la manipulation, la trahison, l'apparence ... Est-ce que c'est votre monde ... Mara ?  Certainement pas ! ... Sachez qu'il n'a prononcé qu'un prénom... Mara... Il n'a jamais mentionné votre nom ... Comment aurais-je pu vous dénoncer dans ces conditions ? Il y a certainement des dizaines de Mara tout comme il y a des dizaines de Gabriel en Asaria ... Il ne vous a en rien trahi. Il mourrait et il a expiré le seul prénom qui comptait à ses yeux.


Je m'assois dans le canapé, l'invitant à faire de même en lui désignant celui d'en face.

- Vous devriez chérir ces précieux renseignements que je peux vous transmettre au lieu de voir en moi un ennemi qui tente de vous mystifier. Je ne suis pas votre ennemi. Un ennemi se serait-il interposé entre vous et cet ivrogne ? Et ce saltimbanque aurait-il risqué de se mettre la taverne et la Milice à dos pour ensuite vous livrer ce soir ? Vous venez ici et vous m'insultez. Je ne suis certainement pas fréquentable pour une femme respectable telle que vous, mais je ne suis pas un collaborateur de cette tyrannie ...


Je ferme les yeux en entendant à nouveau ses doléances. La douleur devient tellement insoutenable qu'elle peut se matérialiser à tout instant. Elle serait alors en danger et moi également. Je sais ma douleur assez puissante pour nous anéantir tous deux. Il faut que je trouve une parade. Rapidement.

- J'ai beaucoup de pouvoirs, mais pas celui de faire revivre les morts malheureusement. Ce Gabriel Nicholson est bien mort. L'homme que vous connaissiez est mort.


Putain! Et ce n'est en rien un mensonge. J'ai tout fait pour faire mourir ce fils de pute qui rampait encore en moi !

- Mais si vous pouviez entrer dans le royaume des morts, ce que je ne vous souhaite pas, que lui diriez vous ?  Je veux dire ... Vous parlez d'amour ... Dix ans se sont passés et vous les avez traversée seule, vous avez porté votre deuil de façon exemplaire ? Que pourrait-il vous dire alors ? J'essaie de m'imaginer, s'il pouvait parler... "Vis et sois heureuse, aime, laisse-toi aimer." S'il vous aimait comme il m'a semblé qu'il vous aimait à l'heure de sa mort, alors c'est ce qu'il vous dirait, selon moi.

Je tends la bouteille et pousse un verre du côté de la table basse où elle s'est assise.

- Vous voulez un remontant ? Votre histoire me touche. Je ne suis pas le clown insensible qu'on dépeint. Mais je crois que je peux juste vous proposer le réconfort de ma musique et de mon hospitalité. Vous n'auriez pas dû venir ici. Tout comme je n'aurais jamais dû retourner dans le bidonville. L'un comme l'autre, nous nous sommes exposés à de bien cruelles déceptions ...

Je me laisse aller dans le canapé tandis que je vois passer dans le couloir vitré la tête de Zack, sans doute inquiet, puis celle de Fez... Puis Gus qui brandit une éponge. Je fais un geste las de la main pour leur dire de foutre le camp et à son second passage Fez fait un geste obscène qui me force à lever un doigt.

- Humm pardon ... Je crois que votre présence intrigue juste mes complices. Je ne mélange jamais sexe et travail. Aucune fille ne me rend visite au studio. Ils se sont mépris sur la nature de votre visite. La perruque les a certainement orienté dans cette direction sulfureuse. Ils doivent se demander quelle femme mariée est venue s'offrir à moi ... Vous voyez bien que j'évolue dans un milieu qui vous insupportera assurément. Un milieu que "votre" Gabriel n'aurait pas aimé vous voir fréquenter.  


Je ferme les yeux, bois une gorgée d'alcool, une de plus. La fatigue m'a rattrapé. Je bascule la tête en arrière. La malédiction se poursuit et une musique nait dans mon âme ... prend corps et s'élève dans ma tête. Je voudrais mourir...
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Mara Jade
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MessageSujet: Re: ( Terminé) Sands Of Time [ Gabriel ]   Mer 24 Fév - 21:06



Il y a des sensations que vous croyez justes. Il y a des motivations qui vous poussent vers votre Destinée et vous suivez cette voie sans le moindre doute. Il y a des impressions qui marquent votre cœur et votre âme. Vous ne savez pas d’où elles viennent et pourtant elles sont bien là, elles vivent, elles pulsent comme si elles étaient dotées  d‘une vie propre. Il y a des émotions qui vous transcendent et vous transportent et qui vous donnent la force de vivre et de vous battre, d’affronter tous les obstacles mis sur la route pour vous ralentir et pour vous détourner de vos objectifs. L’Enfer aurait pu s’ouvrir sous mes pieds, j’aurai pu subir toutes les tortures les plus horribles  mais jamais je ne me serai détournée de cet homme qui faisait tout son possible pour m’éloigner de Lui.  Les mensonges ont beau être puissants, les artifices impressionnants, mais la force du cœur et des sentiments peuvent terrasser les illusions.

J’aimerai comprendre pourquoi tu as disparu. Pourquoi tu n’as pas cherché à revenir vers moi, même subtilement ? Je devine que dans cette démarche, tu ne voulais pas que ta mère se rende-compte que son fils était encore bien vivant, caché quelque part. Mais moi ? Qu’avais-tu en tête en t’effaçant totalement de ma vie ? N’ai-je jamais compté pour toi ? N’ai-je été qu’un passe-temps parce que je t’offrais la liberté des terres sauvages et un moyen de t’échapper de ta cage dorée ? Non, je sais que c’est faux, que tu n’aurais jamais pensé cela de moi. Je te sais très intelligent. Même quand nous avions dix ans de moins et si tu avais encore ce côté rêveur que j’aimais, tu aimais observer et analyser tout ce qui pouvait t’entourer. Tu t’abreuvais des émotions et tu n’en gardais que les meilleures. Ta mort t’a changé. Ta vie loin de moi aussi. Je ne te connais plus, et toi non plus, apparemment. Tu penses vraiment que je vais reculer ? Fuir ? Détaler ? Pleurer  parce que tu me blesses ? On blesse les gens pour plusieurs raisons : parfois on les aime trop et sans le faire express, on les blesse par nos mots ou nos actions. On blesse les gens qui nous ont faits souffrir.  Je suis peut-être dans cette seconde catégorie pour toi. Tu me reproches certainement ma fatalité face à ta mort. Ce que tu ne sais pas, c’est que je n’ai jamais cru en cela. J’ai même pensé que tu avais échappé à Asaria et que tu avais trouvé refuge ailleurs, sur une autre terre. J’ai refait ma vie, il y a un peu moins de six ans. Me condamnes-tu pour cela ? Je ne peux pas enfouir mon amour pour toi parce qu’il a toujours été bien présent, il a guidé mes pas et il m’a donné le courage de continuer. Toi, tu m’as relégué dans un coin de ton cœur, même plus. Je ne sais pas. Moi, je vis avec ton amour depuis dix ans et  mon cœur aime deux hommes. Je suis incapable de faire un choix. Suis-je lâche ? Quel que soit le nom que tu me donnes pour mon comportement, je t’ai retrouvé. Toutes ces années à penser à toi, à ton visage, ta voix, ton corps. J’ai besoin de toi, même si tu ne comprends pas ma démarche.

J’ai attendu un signe de toi. N’importe quoi qui aurait pu me mettre sur la voie que tu étais encore là, que tu m’aimais, que tu n’étais pas mort, que tu étais toujours près de moi. Alors, ne me reproche pas d’avoir trouvé un homme et d’avoir eu une fille. Gaius ne t’a jamais vu comme un rival. Il t’a toujours considéré comme une part de moi qu’il respecte parce que je t’aime et je t’aimerai jusqu’à mon dernier souffle …

Devant moi une nouvelle illusion. Ton don se manifeste et l’homme qui se tient debout devant moi laisse sa place à une plantureuse et magnifique jeune femme blonde. La vraie Amanda Somerville, à qui j’ai emprunté son identité pour m’introduire dans ton studio. La transformation est splendide, pourtant je fronce les sourcils devant le numéro que tu m’offres. Quelque chose vient de m’interpeller, je ne sais pas encore quoi, néanmoins, c’est comme avoir la réponse à ton subterfuge pour me détourner de ma présence ici. Mais lorsque tu prononces le nom de Kylian E. Wright, ma belle prestance et ma force s’ébranlent et je recule sans m’en rendre compte en cognant la table basse derrière moi. L’identité de cet Ancien fait ressurgir le viol … les viols que j’ai subis quand j’étais plus jeune, captive de ce Monstre … Je n’ai pas le temps de m’apitoyer sur mon passé que l’effet inverse se produit et te voilà de nouveau Gabriel. Mes yeux fixent ton visage qui reprend ses traits et … cette marque ... sur ta joue que je n’avais pas encore vue, se dévoile. Elle disparait bien trop vite, mais je l’ai aperçue. Elle est au même emplacement que cette balle qui t’a éraflé.  Mon esprit s’emploie alors à déchirer la membrane qui m’empêchait de réfléchir. Le polymorphisme. Je connais ce don. Je connais quasiment tous les dons des Asariens pour les avoir étudiés. Ton bluffe a une faille et je te la montrerai …

Je te laisse parler. C’est ce dont tu as besoin. Mettre des mots comme on érigerait des murs pour creuser le fossé entre nous, pour que je puisse te haïr ou bien me rendre à l’évidence que ce n’est pas toi. Je suis très têtue et j’ai toujours fait confiance à mon cœur bien plus qu’à mes yeux. Tu me le répétais souvent que  c’était mon pouvoir, celui qui n’appartenait qu’à moi. L’aurais-tu oublié ?  Je te laisse continuer sans briser tes explications. Tu auras mes réponses après. Tu fais en sorte de poursuivre sur ce dédain et cette colère que tu as de moi, au point d’aller actionner l’interphone pour qu’on envoie les dernières prises, comme si j’étais une fan en manque de son idole. La musique adoucit les douleurs, parait-il . Je reste calme parce que je ressens cette aversion que tu as de moi. Je suis une facette de ton ancienne vie que tu aurais voulue ne plus jamais voir en face de toi. Ta façon de prendre cette bouteille de vodka et de noyer les souvenirs que je te rappelle me montre la manière dont je te brule les yeux.  Enfin, je me libère de mon mutisme.

- Une telle musique ne peut être composée que par une âme qui a connu l’amour et les douleurs d’une vie qui lui ont été arrachés.  

Je prends place dans le divan que tu me désignes et je redeviens silencieuse en écoutant ton ultime tentative pour m’embrouiller le cœur et l’esprit. Je secoue la tête en signe de négation devant le verre et a bouteille que tu me proposes. Je tiens très mal l’alcool et je préfère garder les idées claires. Derrière la vitre, il y a une sorte d’effervescence de la part de tes amis/employés. Chacun doit se demander qui je suis et ce que tu fais avec moi. Le signe obscène ne me choque pas et je repose alors mon attention sur toi.

- J’ai pris l’identité d’une femme qui me donnerait l’accès à votre studio. Qu’ils ne se méprennent pas et vous non plus, je ne suis pas mariée. Je ne l’ai jamais été.

Tu t’affaiblis. Ton numéro s’essouffle parce que je n‘ai pas encore réagi comme tu le souhaiterais. Maintenant, c’est à moi de dire ce que je pense de tout cela, d’apporter enfin la lumière sur tout ce que tu as fait devant moi.

- Par où dois-je commencer ? Même dans son dernier souffle, Gabriel n’aurait jamais prononcé mon prénom, même sous la torture. Il savait ce qui nous liait, le danger qu’on affrontait pour se permettre la faiblesse de prononcer mon prénom.

Machinalement, je regarde de nouveau à travers la vitre. Le couloir est devenu désert et je retrouve ton visage d’apparence calme. Tes yeux sont fermés et ils dissimulent une rage que je ressens.

- Qu’est-ce que je lui veux ?  Je vous l’ai dit. Mais peut-être ne me croyez-vous pas. C’est bien cela. Vous ne comprenez pas ma démarche. Vous auriez aimé que je ne franchise pas votre porte, que je ne vienne pas vous voir, que je garde enfouis au fond de mon cœur, mon amour et que je me taise à jamais. C’est un amour qui ne s’effacera jamais. Je pense à lui tous les jours, il est avec moi dans mon cœur et en pensées. Durant les premières années après sa mort, on me pensait folle. Son corps, ce n’était pas le sien à la morgue. Pourtant, mon entourage me répétait que mon cœur ne voulait pas admettre une telle atrocité. Alors, j’ai pensé en silence, dans mon coin. J’ai souhaité qu’il trouve refuge ailleurs, très loin d’ici, sur une autre terre  et j’ai chéri cette vision. Toutes les nuits je m’endors avec l’idée de le revoir.

Je me lève de ce divan. Je n’arrive pas à rester en place. J’ai besoin de marcher.

- Si je pouvais lui parler, si je pouvais visiter les Enfers, je lui dirai que je l’aime toujours. Je voudrai lui demander pourquoi il n’a jamais repris contact avec moi durant ces dix longues années, à me laisser seule. Nous avons été sacrifiés tous les deux sur l’autel de l’amour, chacun de façons différentes. Lui, moi … et … une troisième personne.  Nous aurions pu former une famille. Elle nous tendait les bras. On m’a arraché bien plus que sa vie, ce jour-là.

Dois-tu savoir que j’attendais un enfant de toi ? Dois-je te révéler ce pan de ma vie qui ne pourra pas être modifié ? Certaines vérités ne sont pas toutes bonnes à dire, mais celle-ci, tu dois la connaitre. Ce petit bébé, ce petit garçon a besoin aussi de la mémoire de son père qu’il n’a jamais connu.

- Les gens changent en dix ans. Le Gabriel que je connaissais a dû se reconstruire pour se protéger et pour revenir dans la lumière. En dix ans, tout a pu se passer et se produire. Il me hait certainement de lui avoir fait tant de mal, de cet homme qu’il est devenu aujourd’hui à cause de ce que je suis et le combat que je mène.

Je ne sais plus quoi te dire pour que tu tombes ce masque, que tu ne cesses de m’ignorer totalement.

- Votre numéro est exceptionnel. La pauvre humaine que je suis aurait pu tomber dans cette scène que vous venez de m’offrir. Mais il y a deux détails qui jouent contre vous. Le premier, c’est le polymorphisme. Un polymorphe est différent d‘un métamorphe. Un métamorphe peut prendre toutes les apparences qu’il veut, son corps s’adapte automatique. Tandis qu’un polymorphe … son corps garde une certaine basse. Vous pouvez prendre l’apparence de cette Amanda parce qu’elle est blonde, comme vous, mais en aucun cas d’une femme brune. Le second détail est cette cicatrice sur votre joue. Je l’ai discernée quand vous avez repris votre forme initiale. C’était rapide, j’en conçois, mais je l’ai vue. Cette même marque là où il a reçu la première balle qui l’a raté.

Je retire de dessous mon chemisier, mon médaillon du Phoenix et je cherche le fermoir pour l’ouvrir et prendre une alliance. Je la dépose sur la table basse, près de la bouteille de vodka, sans un mot. A l’intérieur de celle-ci, il pourra y lire : «  A Gabriel, A Jamais. Avec tout mon amour. Mara »

- Quand vous le verrez, remettez-lui cette alliance. C’est la sienne. Je devais lui offrir le même jour où nos vies ont basculé. Je devais lui annoncer une merveilleuse nouvelle. Je n’aurai peut-être pas du remuer le passé et le laisser dormir.

Je m’abaisse pour prendre la perruque que j’ai fait tomber au début, avant d’ajouter :

- Je ne te dis pas adieu, parce que c’est impossible pour moi. Tu es peut-être plus fort que moi, à me rayer de ta vie, moi je ne le peux pas.

Je ne veux pas pleurer, je me suis promise de ne pas craquer, pourtant là mes larmes coulent et je ne peux pas retenir mon sanglot.

- Haïs-moi si c’est plus facile pour toi. Déteste-moi si cela te permet d’avancer, utilise toutes les illusions possibles pour m’éloigner de toi, mais rien ne pourra changer l’amour que j’ai pour toi. Lorsque je donne mon amitié et mon amour, c’est pour toujours.  
Tu n’es pas mon ennemi, tu m’as protégée à la Taverne et tu as fait en sorte que les Miliciens disparaissent quand tu as compris que je pourrai être en mauvaise posture si on me reconnaissait. Tu gardes un œil sur moi, une sorte d’ange gardien même si tu exècres ma présence près de toi. C’est contradictoire.


Je dois partir d’ici, mais le jeune homme qui m’avait conduit jusqu’à toi tambourine derrière la porte que tu as verrouillée, tout sourire aux lèvres, qui s’efface rapidement en voyant mes larmes et la perruque que je tiens dans ma main. J'ouvre la porte.Il se sent confus et mal à l’aise tout comme moi. Je le laisse entrer et je me déplace sur le côté.

- Euh … je vous préfère en brune.  Y’a Manz qui m’envoie vous donner les contrats avec Avantasia. Je veux dire, les contrats de la Dame avec vous.


 

~~ Maman d'une petite Héméra ~~





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MessageSujet: Re: ( Terminé) Sands Of Time [ Gabriel ]   Dim 1 Mai - 0:41



Derrière mes yeux clos, ses mots me parviennent pourtant tandis que je tente de consolider les fortifications que j'ai bâties durant des années et qu'elle met à mal en l'espace d'une soirée, d'une simple entrevue. Elle ne doit pas savoir. Jamais. Elle se doute peut-être que j'ai voulu la protéger en restant mort à ses yeux. Mais elle ne doit pas savoir que je l'aime au point d'avoir fait de ma vie un combat en souvenir de la promesse que je lui ai fait il y a dix ans. J'ai bravé ma Mère, ce qui en soi est le propre de tout jeune homme sortant de l'adolescence, même si cette défiance prend une toute autre résonance quand on a mon ascendance. Mais admettons que cela n'aie rien d’exceptionnel. L'Histoire des livres, l'Histoire de la Littérature, comme la nomme Leroy, est remplie de ces tragédies. De ces amours contrariées, maudites, funestes et pourtant magnifiques. Roméo et Juliette, Tristan et Iseult nous ont précédés. Et si Mara et moi marchions dans leurs pas teintés d'ombre, c'était sans doute, pour elle, sans l'once d'une conscience. J'étais bien moins innocent qu'elle sur ce plan et je dois porter naturellement la responsabilité des conséquences tragiques de ma déraison. Je savais ce que je risquais, ce que nous risquions à défier ma chère Mère. ET de tout ce qui a découlé, j'assume l'entière responsabilité.

En revanche, j'ai bravé la Mort pour revenir réparer mes torts et les conséquences de ma déraison. Si je suis revenu à la vie, c'est pour venger Mara des torts qu'on lui avait infligé par ma faute, à elle et aux siens. De nombreux Pacificateurs sont tombés ce jour-là. On ne les appelait pas ainsi à cette époque mais l'Esprit était déjà là. La peine qu'elle a dû supporter par ma faute est gravée là dans mon cœur et mon âme. A jamais. Je veux bien le lui avouer si cela lui évite de commettre des imprudences. En revanche comment pourrais-je lui révéler ce que j'affronte actuellement sans la mettre en danger ?  Pourrait-elle le croire sans que je l'expose en lui montrant ce que j'affronte ? Devrais-je risquer la vie de ceux que j'aime, en plus de la mienne, pour un Idéal ? Un Espoir pour une vie meilleure ? Aurai-je le courage d'être cet homme qui sacrifie les siens pour une Cause supérieure ?

Je me relève et ouvre les yeux alors que je me suis tu tout au long de sa longue diatribe, de ce réquisitoire qui a passé au crible mes choix, mes dissimulations accumulées au fil des années, mais aussi mes comédies, mes masques de ce soir. Je me dresse debout entre le canapé et la table basse. Elle a parlé d'une troisième personne sacrifiée ... Ces mots ont fini par avoir raison de ma raison.

- Quelle troisième personne ?  Vous parlez de ... J'ai appris ensuite que Gaïus Hasard était aussi tombé aux mains de la Milice et que c'était un coup de plus porté à cette fameuse Mara Jade. J'en ai ressenti un sentiment de tristesse... D'autant plus que j'ai su ensuite  qu'une petite fille était née de cette union.


Gus arrive à ce moment et elle s'apprête en toute logique à partir après avoir débité un flot d'inexactitudes qu'elle pense forgées dans l'alliage de vérité.
- Mara ... Attendez ! Attends ! Jamais je ne vous ai voulu du mal, ni ne vous ai haïe ... Croyez-vous simplement qu'une âme puisse être dépositaire d'une autre ? J'ai recueilli son dernier souffle. Je conçois que vous soyez déçue du transfert. Je me souviens d'un beau jeune homme malgré les blessures. Je ne suis qu'un épouvantail. Telle est la rumeur ...

Je me tourne vers le stagiaire qui est totalement interloqué du dialogue qu'il vient de capter.

- Gus, merci pour le contrat. Dis à Zack que je veux être seul et qu'il ferme derrière lui une fois tout le monde sorti. Je vais bien. J'ai besoin de partager de vieux souvenirs avec une amie. Tout va bien. Demain je vous donne congé pour la journée. Reposez-vous tous. On a bien trop donné cette semaine.

Gus opine du chef l'air rassuré et pose sa main sur mon épaule affaissée.

- Je fais passer le message Patron. Mais reposez-vous aussi. Ils sont tous inquiets pour vous, vous savez. Moi je viens d'arriver, mais Zack dit que vous déconnez sévère et ce, depuis bien avant le Multiplex.


Je souris et ébauche un geste las.
- Ce sont tous des enfants qui ont besoin d'être rassurés, malgré leur apparence plus imposante que la mienne. Gus, dis leur que je vais bien et que j'aime ce qu'on a fait ce soir et depuis qu'on est ensemble. Le concert de cet été sera une tuerie. Un événement qui marquera la culture asarienne. Ils vont être sur le cul, mais ils ne seront pas les seuls. Je les aime, allez, va leur dire et va te coucher. Eux aussi, ils doivent me faire confiance et y aller. J'ai une vie affective et sexuelle les mecs, il faut vous y faire. Ajouté-je pour donner une note plus légère à mes mots.

Enfin la porte se referme alors que je pose le contrat sur la table basse. Je me tourne lentement vers elle et la défie du regard, cette fois. Elle a négligé mes aménagements, mes efforts pour ne pas l'exposer à la cruauté de la réalité. Je ne suis guère surpris de ce choix venant de Mara. Elle n'a jamais cédé à la facilité, en rien. Je regrette pourtant amèrement de ne pas pouvoir l'épargner davantage.

- Je sais ce qu'est le déni. Face à une perte trop insupportable... Il y a des pertes qui nous laissent comme amputés d'une part de nous-même. J'ai connu ce genre de perte dans mon enfance. On pense qu'aucun vide ne peut être pire. On se construit une sorte de cuirasse pour protéger cette blessure. On tient les autres à distance pour ne pas avoir encore à subir une autre absence. Mais arrive quelqu'un qui terrasse toutes ces fortifications. Qui devient partie de nous-même, puis nous même. Et un beau jour on est pourtant arraché à son étreinte. Et cette perte est bien pire que toutes celles qu'on a déjà pu vivre. On meurt alors à ce qu'on était et notre esprit refuse cette perte. C'est ce qui vous est arrivé... Je pourrais vous dire que  je le sais parce que j'ai reconnu en vous les symptômes que j'ai vu en bien des personnes. Je ne mentirais pas. Un saltimbanque comme moi touche de ses doigts bien des souffrances dans son public. Mais je vais être franc. Je reconnais dans vos stigmates ce que j'ai aussi vécu moi-même.


Je ne dérobe plus mon regard mais mon sourire triste est sans doute encore plus cruel qu'une dérobade.

- Je ne vous ai en rien menti ce soir lorsque je vous affirmais que l'Homme que vous aimiez est mort. Il est mort plusieurs fois. Et puisque vous ne voulez l'entendre pour la première. Sachez qu'après être mort sous les balles du Gouvernement, il est mort une seconde fois en apprenant que vous aviez eu un enfant avec un autre.


Je m'avance en gardant mon regard planté dans le sien.

- Et malgré cela, par amour pour vous et pour cette enfant ... Il a pardonné ... Il s'est exposé. Je ne suis que le confident, le réceptacle d'une âme oubliée, d'un être abandonné, d'un corps supplicié. Comment ne pouvez-vous pas le voir ?


Je pose mes mains sur ses épaules et mon front contre le sien.

-  Mara ... Mara ... Si vous l'avez vraiment aimé un peu, alors laissez-le s'en aller et mener ses propres combats à terme, avant qu'il ne disparaisse. Tenez vous éloigné de lui comme il le souhaite, afin de vous préserver des dangers qu'il affronte mais sans refuser son aide quand le moment viendra... C'est de cette seule façon qu'il peut s'autoriser à vous aimer encore...


Je saisis sur une étagère un exemplaire du dernier album de Scarecrow et le lui tends.

- Mara. Soyez courageuse... Pour cette enfant, cette petite fille.  Mara...Vous aurez vos propres combats à mener.
Ma main s’attarde  sur la sienne qui serre le boitier. Laissez-le mener les siens... Pour l'Avenir d'Asaria et le vôtre. Ils sont à une autre échelle, à laquelle vous ne seriez qu'une entrave ...

La douleur est si intense que je pense vaciller à chaque mot, chacun étant comme une affliction que je m'impose à moi-même. Il n'y a pire preuve d'amour à assumer qu'un homme puisse donner que de tourner le dos à cet amour. Pourtant c'est ce que je vais faire. Nombre d'hommes l'ont déjà fait si j'en crois la Carte du Tendre et autres conneries que j'ai pu lire sur la Chanson de Geste et l'Amour courtois. Ai-je  la gueule d'un Chevalier et elle l'allure d'une damoiselle à marier ? Je suis un modèle de luxure, et elle a enfant et amant. Que pourrais-je être au mieux, si elle creuse un peu l'idée ?  Un amant bis et repetita surgi du passé, un épouvantail grunge sur les bords, le coup de baise du siècle, teinté de dépravation et de luxure très rock'n'roll ? Un canard dans la belle symphonie des Terres Sauvages ? Je sais reconnaître l'amour qui porte quelqu'un et elle doit beaucoup aimer ce type qui partage actuellement sa vie, pour avoir ainsi surmonté l'un après l'autre le deuil de ma petite personne, mais surtout celui du père de sa fille. La troisième fameuse personne ... Amen.

Je me frotte les omoplates pour chasser encore cette sensation de brûlure désagréable. J'ouvre la porte et fais un pas en arrière pour la laisser sortir. Je la fixe intensément en serrant dans ma main deux petites clefs qui pendent à mon cou. Elle ne saura pas, pas encore, leur origine ni ce qu'elles étaient avant de devenir ces clefs autour de mon cou, de mon cœur.

- Va, je ne te hais point.
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MessageSujet: Re: ( Terminé) Sands Of Time [ Gabriel ]   Ven 6 Mai - 14:03





Il y a des amours qui ne peuvent se poursuivre, ni revivre de nouveau.
Il y a des amours qui continuent dans le secret le plus absolu des cœurs et qui ne dévoileront jamais leurs sentiments et leurs appartenances.
Il y a des amours bénis et des amours maudits.
Il y a des amours auxquels vous ne pourrez jamais tourner le dos, ni fermer les yeux parce qu’ils sont si puissants qu’ils terrassent tout sur leurs passages.

Nous nous sommes écoutés … j’ai tenté de lui faire tomber ce masque et quoi qu’il puisse me dire, quel que soit l’aspect qu’il prend devant moi, tous ces mots pour me déboussoler, pour me faire croire autre chose que la vérité que me crie mon cœur, je sais que c’est Lui. Mais je ne peux l’obliger à se dévoiler, ni à me dire pourquoi durant toutes ces longues années, il a disparu, sans rien me dire, sans ne penser un instant à s’approcher de moi, en m’indiquant qu’il était encore bien vivant quelque part non loin de moi. Le petit bruit de l’alliance que je pose sur la table basse crée ce léger tintement qui lui fait ouvrir les yeux et les reposent sur moi. Il comprendra ce que cette alliance a comme signification pour moi  s’il lit la phrase qui a été gavée à l’intérieur. Il peut la faire fondre ou bien la revendre. Cela devient son choix à lui maintenant. Sa voix résonne de nouveau dans cette salle et ce que j’entends alors … me déstabilise encore plus. Je ne sais pas s’il est conscient de m’offrir une nouvelle fois la preuve de sa véritable identité. Peu importe, il en a décidé ainsi. Nous ne nous reverrons plus.  Je fronce les sourcils …

- L’arrestation de Gaius Hasard a été très médiatisée grâce au gouvernement qui voulait faire passer un message sur les traitres dans la cité … Il s'est dévoilé, une nuit lors d'un gala organisé par le gouvernement, comme étant un Pacificateur. Le ministre Wright m'avait capturée et je devais être l'objet de leur soirée. Il a joué le jeu durant un moment, d'être odieux ... Mais il n'a pas pu. Avec l'aide d'autres Pacificateurs qui étaient parmi les invités, il m'a aidée à fuir. Cette nuit-là, il a tout perdu à cause de moi. J'étais effectivement enceinte de lui.
Comment mon histoire et celle d’un traitre, un ancien homme d’affaire, héritier d’un empire grandiose a pu vous fasciner ?  Je ne voudrai pas vous induire en erreur, mais cette troisième personne que je mentionnais … n’est pas un homme, ni un adulte … C’était le lien qui m’unissait à Gabriel …


La fin de ma phrase reste en suspens, car le malheureux employé revient dans la pièce, un peu  mal à l’aise. Je me doute bien qu’il ressent une certaine tension entre nous deux, pas besoin de posséder de dons extraordinaires pour cela et silencieusement, je m’en excuse de provoquer toute cette situation. C’est fini. C’est terminé. J’étais venue pour renouer avec mon passé, mais il me maintient à l’autre bout de sa vie. A distance.
J’adresse un sourire à ce Gus … puis je me tourne vers Gabriel et je lui offre aussi un sourire, ni navré, ni détestable. Non, jamais je ne pourrai le détester. Je lui envoie tout mon amour et des milliers d’étoiles pour qu’il puisse trouver un jour le répit. Je suis sur le point de sortir quand il me retient de ses mots.  Le vouvoiement est passé au tutoiement et je suis tout autant interloquée que le stagiaire qui a beaucoup de mal à suivre nos réactions. Gus prend congé après avoir reçu les directives de son patron qui essaye d’adoucir et d’arrondir la scène qui se joue devant lui. Je baisse mon regard. Il a une facilité énorme à transformer et à modifier la vérité en une toute autre image. Cela en est même dérangeant. La porte se referme lentement et la tension redevient tangible. L’amour, la haine, la colère, les blessures, les sentiments. Tout ce maelstrom est dangereux et bien plus puissant qu’on ne le voudrait. Un tourbillon émotionnel qui ne peut nous laisser indifférents et pourtant chacun se bat à sa manière pour ne pas se laisser agripper et posséder par cela.

Ses prunelles rencontrent les miennes. Ce sont les siennes.  J’ai envie de sourire, mais je me retiens devant cette étincelle familière qui est à Lui et seulement à Lui. Cette histoire qu’il raconte, de cette rencontre inattendue, salvatrice et qui chamboule tout, qui nous prend, nous transporte avec une force prodigieuse, je sais que c’est la nôtre qu’il conte avec ses mots et son propre recul.  Je me rends compte aussi qu’il fait tout pour me tenir éloigner de lui, pour me protéger de quelque chose qui pourrait m’effrayer ou bien me mettre en danger. Que puis-je alors faire de plus que de respecter tout cela ? M’effacer.  Il a toujours été là, à prendre soins de moi dans l’ombre. Il connait ma vie après mettre remis de sa mort, l’enfant que j’ai eu. Il connait chaque pan de ma vie alors qu’il en est resté au dehors.  C’est encore plus douloureux pour mon cœur. Encore plus, car il ne sait rien de ce secret que je garde en moi … Notre enfant.




Je frissonne quand il se rapproche de moi sans le lâcher du regard. Je tremble quand ses mains se posent sur mes épaules et que de son front, sa peau touche la mienne. Il n’y a pas besoin de déguisements, de subterfuges, d’illusions. Comment peut-il penser que ma peau ne l’aurait pas reconnu à ce simple contact ? Comment peut-il penser que je ne reconnaitrai pas son parfum malgré les masques de toutes ces identités qu’il prend soin d’enfiler pour dissimuler son enveloppe originelle ? J’aurai tant aimé que cette caresse de son corps contre le mien perdure encore. Il ne m’en laisse pas le temps qu’il s’éloigne déjà et cherche sur une étagère un album qu’il me tend et que je saisis. Sa main frôle la mienne, s’attarde dans cet effleurement qui signe la fin de cette entrevue, qui signe la fin de ce que nous avons été.

J’observe l’album que je tiens dans ma main. Il y a un épouvantail sur la couverture.

- Vous savez ce que l’on dit sur les Épouvantails ? Beaucoup le plante dans leurs champs pour effrayer les oiseaux, mais il y a une toute autre légende à cela. Dans l’ancien monde, il y avait la  fête des Épouvantails qui n’avaient rien de mauvais ou de laids. C’est un Être qui se cache derrière des haillons pour ne pas ou plus se laisser approcher, ne plus être blessé. Un Être qui veut aider et protéger les autres. C’est ce que vous êtes … Vous avez assez souffert …

Je redresse lentement ma tête en le cherchant des yeux et en fixant son visage.

- Prenez soins de vous … et de Lui.

Il a ouvert la porte et il me laisse toute la place pour sortir. Je secoue la tête et je m’avance vers lui en m’arrêtant à son niveau. Ma main vacille lorsqu’elle caresse tendrement sa joue. Mes doigts glissent sur sa peau tout doucement et je soupire de bien-être.

-  Il est mort pour bien des personnes. Il est revenu à la vie sous une autre apparence. Tel le Phoenix. Au sujet de mon enfant, vous devez savoir que … Ma fille n’a pas vraiment l’apparence qu’elle devrait avoir. Vous la voyez grande et pourtant on lui a volé des années. Lorsqu’elle a été capturée, elle a subi des batteries de tests qui l’ont fait grandir plus rapidement. Elle est née fin 2111. Nous sommes fin 2116. Elle devrait avoir cinq ans sauf qu’elle ressemble beaucoup plus à une petite fille de huit ans.

Je retire ma main parce que je n’ai plus besoin d’aucune autre preuve.

- Nous étions faits pour nous rencontrer. Je n’ai jamais rien regretté et je ne regretterai jamais. Nous pensions braver la force des Anciens. Ils ont voulu nous séparer, mais quelque part si vous regardez bien … si tu regardes bien … après dix ans … nous sommes là … toi et moi … Malgré les malheurs, les chagrins, les douleurs … nous sommes là l’un devant l’autre.

Ma main de libre cherche la sienne et je glisse mes doigts entre les siens.

- Je vais te laisser t’en aller pace que je ne peux te retenir à moi …  J’accepterai ton aide comme celle que tu as mis entre les mains des deux Pacificateurs concernant l’un de mes amis. Je t’en remercie du fond du cœur. Fais attention à toi … et n’oublie pas que je t’aime …

Je me redresse sur la pointe de mes pieds et mes lèvres se posent sur les siennes, d’abord timidement. Ma main desserre son étreinte de ses doigts et vient prendre appui sur son épaule, cajolant ses cheveux puis sa nuque. Mon baiser se fait plus imposant, plus insistant … puis je me recule …

- Ce n’est qu’un au revoir … pas un adieu … Pas cette fois-ci  Gabriel …


 

~~ Maman d'une petite Héméra ~~





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