Apnée en terres hostiles

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MessageSujet: Apnée en terres hostiles   Mar 28 Juin - 17:12

Phèdre venait de passer sa première nuit dehors, elle avait, malgré elle, fini par s’endormir dans un petit recoin sans lumière, derrière des poubelles à l’odeur pestilentielle. Pourtant, si elle s’était installée là, ce n’était pas uniquement car l’endroit était dissimulé aux regards, elle était persuadée que l’odeur abominable l’empêcherai de s’endormir par mégarde. Raté !

Alors qu’autour d’elle, les diverses habitations s’éveillaient aux rythmes de leurs habitants, elle ouvrit les yeux, totalement désorientée. Il lui fallut quelques minutes pour se souvenir de la raison pour laquelle elle se trouvait là et pas dans son lit. Elle se demandait s’il était risqué de rester ici toute la journée pour demeurer loin des regards et des caméras éventuelles. On lui avait toujours dit que les rues étaient truffées de caméras pour traquer les esclaves qui se comportaient mal, et il ne lui serait jamais venu à l’idée de ne pas le croire. Cependant, son estomac la tira de son questionnement, elle avait faim. Elle avait sauté au moins deux repas, et son corps n’était pas habitué aux privations. Même si elle n’était qu’un cobaye on avait toujours veillé à lui fournir une alimentation saine, à heures régulières.

On lui apportait un plateau repas dans sa chambre, les portions étaient soigneusement calculées et il était hors de question d’en laisser, même quand elle n’avait plus faim. En cet instant elle regretta les nombreuses fois où elle se plaignait de devoir se forcer à finir ses plats, elle aurait donné beaucoup pour avoir de quoi se remplir l’estomac. Il fallait donc qu’elle sorte de sa cachette odorante et qu’elle trouve de la nourriture et de l’eau. Plus facile à dire qu’à faire…

Elle n’avait aucune idée de l’endroit où elle devait chercher. Elle ne savait pas par où commencer et c’est l’air totalement hagard qu’elle finit au milieu d’une allée où quelques personnes déjà, passaient sans l’apercevoir. Elle n’osait rien demander, même croiser un regard lui semblait un danger extrême alors elle se mit à avancer, au petit bonheur la chance, sans grand succès. Elle se rendit compte, après quelques pas, qu’il y avait une autre donnée qu’elle n’avait pas prise en compte, elle avait froid. Elle sentait ses poils se hérisser sous son petit chemisier de toile, il fallait qu’elle trouve quelque chose pour se réchauffer, un véritable abri, bref, elle avait tout intérêt à vite apprendre à se débrouiller si elle voulait survivre.

Son regard fut attiré par deux personnes qui sortaient des viennoiseries d’un sac en papier, elle avala sa salive et en vit une troisième, puis l’odeur lui parvint. Se fiant à son nez, elle remonta la piste des mangeurs de pains au chocolat jusqu’à une jolie petite boutique coincée entre deux bâtiments qui ressemblaient à des bureaux. Le cœur plein d’espoir, elle entra, grande naïve, et prit place au bout de la file. Lorsque ce fut au tour de la personne qui la précédait, elle comprit avec effroi qu’on ne distribuait pas la nourriture à tout le monde, il fallait donner de petits ronds de métal et des morceaux de papier étranges, elle fouilla ses poches, mais elle n’avait jamais vu ces choses avant et elle savait déjà qu’elle n’en possédait pas. Elle baissa vivement la tête, les joues écarlates, et ressortit de l’endroit sans un regard en arrière. Dans son dos, une dame se plaignit des esclaves qui oubliaient toujours quelque chose et mettaient en retard tout le monde, un homme ajouta qu’il espérait que la distraite recevrait une bonne correction, et Phèdre pressa le pas pour ne plus rien entendre.

Après quelques mètres, elle se rendit compte qu’elle claquait des dents, et avait les larmes aux yeux tant la situation la perturbait. Elle s’engouffra dans une ruelle, pour se mettre à l’écart de tous ces gens pressés et, sans aucun doute, belliqueux, le temps de reprendre ses esprits et de trouver un plan. Elle ne savait pas quoi faire, elle n’avait jamais eu à se soucier d’être nourrie, et le froid, ce nouvel ennemi, venait la tirailler de partout sans lui laisser le temps de réfléchir. Finalement, un début de solution se présenta à elle. Il y avait une petite poubelle de rue en fer forgé, elle vit un homme jeter la moitié d’un croissant dedans après l’avoir fait tomber au sol par mégarde. Phèdre entendit son estomac gronder, elle attendit que la voie soit libre et se précipita jusqu’à la poubelle, y plongeant la main vaillamment. D’abord, ses doigts rencontrèrent plusieurs papiers froissés mais finirent par attraper l’objet de son désir, elle le ramena à elle, heureuse comme tout. Une exclamation dégoutée sur sa droite lui fit tourner la tête. Elle croisa le regard dédaigneux d’une femme, et prit ses jambes à son cou, serrant son butin dans sa main gelée.

Lorsque le souffle vint à lui manquer elle ralentit le pas, marchant à grandes enjambées, les yeux rivés sur sa pitance. Elle décida de n’en manger qu’une moitié, gardant l’autre pour plus tard dans la journée. Elle risquait de ne pas avoir autant de chance tout le temps, il fallait donc qu’elle économise la moindre ressource. Son ventre hurla un peu moins sa faim, mais avoir dans la main cette nourriture sans se permettre de la manger était une véritable torture. Pour ne plus y penser, elle centra ses idées sur le froid. C’était un autre problème auquel il fallait remédier, elle ne savait pas comment, alors elle se mit à observer tout autour d’elle, en quête d’une solution qui lui tomberait dessus par miracle.

Il y avait ici tant de personnes, de vitrines attirantes, de bruits venant de toute part, qu’elle ne savait plus où donner de la tête. Avec toute cette agitation, une idée allait forcément arriver, elle n’en doutait pas. C’est donc sans y penser qu’elle engouffra le second morceau de croissant. En suçotant ses doigts elle prit conscience de sa bêtise et se laissa tomber sur un banc, face à ce qui ressemblait à un grand magasin. Elle prit sa tête entre ses mains et serra les dents pour ne pas se mettre à pleurer. Elle se rendait compte que les choses allaient être très difficiles et qu’elle n’avait pas l’ombre du début d’une solution. Ressassant sur sa malchance, il lui fallut un petit quart d’heure pour se rendre compte que déjà, plusieurs personnes l’avaient dévisagée curieusement. Elle eut l’impression que tout le monde savait qu’elle s’était enfuie, qu’on allait venir la rattraper d’une minute à l’autre. Elle ne voulait pas retourner au Centre, elle risquait gros, trop gros. Elle se releva, bondissant sur ses pieds, et se remit à courir, bousculant parfois un badaud, bifurquant dans une rue au hasard de ses intuitions, sans jamais vraiment regarder où elle allait.
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Héléna Carter
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MessageSujet: Re: Apnée en terres hostiles   Mar 28 Juin - 19:25

On dit qu’il faut prendre du recul pour mieux comprendre tous les événements qui nous arrivent en plein sur la gueule. Pour le moment, je devais avouer que je n’arrivais pas à faire le tri. Comment faire mon job correctement de journaliste quand trop de choses étaient en jeu ? Mon couple qui n’en était plus un avec un divorce comme fin d’histoire, un Pacificateur prisonnier du gouvernement, une star, chanteur du groupe Scarecrow qui était un fantôme sorti du passé, une population dans le bidonville qui se mourrait à cause d’une eau hautement polluée, des émanations toxiques … Ouais en fait, je vis un quotient génial en somme ! Qui je suis ? Je m’appelle Héléna Carter, future ex-épouse du ministre des médias, Oliver Van Harper. Certaines personnes me reconnaissent dans la rue, d’autres pas et c’est bien mieux ainsi. J’ai toujours eu beaucoup de mal à être photographiée et mis en avant avec la notoriété d’Oliver. Haaa! J’ai oublié de vous dire que mon futur ex-mari et aussi mon patron au Times Révolution. Non, non, ce n’est pas le bordel ! Nous sommes adultes, nous avons pris chacun la décision de divorcer et nous nous comportons d’une façon respectueuse l’un envers l’autre sauf que nous ne vivons plus en ensemble. C’est tout.  Je pensais pouvoir mettre ma vie privée de côté avec les bombes qui nous ont explosé en pleine figure, il y a quelques jours, mais parfois, j’ai comme une sorte de nostalgie qui revient me prendre dans ses filets. Je peux compter sur le caractère chieur de mon partenaire de terrain et autre journaliste : Liam Holloway pour me botter les fesses quand il me voit ramer et perdre pied.

Bon, vous vous demandez ce que je fais ici, dans les galeries marchandes au lieu de plancher sur un plan pour sauver le MONDE ENTIER ? Hé bien croyez-moi, tout ne se fait pas en un claquement de doigts. J’avais rendez-vous avec un de mes indics qui m’a remis les derniers rapports des conclusions sur l’eau de la cité. La société Aquanet et le gouvernement semblent rester silencieux et ne pas ébruiter tout ce qui se passe dans le bidonville. Toute la cité sera touchée à plus ou moins long terme et notre blood healer ne pourra pas réparer tous les bobos de notre organisme. Je me suis mise dans la peau de ces ministres : qu’ils veuillent éradiquer les humains, ça toujours été leur objectif, mais voir la race asarienne s’éteindre aussi, j’ai du mal à le croire. Avec ce rapport, je pourrai demander un rendez-vous avec le ministre Huyana et pourquoi ne pas en demander un aussi à la Grande Conseillère ? Je pourrai ainsi mettre un pied à la tour gouvernementale et avec un peu de chance, celui qui porte un chapeau et des lunettes de soleil, je pourrai me faufiler dans les sous-sols et trouver la trace d’Aaron Williams. C’est vrai que cela fait beaucoup de suppositions et que le ministre Huyana pourrait me faire arrêter sur le champ avec ses rapports entre les mains que je n’aurai pas dû avoir. Mais je suis une petite fouine qui met son nez partout me le rappelle Liam très souvent.

Mon indic est parti en me laissant une clef USB qui renferme le sésame.  J’ai hâte de savoir ce qu’il y a. Je ne sais pas si Oliver va me donner l’autorisation de faire un article sur tout ça, il n’est même pas au courant de ma petite balade ici.  C’est le grand patron du Times et en écrivant un article aussi brûlant, je risque de le mettre dans une mauvaise position. Pourtant, il y a plusieurs années, il m’a engagé pour mon audace et ma liberté d’écrire sous aucune contrainte. Aujourd’hui le monde va très mal et il va peut-être falloir que je ronge mon frein. Je suis assise à l’une des tables d’un bar du dernier étage des galeries marchandes. Il y a un écran géant sur lequel défilent les dernières informations de la journée. Apparemment, le Centre de recherches vient de rencontrer quelques difficultés, ce matin. Une aile a pris feu. Une femme est recherchée et sa photo est placardée sur le grand écran. Je me suis toujours demandée comment Amaria et Aaron faisaient pour bosser dans ce genre d’endroits en sachant qu’il y a des humains qui sont pris pour cobayes … Comme l’a été la petite Héméra. Qu’a-t-elle donc cette humaine ? De quoi ont-ils peur ? Je paye avec ma carte et je m’en vais. La citée est aveuglée par ce genre d’épisodes médiatiques alors que le Chaos se bouscule à nos pieds. C’est peut-être tout simplement ce que veut le gouvernement …

Je sors de ce bar et je prends les différents escalators pour arriver au rez de chaussée. Tout autour de moi, les gens discutent, rient, échangent leur opinion sur le dernier manteau, la dernière paire de chaussure pour l’hiver … C’est lassant … Mais il ne faut pas baisser les bras. Pas maintenant ! J’ai envie d’aller toquer à la porte de Liam et l’entendre ronchonner en italien.  Il trouve toujours le moyen de me faire sourire même si parfois j’aimerai l’étrangler quand il fait sa tête de cochon !

Dehors il fait froid et je remonte mon écharpe sur mon nez. Le ministre de l’environnement aime faire joujou quand cela concerne le climat artificiel qu’il nous délivre sous les gros dômes en verre. C’est un malade ! Je me suis rendue à pieds jusqu’aux galeries marchandes. J’aurai pu prendre ma voiture ou le métro, mais j’ai préféré marcher et c’est ce que je continue à faire. Je suis mon chemin et les ruelles. A travers certaines vitrines des grandes enseignes et des autres bars et brasseries, le visage de cette jeune femme est montré sans cesse. Sérieusement ? Les Asariens n’ont que ça à faire ?  Je me laisse déconcentrer par ces images et lorsque je bifurque sur la ruelle à droite, j’ai l’impression de rentrer dans un mur tant l’impact que je viens de ressentir me ramène à la réalité et me fait vaciller sur mes jambes. Je me frictionne le front et je plisse les yeux en observant la jeune femme tout aussi mal en point que moi après notre choc.

- ça va ? Vous n’avez rien ?

Et lorsqu’elle redresse son visage vers moi, un second choix m’assaille. C’est la jeune femme qui s’est évadée du Centre et dont la photo est diffusée un peu partout. Elle a l’air frigorifiée. Je retire mon blouson et je lui pose sur ses épaules. C’est là que je me dis que j’aurai mieux fait de prendre ma voiture !

- Il ne faut pas rester ici … Ne craignez rien … Je ne vous veux pas de mal … Mais je ne parierai pas sur les autres. Votre photo est diffusée sur toutes les chaines …votre nom aussi.

Je lui montre d’un signe de tête, l’écran de publicité extérieure où s’affichent le dernier flash d’information et son portrait. Je lève les mains devant moi pour lui prouver que je ne suis pas une ennemie.

- On va vous reconnaître … assez rapidement. Le Centre n’a pas lésiné sur la diffusion de votre photo. Venez avec moi, je peux vous amener à l’abri, quelque part … Il fait de plus en plus froid. Je m’appelle Héléna … Héléna Carter.

Je ne vais pas pour le moment lui dire que je suis journaliste, elle pourrait avoir peur. Elle ressemble à un petit oiseau perdu, loin de sa famille …





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MessageSujet: Re: Apnée en terres hostiles   Mar 28 Juin - 20:20

Phèdre avait agrippé un fin poteau de métal pour négocier un virage à pleine vitesse sans risquer une chute. Enfin ça, c'était en théorie. En pratique, elle baissa la tête, carra les épaules, et loupa le poteau. Sa main se referma sur le vide et elle n'eut pas le temps de relever le nez, elle heurta une personne de plein fouet. Saisie, elle recule de deux pas pour regarder la personne qu'elle a percuté, une femme. Il faut qu'elle s'excuse, mais il faut aussi qu'elle file de là, si jamais cette femme avait décidé de l'enguirlander, ou pire, elle perdrait du temps. Elle passe donc son regard affolé sur la femme, puis sur sa gauche, et sa droite, cherchant par quel côté la fuite serait la plus aisée. La femme fait d'ailleurs une drôle de tête, elle doit être vraiment fâchée, Phèdre n'imagine pas un instant qu'elle puisse l'avoir déjà vue, encore moins sur un avis de recherche.

Alors que la rousse ouvre la bouche pour s'excuser, ses dents s'entrechoquent. La peur, le froid, elle a l'impression que même son estomac s'est mis à trembler. Pétrifiée, elle est incapable de remuer alors que cette inconnue pose son blouson sur elle. Elle dégluttit, incapable de répondre, comme l'animal pris dans les phares d'une voiture qui sait qu'il va se faire percuter et qui ne peut plus rien y faire. Elle n'ose même pas resserrer les pans de la veste contre elle, et pourtant ça lui ferait tellement de bien. Mais les paroles de la femme la tétanisent, elle tourne lentement la tête vers ce qu'elle lui a indiqué. Lorsqu'elle voit son visage sur l'écran géant, elle peut distinctement sentir son pouls s'accélérer, sa poitrine se resserre, elle laisse échapper un petit gémissement d'agonie.

Elle avait les yeux écquarquillés d'effroi, jetant des regards inquiets tout autour. Si, à cet instant, un bruit un peu trop fort s'était fait entendre, elle aurait pu, au choix, tomber dans les pommes, ou reprendre sa course folle. Cependant, pour le moment, elles étaient seules et la femme ne faisait rien pour appeller des gardes ou pour l'attraper. Elle avait dit qu'on diffusait son nom, alors elle tenta un autre coup d'oeil vers l'écran. Elle déchiffra l'inscription, c'était son tatouage. Machinalement elle vint passer une main sur sa nuque, puis plaqua encore plus ses cheveux sur l'endroit. Elle répéta bêtement.

-Mon nom.


Ainsi elle ne s'était pas trompée durant toutes ces années, elle s'appellait bien Phèdre, parfois elle hésitait, car on l'appellait aussi Numéro 7, mais visiblement son nom était Phèdre. Elle écouta la femme se présenter, il fallait le prénom, et un autre nom en plus...elle avait déjà à peu près compris ça et choisi un mot lu au début de son périple alors elle articula.

-Ph...Phèdre Keller. Je n'ai rien fait...c'était pas ma faute.


Elle secouait la tête. Bien entendu, personne ne la croirait. Elle n'aurait jamais du sortir du centre, voilà tout. Et même après elle aurait du tout faire pour y retourner. Seulement elle avait peur de ce qu'on lui ferait. Elle ne voulait plus d'électrochocs, elle voulait voir le monde plein de couleur. Un joli rêve, pour l'instant c'était plutôt un cauchemar. À présent il était trop tard pour faire marche arrière. Avec son visage partout sur ces écrans, elle ne pourrait se cacher nulle part, ils allaient la trouver, et ils risquaient bien de la tuer pour sa petite escapade.

La femme disait pouvoir l'emmener quelque part, un abri...Seulement Phèdre ne savait pas si elle pouvait la croire. Après tout, c'était peut-être une Asarienne qui irait la livrer au labo une fois qu'elle serait en confiance. Ou c'était une humaine, comme elle...non. Elle secoua la tête, on lui avait appris que les humains étaient tous sous les ordres des Asariens alors, forcément, on la ramènerai au centre. Dans un sens comme dans l'autre elle était foutue. Si elle lui faisait confiance elle risquait de se retrouver embarquée tout droit vers le Centre...Mais si elle restait là, avec tous ces écrans, on la repèrerai rapidement. Elle posa un nouveau regard sur l'annonce et plissa les yeux pour déchiffrer les petits caractères. On la disait dangereuse, armée ? Elle fixa ses pieds, interdite. Ils mentaient, elle n'avait jamais fait de mal à une mouche. Sa seule victime était un pauvre demi croissant plein de poussière. Elle renifla et finit par serrer le blouson sur elle, consciente qu'il lui faisait le plus grand bien.

-Je ne suis pas dangereuse, ils mentent. Pourquoi ils me font ça...

Elle avait l'air vraiment peinée qu'on puisse la croire mal intentionnée. On lui avait seriné pendant des années que seuls les humains mentaient et que c'était très mal, mais elle avait une preuve devant les yeux que tout ça n'était qu'une énorme tromperie. Alors elle prit sa décision, elle allait suivre cette femme, et tant pis si c'était un piège. Elle n'avait pas beaucoup d'options de toute façon.

-D'accord...je vous suis.

Elle ne pouvait s'empêcher de jeter de furtifs coups d'oeil, elle n'avait aucun moyen de dissimuler son visage et était prête à prendre la poudre d'escampette à tout instant. Son estomac se tordait de peur et d'appréhension...Décidément cette grande aventure commençait bien mal.
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Héléna Carter
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MessageSujet: Re: Apnée en terres hostiles   Mer 29 Juin - 18:33

Je ne pense pas être aveugle au monde qui nous entoure. En tant que reporter sur le terrain, j’ai découvert tout au long de ces six dernières années, des histoires affolantes et sombres. J’ai été moi-même capturée parce que j’avais l’audace de me mêler d’affaires qui ne me regardaient pas. Je sais que je gêne. Nous les journalistes d’enquête, on gêne toujours. Liam aussi. Il est comme moi et plus encore depuis que notre chère Directrice de presse a eu l’excellente idée de nous mettre en équipe. On est le binôme à faire taire par tous les moyens. Un jour, lors de ma première interview auprès de l’architecte défunt, Gaïus Hasard, celui-ci m’avait dit qu’au rythme où je menais ma vie, on allait retrouver un jour mon corps dans un caniveau.  Il n’avait certainement pas tort.

Le gouvernement tisse ses toiles depuis la création de la cité, depuis ses premiers balbutiements. La politique est toujours synonyme de magouilles et là encore quand je vois ces flashs d’informations qui ne cessent de se rappeler au bon vouloir de la population sur la fuite d’un «cobaye» du centre de recherche qui  s'est évadé, ça me donne froid dans le dos. J’ai en face de moi, un animal apeuré.
« La situation est au-delà de l'urgence. Il y a le feu à la cuisine et leur mégalomanie va signer la fin de ... tout ce qui reste de vie sur cette Terre. »
Je secoue ma tête en entendant la voix et les paroles de Gabriel Laymann qui me reviennent en mémoire. C’est bien plus que de la mégalomanie, mais honnêtement, je me demande s’il existe un terme pour caractériser les actes des Anciens.

Elle suit mon regard et s’aperçoit de cet écran géant publicitaire qui diffuse les informations, sa fuit et son portrait. Tôt ou tard, si la population ne la reconnaître pas, ce sont les Miliciens en patrouille qui vont lui mettre la main dessus. Je suis Pacificatrice, pas pour faire chouette et être dans tendance, mais bien pour une Cause qui le tient à cœur. Mais ça, elle ne peut pas le deviner. L’inquiétude est palpable et le temps va finir par nous manquer. Elle murmure son nom complet : Phèdre Keller. Je remarque que dans la diffusion de son portrait, il y a un chiffre collé à son prénom. Pour le moment, même si ma curiosité de journaliste me démange de lui poser des questions, je me retiens. Elle n’a pas besoin de ça.

- Je vous crois … Ne vous inquiétez pas pour cela.

Je sais que c’est bateau comme phrase. Je la crois, c’est évident. Tout humain étant un esclave, un cobaye du Centre de recherches, ne peut être qu’une pauvre créature qu’on a manipulée depuis des années.

- Je ne sais pas pourquoi il vous recherche. Non, en fait, j’ai peut-être une petite idée. Mais restez ici à discuter va vous mettre en danger. Si le Centre a émis cet avis de recherche, ce n’est pas pour rien et le gouvernement ne doit pas apprécier de vous savoir dehors.

Cette jeune femme est sur la défensive et craintive. Un sacré mélange qui peut lui faire faire n’importe quoi et lui faire prendre une décision trop à la hâte pour réfléchir. La peur ne nous laisse jamais le choix sur la raison. Je souffle de soulagement quand elle accepte de me suivre pour nous mettre à l’abri. Le climat artificiel sous le dôme de verre commence sérieusement à se refroidir de plus en plus. Le vent se lève par petites rafales et de petites gouttelettes de pluie commencent à tomber. Je jette des regards autour de nous. Mon appartement et celui de Liam sont trop loin pour le moment. Je ne peux pas l’amener au Times non plus, ni au dispensaire. Il faudrait prendre les transports en commun et même à pieds, il nous faudrait trop de temps pour rallier tout ça. J’ai besoin d’un éclair de génie rapidement ! Haaaa ouiiii !! J’ai trouvé ! La planque des pacificateurs !

- Ok, écoutez-moi bien. Vous allez remonter la capuche de mon blouson et cachez vos cheveux. Ne baissez pas la tête ni le regard, ça fait très suspect. Avec mon blouson sur le dos, ça devrait aller. Je connais un petit appartement pas très loin d’ici. Il va falloir marcher normalement. Ne pas courir. Là aussi, ça va paraitre suspect… Sauf si je vous le dis ! Allez venez avec moi, on va continuer dans cette direction-là.

Je lui montre la ruelle à traverser et elle semble acquiescer à ce que je lui dis. Phèdre me suit et on traverse au passage piéton. Je commence à ressentir le froid hivernal. Doucement je frictionne mes bras par-dessus mon pull en utilisant ma pyrokinésie pour me réchauffer, un peu. Je lui fais accélérer le pas tout en gardant un œil sur les gens qui seraient susceptibles de nous suivre. On remonte une première rue. On tourne sur notre gauche. Pour le moment tout parait tranquille. Personne ne se retourne sur elle.

- Encore une dizaine de minutes et vous serez à l’abri. Vous pourrez vous …

Je la stoppe par le bras immédiatement. Deux Miliciens arrivent vers nous. Ils patouillent sur cette portion de rue que nous venons d’emprunter. Je la tire à l’intérieur d’une boutique de vêtements et déjà une employée vient à nous.

- Bonjour Mesdames, puis-je vous conseiller ? Vous aider ?

- Non … Euh oui … !! C’est l’anniversaire de mon amie ! Je voudrai lui offrir un jean de la marque B-Lane, vous savez la nouvelle styliste ? Et un pull tout chaud !

La vendeuse nous regarde puis détaille Phèdre avec un certain dégoût …

-Je vais voir ce que je peux trouver …

Phèdre qui a dû passer au moins toute la nuit dernière dehors dans un recoin d’une rue, entre deux containers à poubelle. Je prends la main de la jeune fille dans la mienne pour lui donner confiance. Mon regard se tourne vers la vitrine qui donne sur l’extérieur et je vois les deux Miliciens passer devant.

- J’amène mon amie dans une de vos cabines d’essayage ! Elle a trouvé un pull !!

J’attire Phèdre non pas dans une cabine, mais derrière tout une rangée de vêtements et de mannequins.

- Dès qu’ils passent la boutique, on ressort … ça va ?





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MessageSujet: Re: Apnée en terres hostiles   Jeu 30 Juin - 7:36

La femme avait dit la croire, c’était sans doute peu de chose pour n’importe qui, mais pour Phèdre c’était un réel soulagement. Si une personne qu’elle ne connaissait pas pouvait la croire, alors d’autres le pourraient aussi. Elle savait pertinemment n’avoir rien fait de mal, bien sûr, elle était à présent en fuite, mais c’était par un pur hasard de circonstances malheureuse. De toute façon, cela faisait des années que Dame Chance la boudait et lui tournait le dos dès que possible. Elle ne parvenait pas à comprendre qu’on puisse la considérer dangereuse. D’ailleurs elle aurait été bien incapable de faire du mal à qui que ce soit, même pour sauver sa peau. La femme venait de dire que le gouvernement n’aimait pas la savoir dehors, elle arqua un sourcil. Elle ne connaissait pas les gens du gouvernement, elle savait que c’était une institution importante, ça on lui avait appris. Pourquoi donc s’intéresseraient-ils au sort d’une simple humaine ignorante comme elle ? Cela n’avait aucun sens à ses yeux. En fait, même la traque qu’ils semblaient vouloir mener lui semblait totalement disproportionnée. Si elle ne s’était pas tant sentie en danger, peut-être qu’elle aurait abandonné son escapade mais à présent, il était hors de question de faire machine arrière. Elle aurait pu poser toutes ces questions à Héléna, mais elle sentait qu’il y avait plus urgent, le moment n’était pas vraiment aux interrogatoires.

Alors que la femme lui disait quoi faire, elle s’exécutait, sans un mot, sans même réfléchir. Elle remonta la capuche et y dissimula toutes ses mèches rousses avec le plus grand soin. Elle ne peut s’empêcher de jeter des regards effrayés tout autour d’elles. Il suffit qu’une seule personne la remarque et l’aide que la femme lui fournit pourrait se retourner contre elle. Elle a beau être ignorante de beaucoup de choses, elle se doute bien qu’aider une fugitive, puisque c’est ainsi qu’elle doit se considérer à présent, doit être quelque chose de très grave dans cette société où les humains sont à peine considérés comme des êtres doués de raison. D’un coup d’œil elle repéra le trajet à parcourir et s’efforça de marcher la tête bien droite. Sa démarche était un peu raide, la peur la crispait et elle n’y pouvait rien, mais si l’on ne regardait pas trop attentivement, elle avait presque l’air normal.

C’est la bouche grande ouverte sur une exclamation de surprise muette qu’elle se fait arrêter net par la femme. Phèdre se laisse entraîner dans une boutique sans comprendre ce qui se passe. Elle tourne la tête en tous sens pour essayer de comprendre quel danger elles doivent éviter. Elle ne connaît pas les uniformes de la milice, tout ce qu’elle connait c’est la blouse blanche et un uniforme gris des gardes du Centre. La demande d’une employée se fait entendre et Phèdre tourne vivement la tête pour la fixer, elle bafouille sans parvenir à articuler quoi que ce soit mais heureusement celle qui l’accompagne semble avoir plus de maîtrise qu’elle. Pour ne pas avoir l’air trop louche, surtout après le regard de la vendeuse, elle s’empresse d’ajouter.

-Oui, un pull, un rouge, en grosse laine, j’aime beaucoup la laine.


Elle tente un sourire totalement crispé, elle n’est pas douée en improvisation. Elle n’a cependant pas vraiment de cartes en main pour mieux argumenter. Son dernier anniversaire, on lui a offert un élastique pour se nouer les cheveux, d’ailleurs elle fouille ses poches pour constater qu’elle ne l’a plus avec elle. Ce n’est pas grand-chose mais ça, c’était à elle. La vendeuse ne répond pas à son sourire, elle a même l’air de ne pas l’apprécier. Phèdre ne la connaît pourtant pas, elle ne comprend pas pourquoi la femme donne l’impression d’être dérangée par sa présence alors, elle lâche avec candeur.

-Vous devriez être plus souriante, sinon personne ne viendra ici et vous allez vous ennuyer.


Elle savait qu’on s’ennuyait vite lorsqu’on était seul. Elle aurait pu en parler des heures, sa vie entière n’était que solitude, les seuls moments où elle ne l’était pas, c’était pour divers examens, des tests, des questions en pagaille, et aussi désagréable que cela puisse être, elle appréciait ces brefs instants où elle avait quelqu’un à qui parler.

La rouquine se crispe quand la main d’Héléna rencontre la sienne, puis elle se détend, lentement. Elle a peur, elle ne connait pas ces gestes, alors elle garde sa main toute raide, sans oser remuer les doigts. Phèdre a un regard abasourdi quand elle se fait entrainer derrière une rangée de vêtements, elle pousse un petit couinement surpris en se laissant guider. Une fois cachée, elle plisse les yeux vers la vitrine en cherchant de qui parle sa comparse. Elle lui envoie un sourire maladroit, en tentant de la rassurer, totalement inconsciente des risques représentés par la milice.

-Tout va bien, ils ne travaillent pas au centre, là-bas les gens portent des blouses ou des uniformes gris, d’ailleurs ils sont pas très beaux.


Elle avait l’air de ce qu’elle était, une jeune femme décalée, totalement déconnectée du monde qui l’entourait, inconsciente de la réalité nouvelle où elle devait évoluer. Elle ne pouvait s’empêcher d’essayer de comprendre ce qui lui arrivait, mais c’était un peu trop complexe. Elle prit, du bout des doigts, l’étiquette colorée qui pendouillait de la manche d’un chemisier devant elle. Elle fixa les chiffres en plissant les yeux.

-Ici, c’est comme dans les autres boutiques ? On doit payer le chiffre là avec des morceaux de papier ?

Elle aurait bien aimé avoir de ces papiers et ces bouts de ferraille pour s’acheter à manger. Si elle connaissait les chiffres, elle n’avait aucune notion de calcul, ou de monnaie. Elle n’était pas conditionnée à ça, son rôle, c’était de subir les test et d’obéir. Les réalités de la vie auraient été géré par son futur propriétaire si elle était arrivée au bout du programme, à moins que le programme ne se termine simplement par « l’effacement » des sujets. Elle n’en savait rien, on lui avait toujours dit de bien écouter, de s’appliquer et qu’un jour elle irait travailler pour un Asarien. Vu la situation ça n’arriverait jamais, elle ne savait plus si elle devait être heureuse de cette liberté à apprendre, ou effrayée de toutes les difficultés qu’elle allait rencontrer. Pour l’instant elle devait faire confiance à Helena alors, il fallait qu’elle l’écoute. Si elle disait de filer quand les gens seraient passés, elle le ferait, voilà tout.

-Je ferai comme vous voudrez.
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Héléna Carter
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MessageSujet: Re: Apnée en terres hostiles   Jeu 30 Juin - 19:14

Je sens bien le regard de la vendeuse qui se pose sur Phèdre puis sur moi avant de partir au fond de sa boutique pour me chercher ce que je viens d’énoncer : un jean de la dernière marque à la mode « B-Lane » et un pull rouge en grosse laine d’après l’envie de la jeune femme avec moi. Au moins Phèdre a su très bien rebondir dans mon petit jeu de comédie. Mais je ne sais pas vraiment combien de temps on va tenir comme ça. La petite phrase qui n’a, au premier regard, rien de bien méchant, fait se retourner « Miss pas sourire » vers Phèdre qui nous fait ses gros yeux. Aie, aie, aie ! Vite, vite, un truc à dire pour décrisper Mademoiselle ! Bordel ! Pourquoi Liam n’est pas là quand on a besoin de lui ? Il nous aurait fait son numéro de charmeur latino et hop ! Le tour était joué. Il aurait séduit cette …cette créature qui ressemble plus à la Gorgone qu’à la Belle au bois Dormant et elle nous aurait laissés tranquilles

- Vous avez dit quoi ?

- Mon amie a dit que le Times pourrait faire un article sur votre charmante boutique et faire venir plus de clients.

L’Asarienne se détend et retrouve un sourire forcé, tout mielleux pour paraitre soudainement plus bienveillante. Cela ne marche pas sur moi et certainement pas sur Phèdre non plus.

- Ooooh ! Un article du Times ! C’est une idée ! Je pourrai en faire la demande !

- Oui, voilà, vous envoyez un mail ou un courrier, et je pense qu’ils seront ravis de venir vous interviewer et prendre des photos de votre magasin

- Vous connaissez du monde qui travaille là-bas ?

- Euh … pas du tout …Désolée. On peut voir les vêtements pour mon amie ?

- Oui, oui bien sûr.

J’attire Phèdre derrière des rangées de vêtements et es mannequins qui nous cachent tandis que la vendeuse s’éloigne cette fois-ci de nous.  Je fixe la vitrine et la porte d’entrée du magasin. Je n’aime pas me sentir piéger. J’espère qu’il y a une sortie de secours ici. Phèdre … Tout ce qu’elle me dit, me raconte me laisse à penser qu’elle a été retenue captive du Centre depuis des années. Tout est beau ou laid, gentil ou méchant, bon ou mauvais. Elle ne connait pas les nuances de ce monde de fous.

- Phèdre, il va falloir qu’on parle, que je t’explique beaucoup de choses  quand on sera à l’abri. Le Centre de recherches est dirigé par un ministre, Grégory Nicholson. Le gouvernement et le Centre sont imbriqués l’un dans l’autre. La Milice est sous les ordres du gouvernement. Donc, ces hommes en uniformes même s’ils ne portent pas de blouses blanches ou grises, leurs ordres viennent du gros boss du Centre qui est membre du gouvernement. Tu imagines le schéma ? La Milice a dû recevoir elle aussi ton avis de recherche, c’est évident. Nicholson doit à cette heure-ci hurler dans son bureau parce qu’une humaine s’est échappée.

Je hoche la tête devant son désarroi et devant l’étiquette qui dépasse de la manche du chemisier qu’elle me montre.

-  Oui, on paye surtout par carte. Parfois avec des billets, mais de moins en moins avec des pièces. Il faut aussi qu’on te trouve des papiers pour circuler. Et s'il te plait ... pas de vouvoiement ...j'ai l'impression d'être une mamie !

Une petite touche d'humour avant de revenir au danger de la situation. La vendeuse n’est pas encore revenue et je ne sais pas ce qui peut la retarder ainsi. On n’a demandé qu’un pull et un jean. Et si elle a reconnu le visage de Phèdre ? Si elle était en train d’alerter la Milice ? Je dois rester concentrée sur la vitrine. C’est à ce moment-là que les deux Miliciens passent. Ils observent tout ce qui se passe autour d’eux. Le premier pianote sur une sorte de tablette tactile. Le second parle dans sa radio. C’est mauvais signe.

- J’aimerai bien arriver en un seul morceau à la planque … On va passer par l’arrière de la boutique. Il doit y avoir une sortie. Viens !

La silhouette de « Miss pas sourire » se découpe un peu plus loin dans le magasin et j’attire par la main Phèdre pour accélérer le pas. Je viens de voir la porte qui donne accès à l’autre côté de la ruelle. La vendeuse nous interpelle, mais on est déjà dehors. Je balaye du regard les environs. Il n’y a pas de soldats pour le moment et la pluie se renforce.

- On continue ! On n’est plus très loin !

Les prochaines quinze minutes sont aussi épuisantes émotionnellement que physiquement, comme si on venait de participer à un marathon de 24 heures. On n’a fait aucune pause. On a fait en sorte de paraitre le plus naturel possible et de marcher aussi vite que l’on pouvait. Nous voilà enfin devant l’entrée d’un immeuble. Rien de bien extravagant, c’est pour cela que c’est une planque. Nous ne sommes pas dans les quartiers les plus huppés de la cité, pour éviter tout soupçon sur nous quand on a besoin de venir ici. Je pianote sur le petit boitier mural et je compose le code qui fait ouvrir la porte. Je fais passer Phèdre la première et je jette un dernier coup d’œil derrière nous avant de tout bien refermer.

- L’appartement est au dernier étage. On va prendre l’ascenseur. C’est tout bon Phèdre ! Personne ne nous a suivies.

J’appuie sur le bouton et le sas de l’ascenseur s’ouvre de suite devant nous dans un petit « ding ». On entre à l’intérieur et quelques secondes plus tard, on se retrouve dans le couloir du dernier étage, devant l’appartement qui va nous servir d’abri pendant un moment. Là aussi, je tape un code sur un boitier et le mécanisme déclenche l’ouverture de la porte. La planque n’a pas servi depuis un moment. Il fait froid et mon premier réflexe c’est d’allumer la lumière puis d’ouvrir le chauffage.

- Il fait un peu froid, mais ça va se réchauffer. Si tu veux prendre une douche, la salle de bain est au fond du couloir. Tu trouveras des vêtements plus chauds ici …

Je fais glisser la grande penderie où se trouvent des vêtements pour femmes et pour hommes.

- Peut-être que tu trouveras un gros pull en laine rouge Lui dis-je en lui lançant un petit clin d’œil amical. Je vais nous commander à manger. Prends ton temps Phèdre.

J’attrape une serviette de bain pour essuyer mes cheveux que la pluie a mouillés et je me laisse tomber dans le divan, mon  téléphone à la main.

- Tu aimes la cuisine chinoise ? On peut choisir autre chose ?





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Dernière édition par Héléna Carter le Sam 2 Juil - 16:26, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Apnée en terres hostiles   Ven 1 Juil - 7:04

La vendeuse n’avait vraiment rien d’agréable d’après ce que Phèdre en voyait. Elle n’était pas naïve au point de croire qu’elle vivait dans un monde de bisounours, mais elle n’avait jamais pu comprendre pourquoi les gens se compliquaient ainsi la vie en étant aussi revêches. Tout était plus simple si on faisait son possible pour être agréable avec les autres, encore plus quand on ne faisait pas partie des Asariens, ça, c’était une certitude. Elle fait, de son côté un petit sourire crispé vers la vendeuse quand elle fait volteface pour lui demander ce qu’elle a dit. Phèdre se retrouve démunie, parler d’un pull, ce n’est rien, mais là, elle sent qu’elle a intérêt à ne pas répéter ce qu’elle suggéré. Seulement, ça nécessite de mentir, et c’est un art qu’elle maîtrise très mal. Heureusement Héléna trouve la parade qui semble marcher alors Phèdre acquiesce vivement, même si elle n’a aucune idée de ce qu’est le Times. Elle voit les traits de la vendeuse se racornir pour remonter en un sourire auquel elle ne croit pas. Cette femme à des allures de chat qui s’apprête à avaler une petite souris, elle n’avait rien d’innocent, rien de rassurant, elle était juste appâtée par quelque chose que la rouquine ne saisissait pas. Elle laissa Héléna discuter avec la femme en se faisant toute petite, immobile comme une statue de sel, pour se faire oublier. Enfin, les voilà à l’abri des regards inquisiteurs de la femme. Phèdre ne l’aime pas celle-là, elle espère que les personnes ressemblent plus à Héléna  qu’à cette drôle de parodie d’être humain.

Héléna d’ailleurs, lui explique les liens divers entre milice, gouvernement, centre de recherches, et Phèdre hoche la tête, les yeux grands ouverts. Elle est attentive, concentrée sur ce qu’on lui explique. Elle a bien du mal à comprendre les enjeux de la disparition d’une petite humaine insignifiante comme elle, pourtant, cela semble vrai dans la bouche de sa comparse. Elle se contente de résumer sa situation par quelques mots.

-Alors si on me retrouve j’aurais de très gros ennuis.

Elle sent son estomac se tordre à nouveau, toute cette histoire prenait des proportions énormes, désastreuses, qu’elle n’aurait pas imaginé dans ses pires cauchemars. Il était trop tard pour revenir en arrière, ça elle l’avait compris, alors elle essaya de ne pas trop paniquer, en parlant de la fameuse étiquette. Une nouvelle explication lui est fournie, à laquelle elle ne peut qu’acquiescer, elle ne sait pas ce que sont ces papiers, elle n’en a jamais eu, ou vus.

-Peut-être  qu’on trouvera des papiers dans les poubelles, c’est là que j’ai trouvé à manger.

Elle se mordit la lèvre lorsqu’Héléna lui demanda de ne pas la vouvoyer, un peu déstabilisée. Elle n’avait jamais tutoyé personne. Au Centre les intervenants la tutoyait mais elle les vouvoyait toujours.

-Excusez…Excuse-moi, j’ai l’habitude de parler comme ça à tout le monde.


La jeune femme suit le regard de sa sauveuse improvisée, elle se raidit d’effroi en voyant les deux hommes de la milice, et donc du gouvernement, et donc du centre…oui son cerveau faisait de drôles de raccourcis. La gorge nouée, elle se retrouve incapable d’articuler le moindre mot, même quand la vendeuse les appelle. Tout ensuite se passe très vite, successions de rues, de vitrines, surtout ne pas baisser la tête, garder la capuche bien en place. Le pas est rapide sans être précipité non plus, tout est dans le dosage pour ne pas avoir l’air trop louche. Phèdre suit Héléna sans discuter, elle s’adapte à son rythme, elle ne réfléchit pas, elle n’en a pas vraiment le temps, la peur prend toute la place dans sa tête. Elle ne sent même pas la pluie et le froid, elle a l’impression d’agir en automate. Finalement, elles s’arrêtent devant un bâtiment, la rouquine regarde le boitier qui en permet l’accès, elle reste toujours aussi silencieuse, elle est comme un morceau de bois emporté par la houle.

L’ascenseur d’abord, ça, elle connait, il y en a au centre, elle devait en prendre un pour aller jusqu’au bureau du psychiatre. Aussi étrange que cela puisse paraître, elle espère presque que les portes vont s’ouvrir sur le couloir familier, et que tout ce qui s’est passé ne soit qu’un mauvais rêve, mais il n’en n’est rien.

Une fois dans l’appartement, elle pose des yeux émerveillés sur l’endroit. Comparé à sa petite cellule spartiate, ici, c’était un véritable palais. Elle reste la bouche ouverte sur une exclamation de surprise muette lorsqu’Héléna ouvre la penderie. La main tendue vers les vêtements, sans pour autant oser les toucher, elle replie finalement les doigts pour ramener son bras le long de son corps.

-Merci.


C’est tout ce qu’elle peut articuler, elle pose déjà le regard sur autre chose, un meuble, un canapé, une porte, tout semble si nouveau pour elle. Finalement, c’est en trottinant derrière Héléna qui va prendre une serviette qu’elle trouve la salle de bain. Elle sait qu’elle doit sentir mauvais après sa nuit près des ordures, sans compter la transpiration qu’elle a senti ruisseler dans son dos à cause de la peur. Oui, une douche lui ferait le plus grand bien.
Sans vérifier si la femme était encore dans la pièce, elle retire la veste qu’elle pose soigneusement sur un meuble, puis se déshabille. La pudeur ne lui ayant jamais été enseignée, elle ne ferme même pas la porte. Sans se soucier du froid qui s’en va petit à petit, elle se glisse sous la douche, un peu intriguée par le mécanisme de robinets – celle qu’elle utilisait au centre ne comportait qu’un seul bouton on prenait la douche chaude, froide, ou tiède, sans pouvoir rien régler – finalement elle réussit à en comprendre l’utilité et pu prendre une douche tiède. Elle ressortit de la cabine et s’essuya méticuleusement avant de ramasser ses vêtements qu’elle plia et mit de côté, elle les laverai ensuite, mais pour l’instant, il était mal poli de faire attendre celle qui lui avait tendu la main.

Elle l’entend poser une  question sur la cuisine chinoise, alors elle revient vers elle, nue comme Eve au premier jour. Elle commence à chercher dans la penderie des sous-vêtements qu’elle enfile, puis un jean, et un pull, un énorme pull d’homme d’un rouge sombre, il lui descend jusqu’aux genoux et elle doit retrousser les manches pour en sortir les mains, mais c’est celui-là qu’elle a choisi. En matière de mode non plus elle n’est pas vraiment à jour. Tout en s’habillant, elle répond à Héléna.

-Je ne sais pas. Mais j’aime bien manger, et j’ai faim. Je ne suis pas difficile vou…tu sais. Là-bas on nous apprenait à manger de tout sans discuter.


Et pourtant parfois la nourriture était vraiment infecte. Elle saisit ses cheveux et entreprit de les tresser pour ne pas les sentir chatouiller sa nuque, mais le tatouage revint à son esprit à cet instant et elle défit la tresse avec un sentiment d’urgence, revenant plaquer ses cheveux humides contre sa nuque. Elle se remit à fouiller dans la penderie et en sortie une écharpe aux motifs colorés et un brin enfantin. Elle la noua autour de son cou avec un air de gamine qui vient de recevoir son tout premier cadeau de Noël.

Elle avance ensuite vers Héléna, les joues un peu plus roses, l’air un peu moins perdue ou affolée. Elle la fixe, sans rien dire, puis enfin elle ouvre la bouche.

-Merci, pour tout. Si j’avais croisé quelqu’un d’autre, je serai surement au labo maintenant. Je ne sais pas pourquoi tu m’as aidée, mais merci. Je peux me rendre utile tu sais, je sais faire le ménage, coudre, un peu lire aussi…par contre je ne sais pas faire à manger mais j’apprends vite, c’est le psychiatre qui l’a dit. Lui je l’aimais bien, il m’appelait Phèdre, tout doucement, et il ne me criait pas dessus. Je crois que c’était presque comme s’il m’aimait bien.


En même temps vu le peu de contacts qu’elle avait, il suffisait de lui sourire pour qu’elle pense que la personne était la plus gentille qu’elle n’ait jamais vu et le docteur faisait plus que ça. Il lui parlait, il l’écoutait, parfois il lui ramenait même des sucreries ou des crayons pour dessiner. Elle espérait qu’il ne serait pas trop inquiet pour elle, elle n’imaginait même pas qu’il ait pu la manipuler pour mieux la garder sous son contrôle.
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MessageSujet: Re: Apnée en terres hostiles   Sam 2 Juil - 18:06

Je ne réponds pas à la détresse et aux questionnements de Phèdre dans la boutique concernant si elle allait avoir de gros ennuis si on lui mettait la main dessus. Elle est déjà assez affolée et apeurée pour y ajouter d’autres informations par-dessus toutes ses émotions. Je sais que je devrai tout lui dire, tout lui expliquer. Je ne connais rien à son sujet, mais mon impression est horrible quand je pose les yeux sur elle. J’ai la nette impression qu’elle a été coupée de la société dès son enfance, voir même depuis sa naissance et qu’elle n’a vécu qu’entre les murs du Centre. Pour elle, il n’existe que deux notions : le Bien et le Mal. Le blanc et le noir. Pourtant toutes les nuances et les dégradés sont très importants pour faire prendre forme au puzzle du monde qui nous entoure et dans lequel nous vivons. Elle accepte avec un peu de difficultés à me tutoyer et je mets un frein à mon esprit qui bouillonne et qui imagine ce qu’a pu être la vie de cette jeune femme. Elle a été conditionnée par ces scientifiques. J’adore Amaria. Je ne connais pas Aaron, que de nom et je me demande comment ils font pour bosser eux aussi au Centre sans avoir la nausée de tout ce qui se passe.

Le chemin jusqu’à la tour résidentielle où se trouve l’appartement qui sert de planque aux Pacificateurs se fait sans gros soucis majeurs. Une fois à l’intérieur et au chaud, je laisse tout le temps nécessaire à Phèdre de prendre sa douche en lui indiquant la penderie et la salle de bain. Son comportement serait dérangeant si Liam aurait été avec nous. Aurait-elle eut cette même liberté de laisser la porte ouverte de la salle d’eau et de se déshabiller sans aucune pudeur ? Je pense que oui. Cela doit faire aussi partie de ce qu’on lui a appris … Et fait, non ! On ne lui a jamais rien appris. Le Centre la nomme cobaye ou Phèdre7 d’après les avis de recherche qui circulent sur les chaines de télévision. Je me demande à quoi correspond ce chiffre. J’expire doucement pour dissimuler cette colère envers le gouvernement et je pousse la porte pour lui donner un peu d’intimité.  Je retourne au salon en frictionnant mes cheveux avec la serviette pour les sécher et je me laisse tomber dans le divan. Il n’est pas si tard que cela, mais l’adrénaline, une fois retombée, me donne toujours faim et la jeune femme doit être tout aussi affamée que moi, voir même plus.

Il doit y avoir des flyers quelque part dans le tiroir de la table base. Des restaurants ou des brasseries qui sont sûrs et qui ne poseront aucune question. Je ne sais pas comment Michael fait pour tout contrôler, mais il le fait à merveille quand il s’agit de protéger les pacificateurs. Je lève la voix pour qu’elle puisse m’entendre dans la salle de bain et au lieu d’avoir une réponse, je la vois arriver en tenue d’Eve devant moi. Heureusement que Liam n’est pas là, il aurait fait son numéro de charme et il aurait mis de la bave partout en détaillant le corps de Phèdre. Je reste sans voix, ce qui est assez rare pour ma part et je la regarde chercher des vêtements pour s’habiller.

- Phèdre, on est entre femmes, cela ne me dérange pas … Quoi que … Un peu … Je veux dire par là qu’il ne faut pas que tu restes toute nue devant les autres. C’est très important de s’habiller même avec le peu que tu possèdes. Une jeune femme ne doit pas se retrouver en tenue d’Eve devant un homme qu’elle ne connait pas, ni devant une femme. Devant personne !

Ses gestes sont presque conditionnés eux aussi. Elle ne sait pas quoi choisir comme si cela lui était difficile de faire un choix. Finalement, elle opte pour un jean et un pull d’homme qui lui fait deux voire trois fois sa taille. J’ai le regard d’une fouine, l’audace d’une chieuse et l’œil aiguisé d’une journaliste. Le mélange est très explosif quand le tout se mélange. Et là je vois bien que quelque chose ne va pas quand elle entreprend de tresser ses cheveux puis de les relâcher immédiatement. Je pince mes lèvres machinalement tout en réfléchissant à ce foulard qu’elle passe autour de son cou.

– Ok, bon ! Je vais commander chinois alors ! Tu veux choisir un plat en particulier où je prends un peu de tout ?

Elle s’approche de moi et je tapote du plat de ma main le canapé pour qu’elle vienne s’asseoir près de moi. Je lui mets entre ses mains, le flyer du restaurant.

- Je suis le bon Samaritain qui tu as croisé sur ta route, aujourd’hui. Lui dis-je, en lui donnant un petit coup d’épaule avant de reprendre un ton plus sérieux. Je ne sais pas ce que tu as vécu au Centre, mais rien n’est jamais bon quand on vient de là surtout que tu es recherchée. Phèdre, je t’observe depuis le début.  Ton comportement, tes gestes et tes paroles ont été influencés pour aller dans un seul sens : être obéissante et écouter. Sauf que ce n’est pas le vrai monde.  Tu penses que c’est normal d’être retenue au Centre ? Est-ce que je le suis moi ? Non … Alors pour toi tu devrais l’être ? Tout n’est pas beau ou moche, bien ou mal … C’est plus complexe que cela. Je suis une Asarienne et vois-tu, je ne te veux aucun mal. Mais d’autres personnes, d’autres femmes comme moi pourraient t’en faire. Il faut que tu sois plus méfiante et il faut que tu comprennes dans quel monde tu vis. Explique-moi ton histoire et pourquoi tu te retrouves à fuir le Centre ? J’ai vu sur les écrans de télévision qu’on te nommait PHEDRE7, à quoi correspond ce chiffre ?

Je sors de la poche arrière de mon jean, mon téléphone portable :

- Quelque chose te tente ou tu me laisses passer la commande ?





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MessageSujet: Re: Apnée en terres hostiles   Sam 2 Juil - 22:27

Comme Héléna n'avait pas répondu, Phèdre en déduit que oui, elle aurait de gros ennuis, de toute façon elle en avait conscience, ça, au moins ça ne lui avait pas échappé. Pour le reste, elle suit le mouvement, ça a un côté presque rassurant. Toute sa vie on lui a appris à suivre sans poser de question. Cela ne l'empêche pas de réfléchir à la situation mais elle se sait démunie ici. Elles sont enfin en sécurité, du moins c'est ce que semble penser Héléna alors Phèdre a tendance à le croire également, elle ne peut pas en juger, mais ça semble toujours plus sûr que d'être dehors où tout le monde peut voir l'avis de recherche et la reconnaître.

Alors qu'elle se douche, elle n'a même pas prêté attention à la porte repoussée par celle qui vient de lui sauver la vie sans doute. Elle ne remarque pas vraiment la surprise de la femme non plus, à vrai dire elle a bien du mal à ordonner ses pensées après toutes ces aventures. L'endroit est bien plus calme, et cela l'apaise un peu mais toute une foule de questions se bousculent dans sa tête. Elle écoute les paroles d'Héléna en terminant de se vêtir et tourne la tête vers elle, totalement surprise.

-Pourquoi ? Au Centre, je faisais comme ça, c'était normal. Personne n'a jamais été gêné, dehors tout le monde se cache de tout le monde alors ?

Elle ne comprenait vraiment pas ce qu'il y avait de dérangeant dans la nudité, la pudeur était un concept dont elle n'avait aucune notion. C'était un peu comme si vous disiez à quelqu'un de chauve qu'il devait porter une perruque car son crâne nu était quelque chose qu'il fallait cacher...Cependant, elle se dit qu'à l'avenir elle ferait attention à cela, du moins elle essaierai. Cela demanderai sans doute du temps avant que ça devienne un réflexe. Revint le sujet de la nourriture, là dessus, au moins, ses réactions ne semblaient pas mettre son hôte mal à l'aise. Elle s'assied sur le canapé à son signe et hausse les épaules avant de sourire à l'idée d'un repas inconnu.

-Un peu de tout, j'ai plein de choses à découvrir.

Elle prend le flyer, déchiffre le nom du restaurant et lit quelques noms de plat qui ne veulent rien dire pour elle. Elle esquisse un sourire au coup d'épaule et se décale un peu, elle ne comprend pas vraiment le geste alors elle préfère laisser plus de place à la femme. Elle l'écouta ensuite, le visage grave et concentré. Elle sentait son cœur s'emballer car elle ne pouvait se débiner, il fallait parler, et ce que venait de dire Héléna ne la rassurait pas.

-J'ai été préparée pour servir les Asariens, c'est pour ça que j'étais là-bas. Toi tu n'y étais pas parce que tu n'es pas comme moi.

Elle agitait la tête, rentrait ses ongles dans la paume de sa main, nerveuse. Sortie de son étrange cocon, privée de tous repères, ce qu'elle venait d'entendre remettait en cause toute sa vie.

-Je suis née au Centre, enfin je crois. Les chercheurs m'ont élevée, ils m'ont appris plein de choses. Je vivais dans ma chambre, et je sortais pour les tests et les examens...On voulait que j'apprenne à bien obéir, à me rendre utile parce que c'est comme ça que ça doit être. Un jour j'aurai pu servir une famille d'Asariens et sortir du Centre mais...mais hier on devait essayer le nouveau collier dehors. Il donne des décharges quand on n'écoute pas, je l'avais déjà eu à l'intérieur mais là on devait voir si ça marchait dehors. Comme j'étais une gentille fille, ils ont décidé que je pouvais sortir avec le collier et le chercheur mais quand je me changeais il y a eu une alarme qui disait de sortir. Il m'a laissée là, je ne savais pas trop si je devais sortir mais j'ai vu des gens habillés comme moi le faire, alors je les ai suivis. Dehors il y avait beaucoup de bruit, alors je me suis mise sur le côté en attendant qu'un des docteurs vienne me dire ce que je devais faire, j'ai vu une vitrine pleine de couleur et j'y suis allée, doucement, tranquillement, je ne voulais pas qu'on croie que je cherchais à m'enfuir.


Elle reprit son souffle et ferma les yeux en secouant la tête avant de reprendre.

-Quand j'ai voulu revenir vers les autres, je me suis rendue compte qu'ils n'étaient plus là alors je suis allée à la petite porte d'où on était sortis, il fallait un code mais je ne le connaissais pas. J'ai vu des gardes et j'ai eu peur alors je me suis cachée, je ne voulais pas qu'on pense que je faisais une bêtise. Ils racontaient que l'alarme était une fausse alarme ou je ne sais pas quoi je n'ai pas tout compris, par contre j'ai compris qu'on m'accuserai d'être sortie comme ça... J'aurais encore pu leur expliquer, sans doute, mais j'avais si peur...J'ai attendu qu'ils s'en aillent et je suis partie dans la rue. Je me suis cachée dans un endroit qui sentait mauvais pour la nuit, pour ne pas m'endormir, seulement j'étais si fatiguée que c'est arrivé quand même. Je me suis réveillée au matin, j'ai cherché à manger, et puis les gens me regardaient bizarrement alors j'ai couru et on s'est rentré dedans.
Le 7 je ne savais pas trop, parfois on m’appelait numéro sept, d'autres fois, juste Phèdre, c'est peut-être mon deuxième nom, je n'ai jamais demandé, je n'avais pas vraiment le droit de poser de questions.


Elle écarta les mains devant elle en reposant le flyer, secouant la tête.

-Je ne sais pas je ne connais pas ces plats, c'est mieux si tu commandes.

Elle était abasourdie par ce qu'elle venait d'apprendre et cela se lisait sur ses traits.
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Héléna Carter
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MessageSujet: Re: Apnée en terres hostiles   Mar 5 Juil - 14:01

Je pince mes lèvres en faisant une petite moue gênée. Je suis très forte pour fouiner, pour enquêter, pour donner mal au crâne aux autres quand je me mets à trop parler, mais devant l’incompréhension de Phèdre au sujet de la nudité, je me dis que cela va être difficile de trouver les bons mots. Je cherche les bonnes idées, comment lui expliquer sans qu’elle se sente offenser tandis qu’elle termine de s’habiller avec les vêtements qu’elle trouve dans la penderie.

- Je suis vraiment nulle comme professeur. Mais je vais tenter de t’expliquer. La nudité, c’est beau pour un bébé ou dans l’intimité, mais pas dans la société, pas dans le quotidien. Je ne sais pas pourquoi au Centre on t’a appris ces choses-là. C’est peut-être un moyen de vous faire comprendre que vous ne serez jamais des Etres humains, mais des « choses ». As-tu déjà vu les employés du Centre se déshabiller devant toi ? Je ne pense pas. Tu ne t’es jamais posée la question à ce sujet ?  Se vêtir c’est comme un code. Nous n’évoluons pas dans une nature brute. Nous habitons un système de signes d’appartenance sociale ou de refus d’appartenance sociale : tu trouveras toujours un type qui ira en jean à l’opéra. Mais ça c’est encore autre chose. Les vêtements font notre personnalité, un signe que nous envoyons aux autres et cela  nous permet aussi de cacher notre nudité. La nudité reste pour le domaine privé … J’espère avoir été claire ou pas …

Je plaisante un peu pour tenter d’apaiser une situation un peu particulière, autant pour elle que pour moi. Après une bonne douche, Phèdre a certainement faim et si j’ai bien suivi l’évolution des flashs d’informations sur les chaines de télévision, sa fuite s’est passée hier. La pauvre jeune femme a dû trainer dans les rues toute la nuit jusqu’à aujourd’hui. Je l’invite à lire le flyer du traiteur chinois. Quelque chose pourrait lui faire envie. Il faut que j’essaye de comprendre ce qu’elle est et pourquoi le Centre fait autant de remue-ménage autour de sa fuite. La seule solution qui s’offre à moi, c’est de la questionner. Ô je suis très habile dans les questions ! C’est la base de mon job de journaliste quand j’ai un article à écrire, quand j’ai une personne en face de moi pour une interview. J’ai bien tiré les vers du nez à mes interlocuteurs. Sauf que là je ne suis pas en train d’écrire un sujet pour le prochain numéro du Times et que je suis mal à l’aide de lui poser toutes ces questions. Mais c’est la seule manière de savoir qui elle est et ce qui se trame au Centre.

Le début de son histoire me fait froid dans le dos. Des humains manipulés et utilisés pour servir les Asariens. Je déteste encore plus les Miens et ma nature en cet instant, mais je ne dis rien, je ne veux pas la couper dans son élan. Je reste silencieuse et je l’écoute avec attention. J’ai beaucoup d’imagination, j’en ai toujours beaucoup trop eu comme le souligne toujours Liam. Mais pas à ce point. Pas sur le fait que quelque part, il y avait des humains conditionnées à enfanter et que ces bébés étaient élevés comme des … Comme des quoi ? Pas des Humains, ça c’est sûr ! Comme des choses sans nom qui ont été éduqués dans un seul but : servir la race suprême. J’en ai la nausée. Ils sont dressés à obéir avec ce collier dont elle me décrit les options, à servir une future famille asarienne. Je ferme mes mains sur mes cuisses en deux poings que je serre très fort. Je m’oblige à me calmer, car j’entends des grésillements sortir de mes paumes. Mes pouvoirs se calquent sur mes émotions et j’ai des dons puissants qui peuvent faire des dégâts comme l’électrokinésie et la pyrokinésie. Rien que ça …

Elle s’est enfuie sans vraiment le vouloir. En fait tout est une question de causes à effets. Sans cette alarme, elle serait restée sagement au Centre. Ce que je pensais, était juste. Elle a passé la nuit dehors. Un cobaye qui a toujours répondu à tous les ordres et qui s’en veut maintenant de désobéir. Les Asariens ont trouvé comment conditionner les humains : dès leur naissance. J’aimerai bien parfois que la rébellion fasse sauter cet édifice, mais il y aura toujours des innocents dans une telle catastrophe. Elle n’en sait pas plus pour ce chiffre 7. Elle est peut-être le septième enfant né en même temps qu’elle. J’imagine des femmes mises en enceintes pour un tel projet scientifique. Cela me rend malade. Pourtant, je ne le montre pas ou peu à Phèdre.

- Phèdre, tout ce que tu as appris au Centre, il va falloir le désapprendre. Je sais que cela te fait peur, mais tu n’es pas un animal ou une chose qui a été élevée pour obéir à d’autres. Tu es une Humaine ! Un Etre vivant comme moi ! Il n’y a pas de sous race ou de race supérieure même si c’est ce qu’on veut nous faire croire depuis longtemps. Je suis Asarienne, c’est vrai, mais jamais je ne me servirai d’humains pour accomplir des tâches ménagères, ou insultantes, ou dégradantes. Je ne suis pas ton ennemi. D’autres le seront. Il faut que tu sois très prudente … même envers les humains. Oui … Certains sont aussi dangereux que les Asariens …

Comment effacer tout ce qu’elle a appris et lui donner de nouvelles bases ? Je prends doucement sa main dans la mienne.

- Tu ne dois pas te considérer comme une expérience ou un numéro qui doit servir une autre personne. Tu es toi-même une personne. Les Asariens ne sont pas tous mauvais. Dis comme ça, c’est un peu étrange à entendre. Ceux qui sont au Centre, même s’ils n’ont jamais été violents avec toi, ils sont mauvais. Ils t’ont élevée pour que tu deviennes obéissante, pour que tu ne penses pas par toi-même, que tu suives un règlement bien précis. Ce n’est pas cela la vie …

Qu’est- ce qu’est la vie alors dans ce monde de fous où nous vivons ?

- Asaria possède en son sein le pire Enfer qu’il soit. Nous nous battons pour éviter le chaos qui se bouscule à notre porte. Ne fais confiance à personne … Bon Ok, moi oui !

Le caractère de Liam commence sérieusement à déteindre sur moi. Toujours à mettre une petite touche d’humour pour faire passer des informations catastrophiques. Je prends le flyer de ses mains et je pianote le numéro de téléphone du restaurant.

- Bonsoir, c’est pour une livraison à domicile. Je voudrai 2 portions de nems, 2 salades au poulet, des beignets de crevettes, 2 portions de crabes farcis et du riz cantonais. Au 45 avenue Babylon, tour B, dernier étage.

Je laisse parler la personne au bout du fil qui prend ma commande et qui me fixe l’heure de livraison dans une demi-heure maximum.

- C’est parfait !   Merci !

Je termine la conversation et je remplace mon téléphone dans la poche de mon jean.

- Nous serons livrées dans une demi-heure. Tu peux me poser toutes les questions qui te passent par la tête. Ça doit bouillonner dans ton esprit, non ? Vas-y, lance-toi, j’essaierai d’y répondre au mieux, promis.





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MessageSujet: Re: Apnée en terres hostiles   Mer 6 Juil - 17:42

Phèdre finit par hocher la tête devant les explications d’Héléna sur la nudité. Non, elle n’avait jamais vu de chercheur se dévêtir devant elle, mais elle supposait qu’ils se changeaient chez eux avant de venir. Elle n’aurait jamais pu imaginer que la nudité soit quelque chose d’aussi…tabou . Après tout, un enfant venait au monde totalement nu non ? Elle se dit qu’il devait y avoir une raison de se cacher ainsi, peut-être que les gens avaient honte de leurs corps, mais elle ne saisissait pas pourquoi. Elle ne se voyait pas comme une chose, loin de là, cependant, son monde venait de prendre un virage à 180° et il lui faudrait s’habituer à ces choses qui différaient de tout ce qu’elle avait connu. Elle n’aurait pas été se promener nue en rue, elle savait qu’on devait porter des vêtements pour sortir, finalement, il suffisait d’étendre cela à toutes les situations. Ce point-là ne lui posait guère de réel problème, mais puisque cela semblait gêner son hôte, elle y ferait attention.

-Pour les questions, il y a les livres ou les professeurs, mais non, jusqu’ici, ça ne m’a jamais paru bizarre. Pourquoi les vêtements font notre personnalité ? On les choisit parce qu’on les trouve jolis non, ce n’est pas comme si je changeais dans ma tête en fonction de ce que je porte…


Elle plissa les yeux, le raisonnement allait trop loin pour elle. Elle ne comprenait rien aux histoires de style, ou d’homme à l’opéra. Un vêtement ça devait tenir chaud, et couvrir, et donc, cacher la nudité, jusque-là elle suivait…mais pour le reste, elle pédalait dans la semoule et son cerveau avait du mal à faire la connexion entre qui on était et ce qu’on portait.

À défaut de pouvoir saisir toutes les nuances, la jeune femme émet un sourire un peu forcé. Elle ne voudrait pas se montrer impolie, ou passer pour une demeurée, seulement tous ses repères s’étaient fait la malle et c’était assez difficile d’assimiler des choses qui, jusque-là, n’auraient jamais effleuré son esprit. La vie en dehors du Centre risquait de s’avérer très compliquée. Fort heureusement, vient le moment pour elle d’expliquer ce qui s’est passé. Les souvenirs ne sont pas agréables, mais raconter les faits aussi fidèlement que possible lui évite de se poser toutes sortes de question. Elle s’agite sur le canapé, fixant les poings serrés d’Héléna qui émettent de drôles de bruit. Ce bruit qui lui rappelle les séances diverses de tests, les moments affreux où l’électricité était envoyée dans son corps sans qu’elle n’ait rien fait de mal. Elle déglutit et se tasse à l’opposé de la journaliste, mal à l’aise. Elle est aux aguets, prête à bondir et à fuir au moindre signe d’une menace. D’ailleurs elle regarde autour d’elle en terminant son récit, elle cherche des yeux la meilleure issue, celle qu’elle pourrait atteindre sans risquer de se faire attraper. Au fond de ses yeux, une lueur oscille entre panique et résignation. Dans le fond, elle ne sait rien de cette femme, elle ne comprend pas pourquoi elle fait de tels bruits avec ses mains, elle est peut-être tombé dans un piège, même si son instinct lui souffle qu’elle est en sécurité ici. Elle se détendit légèrement lorsqu’Héléna lui répondit sans paraître en colère contre elle, cependant, elle restait à l’affût.

-Bien sûr que je ne suis pas un animal, je pense, je suis capable de verser des larmes, j’ai une conscience, ça je l’ai appris. Mais…ce sont les Asariens qui dirigent tout, c’est pour ça qu’il faut les écouter et leur obéir. Moi je m’en fiche de devoir faire du ménage si on me nourrit et que j’ai un toit sur ma tête. Je ne comprends pas pourquoi dehors tout est si compliqué. Je fais un travail contre une protection, c’est comme quand on donne des papiers pour avoir un croissant dans le fond. On échange, j’échange mon temps contre une maison. Pourquoi ça devrait être humiliant ? Pourquoi des gens voudraient devenir mes ennemis, je ne les connais pas, je ne leur ai rien fait moi.

Déboussolée, elle en avait les larmes aux yeux. Pas pour cette histoire de tâches ménagères, ça elle s’en fichait, mais savoir que certaines personnes pouvaient lui vouloir du mal sans la connaître. Elle avait déjà vu que certains chercheurs avaient sale caractère, mais ils n’avaient jamais été ses ennemis parce qu’elle s’était efforcée d’être encore plus complaisante, en général ça marchait. Elle n’était pas du genre à avoir mauvais caractère, que du contraire. Pour elle, il était simplement inimaginable de vouloir du mal à quelqu’un, qu’on le connaisse ou non. Elle avait atterri dans un drôle de monde finalement, il fallait avoir peur et se méfier de chaque personne. Humains et Asariens, mais elle n’avait aucune idée de comment reconnaître ses ennemis des autres, alors il fallait qu’elle se méfie de tout le monde sans exception. Elle qui avait rêvé d’enfin croiser des gens, de pouvoir parler, rire, et qui sait, se faire des amis, elle tombait de haut. Elle inspira doucement pour se calmer, ce n’était pas le moment de se mettre à pleurer comme une enfant. Non, c’était le moment de comprendre dans quoi elle venait de mettre les pieds.

-Pourtant, c’est ce que je suis, une expérience…sinon, je ne serais pas là, je ne serais pas …comme je suis. Les …les gens de dehors, ils grandissent avec des parents, avec des amis…les expériences ils grandissent comme moi, avec des tests, des leçons, des examens, et beaucoup de docteurs. Je n’étais pas malheureuse là-bas, sauf quand on m’emmenait dans la salle pour mettre des choses sur mon front et que je me tordais dans tous les sens, là j’étais triste mais heureusement ça n’arrivait presque plus.


Elle haussa les épaules, non sa vie n’avait pas été si affreuse que ça. Elle aurait pu vivre des choses bien pires sans doute. Au Centre elle bénéficiait d’une certaine sécurité et du confort de base que beaucoup de ses congénères n’avaient pas.

-Les règles elles aident à vivre tous ensemble, à savoir ce qu’on doit faire. Comme la règle de s’habiller dont tu m’as parlé. Si on n’a pas de règles alors on fait tous comme on veut et après personne n’est content.

Discours d’une simplicité enfantine, si la vie n’était pas faire de règles alors il n’y avait aucune raison de respecter celles qui arrangeaient les autres. Elle avait bien du mal à trouver le juste milieu dans tout cela, dans son monde, c’était bien ou mal, noir ou blanc, jamais en demi-teinte. Elle fixe Héléna quand elle passe le coup de téléphone pour le repas, et son estomac se manifeste d’un grondement sonore. Elle est alors invitée à poser les questions qui lui viennent. Elle ouvre la bouche et reste muette, disque dur planté, merci de rebooter ou de contacter votre administrateur réseau…

Après un petit moment, elle réussit enfin à articuler :

-Qu’est-ce qu’ils vont me faire s’ils me retrouvent ? Je ne pourrai pas toujours me cacher, il faut que je trouve une façon d’avoir des cartes ou des papiers avec des chiffres pour me nourrir et…et tout le reste, alors comment je ferai ? Et puis, pourquoi tu m’aides ? Tu risques des problèmes aussi, puisque tu dis qu’il faut se méfier de tous ces gens, je ne comprends pas pourquoi tu as décidé de m’aider sans me connaître.


Les questions étaient des plus basiques, à vrai dire, elle essayait déjà d’assimiler toutes les nouveautés avant d’en chercher d’autres. Pourtant elle avait besoin de comprendre, et envie aussi, de ne plus être comme une naufragée sur des terres hostiles. Mais qu’avait-elle perçu seulement, qui soit sujet à questions ? Jour 1 : Dehors, c’est vraiment pas marrant.
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MessageSujet: Re: Apnée en terres hostiles   Ven 8 Juil - 23:25

Je n’étais pas un professeur et franchement en voyant l’air complètement déboussolé de Phèdre, je me flagellais intérieurement de n’être pas plus délicate avec elle. Je n’avais pas les bons mots et les bonnes explications pour montrer à la jeune femme que la nudité était une chose qu’on ne pouvait pas se permettre devant les autres sauf dans des situations intimes. Pour moi, c’était très logique, mais pour elle s’était si éloignée de ce qu’elle avait vécu. Je fis une petite moue d’excuse.

- Les vêtements … c’est une question complexe, Phèdre. Je suis vraiment désolée d’être nulle dans mes indications qui au lieu de te rendre les choses plus faciles et plus claires ne font que t’embrouiller.  On choisit les vêtements parce qu’ils nous plaisent. Jusque-là ça va. Mais tu ne peux pas mettre n’importe quels vêtements suivant le lieu où tu te trouves. Tu vas au restaurant, tu ne vas pas porter de nuisette ou de pyjama. Tu vas à l’opéra, tu ne vas pas y aller en jean. Tu veux faire du sport, tu devras opter pour une tenue pour être à l’aise. Il y a des codes à respecter. Tu ne vas pas aller dormir en robe de soirée non plus. Les vêtements reflètent ta personnalité, ça je suis de ton avis, mais on doit les adapter aux circonstances qui nous entourent et que l’on vit.  

Je me rendais-compte qu’elle ne pourrait pas engranger toutes ces données en quelques heures, qu’elle devrait réfléchir à tout cela, trouver une nouvelle logique pour avancer dans ce monde qu’elle découvrait. Sa fuite ne lui permettait pas de raisonner tranquillement. C’était compréhensible. Mon pouvoir sur l’électrokinésie se manifesta au mauvais moment. J’avais tenté de le maitriser comme je le pouvais entre mes paumes, mais elle avait dû voir quelques petits éclairs bleutés et du bruit étrange. Je ne voulais pas lui faire peur. Je la vis se raidir et je ne fis aucun geste envers elle pour ne pas l’effrayer encore plus qu’elle ne l’était par tout ce qu’elle vivait actuellement. Phèdre s’était tassée à l’autre bout du canapé.  J’allais devoir lui expliquer cela aussi. Cependant, la priorité c’était elle. Je la cherchai des yeux pour la rassurer de mes intentions et  pour qu’elle  puisse y voir aucun mauvais dessein de ma part. Etre moi-même et la plus sincère avec elle, c’était ce que je devais faire pour la rassurer. Je la sentais prête à bondir et à fuir de cet appartement. Non, non ! Elle devait rester ici, à l’abri et en sécurité ! Dehors, c’était la jungle pour une personne comme elle.  Notre conversation reprit sur la place des humains dans la société asarienne. Voilà comment le gouvernement avait trouvé sa solution pour asservir les humains. Les scientifiques influençaient les humains dès leur naissance, du moins, c’était ce que j’en déduisais en l’écoutant.

- Phèdre, il n’y a pas de race supérieure et de race inférieure. Ta réflexion pourrait s’avérer exact, mais les scientifiques ont oublié le plus important. Tu fais un travail qu’on te demande, d’accord avec ça. En contrepartie, tu reçois un salaire. Et c’est avec cela que tu vis et que tu deviens indépendante. Ton corps et ta personne ne sont pas à vendre… encore moins pour avoir un toit.  Dans ce cas, alors, tu fais un travail qui te demande de rester au domicile de cette personne, mais tu reçois quand même une rétribution. Tu as des capacités que tu mets certes à disposition des autres, mais tu dois recevoir un salaire pour les tâches que tu effectues.  Là rien n’est humiliant. C’est ainsi que tout le monde fonctionne. Je travaille. Mon boulot me donne le droit à un salaire, de l’argent et avec cela je suis autonome. Il y a d’autres situations qui ne nécessitent pas de l’argent : entre amis, entre connaissances, on se fait confiance, on dépanne, on aide l’autre sans besoin d’argent. On  n’achète pas une amitié, une aide, une main tendue… Bon OK, il y a des cas à part … je t’en parlerai plus tard.

Il y avait plein de cas différents surtout quand on commençait à regarder vers le marché noir, les contrebandiers, les Insoumis, les indics … Cette partie de la société était très différente et dangereuse. En voyant sa façon de retenir ses larmes, je me demandai si j’avais fait le bon choix de lui expliquer ce qu’était vraiment le monde hors des murs du Centre. Oui, j’avais eu raison. Elle ne pouvait pas vivre dans le mensonge, dans cette bulle élaborée par des fous.

- Les expériences sur des Etres humains ne devraient pas exister … C’est contre nature. Tu es bien née d’une mère, mais elle aussi a dû être manipulée et conditionnée pour servir les projets du Centre. Toi et tous les autres, on vous apprend à obéir, mais vous n’êtes pas des machines ! Ce n’est pas naturel … La génétique ne doit pas servir à soumettre des Êtres vivants pour les rendre serviles. Ce sont des mensonges tout ça !

L’esprit était puissant. C’était ce que j’avais un jour entendu de la part d’Amaria. Elle était une puissante télépathe et l’esprit pouvait devenir une arme redoutable lorsqu’il était contrôlé et traité de la sorte à servir une théorie. L’esprit d’un enfant dès son petit âge était manipulable et il était facile de le façonner suivant des règles qui serviraient les Asariens.

- Oui,  une règle est un principe de vie en société. Cet ensemble des règles constitue un tout cohérent que les personnes suivent pour mieux coexister : par exemple les règles de la politesse, les lois de la cité … Cela nous sert à vivre tous dans le respect. Jamais, il n’est mention de manipuler les gens pour les transformer en serviteur de plus puissants.

Je la laissai à ses questionnements et j’en profitai pour passer notre commande au restaurant chinois qui livrait aussi à domicile. J’avais pris un peu de tout. Phèdre devait avoir très faim depuis sa fuite. Une fois ma conversation téléphonique terminée, elle se lança dans ses premières questions.

- Ils peuvent te faire ce que tu m’as expliqué tout  l’heure, des choses que tu n’aimes pas et qui te font mal parce que tu as vu ce qui se passe dehors et que la réalité est différente de tout ce qu’ils t’ont raconté depuis toute petite. Je peux te procurer une carte d’identité et un peu d’argent pour vivre. Je pourrai toujours voir pour un travail. J’ai pas mal d’amis qui pourraient m’aider.

Liam pourrait m’aider à obtenir des papiers d’identités. Mike serait me trouver un studio pour Phèdre. Il restait la question du boulot pour vivre. J’étais perdu dans mes pensées quand elle me demanda pourquoi je l’aidais et pourquoi je lui faisais confiance alors que je n’avais pas cessé de lui dire de se méfier des gens. Je lui souris.

- Parce que je fais partie de ceux qui ne veulent aucun mal aux humains. Je suis différente et je dois me protéger en me montrant discrète sur mes convictions. Si le gouvernement, la Milice, le Centre savent que j’ai aidé une humaine, je serai arrêtée sur le champ et jetée en prison pour trahison ou obstruction à la loi … Mais je suis ainsi. Depuis des années, je me bats pour l’égalité des races. A un moment donné, si on veut faire bouger les choses auxquelles on croit, il faut prendre des risques. Je n’admettrai jamais qu’on puisse soumettre des gens par plaisir pour les contrôler et leur donner des ordres. Je n’ai pas été élevée ainsi. Je t'ai aidée parce que j'ai vu ton avis de recherche sur les écrans ... et que je me doutais que tu étais en mauvaise situation.

J’ouvris alors mes mains, paumes vers le haut et quelques toutes petites étincelles bleutées apparurent.

-Je ne voulais pas te faire peur. Un de mes pouvoirs est lié à l’électricité. Et tous mes dons sont calqués sur mes émotions. Ton histoire n’a fait que raviver ma nausée envers les magouilles et les horreurs que le gouvernement ne cesse de créer pour avoir la totale suprématie sur Asaria.





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Dernière édition par Héléna Carter le Lun 18 Juil - 14:06, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Apnée en terres hostiles   Lun 18 Juil - 11:49

Phèdre trouvait que le sujet se corsait de plus en plus, par exemple, la robe de soirée, elle se mettait en soirée non ? Comme l'indiquait son nom, alors, pourquoi on ne pouvait pas la mettre pour dormir si on dormait le soir ? Elle plissa les yeux et se mit à triturer une des manches trop longues du pull. Elle avait l'impression que ce sujet était une réelle montagne à gravir à l'aide seule de ses doigts et de ses petits pieds. Ses tenues se résumaient à des blouses d'hôpital et parfois quelques vêtements choisi pour elle par les chercheurs, et, en toute sincérité, elle aurait préféré que cela continue ainsi, ça rendait la vie tellement plus facile.

-C'est pas toi qui es nulle, mais j'ai du mal à comprendre. Moi j'ai toujours mis les habits qu'on me disait de mettre alors je me posais pas toutes ces questions. Finalement, ça a l'air d'être très compliqué de choisir quoi mettre, les gens doivent perdre beaucoup de temps pour ça.

Elle fit rouler ses yeux, elle était persuadée qu'il fallait au moins toute la matinée pour savoir exactement quoi porter selon les divers endroits où les gens devaient se rendre dans une journée. Du coup ils devaient savoir exactement le programme de leur journée, il n'y avait pas de place pour l'imprévu, à moins qu'ils prennent avec eux un sac contenant plusieurs tenues. Bref, tout cela était compliqué, et elle se dit qu'elle préparerait des habits à l'avance selon ce qu'elle avait à faire, avec des notes dessus, comme ça elle ne se tromperait pas, enfin, elle l'espérait.

Toujours méfiante à cause de ces crépitements qui n'avaient rien pour la rassurer, elle fixait les mains d'Héléna avant de zieuter tout autour d'elle. Son regard d'animal traqué cherchait l'issue tout en surveillant le danger que représentaient ces éclairs qu'elle ne connaissait que trop bien. Elle continuait la discussion mais en étant nettement plus tendue. On lui aurait expliqué qu'Héléna pouvait exploser d'une seconde à l'autre sans prévenir que cela aurait été pareil.

-Mais nourrir quelqu'un, le chauffer, l'habiller, et le protéger, c'est une forme de salaire non ? Tu dois payer pour ta maison , pour manger, pour tes habits. Tu paie avec ce qu'on te donne pour ton travail, mais si on te donnait à manger à la place, ce serait pareil. Je ne comprends pas pourquoi on en fait tout une histoire, moi je préfère avoir une maison et tout ce qu'il faut plutôt que le salaire, c'est bien trop compliqué de savoir quoi faire avec ça. Un trami ? C'est un vêtement ? Quand on est en "trami" ça veut dire qu'on se connait ?

L'amitié était une notion qui lui était étrangère. Comment aurait-elle pu savoir ce que c'était en vivant coupée du monde, en n'ayant, comme rapports, que ceux avec l'équipe médicale ? Elle aimait bien les gens qui étaient gentils avec elle, sans parvenir à mettre un qualificatif à ceux là...Peut-être que le chercheur très gentil qui lui amenait souvent de quoi broder était un ami, à son niveau, mais elle ne le saurait jamais. Elle retint cependant le mot amitié, parce qu'il sonnait bien à ses oreilles, il était différent de ceux qu'elle avait pu lire dans les rares ouvrages autorisés au Centre.  Puis vint le sujet des expériences, Phèdre haussa les épaules d'un air tranquille. Si les expériences n'existaient pas, elle ne serait pas en vie, elle en était certaine, on le lui avait seriné pendant des années.

-Qu'est ce que ça peut faire qu'on soit conditionnés ? Ça évite les problèmes d'obéir, c'est tout ce que je sais. Et puis quels autres ? J'étais toute seule là bas tu sais, enfin la seule comme moi.

Elle avait bien du mal à admettre l'espèce d'indignation d'Héléna. Elle avait toujours vécu de cette façon alors même si on lui disait que c'était mal d'obéir aux Asariens, ou même que c'était mal de l'avoir gardée enfermée, elle ne parvenait pas à ressentir de colère là-dessus. Cela aurait impliqué de remettre toute son existence en question et c'était un peu trop difficile à admettre dans une situation pareille.

-Si j'ai une mère, pourquoi elle est jamais venue me chercher quand j'étais triste ? Une maman ça sent ces choses là, non, j'ai pas de mère, c'est pas possible. Y'a juste eu une femme qui m'a porté et qui m'a donné au centre, et ça, c'est pas une mère.

Cette version était bien plus facile pour Phèdre, elle s'en était persuadée depuis longtemps. Une mère n'aurait pas laissé son enfant là-bas parce que le rôle d'une mère c'est de s'occuper de son bébé. Voilà ce qu'on lui avait dit quand elle était toute petite, et comme la femme qui l'avait faite ne s'en occupait pas elle n'était pas sa mère.
La rouquine se demandait si elle avait vraiment envie de connaître ce monde finalement. Tout n'était que faux semblants, interrogations, codes incompréhensibles et règles confuses. Elle aurait sans doute voulu retourner dans sa petite cellule si on ne l'avait pas épinglée comme une fugitive dangereuse. Maintenant le retour en arrière était exclu, elle allait devoir tout apprendre très vite, quitte à faire des bourdes. Et puis Héléna le confirmait, ils pouvaient recommencer à lui faire mal et ça elle ne voulait plus, alors son seul choix c'était de s'adapter à ce nouvel environnement, vite et bien. De toute façon si elle avait dû servir une famille Asarienne, c'est aussi ce qu'elle aurait dû faire, seulement là, c'était pour elle, et non pour un autre. Un sentiment nouveau gonfla sa petite poitrine à cette pensée, elle se sentait forte, elle avait son destin en main, pour la première fois de sa vie elle allait faire des choses pour elle et pas parce qu'on lui ordonnait ou parce qu'il le fallait. Elle hocha la tête vers Héléna alors qu'un fin sourire s'élargissait sur son visage.

-Travailler, je veux travailler ! Je peux hein, vouloir faire quelque chose ? Je veux travailler pour avoir de l'argent et...et ensuite, et bah je verrai bien.

Oui bon pour l'instant le but était simple, travailler et avoir de l'argent. Pour en faire quoi ? Elle n'en savait rien. Mais c'était déjà un pas en avant puisque pour la première fois elle osait imposait ce qu'elle voulait et ne se contentait pas de faire ce qu'on attendait d'elle. Bon pour la suite, elle improviserait, sa vision du monde n'allait de toute façon pas bien loin pour le moment mais c'était mieux que rien. Aux paroles d'Héléna elle secoua la tête, non ils ne pouvaient pas l'arrêter, elle ne laisserait pas faire ça alors, à sa plus grande surprise, elle s'affirma de nouveau.

-Non ! S'ils savent que tu m'as aidée, alors tu dis que tu m'as attrapée pour me livrer. Si tu es en prison tu peux plus aider personne. Moi je peux faire semblant d'être en colère parce que tu m'as attrapée, et comme ça ils te laissent tranquille.

C'était assez simpliste, mais les meilleurs plans n'étaient pas toujours les plus complexes, et pour Phèdre, il était juste hors de question que celle qui l'avait aidée ait des problèmes par sa faute. Elle ouvrit les mains et Phèdre sursauta, comme si un éclair allait jaillir et la foudroyer sur place, mais rien ne se passa, alors elle écouta Héléna et hocha la tête, même si elle ne comprenait pas tout. Se mettre en colère pour une chose qu'on lui a juste raconté lui paraissait bizarre, mais cela expliquait les drôles de bruits. Elle déglutit doucement.

-Ca faisait le même bruit quand...enfin là-bas.

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MessageSujet: Re: Apnée en terres hostiles   Lun 18 Juil - 19:28

Je laissai échapper un petit fou rire quand Phèdre m’expliqua que cela devait être compliqué de choisir ses vêtements et qu’on y perdait beaucoup de temps. Cela me renvoyait à ma jeunesse, à mes premiers rendez-vous, sa choisir pendant des heures LA tenue pour plaire. Je pouvais encore le faire, comme pour l’After de Laymann où j’avais dû faire le choix entre quelques robes de soirée.

- Tu n’as pas tort ! Certaines occasions demandent de faire le bon choix et nous les femmes, nous sommes très compliquées surtout quand on veut plaire … Hum, les hommes doivent l’être aussi, mais certainement plus promptes à choisir les vêtements qu’il faut. Comme je te l’ai dit, les vêtements, c’est tout un code. C’est aussi la manière de séduire, ou d’être à l’aise, de porter de belles tenues, ou des vêtements très simples.

Les crépitements qu’elle avait perçus  dans la paume de ma main avaient mis Phèdre sur la défensive. Mes pouvoirs réagissaient toujours ainsi. Si mes émotions prenaient le dessus, mes dons surgissaient à n’importe quel moment. Et là ce n’était pas le bon tempo, pas avec ce que la jeune femme venait de vivre. Elle avait peur et elle se méfiait de ma présence près d’elle. Je ne pouvais pas lui en vouloir. A sa place j’en aurais fait tout autant. Je la sentais sur ses gardes et la seule solution honnête, c’était de lui expliquer mes pouvoirs et de me montrer la plus sincère possible. Le sujet sur les vêtements passa et vint celui du salaire, qu’on ne pouvait pas vendre son corps pour avoir un toit et de la nourriture.

- On nourrit, chauffe, habille et protège quelqu’un sans rien lui demander en retour. Cela s’appelle de l’aide, de la bienveillance, un soutien envers une personne qui en a besoin. En échange, l’autre n’a besoin de rien ! Par contre si toi tu veux une maison, des vêtements et manger, tu as besoin d’un salaire pour te procurer tout cela. Et tu n’as pas besoin de vendre ton corps. Pour toi c’est plus facile, je le conçois, de ne pas penser à ce genre de choses, mais c’est tellement plus agréable de pouvoir s’acheter ce que l’on veut avec l’argent qu’on a gagné, d’être indépendante que d’être sous le contrôle d’une autre personne. C’est ça la liberté.

Je secouai ma tête négativement  et je pointai mon index sur moi puis sur elle et encore sur moi, en faisant une sorte de va et vient entre nous deux.

- Amis … Entre amis … Entre toi et moi. Oui, quand on se connait. L’amitié ne se paye pas, comme le réconfort et l’aide.

Lui parler du Centre, c’était peut-être une mauvaise idée. Après tout, je ne savais pas ce qu’elle avait vécu, mais je pouvais en déduire certains pans de sa vie là-bas. Je ne me leurrais pas sur sa condition et pourquoi elle avait été retenue toutes ces années là-bas, dans cette bulle, à l’abri de la vraie société.

- L’Homme, L’Humain n’est pas fait pour être conditionné. On ne peut pas provoquer artificiellement chez un individu un comportement nouveau échappant à sa volonté. C’est contre-nature. On lui apprend les règles de vie enfant, mais on ne peut pas soumettre une personne à une sorte de captivité pour la façonner selon les envies de gens plus puissants ! Pour avoir déjà mis les pieds au Centre et connaître de réputation son Directeur, je suis plus que certaine que tu n’es pas la seule.

La question sur sa mère était la plus délicate. L’histoire de Phèdre formait un tout et la boucle avait été bouclée avec sa naissance.

- Ta mère a été comme toi, manipulée. On a dû lui retirer son enfant. Des mères porteuses, juste pour donner des enfants à ces scientifiques pour une expérience précise. Il peut y avoir plusieurs hypothèses.Ta mère était peut-être trop jeune, elle a peut-être accepté de l’argent pour mettre au monde un enfant ou alors, elle a été prise au piège et on s’est servi d’elle.

Certaines jeunes femmes en détresse, des humaines, seraient capable de faire ce genre d’expérience pour de l’argent et d’autres, plus faibles, plus naïves, auraient été utilisées pour servir les intérêts d’expériences horribles sur l’espèce humaine. L’énergie soudainement retrouvée par Phèdre me sortit de mes pensées. Son sourire s’affichait lentement sur ses lèvres et je voyais une lueur déterminée scintiller au fond de ses yeux. Je lui rendis son sourire.

-  J’aurai un travail pour toi. On va réfléchir sur ce que tu aimes faire ! Tu as l’air d’apprendre vite ! Mais avant, il faut que je te procure des papiers, une carte d’identité pour circuler, on va peut-être essayer de changer ta coiffure pour qu’on évite de trop à t’associer à l’image qui a été diffusée à la télévision.

Les Pacificateurs m’aideraient, Liam aussi et tout son réseau d’indics prêt à lui rendre service quand il avait besoin d’informations sur une enquête qu’on menait. J’étais en train d’établir un plan quand Phèdre me proposa la solution la plus bancale à mes yeux si elle devait se faire arrêter.

- Non, je ne ferai jamais cela ! Je ne peux pas mettre ta vie en danger pour sauver la mienne ! Tu n’as pas à avoir de craintes, je suis une Superwoman ! Et je connais des amis encore plus malins que moi ! Tu laisses tomber ton idée. Je t’assure que tout se passera bien à partir de maintenant.

Je voulais ajouter une touche d’humour quand ses prunelles retombèrent sur mes mains que je venais d’ouvrir devant elle pour lui montrer mes pouvoirs. Ce qu’elle me répondit me bouleversa.

- Tu …Tu te souviens de ce qu’on te faisait là-bas ? A quoi correspondaient ces bruits ?

La sonnette de l’appartement se mit à retentir et je sursautai. Je posai une main sur l’épaule de Phèdre pour calmer son angoisse.

- C’est notre repas, ne t’inquiète pas. Je m’en charge.

Je laissai monter le livreur jusqu’à notre étage et je réceptionnai toute notre commande sur le palier, la porte refermée derrière moi. Mon estomac commença à se manifester aux bonnes odeurs qui se dégageaient des paquets. J’entendis qu’il reparte et qu’il prenne l’ascenseur pour revenir dans l’appartement.

- Le repas est servi !

J’étalai les boites sur la table base avec les couverts et les serviettes en papier. Le restaurant nous avait fait cadeau de deux cannettes de coca-cola. Je repris ma place près de Phèdre que j’invitai de la main à choisir ce qu’elle désirait.

- Je vais envoyer un message à un ami. Il doit se demander pourquoi je ne reviens pas au Journal. On bosse ensemble. Je suis journaliste/reporter de terrain. Ce n’est pas dans mon habitude de le laisser sans aucune nouvelle.

Je pianotai sur mon IPhone, un SMS à Liam. Je devais revenir au Times, mais là je ne pouvais décemment pas laisser Phèdre toute seule. Alors s’il voulait bien bouger ses fesses et s’il n’avait rien prévu pour sa soirée, il pourrait passer à la planque. On ne serait pas trop de deux pour expliquer le monde à la jeune femme.

Code:

Holloway, j’ai besoin de toi à la planque. Si tes fesses ne sont pas maquées avec d’autres,  peux-tu faire un saut jusqu’ici.
Ena

Je soupirai nerveusement. Je ne sais pas pourquoi j’avais écrit cela à Holloway. Sa vie privée ne me regardait pas. Mais mon comportement envers lui était de plus en plus … Je secouai la tête et je posai mon IPhone près du repas.

- On verra bien s’il me répond. Il est très occupé … Ou alors si je lui bottais les fesses pour qu'il se bouge à venir ici ? Euh … C’est juste une façon de parler. On se taquine très souvent lui et moi.

Je piquai enfin dans les boites qui ornaient la table, en goûtant au riz cantonais et aux beignets de crevettes.





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MessageSujet: Re: Apnée en terres hostiles   Mar 19 Juil - 11:01

Sa réaction au sujet des vêtements sembla beaucoup amuser Héléna, ce dont la rouquine ne se formalisa pas, c'était agréable d'entendre rire les gens, au centre il était bien rare qu'on entende ce bruit si particulier sauf parfois, de très loin. Sans doute les employés entre eux, en tous les cas Phèdre, elle, avait eu très peu l'occasion de rire, mais, allez savoir pourquoi, parfois, lorsqu'elle était seule, elle essayait, juste pour voir ce que ça faisait. Ce n'était pas désagréable mais elle avait toujours eu l'impression qu'il manquait quelque chose pour que le rire la rende vraiment joyeuse. En même temps, rire toute seule, juste pour rire, ce n'était pas vraiment très amusant quand on y pense bien.

-Moi je mettrai des habits qui permettent d'aller faire ce qu'on a à faire et qui attirent pas le regard. Pour le reste, j'en ai pas besoin.


Nouveau haussement d'épaules, séduire n'était pas au programme, et porter de belles tenues, et bien, c'était une question de point de vue. Par exemple pour Phèdre, cet immense pull dans lequel elle se noyait presque était le summun de la beauté, mais peut-être que dehors les gens trouveraient ça bizarre. Puis elle fait des yeux ronds quand Héléna parle de vendre son corps. Encore une fois, elle comprend à côté de la plaque, innocente et naïve au possible, elle tâte ses chevilles puis ses poignets.

-Je pensais pas vendre mon corps, ça doit faire mal d'enlever des morceaux et puis je vais fonctionner beaucoup moins bien après. Mais si je fais un travail et qu'on me paie et qu'avec ma paie je peux me loger et me nourrir...c'est pareil. Juste que j'ai pas à obéir...sauf que je sais pas comment faire pour tout décider comme ça.


Vint la précision sur le fameux "trami" qui au final, n'avait rien d'un signe distinctif. Sur le coup la rousse se sentit vraiment idiote, elle vint triturer sa nuque dans un petit geste nerveux avant de hocher la tête.

-D'accord, des amis c'est quand on est gentil avec l'autre et qu'on l'aide...Je crois que j'en ai eu un au centre, un chercheur qui me ramenait de jolies choses en cachette...mais je suis pas sure parce que des fois il était de mauvaise humeur et il reprenait tout.

En fait, à bien y réfléchir, c'était peut-être fait exprès pour qu'elle se montre gentille avec ce même chercheur malgré les nombreux examens qu'il pouvait lui faire subir. Elle n'en savait rien, tout ce qu'elle avait pu voir ou connaître s'éteignait dès que la porte de sa cellule se refermait. La révélation d'Héléna sur le Centre lui fit ouvrir la bouche dans un silence stupéfait, avant qu'elle n'arrive à articuler.

-Alors il y en a d'autres, des gens comme moi ? Pourquoi je les ai jamais vus ? Peut-être qu'eux aussi ils étaient dehors quand on a cru que le feu allait tous nous brûler, si ça tombe ils sont perdus comme moi quand tu m'as vue.

Elle se redressa vivement pour aller regarder à une fenêtre, comme si, par magie, elle verrai un autre cobaye déboussolé dans la rue, mais elle ne vit personne alors elle revint s'asseoir avec un petit soupir défaitiste.

-J'ai appris des tas de choses au centre, ça voudrait dire qu'ils m'ont menti sur tout ? Comment je vais faire alors...si ça tombe je m'appelle même pas Phèdre mais heu...autre chose.

Elle eut une exclamation stupéfaite et regarda ses mains, puis se mit à triturer son cou.

-Peut-être que je suis pas une humaine, peut-être que je suis un robot et que je le sais pas...ou alors...ou alors peut-être qu'ils m'ont mis un truc sur moi pour savoir où je suis...Non, non ça je l'aurais vu en me lavant. Mais...je dois tout recommencer depuis le début ? Je connais rien d'ici, et puis les gens...comment je saurais ceux qui sont pas avec ceux du centre.

Elle avait temporairement cessé de classer les gens en méchants et gentils, même si, dans sa tête, cela revenait au même. Manquant de repères elle en conclut qu'elle ne devait se fier qu'à Héléna, du moins en attendant de connaître d'autres personnes. Par contre elle ne répondit pas au sujet de sa mère, c'était un sujet douloureux pour elle. Même si elle ne connaissait pas celle qui lui avait donné la vie, elle était partagée entre la colère de n'avoir pas été protégée, et l'envie d'une affection filiale comme elle avait pu en lire dans certains ouvrages. La question du travail l'enchantait par contre, elle n'avait aucune idée de ce que ça impliquait mais c'était une chose dont on lui avait toujours parlé en bien. Travailler dur et avec application, c'était une des choses qu'on avait ancré dans son crâne depuis le plus jeune âge comme étant une source de joie. Même si, le véritable message là-dedans était sous-entendu via la servitude.


-J'aime bien broder, et tricoter, et...quand j'étais petite je faisais du coloriage mais je crois que c'est pour les enfants. Mais je sais tenir une maison, faire le ménage, faire le service à table et m'occuper du linge, par contre je sais pas faire de repas, parce que ça, je devais l'apprendre à partir de la semaine prochaine. On peut faire quels genre de travail quand on est...comme moi ? Et ma coiffure...on peut pas la changer, il faut que mes cheveux...il...Regarde.


Elle pivota, et d'une main tremblante, alors que son cœur s'emballait, elle souleva sa tignasse pour dévoiler le tatouage de sa nuque. Elle ne pouvait pas se permettre de se couper les cheveux, ils étaient le seul rempart contre les regards qui ne manqueraient pas de tomber sur son identifiant. De l'autre main, elle retira l'écharpe qu'elle avait noué à son cou.

-Personne doit voir ça, jamais. Au centre quand ils se souvenaient pas de mon nom ils regardaient le tatouage, je sais pas trop ce qu'il représente parce que j'arrive pas à lire à l'envers, et pourtant j'ai essayé, mais c'est difficile, même en se tortillant devant le miroir. Je sais juste qu'il est là et que c'est dangereux.


Elle fit la moue quand Héléna refusa sa solution. Elle-même n'était pas bien utile pour aider les autres, alors que l'Asarienne l'était. Elle ne comprenait pas pourquoi elle refusait cette solution pourtant si simple.

-Pourtant je mets ta vie en danger parce que tu sauves la mienne. C'est la même chose, c'est s'aider quand on est amis.

Toujours des raisonnements simples et clairs, elle était pragmatique, à sa façon, même si elle ne comprenait pas tous les enjeux.La question sur ce qu'on lui faisait lui tire une grimace douloureuse.

-Oui...je m'en souvient. C'était le bruit que les bâtons avec des petits éclairs au bout faisaient juste avant qu'on les pose sur la peau...ça faisait très mal et parfois j'ai comme un grand trou noir après. Mais le pire c'était les choses qu'on mettait sur mon front, ils les reliaient à une grosse machine et quand ils l'allumaient j'avais très mal partout et je bougeais dans tous les sens et là je perdais connaissance aussi, à chaque fois. Quand je me réveillais j'avais mal à la tête et envie de vomir mais je devais m'obliger à manger sinon ...

La sonnette la fit bondir sur ses pieds tant elle eut peur de ce bruit auquel elle ne s'attendait pas. Héléna lui expliqua que c'était le repas, elle était curieuse de voir quel genre d'aliment pouvait faire ce bruit avant de comprendre qu'il s'agissait surtout du livreur qui s'était annoncé. Phèdre attendit en silence jusqu'à ce qu'Héléna revienne avec le repas, les yeux de la rouquine se figèrent sur une boite de coca, elle en avait déjà goûté, dans le bureau du psy, il lui avait laissé finir sa canette et elle avait trouvé ça vraiment bon, même si le côté pétillant de la boisson l'avait déstabilisée. Elle hocha la tête quand la journaliste la prévint qu'elle devait envoyer un message, elle écoutait à demi, hypnotisée par toutes ces bonnes odeurs.

Elle saisit une canette de coca et la tritura un bon moment avant de réussir à comprendre le système d'ouverture. Elle but une grande gorgée, et, comme elle n'était pas habituée à ce genre de boisson, elle sentit l'air remonter le long de son œsophage et plaqua les deux mains sur sa bouche pour étouffer un rot. Heureusement Héléna était occupée sur son téléphone. Phèdre se mit à manger un peu de tout, elle venait d'enfourner une grosse fourchette de riz au fond de sa bouche, enfonçant un beignet en plus, elle avait déjà un nem en main pour la suite...D'habitude elle mangeait plus doucement, mais là, elle crevait littéralement de faim. Entre deux grosses bouchées elle articula :

-Et lui il va nous aider aussi ?
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MessageSujet: Re: Apnée en terres hostiles   Dim 24 Juil - 17:30




J’écoutais Phèdre dans ses réactions presque naïves et toute en innocence. Quelque part, je l’enviais. Elle ne voyait pas les mêmes images du monde dans lequel nous vivions. Elle naissait ou renaissait après avoir passé toutes ces années en captivité au Centre pour se trouvait dans le chaos le plus total. J’aurai pu prendre tout mon temps … Si j’en avais. Non je n’étais pas malade, mais les jours futurs qui se dessinaient, ne donnaient par chère de notre peau à tous. L’eau polluée du bidonville, l’arrestation du scientifique, la brèche dans le dôme. J’avais l’impression d’avoir une enfant à protéger. C’était peut-être cela que Mara ressentait avec sa fille Héméra et c’était aussi pour cela que nous avions fait alliance avec les rebelles. Venir en aide au plus touchés, à tous ces innocents qui n’avaient rien demandé et qui subissaient la tyrannie des Puissants.  Je m’étais perdue un peu dans mes remarques et lorsque je retrouvai, la jeune femme se tâtait les chevilles et les poignets  et ne comprenait pas comment on pouvait retirer un bout de son corps.

- « Vendre son corps », ça ne veut pas dire découper un bout de ton corps pour le vendre … C’est  …

Ok, je n’étais pas une Maman et d’ailleurs je prenais conscience que je ferai une mère dès plus bancale à expliquer des notions à mes futurs enfants. J’étais coincée dans mon commentaire parce que je savais que plus je lui donnerai de nouvelles informations, plus elle me poserait des questions qui finiraient par devenir embarrassantes autant pour elle que pour moi.

- C’est compliqué, j’avoue même pour moi de te l’expliquer. La seule chose d’important c’est que tu n’as pas à donner ta personne à  une autre pour te payer quelque chose. C’est pour cela que je te dis que ton corps n’est pas à vendre. Personne ne doit le toucher sans ton accord, promis ? Et si tu ne veux pas, il faut dire NON.

La précision de mot « entre-ami » qu’elle avait fini par réduire en « trami » fit remonter les souvenirs de Phèdre. Les scientifiques, tous ces hommes à la solde du gouvernement m’écœureraient toujours. Phèdre avait été conditionné pour obéir et dès qu’elle glissait sur la mauvaise pente, les scientifiques jouaient sur les émotions : si elle était sage et disciplinée, elle avait tout. Si elle se montrait dissipée, toutes les bonnes choses lui étaient retirées.

- Le Centre est immense … J’y suis allée quelques fois pour enquêter et  la magnifique façade de ce bâtiment cache la noirceur de ses expériences. Pourquoi serais-tu la seule dans ce même cas ? Tu es un cobaye Phèdre et tu ne devais pas être la seule. Ils sont des centaines en blouse blanche à bosser là-bas et des centaines de pauvres âmes innocentes à subir des expériences qui ne seront jamais dévoilées au public. Alors, oui, je crois que tu n’es pas la seule ou que tu ne l’as pas été. Je ne pense pas qu’ils soient dehors eux aussi … Il n’y a eu qu’un avis de recherche pour toi … Ils ne laisseraient pas leurs expériences se promener sans surveillance.

Les autres n’avaient peut-être pas eu la même chance que Phèdre : ils avaient pu être rattrapés ou alors tués. J’aurai bien aimé avoir Liam avec moi. Chacun prenant le relai de l’autre. La jeune femme se redressa et se posta derrière la fenêtre. Mon premier réflexe fut de lui dire qu’elle devait se tenir éloigner de là, mais je me rappelai que toutes les fenêtres possédaient un filtre pour éviter qu’on puisse voir à l’intérieur des pièces. Elle revint très vite s’asseoir près de moi et sa crainte s’empara d’elle. Ses gestes étaient nerveux et fébriles et je pris ses mains dans les miennes, une nouvelle fois.

- Calme-toi.  Tu es une humaine. Tu m’as dit qu’il y avait une sorte de collier et qui donnait des décharges si tu n’obéissais pas ? On ne donne pas des décharges à une machine. Une machine qui est défectueuse, on lui change ses pièces, on efface sa mémoire … Toi, on t’imposait des décharges … Tu es bien humaine.  Ils t’ont menti sur pas mal de choses et tu vas devoir tout réapprendre.  Reconnaitre nos amis et nos ennemis est toujours difficile même pour moi. Laisse-toi du temps pour te familiariser avec tout ça et fais aussi confiance en ton cœur.

Je tapotai de mon index son cœur pour lui montrer que parfois, il n’était pas nécessaire de voir, que ce qu’on ressentait, nous aidait à démêler le vrai du faux. J’étais une pacificatrice et ce mot signifiait beaucoup de chose pour moi. J’étais une femme de paix, pour un avenir meilleur, je voulais me battre pour détruire la gangrène noire qui rongeait notre monde et si mes prochains combats me demanderaient peut-être de sacrifier ma vie, j’aurai au moins fait une bonne action : protéger une jeune femme. Si Liam ne montrait pas le bout de son nez dans la soirée, j’enverrai un message à Mike pour qu’il me constitue une carte d’identité pour Phèdre. Je contacterai Oliver pour qu’il trouve un poste au Times. En bossant avec moi, je pourrai aussi l’aider à devenir indépendante tout en veillant sur elle de loin. Elle allait devoir lâcher les filets auxquels elles s’agrippaient vaillamment et se laisser tomber dans l’inconnu. Elle me lista les activités qu’elle savait faire et qui ne correspondait qu’à des activités liées à la servitude de sa future vie.

- On trouvera ce qui te correspond le mieux. Tu sais sans doute classer des dossiers par ordre alphabétique ? Ou par numéros ? Ecrire ?

J’avais avancé l’idée de changer de look pour qu’elle ne soit pas reconnue par les Miliciens. Je savais ce qu’endurait déjà Mara pour avoir sa tête mise à prix depuis des années, à fuir et vivre dans l’ombre. Il fallait trouver un moyen pour Phèdre d’éviter cela toute sa vie. Apeurée et tremblante, elle souleva ses cheveux et me montra le tatouage qui ressemblait … à une code barre …
Le seul qui pouvait s’infiltrer au Centre  … c’était Laymann ! J’allais devoir mettre en marche ma fameuse couverture de journaliste qui devait écrire un bouquin sur la star du moment. Mais il avait d’autres chats à fouetter. Savoir qu’il y avait des expériences au Centre et que les humains servaient de cobayes n’apporteraient rien de plus à l’édifice… Mais si ces expériences n’étaient que le début d’un vaste plan … comme le fait d’appliquer cela aux futurs miliciens humains pour les rendre plus obéissants ?

- Ton tatouage peut être modifié, pour éviter qu’il soit reconnaissable ou même l’effacer. On ne coupera pas tes cheveux, on va les coiffer autrement, en tresse, en queue de cheval. On pourrait même éclaircir ou foncer un peu plus ta couleur naturelle.

Ma vie lui était importante et quelque part j’étais contente de lui avoir porté secours. Aidez autrui était une notion que peu de personnes pouvait se vanter de connaitre. Moi je connaissais les Pacificateurs, ces hommes et ces femmes prêts à donner leur vie pour les autres. Je souris à ses mots parce qu’elle venait de comprendre ce qu’était l’amitié et qu’il n’y avait pas de prix, il n’y avait rien en retour.

- Tu auras tout le temps de m’aider Phèdre, quand tu auras appris le fonctionnement de ce monde. Pour le moment, c’est moi qui t’aide à te familiariser avec lui. Apprend la vie, apprend à survivre. Asaria est sombre et se meurt. Je suis une Pacificatrice. C’est peut-être un terme un peu pompeux pour certains, mais je suis fière de le porter. Notre symbole c’est le Phoenix, l’oiseau de feu des vieilles légendes. C’est l’espoir de la renaissance. Tout cela doit rester secret.

On aborda ses souvenirs au Centre, ce qu’elle endurait et je percevais sa peur et sa douleur. Si elle avait eu un doute sur sa nature humaine, elle ne pourrait plus en avoir avec ce qu’elle venait de me raconter.

- Je suis désolée pour toutes ces horreurs …

Oui, je m’excusais des horreurs qui étaient faites par les Miens. J’étais une Asarienne, mais je n’avais pas ce même esprit pervers et cruel. La sonnette retentit et notre diner arriva à point nommé. Phèdre découvrait les différents gouts des petits plats que j’avais commandés tandis que j’envoyais un message à Liam.

- Liam est un ami … et j’ai confiance en lui. J’espère qu’il pourra venir. S’il ne peut pas, je te le présenterai un jour ou l’autre. Nous travaillons ensemble au Journal. Il fait partie de ma vie …





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Dernière édition par Héléna Carter le Jeu 28 Juil - 16:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Apnée en terres hostiles   Mer 27 Juil - 18:29

Phèdre était partagée entre la sensation grisante de tout un univers à découvrir, et celle, bien moins plaisante, d’être totalement larguée. Un peu comme si, une fois sortie du Centre, les gens parlaient une tout autre langue qu’elle. Elle était tiraillée entre l’envie de découvrir toutes les nouvelles choses qui s’offraient à elle et celle de se terrer loin de tout pour rester en sécurité. Elle avait, jusqu’ici, été totalement gérée par les chercheurs, médecins ou infirmiers. Ils lui disaient quoi manger et quand, ils lui imposaient des horaires pour se lever, se laver, dormir, parler ou se taire, elle ne décidait de rien. Emprisonnée dans un carcan qui rythmait sa vie sans qu’elle ait à se soucier de quoi que ce soit elle était à présent totalement démunie ne sachant même pas comment opérer un quelconque choix. Bien entendu elle avait des préférences, des goûts, mais cela concernait des choses futiles et sans importance dans ce monde si réel et hostile qu’elle se devait de découvrir et d’appréhender au plus vite. On l’avait conditionnée pour être dépendante, elle en gardait une naïveté et une candeur toutes enfantines mais dangereuses cependant. Elle ne voyait pas trop comment on pouvait vendre son corps sans en découper un morceau, le concept même était bien trop éloigné de tout ce qu’elle avait pu connaître pour qu’elle puisse faire un rapprochement, même bancal. Alors que la pauvre Héléna tentait vaille que vaille, de se faire comprendre elle hocha la tête, ne pas se laisser toucher si elle ne le voulait pas, ça elle saisissait.

-D’accord, si je ne veux pas je dis non. C’est comme quand on ne veut pas qu’on nous fasse du mal, on dit non…

Mais bien entendu, ses suppliques n’avaient jamais été entendues, seulement ici, ça semblait différent. Elle avait visiblement le choix, de refuser quelque chose, c’était déjà un énorme pouvoir en soi.

Héléna lui confirma qu’elle n’était sans doute pas la seule dans son cas, c’est vrai que le Centre était grand, rien que l’aile qu’elle traversait parfois pour rejoindre une salle d’examen ou un bureau lui semblait immense, et ce n’était sans doute qu’une toute petite partie de l’immense édifice. Elle eut une petite grimace en pensant à ces autres qui étaient toujours enfermés là-bas. Pourrait-elle un jour seulement les aider ? Elle n’en savait rien mais elle l’espérait de tout son cœur.

-Alors ils sont comme moi, enfermés dans une chambre. Il faut les aider, ce n’est pas bien là-bas. Même si on a à manger qu’on a jamais froid, ce n’est pas agréable d’être enfermé tout le temps.


Elle commençait doucement à intégrer que le Centre n’était pas une bonne chose, que les gens présents là-bas n’œuvraient pas pour son bien. Elle avait été trompée, dupée, depuis son plus jeune âge. Un sentiment de trahison la traversa et elle serra les poings.

Puis le doute sur sa nature bouscula tout cela et la propulsa vers une anxiété croissante qu’Héléna refréna assez efficacement, fort heureusement.

-Ils m’ont menti depuis…depuis toujours. Et moi je n’ai rien vu, si j’ai pu me tromper sur tous ces gens pendant aussi longtemps, mon cœur il doit pas être capable de reconnaître les amis. Je crois qu’ils l’ont tout détraqué, il faudrait un docteur pour réparer les cœurs parce qu’en attendant je peux pas trop lui faire confiance.

Elle eut une moue. Elle était bien embêtée de devoir suivre cet organe défaillant. Après tout, il ne lui avait jamais ouvert les yeux sur sa condition, alors comment être sûre qu’il n’allait pas se tromper de nouveau. La question de ce qu’elle pourrait faire pour gagner de quoi survivre se posait. Elle n’avait jamais appris que des choses qui pourraient être utiles lorsqu’elle se retrouverait au service d’une famille Asarienne. Elle n’avait pas conscience que tout cela, dans le « vrai » monde, ne constituait aucun réel métier. Cependant elle eut un bref sourire, un brin espiègle, comme une enfant fière d’avoir fait une bonne blague.

-Oui ça je sais, les lettres, les chiffres, un peu de calcul et lire…Et puis, comme j’avais le droit d’avoir du papier et des crayons pour dessiner, j’ai appris à recopier les lettres en cachette. Après je recouvrais les lettres avec de tous petits petits dessins pour pas qu’ils les voient. Une fois j’ai pas eu le temps de tout cacher alors j’ai dû manger le morceau de papier, c’était pas très bon, je crois que c’est parce que j’avais écrit en vert, le vert c’est pas souvent bon.


Il n’empêche qu’elle avait toujours trouvé ridicule qu’on lui apprenne à lire mais qu’on lui interdise d’écrire. C’était sans doute l’un des seul point sur lequel elle avait osé désobéir. Parce que l’ennui mène à de petites astuces, à des jeux un peu dangereux pour tuer le temps, elle avait appris l’écriture en cachette. Elle était plutôt fière d’elle d’ailleurs, et cela l’avait occupé pendant de nombreuses heures qui s’étiraient à n’en plus finir.

Le tatouage était un point embêtant, et effrayant, parce qu’elle n’imaginait pas qu’on puisse l’enlever sans lui arracher la peau, et cette perspective ne l’enchantait pas trop.

-Est-ce que ça va me faire très mal de l’effacer ? Je pourrai garder l’écharpe tout le temps, elle est jolie.


Elle triturait le tissus coloré qui la ferait sans aucun doute mourir de chaud quand les températures seraient plus élevées, mais elle n’en avait pas conscience. Au Centre, la température était toujours la même, ce qui était plutôt logique. Le mot pacificatrice lui était totalement étranger, elle le répéta tout bas en détachant doucement chaque syllabe pour essayer de ne pas l’écorcher. C’était un mot très long et compliqué, un mot agréable à prononcer aussi, comme une friandise qui coulerait doucement sur la langue.

-C’est quoi une Pa-ci-fi-ca-trice du Phoenix ? Moi je dirai rien, de toute façon je connais personne donc c’est pas difficile et puis je sais garder les secrets même si j’en connais pas beaucoup.

Il arrivait que l’un ou l’autre employé lui apporte un bonbon, lui raconte quelque chose et lui fasse promettre de garde le secret, jamais elle n’avait trahi, elle était franche et droite dans sa simplicité, donner une parole c’était faire un serment, un serment qu’on ne pouvait pas violer si l’on voulait rester en paix avec sa conscience. Elle secoua la tête quand Héléna se dit désolée.

-Tu n’étais pas là, tu n’as rien fait, au contraire tu m’as aidée. Faut pas être désolé, on est désolé quand on peut plus rien faire d’autre, tu as fait quelque chose d’autre en m’aidant.

Le repas était composé de plusieurs plats aux saveurs totalement inconnues à Phèdre qui grimaça en croquant dans un beignet qu’elle avait trempé dans une sauce piquante. Sa gorge la brûlait mais elle s’obligea à tout avaler sans se plaindre, de toute façon, son estomac réclamait sa pitance et après plusieurs bouchées affamées il cessa de hurler sa faim et elle ralentit quelque peu le rythme. Elle eut un petit sourire vers Héléna qui évoqua un certain Liam. Un homme qui fait partie de la vie d’une femme, c’est forcément un amoureux, elle l’avait lu dans un livre qu’on lui avait laissé lire.

-Si c’est ton amoureux, il est forcément gentil.
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MessageSujet: Re: Apnée en terres hostiles   Jeu 28 Juil - 18:41






La notion de refuser, de savoir dire NON quand quelque chose ne plaisait pas, s’intégrait peu à peu en Phèdre et c’était le plus important dans ce monde de fous. Personne ne pouvait faire subir quoi que ce soit sans le consentement de l’autre même si la jeune femme avait connu une méthode différente au Centre. Elle aller devoir balayer tout cela pour apprendre les nouvelles bases.

- Ne te laisse jamais influencer et ne laisse plus jamais personne décider à ta place.

Petit à petit la brume épaisse qui séparait Phèdre du réel se dissipait. La membrane se perforait au fil de mes explications et tout ce qu’elle avait appris, tout ce conditionnement  lui faisait prendre conscience qu’elle avait été enfermée dans un cocon. C’était douloureux. Grandir en devinant que chaque mot et chaque action étaient destinés à la rendre malléable et à faire d’elle une domestique prête à répondre à la moindre exigence de ceux qui l’emploieraient, devait être effrayant. Mes mains dans les siennes, je cherchais à la calmer, à lui dire avec des mots simples qu’elle n’y était pour rien.

- Tu commences à renaître Phèdre. Laisse-toi du temps pour tout assimiler correctement. Ton cœur a été maintenu dans une prison. Lui aussi il s’en libère. Il va découvrir, ressentir, percevoir tellement d’émotions et tu verras qu’avec le temps, ton cœur sera ton plus fidèle allié pour prendre les bonnes décisions. Il n’y a pas de docteurs pour cela. Il faut de la patience.

Je parlais d’avenir avec Phèdre alors qu’il s’annonçait noir pour Asaria. Pourtant, je ne pouvais pas encore mettre en avant tous les vices de la cité alors qu’elle apprenait à peine se familiariser avec ces nouvelles notions. Lui trouver un petit boulot au Times ne me serait pas difficile. Oliver m’aiderait. Holloway ne verrait aucune objection et Ma directrice de presse, la charmante petite peste, Adora Nicholson, devrait se plier au règlement du Journal qui devait employer un quota par an, d’humains. Phèdre me conta une anecdote, celle où elle avait dû manger un bout de papier pour cacher ce qu’elle faisait en reproduisant les lettres. Je me mis à rire devant sa moue espiègle.

- Le vert c’est très bon quand s’est bien cuisiné ! Je te ferai gouter les courgettes farcis à la viande ! Hum délice ! Et pourtant les courgettes c’est vert !

Après l’idée d’une place au Times, il fallait aussi trouver le moyen pour faire de Phèdre non plus un cobaye du Centre recherchée par la Milice, mais une jeune fille qui serait bientôt employée comme stagiaire. Ce qui l’inquiétait le plus, c’était son tatouage.

- Je connais un très bon médecin. Elle est très douce. Elle ne te fera aucun mal. Tu pourras lui poser toutes tes questions, si tu veux  et prendre ta décision avec Amaria.

Amaria Saria était le seul nom qui me venait en tête. Elle était aussi Pacificatrice. Je n’avais jamais expliqué à qui que ce soit le fondement même des Pacificateurs. Non. Toutes les personnes qui gravitaient autour de moi étaient des Pacificateurs bien avant que je le devienne : Oliver, Liam, Gaïus, Mike. J’avais donc toujours été attirée par des personnes dont l’âme et les idées possédaient des valeurs qui faisaient écho en moi. Maintenant, c’était  à mon tour de trouver des mots justes pour raconter ce que j’étais à Phèdre sans mettre en danger le reste du groupe.

- Les Pacificateurs … c’est un groupe d’hommes et de femmes, humains et Asariens qui se battent pour un équilibre entre les deux peuples, pour la paix et un monde meilleur …

Nous n’avions pas aussi bien porté ce nom qu’aujourd’hui avec toute cette noirceur qui paraissait s’étirer à n’en plus finir au-dessus de nos têtes.

- Personne ne nous connait et personne ne doit savoir ce que je suis. Nous nous cachons du gouvernement qui nous ferait mettre en cellule immédiatement parce qu’on s’oppose à cette dictature. On nous tuerait et avant cela on nous imposerait des tortures. Nous sommes obligés d’agir dans l’ombre même si cela n’est pas toujours facile. Le Phoenix est un symbole … Le Notre, celui de mon groupe. Il prend naissance dans une ancienne légende de vieux monde. Le Phoenix était un oiseau magnifique et qui possédait la particularité d’avoir un plumage de feu. Il ne mourrait jamais, car il avait le don de renaitre de ses cendres, toujours plus beau, toujours plus fort. C’est l’emblème de la renaissance d’un futur.

Nous mangions tout en continuant à échanger nos idées. Je venais d’envoyer un message à Liam. Phèdre découvrirait aussi que les hommes ne sont pas tous mauvais.

- Mon amoureux … !! ?

Je venais de boire à l’instant même une gorgée de mon coca-cola et là ce fut la catastrophe. Tout ressortit par le nez et la bouche et je m’étouffais en toussotant. Bordel, je venais d’en mettre partout sur mon jean et mon pull.

- Mon amoureux !? Répétais-je comme si ce mot était considéré comme inconnu par mon cerveau quand il concernait ma relation avec Liam. Mon amoureux ?! Ho Mon Dieu ! Je buggais sur ce mot et j’étais incapable d’en prononcer d’autres. Je secouai ma tête pour m’efforcer à remettre de l’ordre dans mes idées devenues soudainement très … troublées. Je m’éclaircis la voix avant de pouvoir reprendre.

- Non, non, non, non. Ho laaaalaaa, je buggais encore. Holloway … je veux dire Liam est un ami. Nous sommes partenaires, coéquipiers, binômes. On est ensemble … Non, non !!  On travaille ensemble c’est tout …

J’avais toujours appelé Liam par son nom. Peu de fois je prononçais son prénom et je ne connaissais pas l’origine sur ma façon de faire. Lui aussi, d’ailleurs me nommait Carter. On formait une superbe équipe sur le terrain et dans nos enquêtes. On était arrivé à trouver un équilibre entre nos deux caractères de chieurs nés et nous avions découvert une cause commune supplémentaire avec les Pacificateurs. Alors pourquoi tout ceci me mettait mal à l’aise ? Holloway était le type le plus grognon que je connaissais, c’était aussi le reporter le plus doué de sa génération après moi bien sûr ! Pas d’inquiétude, mes chevilles vont très bien si cela peut vous rassurer. Il avait toujours été là, à de nombreuses reprises quand j’avais eu besoin de lui. Il se débrouillait toujours à être là pour moi. Je le savais, j’en avais pris conscience depuis longtemps et encore plus aujourd’hui.

- Il est gentil … ronchon, mais gentil, oui.





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MessageSujet: Re: Apnée en terres hostiles   Mar 2 Aoû - 18:08

Phèdre intégrait tant bien que mal ce nouveau concept, avoir le choix de refuser quelque chose. Bien entendu, il lui était arrivé de refuser de faire des choses au Centre, on l’y avait contrainte et à la longue, le « non » s’était éclipsé de son vocabulaire habituel. Elle se demandait ce que cela lui ferait de refuser et de ne pas être forcée d’accepter malgré tout. Elle était presque impatiente de l’expérimenter. Mais non, il fallait que cela tombe juste, que le moment soit choisi, on ne pouvait pas dire non juste pour le plaisir. Elle avait hâte de rencontrer la situation propice. Pour n’importe qui cette impatience devait sembler ridicule mais Phèdre n’en avait absolument pas conscience. On venait de lui apprendre à faire du feu, elle attendait l’hiver pour profiter des flammes avec un réel plaisir.

Héléna lui disait qu’il fallait du temps. C’était logique, cependant, elle avait une impression d’urgence absolue. Elle était recherchée et plus vite elle assimilerai les codes et les comportements à adopter, moins elle serait visible au milieu des autres. Pour l’instant elle devait se remarquer à des kilomètres tant ses manières étaient lointaines des gens qui l’entouraient.

-Je crois bien que je ne suis pas très patiente. J’aimerai bien que mon cœur il fonctionne vite pour ne pas faire de bêtises. J’ai…j’ai l’impression que je viens d’une autre planète et que j’ai la peau verte, et qu’on me voit de très très loin. Il faut que je réussisse à faire comme les autres sinon les gens du Centre ils vont me retrouver. Mon cœur il doit se mettre au boulot vite fait sinon lui et moi on aura des ennuis. Ce serait quand même plus pratique s’il y avait un docteur pour le réparer, peut-être que personne n’y a jamais pensé…


Songeuse, elle se demandait si d’autres personnes auraient besoin de se faire réparer le cœur. Sans doute oui, ne serait-ce que ceux qui étaient toujours prisonniers au centre. Et puis, les gens à qui on avait menti, et ceux qui étaient très malheureux. Un docteur qui soigne les cœurs c’était quelque chose dont tout le monde pouvait avoir besoin un jour où l’autre.

C’était bizarre que personne n’y ait jamais pensé. Elle se dit qu’elle se renseignerait, peut-être qu’elle pourrait devenir la première réparatrice de cœurs et aider tout un tas de gens.

Elle expliqua ensuite comment elle avait fait disparaître son papier et sourit quand celle qui l’avait sauvée se mit à rire. Sur le coup, elle avait eu très peur d’être découverte, mais à présent elle était assez fière de son idée. Elle s’était évité de gros ennuis, et puis, c’était un bon tour pour les chercheurs, elle avait appris à faire quelque chose parce qu’elle en avait eu envie, pas parce qu’on lui avait dit de le faire, mieux, elle l’avait fait malgré une interdiction formelle.

Elle eut une petite moue concernant ce plat vert qu’Héléna voulait lui faire goûter, mais elle se souvint qu’elle pouvait dire non à présent, alors si jamais c’était vraiment trop mauvais, elle n’aurait pas l’obligation de terminer son assiette, cette perspective la rassura grandement. Elle avait été habituée à la nourriture, souvent insipide, que le centre faisait livrer dans des barquettes sous vide, parfois il y avait un repas qui semblait meilleur que les autres, mais c’était plutôt rare en fait.

-Je suis pas sûre de vouloir revoir un médecin tout de suite…Mais si tu la connais…Seulement je lui dirai bien que je suis pas malade et qu’elle doit me prévenir si elle veut découper des morceaux pour enlever le tatouage.

Elle n’était pas trop rassurée, les porteurs de blouses blanches avaient plutôt abusé de sa confiance jusqu’ici. Mais elle n’avait pas vraiment le choix, il fallait qu’elle puisse passer inaperçue, si elle devait voir un médecin et même se faire couper quelques lambeaux de peau, elle y était prête, cela ne l’empêchait nullement d’appréhender cependant. Elle fut distraite de ce sujet par l’explication sur les Pacificateurs. Pour résumer clairement, ils étaient les gentils de l’histoire, ce qui tombait bien, parce que dans les livres, les gentils gagnent toujours alors c’était forcément un signe. Elle hocha la tête vivement quand il fut question de garder le secret.

-Moi je dirai rien à personne, de toute façon je veux pas leur parler à ceux du gouvernement, ils sont avec ceux qui m’ont enfermée depuis que je suis toute petite. N’empêche que ça doit être joli un Phoenix, c’est dommage que ce soit une légende parce que sinon on l’enverrai dans les bâtiments où ils font du mal aux autres et il les ferait tous brûler et on serait débarrassés.

Bon c’était sans doute un peu expéditif mais au moins il n’y aurait pas de risque que quelqu’un reprenne le flambeau. Phèdre ralentissait doucement son rythme pour manger, elle commençait à se sentir rassasiée mais continuait à enfourner une bouchée de temps en temps, par simple réflexe. Alors qu’Héléna étouffait elle la fixait, les yeux ronds, ne sachant quoi faire pour l’aider mais elle comprit vite qu’il n’y avait rien de grave, cependant l’air totalement abasourdi de la journaliste lui tira un énorme éclat de rire. D’ailleurs plus elle tentait de répondre, moins les mots semblaient venir, avec la malice et la candeur d’une enfant, Phèdre pencha la tête et ajouta.

-N’empêche que tu aimerais bien qu’il soit ton amoureux, sinon tu aurais pas mis du Coca partout en bafouillant comme ça. C’est écrit dans les livres, enfin pas pour le Coca. Dans les livres qui étaient juste pour passer le temps, les gens ils savaient pas encore qu’ils s’aimaient bien, et puis parfois ils se disputent. Mais à la fin, ils s’en rendent compte, seulement ils ont peur alors ils essaient de faire semblant que non…Mais voilà, quand on est amoureux, ça fini par se savoir, alors ils se marient et ils font des bébés.


Voilà à quoi se résumait une histoire d’amour selon la rouquine. Sentiments, attachement, attirance, ils n’y avaient leur place que sur la papier, elle était bien loin de savoir ce que l’on pouvait ressentir en s’attachant à une personne. Ses pauvres modèles étaient des personnages de fiction aussi habiles et suintants de bonnes intentions que ceux des mauvais romans à l’eau de rose pour midinettes. Cependant, elle avait bien du mal à faire la part des choses entre ce qu’elle avait pu lire et ce qui se passait dans la vraie vie, du coup, elle en tirait des conclusions peut-être un peu hâtives.
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Héléna Carter
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MessageSujet: Re: Apnée en terres hostiles   Lun 8 Aoû - 21:21

Je comprenais ce que ressentait Phèdre, cette façon d’être une intruse dans ce monde qui était le sien. J’avais connu un peu cette même sensation depuis mon adolescente. Je venais d’une famille moyenne et mes parents n’avaient jamais eu de domestiques ni d’esclaves humains. Les critiques ne manquaient pas de leur entourage surtout professionnelles. Ma famille était différente. J’étais différente. C’était sans doute pour cela que les idées des Pacificateurs m’avaient toujours séduite.

- Imagine ton cœur comme endormit depuis très longtemps et là, il commence à se réveiller de son sommeil. Laisse-lui le temps de goûter à sa nouvelle situation et surtout n’essaye pas tout faire vite. Ce n’est pas la bonne solution. Il faut que tu trouves le moyen d’être un peu patiente.

Je lui lançai un petit clin d’œil tandis que je savourai une autre bouchée du repas.

- Ne t’inquiète pas ! Amaria est très douce et un médecin à l’écoute. Je le lui dirai que tu n’es pas malade et elle pourra toujours voir pou ton tatouage. Elle ne fera rien sans ton accord. Elle t’aidera et te donnera des conseils. Mais tu seras la seule à prendre la décision de faire ce que tu veux.

Je finis par lui raconter ce que j’étais vraiment : une femme qui se battait pour la paix entre les deux races. En faisant cela, je savais que je mettais ma vie en danger. Je n’avais divulgué aucun nom, mais Phèdre pourrait peut-être se poser la question sur le docteur Saria. De toute façon, il fallait bien commencer par le début. C’était Liam qui m’avait avoué son combat, un soir, peut-être parce qu’il m’avait jugé de confiance pour me dévoiler ce qu’il était. C’était lui qui m’avait tendu la main pour devenir ainsi une Pacificatrice. La jeune femme avait cet air innocent tant dans ses attitudes et ses mots qui étaient rafraichissants

- Le feu du Phoenix ne sert pas qu’à tout bruler et tout détruire. Ça serait plutôt les flammes de la renaissance. Je te montrerai une image d’un Phoenix. Oui, c’est très beau.

On ne dirait pas comme cela, à me voir, mais je pouvais être un vrai pitre. Liam disait souvent qu’on ne pouvait me cataloguer dans aucune catégorie de femmes sur Asaria. Je pouvais me présenter au Times en tailleur-jupe et hauts talons, comme en jean et en pull ou chemisier. Je savais me parer d’une belle robe de soirée pour des galas ou bien des réceptions comme lorsque j’avais été invitée à celle de la star, Gabriel Laymann comme je pouvais rester en pyjama chez moi. Mais derrière toutes ces tenues, je gardais le même caractère et j’étais toujours la première à rire et m’amuser. Pas d’inquiétude à avoir, j’avais bien la tête sur les épaules. Alors oui ! J’avais failli m’étouffer avec mon coca-cola et j’en avais mis partout sur moi. Cela provoqua hilarité de Phèdre. J’avoue que j’imaginais bien la scène en cet instant. Cela me définissait bien ! Je m’étais levée du canapé pour aller récupérer dans la cuisine un peu de sopalin pour essuyer mes petits dégâts et j’étais revenue auprès de la jeune femme. J’y voyais beaucoup de malice dans ses yeux et même si ses explications étaient simples, je l’enviais toujours autant d’être dans son petit monde.

- C’est pas vrai !! Liam et moi, on se dispute tout le temps ! Si tes livres disent qu’on va finir par faire des bébés… Je t’interview et je fais un article sur toi, ok ?! Faudrait quand même que je le mette au courant de tout ça avant qu’il ne prenne peur ! Plus sérieusement, c’est juste que s’est tellement compliquée ma vie en ce moment que je ne préfère pas penser à ce genre de choses. J’ai été mariée et aujourd’hui mon couple se sépare. Je tourne doucement la page de mon ancienne vie pour en écrire une nouvelle. Un peu comme toi loin du Centre. Cela demande du temps … même si je n’en ai pas autant que je le souhaiterai.

Je n’étais plus à même de me projeter dans mon propre futur. Il y avait tellement à faire, tant de choses qui bouleversaient ma vie. Je ne pouvais plus penser à mon avenir aussi facilement quand je savais ce qui se tramait dans cette cité. Le souvenir de ma conversation avec Laymann durant l’after  me revenait comme une douche froide. Rien qu’en pensant à l’O.C.C.R.S.E.A, j’en avais des nausées. A tout cela s’ajouter la pollution de l’eau, de l’air avec toutes ces émanations toxiques dans le dôme du bidonville et l’incarcération de notre Pacificateur, Aaron Williams.

- Il y a parfois des choix à faire, des priorités plus importantes que mon bonheur. Se battre pour la paix, ce n’est pas simplement brandir des idées et des convictions, c’est aussi marcher sur un chemin particulièrement dangereux.

Je grignotai ma dernière bouchée de mon beignet de crevettes, ce qui me donna un peu de répit pour parler à Phèdre que le monde dans lequel elle venait tout juste de mettre les pieds était déjà bien contaminé par les plans les plus abjects du gouvernement.

- J’aurai aimé trouver le temps de tout t’expliquer tranquillement. Que tu puisses au moins passer une bonne nuit et réfléchir déjà à tout ce que nous avions parlé. Si je ne te dis pas tout le reste, ça serait te mentir. J’aimerai te protéger, mais ça ne serait pas la bonne solution. Tu vas devoir tôt ou tard sortir de cet appartement et te rendre compte que la cité d’Asaria est … en train … de mourir. Attend !

Je me levai une seconde fois et je récupérai ma besace où j’en sortis ma tablette. Le mieux pour qu’elle puisse tout visualiser, puisqu’elle n’avait jamais mis les pieds dehors, c’était lui montrer des photos.  J’allumai l’écran et je pianotai dans le moteur de recherche pour lui montrer comment fonctionnait la cité de verre. Un schéma apparu. C’était, je pensais, un bon début.


- Asaria est une cité qui est divisée en 5 immenses dômes en verres. Comme tu peux le voir, ils sont reliés les uns aux autres par des voies rapides, elles-mêmes protégées par des tubes en verre. Tu vas te demander pourquoi ? Parce que les Miens, les Asariens, nous ne supportons pas les rayons du soleil sur notre peau. C’est notre pire ennemi. Bref, ça c’est un tout autre sujet. Regarde bien les noms de chaque dôme.

Je lui passai la tablette pour qu’elle puisse mieux voir le schéma et les noms qui y apparaissaient. Je lui laissai le temps de détailler le dessin même de la cité. Puis, je me penchai vers elle, et je pointai du doigt un dôme précis :

- Tu vois celui-ci ? « Le dôme principal » ? C’est le cœur du pouvoir. Là où siège le gouvernement. Ce sont des femmes et des hommes qui mènent la cité, qui décident des lois. C’est une femme qui est la Dirigeante d’Asaria, Alianka de Nephthys. Elle a autour d’elle des ministres qui ont chacun un domaine professionnel  comme la justice, la sécurité, la recherche, l’art, etc…
Les autres dômes sont aussi riches et spectaculaires. Nous, nous sommes sous ce dôme appelé : dôme résidentiel. Mais celui-ci sur lequel, je vais que tu te concentres, c’est celui-ci, « le dôme de la Division Humaine ». A ton avis, pourquoi lui a-t-on donné ce nom ?


Je voulais aussi qu’elle face marcher son esprit et sa déduction. Il n’y avait plus des scientifiques en blouse blanche autour d’elle. Phèdre allait devoir analyser par elle-même tout ce qu’elle voyait. Je gardai dans un coin de ma tête, de lui montrer des images sur le Phoenix.





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