(Terminé) Dans l'Antre du Lion {Alianka}

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Tomas Van Brënner*
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MessageSujet: (Terminé) Dans l'Antre du Lion {Alianka}   Dim 29 Juin - 21:18

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C'était bon de se sentir désiré par elle, même si j'avais lu la convoitise bien des fois dans ses prunelles lorsqu'elles glissaient sur moi, depuis que nous nous connaissions. Je ne savais pas, jusqu'à ce soir, à quoi elle était prête à renoncer pour assouvir ce désir de partager mon intimité. A présent, j'en avais une petite idée. Après m'avoir bien fait payer mon audace et mon orgueil en me soumettant à ses quatre volontés, elle s'était pliée aux miennes, avait passé outre toutes mes provocations passées, mes stratagèmes pour contrôler les approches de ses prétendants et s'était finalement livrée à moi corps et âme, comblant mes rêves les plus fous au delà de toute espérance. Elle était même prête à assumer publiquement ce qu'il y avait entre nous. Elle ne semblait pas s'inquiéter du fait qu'on puisse user de cette nouvelle perspective contre nous.  J'avais pris un risque terrible, qui n'était pas celui auquel le tout venant pouvait penser. Bien sûr en la défiant, j'avais risqué ma vie, mais ce n'était pas la peine maximum pour moi. J'avais simplement accepté de risquer de la perdre pour la gagner. C'était une conception de l'amour assez peu commune et accessible au commun des mortels mais c'était ma façon de l'aimer. Tout ou rien. La disgrâce menant à une mort que je me serai offerte brutalement ou la vie à ses côtés comme son égal. Je n'avais jamais envisagé de troisième voie entre nous et j'avais patiemment attendu le moment de lui imposer de choisir entre les deux. M'accepter et m'appartenir de façon exclusive ou me perdre totalement.

J'avais un peu menti en disant que je lui conserverai mon soutien politique si elle me rejetait. C'était mon seul mensonge, un reliquat de fierté, celui d'un homme amoureux qui ne peut se résoudre à faire du chantage au suicide à la femme qu'il convoite. Le suicide n'avait rien de léonin, c'était l'apanage du faible mais c'était parfois la seule échappatoire à la folie totale. Ce week end qui avait suivi le Luxor, passé à relire le rapport du commandant de la Milice, à tenter de m'épuiser physiquement par des activités sportives, de me bourrer la gueule en descendant toutes les bouteilles de mon bar, j'avais aussi eu un tête à tête avec mon Sig Sauer, une arme qui me venait de ma famille, une mécanique à tuer réputée pour son infaillibilité. J'avais échafaudé plusieurs cas de figure visant à rendre inopérante toute tentative de sauvetage extérieure. Je savais par des images d'archives de la seconde guerre mondiale, une très ancienne guerre à laquelle mes ancêtres avaient participé, du mauvais côté, celui des perdants, que mon Blood Healer ne pourrait rien à une balle en pleine tête. Mais pour plus de sûreté j'avais prévu d'aller en dehors des Dômes la nuit. Avec un peu de chance, mon cadavre serait bouffé par des bêtes sauvages et épargnerait à Alianka de conserver le souvenir d'un visage défiguré. J'étais resté une partie de la nuit à contempler les traits anguleux de l'engin, l'éclat froid et métallique du canon. J'en avais caressé la surface polie avant de le placer sur ma tempe et de fermer les yeux. Et j'avais pleuré pour la première fois depuis longtemps. Depuis ma petite enfance, en vérité. En silence et sans soubresauts. Puis je l'avais rangé dans le tiroir du haut de mon bureau. Il y resterait jusqu'au lundi soir ou à jamais.

Ces images me revenaient en mémoire tandis que je conduisais le bolide noir marqué de deux rayures jaunes qui le traversaient sur toute la longueur. Un vrai caprice de gosse, une fantaisie de décompression pour un homme sous pression 24 heures sur 24 depuis près de 130 ans. Chez les Van Brenner on commençait tôt avec la pression et on ne s'arrêtait qu'une fois raide mort. Eh bien j'en avait marre de toutes ces foutaises, vraiment marre depuis un moment. Mais Alianka pouvait-elle seulement soupçonner à quel point, j'étais las et à quel point c'était pour elle que je tenais mon rang. Bien plus que je ne l'aurais tenu pour complaire au clan Van Brënner. Oh bien sûr, j'aimais le pouvoir comme une drogue et j'en étais dépendant jusqu'à l'os. Je ne pouvais le nier, la puissance, ce droit de vie ou de mort sur tout un peuple. Leurs regards qui rasaient le sol lorsque je passais devant leurs rangs alignés. C'était bon, c'était grisant... mais ça me dévorait de l'intérieur. Toujours être à la hauteur, infaillible, toujours surveiller ses arrières, suspecter le type qui venait vous apporter votre manteau, se dire qu'il pouvait dissimuler un flingue, une bombe. Absorber chaque gorgée, chaque bouchée d'un banquet en ayant un sourire détendu alors qu'on avait chevillé à l'esprit que ce pouvait être la dernière. Sentir le poids d'une haine incommensurable dans le regard de certains, de beaucoup... Cela faisait partie du jeu... mais ce jeu avait fini par harasser le Lion et il n'aimait y jouer que pour rester au côté de la Panthère.

Pour veiller sur cet immense royaume dont elle était la souveraine. Sans elle, le pouvoir perdait son parfum de séduction, son attrait, sa chaleur, il n'était plus que poids, carcan, obligation, illusion de faste et de grandeur, folie sans objet... Une folie que j'avais frôlée maintes fois dans les expéditions punitives dont je prenais la tête. Alianka ordonnait, j'exécutais. Je trempais mes mains dans le sang maintes et maintes fois, pour lui éviter d'avoir à le faire. Une phrase anodine et politique prononcée par elle, devait être convertie par mes soins en sentence de mort. Mais c'était ma voix et pas la sienne qui prononçait les condamnations, parce que je l'avais accepté en acceptant ce poste, parce que je l'acceptais encore, pour briller à ses yeux, alors que chaque cadavre effacé de la surface d'Asaria, effaçait en moi une parcelle de ... je ne sais quoi ...d'indéfinissable laissant un vide qui finissait par peser de plus en plus lourd et que seul ses sourires et ses regards complices parvenaient à alléger. Aux jeux du pouvoir, de la mort et de l'amour, j'étais le moins endurant de nous deux. Mais elle ne le saurait jamais. Parce que je ne voulais pas qu'elle le sache. J'avais cette fierté rivetée à ma carcasse de grand fauve, qui m'empêcherait de me dévoiler totalement à elle. Peut-être aussi parce que je savais que tout aveu de faiblesse me ferait perdre de cette attraction que j'exerçais sur elle. C'était aussi le risque en lui ouvrant mon intimité. Tant que nous jouions à nous fuir, il était facile de donner le change. Désormais je devrais être fort en permanence. Mais c'était la seule façon dont je pouvais envisager la vie désormais. Avec elle ou pas du tout. Je me mordis la lèvre et me tournai vers elle, assise sur le siège passager de ce monstre de mécanique qui vrombissait sous l'action de mes pieds. Elle m'observait à la dérobée, sans doute un peu étonnée de mon silence pensif ... et de ma sagesse. Je lui adressai un sourire accompagné d'un haussement de sourcil

- Ça change des limousines et des Bentley, n'est-ce pas ? Mais tu devrais essayer, je suis certain que tu adorerais mon amour.

Elle affichait pourtant cet air impérial qui ne la quittait guère mais je n'aurai pu dire si elle appréciait cette débauche typiquement masculine de testostérone vectorisée dans une mécanique.

- Si tu veux, je t'aiderai à choisir le modèle qui te convient. Ajoutai-je en me penchant pour déposer un baiser sur ses lèvres. La voiture fit une embardée et mordit le trottoir mais je me ressaisis vite éclatant de rire comme un gosse.

Nous étions arrivés en bas de mon immeuble et j'actionnai le portail électrique qui ouvrait sur l'enceinte de la propriété. Tout y était pensé pour les loisirs et la détente des copropriétaires. Piscine de taille indécente, tennis, terrain de golf, différents cours allant du yoga au stretching. Je n'étais bien sur inscrit à aucun, pas plus que je n'utilisais les installations. Je garai mon bolide sur l'emplacement où était inscrit le numéro de mon appartement, de mon étage plus exactement.

- Je parie que tu es étonnée... Tu t'attendais à une immense villa, isolée sur les hauteurs...C'est bon pour les pères de famille, ça... Tout seul, je ne voyais pas bien l'intérêt...

Je lui ouvris la portière et m'inclinais en la gratifiant d'un clin d’œil.

- Ma chérie, bienvenue dans l'Antre du Lion !

Je lui offris mon bras pour l'escorter jusqu'à l'ascenseur que j'appelai tout seul. Pas de réceptionniste, pas de groom, ici c'était le retour à une certaine solitude et simplicité et c'était ce qui me plaisait. Elle voulait oublier le protocole, elle allait découvrir que le Tomas privé le fuyait comme la peste. J'appuyai sur le bouton du 22 ième étage.

- Suite avec terrasse sur le toit, tout de même...

Je glissai ma carte électronique dans le lecteur et la porte s'ouvrit sur un espace d'un seul tenant où se trouvaient le salon et son bar, une cuisine ouverte très bien équipée et derrière une cloison coulissante une vaste table pouvant accueillir une dizaine de convives. La lumière s'était activée automatiquement et je débarrassais mon invité de son vestiaire en lui volant un baiser. J'actionnai les rideaux coulissants qui révélèrent une vue à couper le souffle sur Asaria et la chaîne de montagne nord ouest qui s'étendait à l'extérieur des Dômes. De nuit la vue était assez féerique mais je la préférais la journée. On pouvait presque oublier la coupole de verre.

- Finalement, tu n'as rien mangé ce soir ? Demandai-je en revenant du vestiaire et en m'accoudant au bar. Que dirais-tu si je nous cuisinais rapidement des pâtes et une petite salade Cesar. Les soufflets ce sera pour une autre fois... Quand on sera moins fatigués et qu'on aura plus de temps devant nous... Demain peut-être ou ce week end si tu es libre. Je fais de très bons soufflets au saumon... Pour ce soir tu aimes la sauce al pesto ou tu préfères un coulis forestier ?

Je l'observai un rien rieur, bien loin, à présent des sombres pensées qui m'avaient traversé l'esprit durant le trajet.

- Si c'est la question que tu te poses, oui, le chef est au menu, pour le dessert ... Mais peut-être Mademoiselle souhaiterait-elle prendre un verre sur la terrasse avant de passer à table ...


HRP:
 


Dernière édition par Tomas Van Brenner le Sam 5 Sep - 22:28, édité 2 fois
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Alianka De Nephthys
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MessageSujet: Re: (Terminé) Dans l'Antre du Lion {Alianka}   Jeu 3 Juil - 23:05

Le bolide nous conduisait vers la destination de l’antre du Lion. Je l’observais parfois à la dérobée, détaillant son visage redevenu paisible après notre confrontation dans tous les sens du terme dans mon bureau. Il était différent. C’était cette terrible vérité qui me sauta aux yeux. Même en faisant appel à mes plus lointains souvenirs, je n’avais jamais vu Tomas ainsi avec cet air à la fois repus et détendu. A moins que ce soit moi qui n’aie jamais voulu voir par-delà les apparences. Je n’étais pas du genre à jouer  l’autruche mais quand il s‘agissait de sentiments, je n’étais pas maitresse de mes réactions. Alors peut-être que j’avais pris le chemin de la facilité pour éviter de me poser trop de questions, de m’engager sur un terrain que je ne pourrai contrôler.  Je me replongeai dans la contemplation des lumières de la cité qui brillait de mille feux et qui dessinaient des arabesques éphémères dans l’habitacle. Je détournai mon regard de ces grands boulevards lorsqu’il me parla de voitures. Je secouai la tête dans un mouvement négatif alors que ses lèvres se poser sur les miennes. Le bolide n’apprécia pas cette petite entorse à la conduite et il dévia sur le trottoir, repris en main par un Lion qui éclata de rire. Une nouvelle facette de lui que je découvrai avec plaisir. Je ne connaissais pas Tomas autant que je pouvais le croire.

- Je laisse ça aux hommes bourrés de testostérones.  J’aime la conduite tranquille de mon chauffeur et le confort de ma limousine. Que dirai-t-on de moi si je prenais les rues de la cité pour un circuit automobile ? Au cas où tu l’aurais oublié, je suis la Dirigeante d’Asaria. C’est à moi de donner l’exemple même si certains de mes ministres… . Mes prunelles de glace rencontrèrent les siennes, souveraines et mutines. … s’amusent comme des petits fous à braver les lois et la sécurité de notre population en ma compagnie.

Le moteur s’arrêta et il m’aida à descendre de sa voiture. Je levai les yeux, suivant la grandeur de la tour où il résidait. Je n’étais jamais venue ici et à chaque fois que j’avais fait demander le ministre de la sécurité, j’avais toujours envoyé mon chauffer. Peut-être encore une façon de me protéger et de ne pas m’immiscer dans sa vie privée de peur de le trouver en compagnie d’une autre femme.

- Je savais que tu habitais dans un appartement… Tu crois que depuis tout ce temps, je n’ai pas pris connaissance de ton adresse ? Par contre, je m’étais toujours demandée pourquoi tu avais opté pour cela et non pour une villa. Tu viens de m’en donner l’information. Je dois t’avouer que moi, je préfère les demeures indépendantes. Pas de soucis avec les voisins. Un jardin secret et tranquille après avoir été sous les feux des projecteurs à longueur de journée.

Je pris son bras et il me guida jusqu’aux portes de  sa  suite privée avec terrasse sur le toit comme il venait de me le préciser. J’entrai enfin dans l’antre du Lion, bouleversais par cette nouvelle intimité qu’il partageait avec moi. Il retira ma veste me laissant seule quelques instants dans ma contemplation. La lumière des derniers instants du soleil se reflétèrent alors dans l’immense pièce. La terrasse offrait une vue magnifique.

- Si si … J’ai mangé … un peu de Lion mais pas assez pour contenter ma faim. Il va m’en falloir un peu plus …

Je n’avais pas perdue ma répartie pour autant. Mon quotidien était très éloigné du sien. Je nous pensais semblables et je nous découvrais certaines disparités.

- Ne compte pas sur moi pour cuisiner. Je n’ai jamais touché un plat de toute ma longue vie. J’ai toujours su m’entourer de personnes qui m’étaient nécessaire pour les tâches quotidiennes même dans l’ancien monde. Par contre, je ne dis pas non à ta salade et à tes pâtes. Je ne suis pas difficile à ce niveau-là. Et mon choix se portera sur la sauce al pesto.

Je haussai un sourcil, m’avançant un peu plus au centre de la pièce. Je tentais d’en apprendre davantage sur lui rien qu’en regardant la manière dont était décoré le salon, revenant sur sa proposition du dessert.

- Même si la réponse avait été non, je prends toujours ce que me fait envie … Tu devrais me connaitre mieux que ça. Rien ne me frêne, aucune limite, aucune entrave lorsqu’il est question d’assouvir mes désirs. Tiens-toi prêt à subir toutes mes envies.

Je finis par ôter mes escarpins restant pieds nus sur le carrelage frais. Telle la prédatrice que j’étais, je m’approchai de lui, pas après pas, dans une lenteur sensuelle toute calculée alors qu’il était accoudé à son bar. Provocatrice, mes iris glacés plongèrent  dans les siennes. Seule le comptoir de son bar personnel nous séparés, me hissant vers lui, un sourire malicieux naquit sur mes lèvres rouge sang.

- Puisque tu vas t’occuper du diner, je vais aller dénicher une bonne bouteille de vin. Tu me feras visiter ton appartement et ta terrasse après. Je suis curieuse de te voir cuisiner.

Sans attendre une objection de sa part, je fis volte-face vers la cuisine. Ouverte sur le salon, elle donnait une touche particulière à toute la pièce. Une cave à vin se tenait prêt du frigo. Part la porte vitrée, je pouvais d’admirer les bouteilles couchées et rangées selon un ordre précis.  Mon choix se porta sur une bouteille de vin rouge. Les vignobles n’étaient pas aussi extraordinaires que durant l’ancien monde. Beaucoup se développaient sous les dômes à la lumière artificielle. Peu d’hectares se trouvaient dans les terres sauvages sous la protection de miliciens humains. Un tir bouchon trouvé dans le premier tiroir et je versai le nectar fruité dans deux verres que je venais de dresser.

- Je t’imaginais entouré de domestiques mais pas à te voir vivre seul …

Je me calai contre le bord du plan de travail, faisant tournoyer mon verre entre mes doigts.

- Pourquoi cette envie de vivre seul alors que tu n’aurais qu’à claquer des doigts pour avoir des humains à ton service. Qui est le vrai Tomas ?




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MessageSujet: Re: (Terminé) Dans l'Antre du Lion {Alianka}   Dim 27 Juil - 22:46

Je l'avais écoutée en silence, tout en préparant mentalement la liste des ingrédients nécessaires à la confection de notre repas mais je ne perdais pas une miette de ses réactions pour autant. Bien conscient de passer un examen dont le verdict déterminerait si j'avais l'heur de plaire à notre Grande Conseillère aussi bien en privé qu'en public, je masquais ma nervosité renaissante derrière des préoccupations concrètes. L'action m'avait toujours évité de trop m'appesantir sur la réflexion. Si je m'arrêtais pour réfléchir trop longuement sur le sens caché de mon existence et de toute autre, j'en arrivais toujours à la même conclusion effrayante, alors à quoi bon. Vivre, c'était profiter de ce qu'on aimait et je ne m'en privais pas. La question me fit sourire alors que je sortais les denrées nécessaires à la confection de notre entrée.

- Le vrai Tomas ? Qui sait ? J'ignore pour ma part qui est la vraie Alianka. Peut-être un savant mélange de toutes celles que je connais ? Mais tu te trompes sur un point à mon sujet : j'ai horreur de laisser faire par quelqu'un d'autre ce que je sais mieux faire moi-même. Je me suis toujours occupé de moi tout seul et bien mieux que des domestiques. J'ai toujours refusé leur aide.

Je m'activai à effeuiller la salade romaine puis à couper en dés les morceaux de pain tout en l'observant du coin de l’œil.

- Tu as bien fait de choisir ce vin rouge. Il se mariera divinement avec la salade et les pâtes. Vois-tu, mes parents n'ont jamais eu le temps de s'occuper de moi. Oh, je ne leur en fais pas grief. J'ai appris très tôt à ne compter que sur moi. Je le leur dois. En revanche, c'est une des raisons qui m'ont fait renoncer à avoir des enfants. On ne peut pas avoir des ambitions telles que les miennes et élever convenablement un enfant.


Je savais que j'abordais un sujet sensible qui était resté longtemps tabou entre nous. Aux yeux de l'opinion public Alianka était cette femme qui avait perdu son fils dans des circonstances dramatiques, victime des Pacificateurs, tombé sous leurs balles parce qu'il avait eu la malchance de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment, alors que la Milice menait un coup de filet contre un de leur groupe. Certains la vénéraient comme une mère courageuse que même la mort de son enfant n'avait pu mettre à genoux devant le terrorisme, une martyre à qui on avait arraché ce qu'elle avait de plus cher au nom de ses convictions, d'autres la voyaient comme un monstre incapable d'amour et provoquant , même sans le vouloir, par sa politique répressive, la mort de sa progéniture, celle que même la mort de son enfant ne pouvait tenir éloignée du pouvoir. La vérité était peut-être dans une zone d'ombre quelque part entre ces deux visions. J'avais lu des coupures de presse qui soulevaient des questions gênantes. Les rapports de mon prédécesseur à la tête de la Milice à cette époque, manquaient terriblement de précision. L'arme censée avoir été fatale à Gabriel avait disparu du dépôt des pièces à conviction. Cela me troublait quand je songeais qu'il s'agissait tout de même d'une enquête et d'un procès sur la mort du fils de la Grande conseillère. Comment les Huissiers avaient-ils pu "égarer" une preuve aussi majeure que cette arme, dans une affaire aussi sensible ? Je ne doutais pas qu'ils avaient du payer de leur vie une telle négligence. Comment avaient-ils pu ainsi se condamner à mort eux-même ? J'imaginais ma réaction, si j'avais été père, ma fureur, ma soif de vengeance. Il demeurait des zones d'ombre qui ne seraient probablement jamais levées au sujet de la mort de Gabriel. Elle était intervenue à une époque où nous n'étions pas encore proches et chaque fois qu'elle était évoquée ou même éludé, planant comme un spectre au dessus des personnes assemblées, un malaise général s'installait et il y avait toujours une bonne âme pour lancer un autre sujet de conversation parmi les dévoués ministres. Même moi n'avais pas accès aux archives complètes de ce dossier douloureux. Gabriel était un mystère embarrassant dont le souvenir aurait dû être magnifié, élevé au rang de héros de la cause asarienne. Il n'en était rien. Une chape de silence planait sur sa fin tragique et sa personnalité, comme si on avait tout fait pour que le visage et le souvenir du martyre ne perdure pas dans les chroniques de notre civilisation. J'aurais eu beaucoup de mal à survivre à mon enfant et à voir son image se déliter ainsi au fil des années et sombrer dans le néant de l'oubli. Alianka était terriblement forte. D'où puisait-elle cette force, cette inébranlable certitude sur les choses ? Cette force inaliénable qui faisait que le regard des autres ne pesait pas sur elle ? Cette assurance qui faisait que son propre regard sur elle-même ne la perturbait pas ? Elle semblait satisfaite en tout point de ce que son miroir lui renvoyait. J'étais loin de pouvoir en dire autant mais je m'appliquais à donner le change. Avec réussite...

- Tu sais, cela me détend de cuisiner, et encore plus quand c'est pour partager un bon moment avec des personnes que j'apprécie. Préparer quelque chose pour quelqu'un, c'est aussi une source de plaisir... Tout dépend de ce que tu prépares et de la personne... Les tâches quotidiennes ont cela de plaisant qu'on contrôle tout de A à Z. Et puis l'enjeu peut être un défi de taille comme ne pas faire brûler ces morceaux de pain pendant que je t'embrasse par exemple …

Je m'étais rapproché subrepticement et glissé dans son dos pour murmurer à son oreille.

- La vie peut être simple parfois... je sais que la simplicité n'est pas notre fort... mais pourtant avant de te rencontrer, j'étais un homme simple avec des rêves … Juste des rêves... Poursuivis-je en saisissant le verre qu'elle m'avait servi. Je le portai à mes lèvres pour le goûter. Hmm, un peu sec mais parfait pour l'entrée...

Je reposai le verre sur le plan de travail et m'attachai à confectionner la sauce de salade avec l’œuf que j'avais fait cuire.

- La vue n'est-elle pas sublime ? Tu sais je me sens parfois seul au monde sur mon île quand je vous contemple d'en bas. Chères fourmis asariennes... Des voisins qui risqueraient de me déranger ? Mais lesquels ? Tout l'étage m'appartient. Et tu crois que les voisins du dessous s'amuseraient à importuner le Ministre de la Sécurité ? Tu vois, j'ai réussi … tu as presque oublié à qui tu t'adresses ma chérie … Disons que j'ai grandi dans une immense maison … vide … Cela ne me tentait pas vraiment de vivre dans une autre , ni de m'entourer de domestiques pour me donner l'illusion d'avoir une famille. Ma famille a disparu il y a bien longtemps... Je suis un survivant Alianka. La solitude a toujours été ma seule amie... Je n'avais pas envie de briser cette intimité avec elle en laissant entrer des gens dans mon domaine privé. Il y a des domestiques pour faire le ménage, entretenir le jardin suspendu. J'ai moi aussi un jardin on ne peut plus secret. Mais jamais je ne les croise. Ils sont payés en conséquence pour faire leur travail en dehors de ma présence... C'est voulu. Je refuse de créer des liens... Même avec des esclaves. Le fait que je sois un solitaire t'avait échappé ? Un vieux lion solitaire …


J'avais fait, au cours de ma vie, des choix discutables ou non, qui m'avaient conduit à faire le vide autour de moi. Trahisons successives, déceptions, rejet, incompréhension. La vie avec les autres était jalonnée de ces désillusions qui ne m'avaient pas plus épargnées qu'un autre. La différence était que lorsqu'un autre se trouvait affecté et affaibli par chaque revers, moi je m'étais renforcé et isolé davantage, endurci, au point de devenir ce roc sur lequel elle pouvait s'appuyer chaque jour depuis des années. En avait-elle conscience ?

- C'est ce qui fait mon charme, non ? Ajoutai-je en la prenant par la taille pour l'entraîner sur la terrasse où trônaient deux transats tout confort .

Je m'allongeai dans l'un d'eux pour déguster mon verre de vin que j'avais récupéré au passage avec la bouteille que je déposai sur la table basse à côté de moi.

- Assieds-toi et regarde ce ciel Aly … Est ce qu'il n'est pas sublime ? Lâche prise. Oublie qui tu es...

Je bus un gorgée en souriant. Elle se tenait encore debout, son verre à la main, hésitant à se laisser aller. A s'asseoir dans ce transat confortable à quelques centimètres de moi . Elle paraissait déconcertée par l'homme qu'elle découvrait.

- Tu ne m'as jamais dit … Quelle petite fille étais-tu ?
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MessageSujet: Re: (Terminé) Dans l'Antre du Lion {Alianka}   Ven 1 Aoû - 0:56

Je levai mon verre en sa direction pour saluer son audace de m’avoir touchée en plein cœur. Effectivement, ma personnalité était complexe, je réagissais différemment selon les personnes que j’avais en face de moi, la situation dans laquelle je me trouvais et évoluais.

- Tu marques un point ! J’ai tellement de facettes, j’ai porté tellement de masques que je me suis perdue à un moment donné. Alors, j’ai commencé à composer avec pour devenir la femme que tu as sous les yeux ce soir.

J’apprenais à le découvrir et à voir avec quelle aisance il savait manipuler tous les ingrédients pour nos concocter un bon repas. Il était si éloigné de cet image de l’homme impulsif et implacable, que j’avais encore du mal à me faire à ce comportement qu’il me dévoilait de lui. Il n’avait pas les mêmes relations que j’avais pu avoir avec mes parents. Un homme solitaire et qui s’était forgé seul. Je gouttai au vin que j’avais servi dans nos verres. L’image de mon fils me revint en mémoire, me raidissant nerveusement à cette conversation qui me mettait mal à l’aise. Je n’avais jamais mis Tomas dans la confidence de ma vie privée car à cette époque nous n’étions que des alliés et des amis.

- Il n’y a pas de manuel pour devenir de bons parents. On essaye de protéger la chair de notre chair, on leur donne tout ce qu’on peut leur souhaiter de bon et parfois cela ne marche pas comme prévu … Comment as-tu obtenu le SEER ? Ces doses de sérum se vendaient à un prix faramineux et seules les familles riches, puissantes, politiciennes pouvaient s’en procurer.

Détournée la conversation. Reculer pour mieux sauter en somme. Je n’étais pas prête à lui dire tout ce qui s’était passé à propos de mon fils. Il ne comprendrait peut-être pas ma décision.

- Mon plaisir, c’est de prendre un bain, me prélasser avec un livre, écouter de la musique. Mais tu pourrais aussi m’apprendre à cuisiner de petites plats faciles pour nous … deux. Peut-être que la cuisine sera plus intéressante avec toi …

Son déplacement dans mon dos, son souffle chaud contre ma peau ravivèrent les moments sauvages et passionnés que nous avions vécus dans mon bureau. Ma voix prit un ton plus nuancé, un murmure entre mes lèvres.

- Je ne sais même plus si j’ai été un jour une femme simple. Où sont mes rêves ?

 J’étudiai la baie vitrée qui donnait sur la terrasse. J’aimais moi aussi les hauteurs, d’ailleurs mon bureau se trouvait au dernier étage de la tour gouvernementale. Pouvoir contempler la puissance de la cité, sentir sa force émaner de chaque bâtiment, de ses dômes. Une nouvelle page de l’Histoire à nos pieds. Il se rapprocha de moi, encerclant ma taille de son bras viril.

- J’avais peut-être oublié qu’un Lion solitaire se suffit à lui-même et qu’il peut subvenir à ses besoins sans dépendre des autres. On est si semblables parfois et si différents sur certains points. C’est peut-être cela qui nous rapproche. On connait nos ressemblances et on apprivoise nos différences.

Je suivis Tomas sur la terrasse qui s’allongea sur l’un des transats. Je secouai ma tête pour refuser son invitation à venir le rejoindre. La vue d’ici m’attirait inexorablement. Puis ses mots finirent par fissurer ma carapace.


- Oublier qui je suis ? …
Je ne suis pas comme toi Tomas. Lâcher prise serait une erreur de ma part. Tu n’imagines même pas ce qui peut se passer en quelques minutes, un mouvement d’ailes de papillon peut engendrer le plus grand chaos. Toute ta vie peut se chambouler comme ça !


Je claquai des doigts pour argumenter mes propos, m’avançant vers la rambarde de la terrasse, les deux mains agrippées pour observer le ciel et la lune par-delà l’immense voute en verre qui nous protégeait. Un rire cynique, le mien, brisa la magie du moment quand il me demanda quelle petite fille j’étais. Je lui tournais toujours le dos, inspirant lentement pour maitriser l’afflux de mes vieux souvenirs.

- C’est tellement loin tout ça …
Je suis née en Egypte, en Alexandrie. Je suis issue d’une grande famille fortunée de ce pays. Mon père était un éminent homme politique et ma mère une européenne qui a tout quitté pour suivre son époux en devenant la femme parfaite. J’ai toujours évolué parmi le monde des strass, des domestiques à ma disposition. J’étais très bonne élève et j’apprenais vite. Je voulais devenir comme mon père, entrer dans le monde politique, me battre pour une cause, des opinions. J’étais belle, très belle et à l’âge de 16 ans, je fus remarquée par une agence de mannequinat. J’ai commencé à faire le tour du monde, à voyager, à rencontrer des personnes influentes. J’étais devenue une star et j’avais mis dans un coin de ma tête mon tout premier rêve.


Je pivotai sur mes talons, m’adossant contre le garde-fou, observant de mes yeux de glace le Lion de feu qui m’écoutait attentivement. Il ne s’attendait peut-être pas à cette version de l’histoire pourtant c’était bien la mienne. Les bras dans mon dos, je me calai contre mes mains tout en continuant mon récit.

- En 2005, j’ai rencontré celui qui allait devenir mon futur mari : Jack Nicholson. Il était plus âgé que moi. Et s’il m’aimait, me couvrait de tout ce dont je rêvais, mon amour pour lui était beaucoup plus amical. Mais il m’a offert mes plus belles années. Mes parents sont décédés dans  l’accident de leur jet. Je n’ai plus jamais remis les pieds en Egypte. Sais-tu que mon nom Nephthys vient de la déesse protectrice des morts veillant sur leur sarcophage ? Ironique non ?

Mon chemin est tracé depuis si longtemps de cadavres que je ne les compte même plus. Je jetai un regard par-dessus mon épaule à la cité de verre qui s’illuminait de toute sa splendeur.

- 4 ans après mon mariage vint l’apparition du SEER. Nous étions un couple fortuné et rien ne pouvait nous échapper.  Lors d’une soirée nous avons rencontré Ahmad Saria qui devenait l’homme le plus médiatisé de tous les temps. Jack l’a facilement convaincu d’acheter deux doses pour nous deux. Mais, il y a un secret que personne ne sait à propos du SEER. Tu veux savoir ? Ahmad a fabriqué les premiers sérums à base de son propre sang. Il y avait trois exemplaires. Il s’est injecté la première dose et il voyageait de pays en pays avec une petite mallette qui contenait  deux autres doses faites à base de son sang pour promouvoir sa découverte. Les confidences sur l’oreiller. Les hommes parlent autant que les femmes. Ne fait pas cette tête. Oui, j’ai trompé mon époux avec Saria et je lui ai dérobé une dose. Je me la suis injectée alors que Jack était tout heureux avec celles qui nous avaient commandé. Mon époux a reçu son SEER plusieurs mois après alors que je commençais à développer les prémices de mes dons. J’ai revendu ce sérum supplémentaire à très bon prix. Toute la planète ne parlait plus que de ça … Je suis donc la seconde personne à avoir reçu une injection après Ahmad.

J’ai toujours assumé mes actes, mon passé et mon présent encore plus les conséquences qui dessinera mon futur. Je serai tentée de m’infiltrer dans l’esprit de Tomas pour savoir à quoi il pense en cet instant mais je ne le fais pas. Je récupère mon verre de vin dont je m’abreuve d’une gorgée.

- Et puis tu connais l’histoire : 2049 la pluie de feu. Les radiations, tout ce voyage pour trouver une terre promise et notre nouvelle faiblesse face au soleil ont très affaibli mon époux. Même son blood healer ne  pouvait le soigner. Il était usé par tout cela. Et il désirait tant un enfant. Lorsque la cité s’est construite, lorsque le premier dôme s’est érigé, je savais que j’étais capable de nous mener sur la plus haute marche de ce monde en cendres, de reconstruire ce que ces pourritures d’humains avaient fait subir à la planète. Alors, j’ai pris la tête du  Conseil d’Asaria avant de devenir le gouvernement que tu connais maintenant. Des médecins  s’occupaient de Jack et j’ai appris qu’il était stérile mais il n’a jamais rien su sur tout cela, je ne désirai pas le voir encore plus accablé. Il n’avait pas d’héritier et son jeune frère, Grégory avait eu une petite fille, Adora. Ahmad Saria a un beau jour franchi nos dômes alors que nous le croyions tous mort. Il savait. Il s’était toujours douté que cette dose de SEER, c’était moi qui lui avait volé. Mais j’allais devoir encore lui prendre quelque chose d’encore plus précieux … Tu comprends où je veux en venir.

J’avais bien eu mon fils mais si mon époux était stérile, il ne pouvait donc pas en être le père. Je laissais cette réflexion faire le chemin dans la tête de Tomas avant de reprendre mon histoire.

- Gabriel est le fils d’Ahmad. Il n’a fallu qu’une seule autre nuit  alors qu’on nous disait avoir beaucoup de mal à enfanter à cause des radiations de la pluie de feu. Jack était le plus heureux des pères. Il adorait Gabriel, et je me dis qu’il n’aurait pas supporté tout cela s’il était encore parmi nous. Il est parti avec cette fierté de voir son fils grandir et c’est tout ce qui compté à mes yeux.




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MessageSujet: Re: (Terminé) Dans l'Antre du Lion {Alianka}   Lun 20 Oct - 23:36

J'avais été plus que bavard tout en préparant notre repas. Bien plus que je ne l'étais habituellement, surtout dans l'exercice de mon ministère qui demandait souvent d'être concis, clair et direct face aux subalternes aussi bien qu'aux supérieurs. Alianka ne m'avait donc jamais connu que parlant pour être efficace. Bien sûr je ne parlais pas pour ne rien dire, ce soir, en lui cuisinant ce plat simple, je parlais de nous, de nos vies, de notre passé, de tout et de rien, auraient dit deux amis banals. Mais nous n'étions pas des personnes banales et nous étions plus que des amis. Entre nous, chaque mot pouvait être miné, et à double sens. Dans notre vie quotidienne aussi, nous devions peser chaque mot avant de parler afin d'atteindre notre objectif le plus rapidement possible. Toute maladresse verbale pouvait être une fissure qui viendrait s'ajouter aux autres pour créer finalement une faille qui nous serait fatale. Les gens en bas du trône imaginent toujours que régner est un exercice facile et donné à tout le monde. Je savais, moi, combien il demandait de contrôle. Mes colères enflammées étaient légendaires mais pas si fréquentes. Toujours justifiées par des inconséquences notoires de subordonnés qui ne faisaient généralement pas long feu dans mon bureau. Celles d'Alianka étaient tout aussi mémorables mais froides. Elle ne hurlait pas mais son regard et un simple mouvement de tête de sa part étaient aussi terrifiants que mes accès de furie pour le fautif en cause. Le même sort fatal l'attendait le plus souvent. Pourtant nous étions justes avec nos fidèles collaborateurs, ceux qui nous servaient bien. Implacables avec les traîtres. Mais nous n'usions pas en public de cette image sans concession. Nous affichions un charisme glamour qui nous aurait presque fait passer pour des stars de cinéma. D'ailleurs, dans le passé de la Terre, certains pays avaient eu des acteurs comme présidents. Nous étions des comédiens à notre façon, nous jouions un rôle depuis tellement longtemps que nous avions du mal à nous en départir complètement. Pourtant, ce soir, je voulais lui offrir une occasion de pouvoir le faire. Y arriverait-elle ? Alors que même moi j'avais du mal à lâcher prise totalement ?

Il me suffisait à présent de fermer les yeux, allongé sur ce transat sirotant ce bon verre de vin, et de l'écouter répondre à mes questions, pour savoir. Il me suffisait d'être ce soir juste une oreille aimante et sans jugement à laquelle elle confierait ce qui pouvait lui peser ou de la réconforter. J'avais gardé le silence lorsqu'elle avait posé la question au sujet du SEER. Je n'avais pas envie de parler de moi mais de l'écouter parler d'elle... J'avais vu juste... L'idée de lâcher prise et de perdre le contrôle la terrifiait. Pourtant, elle parlait d'elle et de la façon dont elle avait rencontré son mari, l'avait trompé, avait volé l'unité de SEER à Ahmad Saria. J'avais rouvert les yeux et je la fixai à cet instant, accoudée à la rambarde mais j'avais verrouillé mes réactions en mode inerte ou neutre. Je ne pouvais pas prétendre être surpris, la sachant capable de tout. Pourtant quelque chose venait de s'éveiller en moi, une conscience nouvelle: Alianka était prête à tout pour VIVRE. Pire, elle était prête à tout pour continuer à vivre comme elle le faisait depuis toujours. Je pris alors conscience que je me trompais peut-être sur notre compte. Je n'étais pas le plus faible des deux. Je me levai et m'approchai doucement d'elle pour venir m'accouder à ses côtés, le visage tourné vers l'horizon, de sorte qu'elle ne pouvait voir que mon profil.

- Vivre à n'importe quel prix... Hein... Je crois que vous êtes nombreux à n'être mus que par ça. La mort est-elle donc si terrible ? Je la côtoie chaque jour. Mais finalement les cadavres ont l'air si paisibles. Ils n'ont plus ce souci avec le lâcher prise. Si tu essaies d'être la petite fille que tu étais avant les défilés de mode, avant de donner cette image que tout le monde attendait de toi, qu'est ce qui peut se passer de grave ?  Si tu perdais ton siège de grande conseillère ... Honnêtement, Alianka ? Tu penses qu'ils oseraient nous tuer ? Non, nous exiler, peut-être ... Si tu perdais tout ça, est ce que cela te tuerait ? Est-ce que tu te limites à ton statut politique ?

Je me redressai, et inspirai une grande bouffée d'air avant de murmurer calmement.

- Moi non. Ce qui fait que je suis le lion de feu, ce n'est pas mon titre de ministre, ni même le nom jadis illustre des Van Brënner. Je suis Tomas avant d'être Van Brënner. Je n'ai jamais connu l'étendue exacte des richesses de ma famille mais nous figurions sur les listes pour le SEER avant même de l'avoir demandé. Le gouvernement voulait préserver le patrimoine industriel que nous représentions, le fleuron de leur économie. Ces richesses m'ont acheté une vie luxueuse, une vie plus longue mais pas l'amour parental dont j'avais besoin, pas l'amitié... et pas apporté l'amour. Ces milliards ont érigé un mur de solitude entre moi et les gens. Tout comme le pouvoir le fait pour toi. Je me suis promis que cela ne m'arriverait plus. Si je suis et resterais un solitaire, au moins me suis-je retrouvé moi-même.  A quoi bon vivre si on n'est pas soi-même au moins quelques heures par jour ? On peut me voir comme un monstre mais je suis simplement un homme juste. La pluie de feu nous a rendus presque stériles. Par conséquent, il y a longtemps que nous aurions dû stériliser tous les humains par souci d'équité. Ils ont enseveli les miens sous des décombres, j'ai fait de même avec les leurs. Je suis quelqu'un de très équitable dans sa conception des choses. J'ai soif de justice.

J'avais conscience du trouble que mes paroles pouvaient provoquer en elle et des conséquences qui pouvaient en découler mais pourtant je ne me tus pas.

- La seule chose qui me tuerait, Aly, serait de te perdre. Si tu me trompes...je te perds, car je ne te partage pas. Plus maintenant. Mais je serais équitable comme toujours. Si tu me tues de cette façon, je ferais en sorte que tu paies le même prix. Ne t'avise pas de me faire ce que tu as fait à Nicholson. Il y a toujours un moment où on doit payer l'addition. Je suis prêt à payer la mienne. Elle sera salée... La tienne l'est déjà. Ce qu'on prend, tu sais, la vie nous le reprend tôt ou tard. Regarde avec Gabriel...

Je me surpris à penser que si elle ne le voulait pas, elle, moi j'aimerais pouvoir oublier qui elle était.

- Toutes les vies ne valent pas la peine d'être vécues, tu sais. Le masque finit par étouffer celui qui le porte... Ici, je suis juste moi... Y-a-t-il un endroit où tu es juste Alianka et non cette déesse gardienne des morts ?


Dernière édition par Tomas Van Brenner le Sam 24 Jan - 13:08, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: (Terminé) Dans l'Antre du Lion {Alianka}   Jeu 23 Oct - 16:51

Je pensais qu’il comprendrait et je me suis trompée. En écoutant Tomas s’approchait de la rambarde et à son tour prendre la parole, je me raidissais nerveusement. Le dos tourné aux immenses tours d’Asaria, c’était à mon tour d’observer le silence et d’être attentive à ce qu’il me disait et me reprochait. J’étais une énigme pour beaucoup de personnes mais j’avais cru que je ne le serai plus pour lui. Or voilà qu’il me définissait comme une femme voulant VIVRE à tout prix. Comment lui en vouloir ? Après tout, je ne montrai rien de ce que je ressentais et j’avais façonné l’image de cette panthère de glace depuis de très nombreuses années. Je m’étais perdue quelque part en route, mais je n’avais pas eu de possibilités de faire marche arrière car la cité était à ses premiers balbutiements à cette époque et je me devais de lui donner ce prestige qu’elle méritait pour nous avoir abrités après la pluie de feu. Je fixai un point face à moi qui donnait à l’intérieur de la cuisine sans pour autant perdre le sens des mots du Lion qui se tenait près de moi. Je ne m’attendais pas à ce qu’il dévoile une partie de son passé sur sa famille avant le SEER. Je prenais conscience que je ne savais rien sur lui d’avant la pluie de feu et pourtant nous avions tous les deux un vécu avant de devenir des Anciens.

Sa conception de l’amour, cette jalousie et possessivité envers moi, tout cela était nouveau pour moi. Je savais Tomas prédateur dans toute sa prestance, dans son comportement, ses réactions, ses actions mais avec moi, je n’aurai jamais imaginé à quel point l’amour qu’il me portait était puissant et destructeur à la fois. Il avait raison sur un point : il ne pouvait me faire entièrement confiance puisque j’avais trahi mon époux, infidèle au point d’avoir eu un enfant avec un autre. Sa dernière tirade fut celle qui me laissa le plus perplexe. Avais-je vraiment une réponse à lui fournir ? Mais avant toute chose, je devais rectifier sa propre vérité et lui montrer qu’il était sur la mauvaise voie. J’espérai que Tomas ne soit pas de ces personnes qui une fois leur choix fait n’en démordent plus, qu’il était capable de prendre du recul et d’analyser mes paroles.

- Je n'ai pas la prétention de vouloir VIVRE à n'importe quel prix. Je n'ai pas peur de ma mort et quoi que tu puisses penser de moi, j'assume tout ce que j'ai pu faire depuis toutes ces années, en bien comme en mal. J'ai du sang sur les mains bien que je n'aie jamais tué moi-même, j'ai commandité de nombreux actes qui sont de mon fait. J'ai fait cela pour le bien de notre cité, pour la sécurité des Anciens et de la nouvelle génération face à ces groupuscules minables comme ces insectes de Rebelles ou ces utopistes de Pacificateurs.

Je n’avais pas bougé de ma position, le dos tourné à la vue qui s’offrait à moi, fixant l’intérieur de l’appartement face à moi. Je n’étais ni en colère, ni vexée, ni lassée par notre conversation. J’estimais par contre que la vérité était nécessaire et que je ne pouvais pas lui laisser croire tout et n’importe quoi à mon sujet.

- J’ai laissé de côté ma vie de femme pour épouser ce poste de Grande Conseillère. Asaria est un peu comme une enfant qui a besoin de tout l’amour d’une mère pour se construire et devenir forte. J’aurai pu me remarier tant de fois à la mort de mon époux. Je ne l’ai jamais fait parce que je me savais incapable d’assumer une vie de famille et mes obligations politiques. Je ne désirai pas faire souffrir un homme qui n’aurait, au final, pas eu sa place près de moi. Il m’était plus facile d’avoir des amants d’un soir, assouvir des besoins naturels, se contenter du plaisir et repartir. C’était pour moi, à cette époque, le meilleur équilibre pour ma vie.

Puis, je me souvenais qu’il avait mentionné mon siège politique et qu’il m’avait posée une question là-dessus :

- Si je perdais mon siège de Grande Conseillère, sincèrement, qui aurait assez le caractère pour gouverner la cité ? Je connais chaque Ancien qui compose ce gouvernement. Certains d'entre-eux sont des amis, depuis fort longtemps. Beaucoup ont leurs propres sociétés, leurs activités, leurs passions. Siéger en haut du gouvernement, c'est aussi être marié à Asaria. Donnez tout ce que l'on a pour réussir. Je n'ai jamais imaginé une seule seconde qu'une fois loin de la vie politique, on puisse me tuer ou nous tuer. Je peux être à la fois une alliée et un danger. Me tuer ? On pourrait le faire, mais avec moi, disparaitrait des secrets dont je suis la seule détentrice. Ils le savent tous ... Je pourrai prendre ma retraite politique et vivre tranquillement une vie paisible auprès de toi ? Mais je ne serai plus la même femme que tu as connu ... Est-ce vraiment ce que tu veux Tomas ?

J’inspirai longuement pour me permettre de dissiper cette tension que je sentais croitre entre nous deux.

- Je n'ai pas l'intention de te tromper même si tu as des doutes sur ma franchise. La situation n'était pas la même à cette époque. J'ai donné un fils à un homme qui était stérile et qui ne savait pas cette information. J'avais demandé aux médecins de lui cacher cela, pas pour lui faire du mal, mais pour permettre à Jack de vivre ses dernières années sereinement après ce qu'il avait enduré durant la traversée jusqu'à notre terre d'asile. Si j'avais été une femme infidèle, je l'aurai trompé maintes et maintes fois, chose que je n'ai jamais faite. Ma nuit avec Ahmad Saria a été la seule.

Je ne cherchais pas des arguments pour me sauver de son jugement. Mais il devait se mettre en tête que j’aurai pu continuer à avoir des amants,  que j’aurai pu continuer à tromper mon époux. Je me retournai pour admirer les lumières de la cité qui se déployaient sous les dômes de verre.

- Il n’y a pas d’endroits que je connaisse où je suis véritablement moi …Dis-je dans un murmure où se reflétait une blessure sincère. Il y a longtemps que je n’ai pas pensé uniquement pour moi, que je n’ai pas fait quelque chose qui n’avait rien avoir avec la cité.

Je posai ma main sur son bras, le forçant doucement à se positionner de telle sorte que nous étions l’un en face de l’autre. Je glissai mes bras autour de sa taille.

- Apprends-moi Tomas à ne plus être la femme politique. Aide-moi à retrouver la vraie Alianka, à trouver un endroit où je serai enfin libérée de ce masque et de toutes ces obligations professionnelles pour vivre et savourer nos moments à deux…




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MessageSujet: Re: (Terminé) Dans l'Antre du Lion {Alianka}   Sam 24 Jan - 15:54

J'avais toujours su qu'Alianka avait un amour démesuré pour le pouvoir et je partageais cette addiction. C'était l'un des traits communs à nos deux caractères, un attrait qui nous avait aussi attirés l'un vers l'autre. Tout comme la recherche de perfection et de beauté nous définissait, la soif de puissance et de domination sur les autres, que ce soit les Asariens ou les vermines humaines, était vrillée à nos âmes. Si les qualificatifs attachés à nos noms étaient des animaux magnifiques et prédateurs, ce n'était pas un hasard. Nous ne nous étions pas attribué ces titres. La communauté sur laquelle nous régnions nous en avait parés parce que c'était ce que nous lui inspirions, que ce soit ressenti avec admiration ou haine. Une grande partie de ses propos ne m'étonna donc pas. Ils trouvaient une résonance en moi. J'assumais pleinement mes choix et mes actes et je ne regrettais pas d'avoir pris des vies pour parvenir à mes fins. Nous étions simplement des visionnaires capables de voir au delà de l'intérêt immédiat de la multitude. Tous les Anciens qui avaient survécu avaient traversé l'enfer et portaient en eux les stigmates de la pluie de feu. Les Humains nés sous les Dômes ou même en dehors ne connaissaient que la paix relative d'un refuge que nous avions bâti de nos mains après un exode interminable et meurtrier durant lequel nombre d'entre nous avaient vu périr des êtres chers. Que pouvaient savoir les Asariens nés ici de l'épreuve qui nous avait forgés ? Une épreuve dont nous étions sortis vivants parce que combatifs, intelligents, sans faiblesse. Ceux qui étaient arrivés au terme du voyage étaient les plus résistants et les plus capables de s'adapter aux conditions de leur nouvelle vie. Les humains de cette époque l'avaient bien compris et avaient pris une part active à la construction de la nouvelle cité à nos côtés. L'urgence de construire un refuge pour la vie avait fait passer au dernier plan nos haines et le souvenir de ce qui nous avait précipité dans ce chaos. Puis, une fois à l'abri, les haines anciennes s'étaient ravivées des deux côtés. Les humains qui avaient bâti Asaria à nos côtés avaient fini par s'éteindre naturellement et au fil des générations, certains de leur descendants l'avait oublié pour ne se souvenir que d'une chose : nous avions le pouvoir et ils étaient les esclaves. Exit aussi, le souvenir de ce que la folie de certains humains avait fait à la planète. Exit cet élan commun qui nous avait portés pour édifier Asaria. Ne subsistait le plus souvent que le mépris et la haine de parts et d'autres. Nous les haïssions pour ce que leur "race" avec laquelle nous n'avions plus rien en commun avait fait à notre monde, pour leur faiblesse, et ils nous haïssaient parce que nous étions les maîtres dominants, les détenteurs du pouvoir, de la longévité et de la force. Ce que les humains et certains asariens ne comprenaient pas, c'est que nous avions survécu grâce à nos qualités et que ces qualités nous permettaient aussi de voir plus loin pour l'avenir des survivants que nous étions tous. Seuls ceux qui avaient survécu à la pluie de feu pouvaient connaître ce sentiment d'être des "survivants" et désormais plus aucun humain ne pouvait témoigner de cette époque. Les Asariens nés sous les Dômes, pour la plupart, étaient des enfants gâtés par leurs parents, bercés de futilité et pétris de la certitude de leur supériorité dont la plupart ne faisait guère de démonstration utile à la cité. On leur avait appris le respect des Anciens et certains le cultivaient encore par crainte,  mais d'autres s'en étaient dissociés et avaient trahi leur cité et leurs origines pour se ranger au côté des humains. Tout cela ne résultait selon moi que d'une mollesse éducative et de la perte de contact avec notre Histoire commune. Nous étions tous responsables de cette déliquescence . Le peuple asarien était jeune et avait besoin des guides que nous incarnions Alianka et moi.

J'avais d'ailleurs bien l'intention de renforcer cette éducation en secouant les fesses de notre jeunesse et de notre élite qui s'encroûtaient selon moi dans les plaisirs faciles. J'avais comme projet de faire de la défense d'Asaria l'affaire de tous. Attendre qu'un ennemi commun convoite la cité et la revendique, pour nous mobiliser tous à la protéger, pouvait nous être fatal. Il fallait être naïf pour penser que si d'autres groupes avaient survécu, ils ne pourraient n'être mus que de bonnes intentions envers Asaria. Peut-être demanderaient-ils simplement asile mais peut-être également, nous déclaraient-ils la guerre afin de s'emparer du sanctuaire que nous avions bâti. "Si tu veux la paix, prépare la guerre." Cet adage me paraissait plein de bon sens, bien loin de l'utopie des Pacificateurs qui semblaient avoir perdu de vue les réalités de ce monde et les enseignements de l'Histoire. Je partageais donc les préoccupations d'Alianka quant à la pérennité d'Asaria. Elle reposait pour moi sur la force supérieure des Asariens et tout ce qui pouvait menacer cette force devait être éradiqué que ce soit les Humains et leurs velléités d'égalitarisme ou les groupuscules qui prônaient une mollesse pacifiste ou même la guerre civile entre Asariens et Humains. Pour moi, les Humains étaient un des chaînons de notre évolution passée mais prétendre vouloir me faire partager le pouvoir avec eux, me donnait envie de hurler de rire. C'était comme donner le pouvoir à une troupe de gibbons. On ne pouvait nier descendre des hominidés préhistoriques, pas plus que des Humains. Mais devait-on les laisser gouverner à nos côtés pour autant ? Certainement pas. C'était ainsi depuis toujours sur Terre et avec la Nature. L'espèce favorisait l'évolution optimale pour sa survie. La vie choisissait toujours le chemin le plus fiable. Les Humains étaient devenus obsolètes lorsque le SEER avait été crée. Peut-être un jour les Asariens le deviendraient-ils aussi ou subiraient-ils d'autres mutations qui feraient de moi un dinosaure inutile. C'était ce qui nous différenciait peut-être, Aly et moi. J'avais conscience de la fugacité relative d'un état de choses alors qu'elle voulait s'ancrer dans une continuité éternelle. Mais pour l'heure, les Anciens restaient la réponse la plus adaptée aux conditions de vies imposées en partie par l'irresponsabilité des Humains.

Je l'écoutais m'exposer ses choix dont beaucoup rejoignaient les miens. La vie privée ? Ce que j'en avais vu étant enfant,  avec mes parents absents et plus occupés à leur réussite sociale que l'un de l'autre, ne m'avait pas vraiment permis d'entrevoir ce que certains appelaient une "vie de famille ". Je ne me voyais pas chef de famille ou même époux et encore moins père. Pour moi, un enfant est une chose encombrante dont on ne sait que faire et qu'on refile à une nurse puis à un précepteur, puis à une école, et enfin à un directeur de succursale pour qu'il le forme. C'est ainsi que mes parents avaient fait. Je n'étais pas certain de savoir faire autrement et je n'avais pas envie de faire subir ça à un enfant. Je ne pus m'empêcher de sourire dans la pénombre lorsque Alianka évoqua ce renoncement, demi renoncement pour sa part. J'avais écouté sa voix tendue par l'envie de me convaincre et le besoin de s'assurer que je demeurai son allié, que je partageais ses idées. Elle avait raison. Nos points communs et nos différences étaient autant de raisons de nous rapprocher, de nous compléter, d'enrichir notre vision du monde. Lorsqu'elle m'enlaça, je penchai la tête et lui adressai un sourire franc tout en sondant son regard.

- C'est à cela que je voudrais en venir. Je ne te demande pas de prendre ta retraite. Je crois que nous ne sommes fait ni l'un ni l'autre pour cela. Nous ne connaitrons jamais de retraite définitive et heureusement! Je pense que nous nous entretuerions.
 Ajoutai-je en lui dédiant un clin d’œil. D'ailleurs je doute que nous arrivions à nous supporter au quotidien. En revanche, nous pouvons nous accorder des moments qui laissent s'exprimer une autre part de notre personnalité. J'ai toujours eu des activités en dehors de l'exercice de mon ministère. Non, je vois à quelles activités tu penses ! Certes, elles tiennent une grande place dans ma vie personnelle mais ce ne sont pas les seules. me défendis-je. Je conduis des voitures rapides, je fais du tir de précision, je cuisine en écoutant de l'opéra. Je construis des moteurs, j'étudie la mécanique solaire pour perfectionner nos moyens de déplacements futurs. C'est utile, mais au delà de cela, c'est une passion. Dans un moteur, chaque pièce, chaque rouage a un rôle. Quand chacun remplit ce rôle, le moteur tourne à la perfection. Si tu me limoges et que je ne suis plus le Ministre Van Brënner, il me restera toujours ces passions. Personne ne peut m'ôter l'attrait que je ressens pour toutes ces activités. Même derrière des barreaux, je continuerais à imaginer des moteurs, des recettes, à entendre des airs d’opéra dans ma tête. Mais, cet homme-là n'est peut-être pas celui que tu trouves attrayant.

Je me dévoilais beaucoup et j'en avais conscience. C'était un risque à prendre. J'étais joueur et même en amour, je préférais provoquer et tester les limites que de me reposer sur des certitudes ou des préjugés. Elle aussi m'avait confié beaucoup de choses mais elle se retranchait toujours derrière nos rôles dès que le terrain devenait très personnel. Elle revenait sans cesse à sa fonction et à sa carrière de femme politique. Je souhaitais lui faire reprendre contact avec une part d'elle-même qu'elle avouait avoir oubliée et je m'efforçais de rebondir sur ses propres arguments, en bon orateur, pour lui prouver qu'elle pouvait exister en dehors de sa fonction et ce par sa propre volonté et sans moi, même si j'étais prêt à l'y aider. Elle avait été autrefois, cette autre femme: une épouse, une mère... Je la sentais touchée par mes incursions dans son âme et cela m'attendrit au lieu de me procurer l'habituel sentiment de triomphe. J'étais ému sans vouloir me l'avouer trop, de toucher du doigt, une part d'elle qui restait inaccessible aux autres. Son regard perdu dans le lointain puis son élan vers moi étaient autant de signes que j'avais fait mouche sur bien des points. Elle évoquai des renoncements mais je posai un regard moins catégorique sur sa vie. Je radoucis son constat.

- Tu as quand même su concilier, à une époque, ton ascension sociale et ta vie de femme mariée et de maman. Tu as eu Jack et Gabriel... Elle était imparfaite et entachée de quelques mensonges, mais vous formiez une famille. Pour ma part, je suis né, puis j'ai grandi seul, aussi loin que je me souvienne... j'ai vécu seul.


Je n'avais pas prévu qu'évoquer les aspects cachés de la femme que j'aimais me renverrait si abruptement à ce que, moi, je n'avais jamais été et ne serais probablement jamais. Je n'avais rien vu venir. Je me serais bien traité de crétin. Un peu décontenancé par ce que l'écho de mes propres mots avait déclenché en moi je me dégageai doucement et me dirigeai vers la table basse, pris la bouteille et revins vers elle pour nous resservir un verre. Changer de sujet était primordial pour ne pas exposer ce que je refusais de montrer. Habituellement, j'excellai à mener la conversation là où je voulais qu'elle aille, mais face à Alianka, je n'étais plus l'habile orateur, surtout lorsqu'il s'agissait de m'exposer.

- Tu penses vraiment que personne ne pourrait assumer cette charge ?  Personne à part toi ? Je parle de ton statut de Grande Conseillère. N'est-ce pas préjuger de beaucoup de choses ? De la soif de pouvoir que certains d'entre nous partagent avec toi ? De leur possible intelligence ? De ce qui fait leur vie personnelle ?  Tu n'as jamais envisagé la possibilité d'être renversée ? De voir notre gouvernement destitué ? Pourtant l'Histoire fourmille de ces exemples. Combien de guides se sont vu ensuite remerciés par le peuple qui les avait choisis, une fois celui-ci en sûreté ? Il n'y a pas plus ingrat que la foule et le peuple, Alianka. Rien n'est éternel. Le fait que nous soyons des Longues Vies a tendance à nous le faire oublier, mais le fait de voir mourir des gens à mon ordre me le rappelle sans cesse. J'ai bien conscience que nous sommes tous remplaçables. Cela m'évite de m'assoupir sur mes acquis. Cela m'évite aussi de n'exister que pour ma fonction. C'est en cela que je ... m'inquiète pour toi... Et bien sûr je suis prêt à t'offrir des moments où tu pourras essayer de n'être que toi-même. Ce n'est pas toujours facile. Cela renvoie à des choses qu'on a parfois envie d'oublier. L'exercice du pouvoir a cela de rassurant qu'on s'y oublie justement assez facilement...


Je m'accoudai à nouveau, troublé de me sentir si déstabilisé. Je l'avais voulue, cette confrontation avec Aly. J'en avais rêvé. Je ne m'étais pas préparé au fait que ce serait aussi un face à face avec moi-même. La sonnerie de la minuterie de cuisson retentit et je trouvai lamentable d'être ainsi "sauvé par le gong". Quoique ? Cela illustrait assez bien mes propos. Ma passion culinaire venait à ma rescousse. Profitant de l'effet de surprise, je déposai un baiser furtif sur ses lèvres puis me dirigeai vers la cuisine.

- Je pense qu'il va falloir se mettre à table madame la Grand Conseillère.
Lançai-je en me délectant du double sens de ma phrase


Dernière édition par Tomas Van Brenner le Mer 13 Mai - 16:06, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: (Terminé) Dans l'Antre du Lion {Alianka}   Mar 3 Mar - 18:01

« Nulle pierre  ne peut être polie sans friction, nul homme ne peut parfaire son expérience sans épreuves »



Ma retraite politique je ne l’avais jamais envisagée parce que ce monde, ce terrain était le mien. J’étais faite pour cela, pour ces défis que l’on m’imposait tous les jours face aux urgences, aux groupuscules et leurs stupides missions menées contre le gouvernement, à chercher le meilleur pour la cité, son évolution, sa réputation, son renforcement dans tous les domaines scientifiques et même  pour sa sécurité.  Lorsque Tomas constata que nous n’étions pas faits pour ce genre de retraite au risque de nous égorger au quotidien, il fit naitre un grand sourire sur mes lèvres. Il avait raison. Nous n’étions pas de ces hommes et de ces femmes qui tirent leur révérence après toutes ces années passées à flirter avec le pouvoir et toutes les obligations et les choix que cela implique. Asaria nous avait forgés ainsi, à son image ou peut-être que c’était nous qui avions forgés la cité suivant nos inspirations. Je n’étais pas non plus la femme d’intérieure qui préférait attendre le retour de son compagnon le soir. Non, j’étais celle qui restait tard au bureau, qui ne cessait d’aller et venir entre diverses réunions ou rendez-vous. Les quotidiens monotones m’ennuieraient assez vite. Malgré cela, Tomas avait touché du doigt encore un autre aspect de ma personnalité. Ses passions étaient diverses et multiples. Il ne vivait pas que pour son poste de ministre. Ses autres dispositions dans d’autres domaines le maintenaient en vie et soudain je reçus comme une énorme gifle sur le propre constat de mon vécu… Je ne savais plus qu’elles étaient ces passions qui avaient animé  un jour Alianka de Nephthys bien avant qu’elle ne devienne une Longue-Vie, bien avant qu’elle soit à la tête d’une cité et d’un gouvernement. Je prenais conscience de vide que je m’étais imposée ou qui s’était créé sans que je ne m’en aperçoive ou peut-être même avais-je un jour perçu ce vide sans rien faire pour lutter contre lui, plongeant corps et âme dans la politique et oubliant celle que j’avais été.

Le constat de mon passé et même de mon présent se rapportait ni plus ni moins qu’à ce poste de Grande Conseillère. La politique avait gangrené mes autres envies avec un naturel presque déconcertant. Un cœur battait sous ma poitrine, mais au final … il était vide, seulement empli par sa loyauté envers Asaria et les Anciens.  La voix de Tomas me ramena dans la réalité du moment lorsque je l’entendis me parler de mon rôle d’épouse, de mère et de mon rôle de plus en plus important au sein d’Asaria qui s’était développé et enrichi au fil des années. Je m’étais tue durant tout ce temps sans cesser de réfléchir à toutes ses paroles et à ce qu’elles me renvoyaient sauf que je ne m’étais pas doutée que l’homme qui me tenait dans ses bras se dévoiler aussi et se mettait à nu dans une confidence tout aussi pénible et déstabilisante pour lui. Il se libéra de mon étreinte comme si notre enlacement l’avait brulé au point de ne plus pouvoir le supporter. Le vin coula de nouveau dans mon verre, pourtant notre conversation, ce face à face qu’il avait tant désiré avait éveillé un malaise et des vérités effrayantes. Je faisais doucement tourner mon verre entre mes mains, détaillant la robe de ce nectar et des nuances qu’il prenait avec les reflets des lumières de la nuit. J’avais très bien compris le changement de sujet bien que je n’aie pas encore répondu sur tout ce qui venait d’être émis, car mes mots se bloquaient au fond de ma gorge comme anéantis par le portrait de la femme que j’étais devenue. Néanmoins,  son discours tournait toujours autour de ce sujet, de tenter de me défaire de ma fonction, de trouver d’autres ancres auxquelles m’accrocher pour ne pas sombrer dans l’abime que j’avais constitué sous mes pieds. La petite sonnerie du minuteur nous donna une sorte de répit dans cet échange. Un baiser sur mes lèvres et il disparut à l’intérieur de la cuisine.

J’inspirai nerveusement, me tournant face au décor des interminables  tours et des lumières d’Asaria. Au-dessus de nos têtes se déployait l’un des dômes et par-delà, les étoiles et la lune que je pouvais distinguer. Je bus d’une seule traite mon verre et je décidai de retourner auprès de lui avec le reste de la bouteille de vin que nous n’avions pas terminée. Il s’affairait à égoutter les pattes et à nous composer le repas de ce soir.

- Je n’ai aucune autre passion … lâchai-je soudain dans un murmure presque froid. Je viens de me rendre compte que même cela, il ne me reste plus aucune trace des envies et des activités que j’aimais faire avant d’être une Longue-Vie. J’ai oublié de leur laisser une place et j’ai créé un vide. Peut-être m’en suis-je un jour aperçue, mais au lieu de modifier mon cap, je n’ai fait qu’amplifier cette situation. Quel horrible constat … alors que toi, tu as su garder un jardin secret qui ne serait qu’à toi et qui ne serait pas infecté et pourri par la politique.

Je m’approchai du plan de travail déposant mon verre vide. Tomas m’observait, mais j’avais beaucoup de mal à savoir ce qu’il pensait sur cette révélation que je venais de lui faire.

- La politique et ma fonction ont pris le pas sur moi, encore bien plus après la mort de Jack et de Gabriel. Bien sûr, cela reste ma passion, mais effectivement, tu as raison. Si un jour le renversement du pouvoir se produisait, je n’aurai plus rien parce que j’ai fait en sorte d’occulter tout le reste. Un cœur qui bat, mais qui est vide de tout envie et qui régit un corps dans un mécanisme parfait… voilà ce que je suis devenue. J’ai forgé une entité qui a pris le dessus sur sa créatrice.

Je remplis mon verre, le buvant de nouveau d’une seule traite, pas pour me donner courage ou une certaine contenance, ou pour noyer la stupéfaite vérité sur mon compte, non, pour y trouver quelque chose à quoi me retenir.

- J’ai beau tenté de réfléchir, de me concentrer, je ne trouve plus aucun souvenir de ce que je pouvais aimer bien avant la politique comme si cette Alianka avait pris malin plaisir à effacer tout le passé de la première version.  Était-ce pour me protéger ? Pour m’endurcir encore plus ? M’éloigner d’un passé qui aurait pu m’affaiblir ? Je ne sais même plus où commence tout cela, à quel moment, j’ai perdu pied dans le contrôle de ma vie personnelle pour l’anéantir complètement. Tu veux toujours m’aider et m’offrir des moments qui ressembleront à celui-ci ? Prendre un tel risque ?

Quelques assiettes étaient empilées sur l’égouttoir ainsi que des couverts que j’installai sur le coin comptoir-snack de la cuisine pour ne pas oublier que ce repas signalait la venue de très nombreux autres têtes à têtes. D’un règlement de compte dans mon bureau, à l’explosion bestiale de notre corps à corps, voilà que nous étions en train de dévoiler une part de nous-mêmes à l’autre. Mais si j’étais une peine perdue, il y avait quelque chose que je désirai lui avouer. La salade Caesar était fin prête ainsi que les pattes à la sauce al pesto. Je glissai près de lui, l’arrêtant dans son geste de prendre les plats. Mes prunelles glaciales rencontrèrent les siennes, ma paume caressa amoureusement sa joue et la naissance de sa barbe de la journée.

- Tu n’es plus seul à présent. Tu ne le seras plus jamais. Quoi que la vie ait pu te faire endurer, cette solitude depuis ta plus tendre enfance, cette famille que tu n’as jamais eue, je suis là. Nous sommes là tous les deux, ensemble. Tu trouveras toujours refuge et amour dans mes bras. Un foyer pour toi. Uniquement.

Je pris son visage en coupe entre mes mains et je l’embrassai de tout mon amour, déclaration muette, mais qu’il saurait reconnaitre.

- Mmmm, tout ceci sent très bon … j’ai une faim  de … Lionne. Tu sais ce que j’aime dans un bon repas ? Le dessert …




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MessageSujet: Re: (Terminé) Dans l'Antre du Lion {Alianka}   Mer 13 Mai - 17:30

Alors que je m'affairais dans la cuisine, m'efforçant de me concentrer sur les derniers préparatifs, elle me rejoignit avec ce qui restait de la bonne bouteille qu'elle avait choisie et à laquelle nous avions fait un sacré sort. Même si l'alcool avait un effet très dilué sur nos sens par rapport à son impact sur les Humains, cette consommation galopante était tout de même révélatrice d'un besoin de nous donner du courage pour affronter les vérités qui se révélaient ce soir. Nous étions passés par tant d'émotions diverses en une seule soirée. De la colère orgueilleuse à la passion dévorante et brutale qui s'était enfin libérée entre nous, pour arriver à ces confessions, cette analyse de nos vies. C'était vraiment très troublant et si inattendu, cette mise à nu de nos faiblesses. Qui de nous deux aurait pu l'envisager en s'éveillant ce matin ? Si quelqu'un nous l'avait prédit, nous lui aurions probablement ri au nez avec arrogance.

Peut-être était-elle le fruit d'une solitude trop chèrement payée et qui commençait à me peser. Peut-être avais-je envie d'être vrai au moins une fois dans ma vie, apprécié, aimé pour ce que j'étais vraiment. J'avais toujours préféré inspirer la crainte et le respect que l'amour et la confiance, mais peut-être bien que j'étais lassé du désert affectif que ce choix engendrait. Avec elle, du moins, j'avais envie de me montrer sous mon vrai jour, de prendre le risque de descendre de mon piédestal, celui où je m'étais hissé avec son aide. J'avais envie d'être autre chose, quelque chose de plus que l'homme de pouvoir admiré et convoité. Cela impliquait que je découvre certaines de mes facettes cachées. C'était une exposition qui pourrait se retourner contre moi, mais à vaincre sans péril on triomphe sans gloire. J'avais toujours aimé sortir de ma zone de confort. Dans ma fonction de général et de ministre de la sécurité, ce que je préférais, ce que je trouvais exaltant, c'était de soulever l'enthousiasme d'une foule dans un simple discours, de mener mes troupes au combat contre l'ennemi d'Asaria, dans un don total, une abnégation qui les conduisait à s'oublier pour ne penser qu'à l'objectif que je m'étais fixé.

Alianka méprisait tous ces ennemis qui se dressaient dans l'ombre contre nous. Je les haïssais tout autant, mais contrairement à elle, j'éprouvais une forme d'admiration pour ceux qui parvenaient à me faire sortir de cette zone de confort et à redevenir le prédateur, le joueur, l'aventurier. J'avais une forme de respect pour ces hommes qui étaient parvenus à susciter une telle vague d'excitation chez moi, ce flot d'adrénaline que même le sexe ne parvenait plus à provoquer. Il y avait une sorte d'ivresse à se mettre en danger, et je la retrouvais en poussant Alianka hors de ses retranchements. L'Histoire d'Asaria était émaillée de révoltes, d'actions terroristes, de sécessions, de trahisons et je savais que chaque victoire ne nous procurait qu'un répit. Que de nouveaux ennemis se dresseraient encore, qu'il faudrait combattre inlassablement. Je savais aussi que plus nous leur faisions du mal, plus nous forgions de nouvelles générations de révoltés, encore plus déterminés, violents, organisés que leurs aînés. L'espèce humaine était ainsi: rétive, indisciplinée, rancunière, opiniâtre. Je devais bien reconnaître que nous leur ressemblions sur ce plan. Pour cette raison, je savais que le combat se radicaliserait tôt ou tard, qu'un vent de fureur ne tarderait pas à se lever entraînant Asaria dans un conflit majeur qui nous contraindrait à encore plus de dureté et d'intransigeance. J'étais préparé à cela, fait pour cela. Mais tandis que ma vie publique devait me contraindre à porter encore plus le masque de la froideur implacable, j'avais envie, besoin peut-être, de le laisser tomber en privé. C'était à ce prix que je ne me perdrais pas totalement, que j'empêcherais mon statut de me dévorer.

Le murmure était au début à peine perceptible tant l'aveu devait être difficile. Je continuais mes préparatifs tout en l'encourageant d'un regard à poursuivre ses constats sur sa vie. Je ne voulais pas l'interrompre. J'imaginais ce que cela devait lui coûter de mesurer le vide qu'elle avait accepté à la dévotion d'Asaria. Je songeais que bien peu des ingrats qui la combattaient ou de ses détracteurs pouvaient imaginer ce que cette femme avait sacrifié à cette Cité. Je ne savais d'ailleurs pas moi-même à quel point avait été ce sacrifice. Aurais-je seulement pu l'imaginer ? Le comprendre, l'accepter ?

Elle descendit un autre verre. Je me dis en souriant intérieurement qu'il faudrait que j'approvisionne ma cave régulièrement, désormais. Elle arrêta mon geste alors que j'avais achevé de dresser nos assiettes. Elle caressa ma joue, faisant naître ce sourire mi-ironique mi charmeur sur mes lèvres. Mais cette fois ce n'était qu'une façade face aux mots qui me bouleversaient. Plus seul ? ... Mais c'était courir le risque de l'être à nouveau si venait l'heure de la disgrâce. C'était devoir être encore plus fiable, fort et performant dans le rôle qu'elle m'avait confié. Si je perdais sa confiance, je la perdrais aussi... Et cela, je ne le supporterais pas. Elle venait de me donner une raison de plus de vaincre, d’annihiler nos ennemis, d'éradiquer tout complot. Et quelle raison ... Elle venait de m'offrir la seule chose qui manquait à ma vie... et elle scella cette promesse d'un baiser très différent de ceux que nous avions partagés, très différent de tous ceux que j'avais partagé avec toutes ces femmes. J'éprouvais une confusion et un bouleversement qui ne m'étaient pas familiers.

Ce baiser, précédé de cette promesse, réveillait un ancien sentiment d'enfance enfoui en moi. C'était celui que je ressentais sous le regard de ma gouvernante, Maria. Un regard dont la douceur et la chaleur me revinrent en mémoire, un regard qui exprimait bien plus qu'un simple dévouement à un jeune maitre. Je pris alors conscience que j'avais été aimé sans le savoir. Cette révélation me submergea, entrainant avec elle son flot d'amertume. Pourquoi ne l'avais-je pas compris plus tôt ? Maria était morte sous le Déluge de feu, dans les décombres de la maison d'une famille à laquelle elle avait consacré sa vie. Elle était restée à notre service alors même que j'étais devenu un homme. L'âge venant, elle avait accepté une rétrogradation en cuisine mais refusé de partir pour une modeste retraite bien méritée. Je savais à présent pourquoi elle était restée. Avais-je seulement eu un geste ou un regard affectueux pour cette femme ? Je ne me souvenais plus...

Le baiser prit fin et Aly se détacha lentement de moi en avouant son appétit à la perspective du repas.  Je déglutis et détournai mes yeux un peu trop brillants des siens.  Je baissai la tête et murmurai à mon tour.

- Tous  les risques ... je prendrais tous les risques ... N'est ce pas ce qu'un Asarien digne de ce nom ferait pour sa famille ?
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MessageSujet: Re: (Terminé) Dans l'Antre du Lion {Alianka}   Ven 31 Juil - 19:05

Le baiser que je lui offris sembla le perturber au plus profond de lui, touchant son cœur et peut-être même sa raison implacable. A qui avais-je donné ce baiser empli d’amour et de sentiments sincères depuis ces dernières décennies ? A aucun homme. Ils étaient tous des amants d’un soir, d’une nuit de passion, d’une envie de plaisir bestial, peut-être malsain, l’attirance d’un besoin primaire qui s’estompait au petit matin. Mais ils n’entraient pas dans ma vie. C’était mon choix et j’avais géré cela depuis des années. Pourtant, deux hommes avaient compté dans ma vie : mon seul et unique époux, Jack et Ahmad Saria, le véritable père de Gabriel. Chacun avait connu les deux Alianka, bien différentes l’une de l’autre. La jeune femme avant l’injection du SEER, puis celle qui était devenue, pour l’un, sa compagne officielle, pour le second, sa maitresse.

Tomas s’était,  lui-même sans que je ne puisse le freiner, imposé dans mon quotidien, tel un prédateur qui arrive tout doucement sans aucun bruit, observe, détaille et s’avance encore et encore jusqu’au son objectif. Il était devenu mon ministre de la Sécurité, puis au fil des années, le second dans ce gouvernement. Toutes les réunions auxquelles nous faisions face, nous faisions cela ensemble, un bloc uni, le feu et la glace contre lequel les autres ne pouvaient que plier et se soumettre. Nous avions partagé beaucoup avant de partager le gout et l’extase de nos corps repus : des briefings le soir tard dans les bureaux avant une conférence de presse, une réunion, des rapports brulants ou des projets à étudier,  une nouvelle loi, discutant jusqu’au petit matin pour mettre sur pied l’attaque la plus significative de nos pouvoirs.

Avec le recul, je savais pertinemment que je n’avais pas été ni aveugle, ni insensible aux rugissements du lion, sauf que mon statut et la politique de la cité avaient pris bien trop d’importance dans ma vie privée au point de l’occulter totalement. Je venais de lui expliquer tout cela, de m’ouvrir à lui, de me confier comme je ne l’avais jamais fait avant. Tomas en avait fait tout autant. Je découvrais pour la première fois, l’homme et non le ministre ou l’Ancien. Il était si différent. Il arrivait à s’imposer une ligne entre ses deux facettes, chose que je n’avais pas su faire ou pu. Lorsque je mis fin à ce baiser, il se détourna bien trop vite de moi, mais cela ne m’empêcha pas de comprendre son malaise. Quelque chose venait de se passer en lui, de se déclencher. Je n’osais plus le toucher pour lui permettre de souffler, de reprendre contenance. Malgré cela, sa phrase teintée d’émotions me fit frémir, mais pas comme je l’aurai souhaité.
« Pour sa famille »

Je me raidis telle la glace et je dus prendre sur moi pour bouger, reculer du plan de travail pour chercher à quoi me raccrocher alors que de très lointains souvenirs m’assaillaient. Le décor de la cuisine, des assiettes dressées, des verres de vin, tout cela s’estompa pour prendre les contours de mon bureau, à la tour gouvernementale.

♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦  Flash-Back ♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦

- Votre mission est dans cette enveloppe. Je me passerai de vos commentaires. Vous êtes payé pour vos compétences et votre savoir-faire. Bien que vous soyez encore très jeune, il ne tarit pas d’éloges sur vos capacités, mais là je vous demande d'accomplir quelque chose de particulier qui s'éloigne un peu de votre statut.

J’observai la jeune femme qui se tenait devant mon bureau, décachetant l’enveloppe pour y lire les instructions qui étaient détaillées ainsi qu’une photo. Aucune réaction ne se lut sur son visage même si j’avais eu envie d’en découvrir davantage grâce à ma télépathie, me glisser dans son esprit, mais je ne le fis pas.

- Vous êtes certaine de vous ? ...

- Exécutez cet ordre et ne vous souciez pas du reste. Nous resterons en relation jusqu'au bout de votre contrat !

- Très bien. Tout sera fait selon votre souhait.

♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦  Fin du Flash-Back ♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦

Je ne savais pas combien de temps j’étais demeurée silencieuse, néanmoins cela n’avait pas perturbé Tomas qui préparait nos assiettes de ses pattes au pesto qu’il disposa sur le coin comptoir-snack. Lorsqu’il se tourna vers moi, il me fallut décupler une force intérieure pour lui sourire et briser ce mutisme de ma part.

- Nous prenons tous les risques pour préserver nos familles. Des choix extrêmes sont indispensables lorsque l’équilibre se rompt et qu’il ne peut y avoir aucun retour en arrière. Protéger ce qui est le plus important. Tu es ce qui est le plus important, aujourd’hui, dans ma vie.

Je décuplai une force intérieure prodigieuse pour m’avancer et réduire une fois de plus la distance qui nous séparait. Ma main se crispa sur son bras l’arrêtant dans son mouvement.

- Pourquoi mon baiser te trouble-t-il autant ? J'avais besoin de savoir, de le comprendre, d'aimer cet homme totalement même dans ses plus sombres secrets.


-Tu es très jaloux, de tous ces hommes qui m’approchent de trop près. Tu le montres et personne ne peut passer à côté de cela. Or moi, je suis plus discrète, mais tout autant jalouse. Ton feu brule et enflamme quiconque se dresse sur ta route. Ma glace tourmentera et meurtrira celles qui oseront te toucher et ceux qui auront la mauvaise idée de piétiner notre bonheur.

Nos vies étaient à présent scellées, intiment liées, indéniablement soudées l’une à l’autre dans la passion, la folie, la jalousie, l’amour, les colères et les rages. Nous étions ainsi, deux forts caractères, exaltés par ce que nous entreprenions et le quotidien entre nous deux serait matinée de nombreuses émotions et sensations sauf d’être ennuyeux et lassant. Je contournai le plan de travail jusqu’à mon haut tabouret et prendre place devant l’assiette. Je servis nos verres de la fin de bouteille de vin que nous avions bu, moi plus que lui, durant cette préparation du repas. Je fis signe à Tomas d’en ressortir une nouvelle. On n’allait tout de même pas s’en priver.

- Tu sers tes pâtes au pesto à toutes tes conquêtes ? Je vais devoir réfléchir à la manière dont je vais leur interdire de franchir ta porte...

Mon sourire se dessina immédiatement sur mes lèvres. Je retrouvai peu à peu cette ambiance à la fois taquine et provocatrice qui pouvait y avoir entre Tomas et moi.






Dernière édition par Alianka De Nephthys le Dim 29 Mai - 19:41, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: (Terminé) Dans l'Antre du Lion {Alianka}   Sam 19 Sep - 20:49

Nous jouions à ce jeu vieux comme le monde, auquel même les enfants s'adonnent. Cap ou pas cap ? Même pas mal ! En fait j'avais lâché une phrase qui avait un réel sens dans mon vécu, mes parents n'ayant jamais fait passer leur famille "vivante" avant le prestige du nom et de la multinationale qui le portait. Van Brënner Motors. Ils avaient même renoncé à la langue de Goethe pour avoir plus de crédibilité. Je n'étais pas totalement innocent, cependant dans cette dernière tirade. J'ignorais presque tout sur elle, la femme, la mère, l'épouse trop tôt veuve. J'en savais long comme la côte asarienne sur ce qu'était la Grande Conseillère, car enfin, depuis que j'étais entré à son service, j'avais passé plus d'heures avec elle qu'avec chacune de mes maîtresses et même toutes réunies, elles ne rivalisaient pas avec la part d'agenda que je réservais à madame la Grande Conseillère. La femme politique et ses ressorts, je les connaissais comme les nœuds de mes rangers, mais les secrets de la femme mondaine ou privée, rien n'y faisait. J'avais beau m'exposer, elle ne laissait rien filtrer... Jusqu'à ce soir. Et là, mes propos semblaient avoir fait mouche sans rien viser de particulier. Certes, il y avait des zones d'ombre chez cette femme. Zones qui me fascinaient tout autant que celle qui les étendait entre elle et ceux qui tentaient de s'approcher. Je les avais vu chuter ou échouer les uns après les autres et je ne doutais pas qu'il y en avait eu nombre avant même que je sois là pour les compter. Pourquoi moi, finalement, devenais-je le confident de ces aveux difficiles sur ses demi renoncements ? Pourquoi, enfin, cette phrase que j'avais plutôt formulée en contrepoint de mon père castrateur, semblait-elle la bouleverser autant ? Même les plus insensibles des dirigeants avaient une famille à laquelle ils tenaient ? Et le sens commun voulait qu'ils défendent becs et ongles la vie de leur famille, étendue ou pas. Qu'avais-je dis de si extraordinaire ? Ce n'était pas parce que mon père additionnait famille et amour paternel avec dividendes et extermination que j'étais nécessairement fait du même bois et que les autres Anciens l'étaient. J'eus un petit sourire lorsqu'elle affirma que j'étais le plus important pour elle à l'heure actuelle. Pouvant prendre prétexte des projections de la cuisson, je me passai une main sur le visage pour essuyer mes yeux.

Je posai la poêle brutalement après avoir entendu sa dernière phrase, mais je ne voulais rien dire de plus. Je ne pouvais pas y croire. Je n'ajoutais aucune foi à ses affirmations. Ce fut plus fort que moi. Ce qui me rongeait finit par rejaillir et le côté tranchant de mes griffes se manifesta à nouveau lorsqu'elle prétendait amadouer le fauve avec ses douces paroles.

- Le plus important dans ta vie ? Ce soir, certainement. Tu vas dîner à ma table, et tu vas te taper le chef au dessert. Mais je sais que "l'heure actuelle" change vite à l'horloge du pouvoir. Je te sers aujourd'hui, mais si je deviens inutile dans l'exercice de ton règne demain, je serais aussi important que la première paire de porte-jarretelles que tu as portée, remisé au fond d'un placard. Si ton baiser me trouble autant, c'est parce que c'est difficile de ne pas être tenté d'y croire, et encore plus dur d'y croire lorsqu'on est le chef de ta "Sécurité" et de tes "Armées". J'ai trop vu passer d'ordres d'exécution concernant d'anciens alliés, des proches, pour ne pas savoir que nous passons tous après le Pouvoir dans ton cœur. Personne n'est à l'abri. Un jour je serais mis à pied et mon remplaçant signera mon ordre d'exécution. Ce n'est qu'une question de temps. La vraie question, c'est où serais-je à ce moment-là ?

J'avais dressé les assiettes et elle commençait à s'installer sur ce bout de bar, pensant sans doute que j'allais la faire dîner de façon aussi cavalière. Je pris les assiettes et les portai jusqu'à la salle à manger dont les lumières s'allumèrent quand je posai le pied sur le marbre noir du sol. La grande table en pierre de lave prenait des airs d'Autel des sacrifices. Je posai les deux assiettes, produisant un son mat sur l'épais tabernacle.

- Ne me regarde pas avec cet air choqué, ou offensé. J'ai été à bonne école, tu l'oublies. J'ai exécuté avec application chacun des tes ordres depuis que je travaille pour toi. Sans jamais poser de question. Je sais que tu attends d'être obéie sans discussion, sans contradiction. Mais contrairement à moi, tu n'as pas eu à affronter le terrain, ni à croiser les yeux de ceux qui pressent la gâchette. Je suis comme toi, je ne souffre aucune contradiction ou discussion dans mes ordres, et comme toi, la sanction que j'applique dans le cas contraire est la mort. Mais je sais que si un jour, j'en venais à ne pas être d'accord avec toi, la sanction serait identique me concernant.

Je retournai à la cuisine pour tirer du fournil un pain cuit du matin par un de mes domestiques qui œuvrait en mon absence, puis je choisis un vin italien pour accompagner notre repas. Un vin de tête léger en bouche mais pourtant pas dépourvu de corps et qui laissait toujours une légère griserie chez les femmes, même asariennes. Je ne savais pas s'il allait opérer sur Alianka mais j'étais curieux de le découvrir. A cet instant, elle devait au moins avoir l'envie de me gifler violemment, si ce n'est ce me décapiter. J'ajoutai en déposant la bouteille sur la table afin de l'ouvrir avec le tire-bouchon:

- Tout cela ne m'empêche pas de t'aimer, pour mon plus grand bonheur, ou malheur, c'est selon. Mais n'escompte pas que cela me rende aveugle. Tu m'as trop bien formé à tes méthodes. Je suis jaloux, en effet, et je crains que la perspective de ma mort ne m’empêche pas de commettre l'irréparable, si tu abuses de ton pouvoir pour me bafouer dans les bras d'autres hommes. Sois certaine que je saurais t'appliquer la loi du Talion avant de régler son compte à ton amant. En ces circonstances, je serais tel que tu m'as fait: que ta colère s'abatte sur ma maîtresse du moment sera le cadet de mes soucis. Te voilà avertie. La seule qui puisse piétiner notre "bonheur" si on peut appeler cela ainsi, c'est toi. Les autres n'ont aucun pouvoir sur moi.


Je me tournai vers elle, qui était toujours perchée sur son tabouret de bar, pensant que j'allais la recevoir comme dans un bar branché dans lequel on brunche ou fait des after entre collègues.

- Tu penses me répondre de ton perchoir afin de dominer les débats ou tu as l'intention de me rejoindre pour prendre place sur cette table ? Laquelle peut servir à bien des choses... Et pour répondre à ta question, aucune de mes conquêtes ne connait mon adresse. J'ai toujours passé la fin de soirée chez elles ou dans la suite d'un Hôtel du Dôme des Plaisirs. Ici c'est mon antre, l'Antre du Lion, et personne n'y était entré avant toi ! Je ne cuisine que par plaisir et pour moi seul d'habitude. Je l'aurai volontiers fait pour de "vrais amis" mais il se trouve que je n'en ai aucun à cause de mon emploi ... Ne t'inquiète pas, cela me va ! Je t'aime et tu m'utilises. J'en suis conscient et ça me convient. Ne me demande pas de croire à ton amour. Je veux bien croire que tu me désires et que je t'excite, mais que tu m'aimes, non. Je ne préfères pas. Le réveil serait trop brutal... Allez, viens donc manger. Ce serait dommage de laisser tout ça refroidir!


J'arborais cet air ironique que le public me connaissait mais à l'intérieur de moi-même, j'étais en vrac, complètement déstabilisé par la tournure que prenait cette soirée. Je commençais à me demander si j'avais bien fait de l'amener ici. Mais je repris vite le contrôle en surface. Ce n'était pas le lieu qui comptait mais la façon dont on jouait avec les cartes qu'on avait en mains, et si elle m'avait déstabilisé, j'en avais fait tout autant. J'ignorais ce qui avait fait cet effet sur elle, précisément, mais je savais qu'on avait un point partout, match nul sur ce plan. Et j'avais précisément le léger avantage d'être chez moi, sur mon territoire. Si elle ne lâchait rien la première, je ne lâcherais rien non plus.  Je remplis nos verres du nectar rubis venu des vignobles de Vérone. Un petit trésor qui avait été sauvegardé et nous été parvenu à travers la pluie de feu. J'en avais cinq bouteilles seulement et je servais la première
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MessageSujet: Re: (Terminé) Dans l'Antre du Lion {Alianka}   Mar 10 Nov - 13:16


Mes zones d’ombres sont immenses. Je les dompte avec mon esprit, je les canalise avec ma télépathie et la glace les recouvre de son givre pour les étouffer. Les discussions avec Tomas ont toujours été vives et animées par nos deux caractères. Elles étaient principalement centrées sur les devoirs de la cité et rarement sur nos vies privées. Je n’ai jamais été aveugle sur la façon dont il avait de tenter une ouverture sur le plan plus personnel, mais je ne laissais rien filtré ou seulement ce que je souhaitais. Une femme telle que moi à des ennemis tout aussi puissants. Leur donner la possibilité de se faufiler dans une faille, leur ouvrirai le chemin vers tout ce que à quoi j’ai œuvré. Tout partirait en poussière. Je me suis beaucoup trop sacrifiée pour cela, je me suis perdue dans Asaria. Je n’ai aucun droit de faillir. Je n’ai jamais considéré Tomas comme un ennemi, ne vous méprenez pas sur mes propos. C’est une façon de me comporter que j’applique à toutes les personnes qui me croisent, qui m’observent et m’approchent dès qu’elles le peuvent. Une image de femme fatale et inaccessible, aussi dure que la glace, aussi étincelante que le diamant.

Le jeu que Tomas et moi jouons ce soir est très dangereux. Un mélange sulfureux qui laissera des traces. Je me suis confiée à lui sur beaucoup de points concernant mon passé, ce que j’ai vécu, comment j’ai grandi et comment je suis devenue la femme d’aujourd’hui. Une Ancienne qui a fait des choix qui la relègue au rang de non-mère. Des décisions que j’assume, mais qui me hantent depuis de nombreuses années. Le pouvoir est un poison et dès que vous buvez à son calice, vous ne pouvez plus vous en libérer. J’ai toujours été douée pour étudier les Hommes, peut-être grâce à ma télépathie qui me permet de comprendre l’esprit qui se tient face à moi. Je n’ai jamais voulu lire les pensées de Tomas et je n’utilise ce don que dans des cas bien précis d’hypocrisie et de manipulations que certains s’efforcent de me faire avaler. Mais mon pouvoir n’est pas  le seul responsable de mon habilité à cerner les gens. L’expérience est nécessaire dans ma position.  Je sais qu’il pense que mes mots ne sont que mensonges lorsque je lui ai avoué qu’il était important pour moi. Devrai-je me sentir vexer ? Non. Nous sommes des Anciens, nos vies ont été jalonnées de tant d’épreuves que c’est un peu notre marque de fabrique.

*******

Je m’étais installée sur le haut tabouret durant cet échange. J’attendais qu’il réagisse. Et le Lion ne se fit pas attendre pour rugir. Impassible je l’écoutais reprendre le dessus comme si ce moment de faiblesse ne pouvait se dessiner entre nous. Toujours continuer à se défier. La blessure des griffes du fauve se fit douloureusement sentir. Que pouvais-je dire et rétorquer face à cela ? Je ne m’entravais pas de traitres et celles et ceux qui étaient incapables de réussir pour préserver Asaria et maintenir l’autorité, se voyaient éliminer.  Le pouvoir n’était pas une partie de cartes ou si l’on perdait, on pouvait rejouer une partie pour essayer de se refaire la main. Le pouvoir des Anciens et celui du gouvernement n’était pas un jeu. Ma fonction me l’interdisait purement et simplement. Tomas le savait ou bien  il se doutait de tout cela. Tant d’années à se côtoyer, il avait pu analyser et vérifier ma façon de procéder. On me craignait pour cela et c’était mieux ainsi. Il fit quelques allées et retours entre la cuisine et la salle à manger. Je n’avais pas encore formulé une réponse. J’attendais qu’il déverse la totalité de sa toxine pour mieux cerner toutes les données possibles. Il se méfiait de moi, peut-être n’avait-il pas tort. Que ferai-je s’il venait à me trahir ? À ne pas exceller dans ses fonctions ? Pourrai-je le supprimer lui aussi ? Qu’est ce qui pourrait arrêter mon ordre alors que je ne l’ai pas fait pour mon fils ?  Puis ce fut au tour de son importance dans ma vie. Sa jalousie, je la connaissais depuis le début. Il avait toujours su bien la maquiller et la dissimuler sous un protocole de son invention pour ma sécurité. Celle de La Grande Conseillère. Me croyait-il aussi naïve ? Il me surveillait depuis tout ce temps et il devait avoir une liste de mes amants plus longue que mes jambes. Certains même avaient disparu sans laisser aucune trace… Là il n’hésitait pas à se salir les mains alors qu’il venait de me reprocher l’exécution de certaines de me directives.

Je buvais la dernière gorgée de mon verre de vin quand il revint dans la cuisine en m’invitant à aller m’installer à la table qu’il venait de dresser.  Il arriva à me toucher bien plus que je ne l’aurai voulu. Il ne croyait pas en mes sentiments pour lui, mais il me demandait de lui rester fidèle. Il ne supportait déjà pas tous ces hommes qui tournaient autour de moi avant notre liaison, prendre du plaisir dans d’autres bras que les siens, devenait impensable. La loi du Talion pour des amants qui s’aimaient de façon étrange était assez irréaliste, mais cela nous définissait bien malgré tout. C’était tout ou rien avec nous. Je découvris une table au design singulier qui se mariait avec les goûts du Lion et de son antre.

- C’est ici que tu comptes me sacrifier ? Après le repas ? N’oublie pas de bruler mon corps, je pourrai revenir te hanter à chacune de tes nuits.

Je passai devant lui. Mes talons frappaient le sol dans une mélodie sensuelle apportant à mes hanches un chaloupé incendiaire. Je pris place devant l’assiette de pâtes au pesto qu’il avait dressée. Nos verres étaient remplis d’un vin d’une autre cuvée, aux teintes sanguines.

- Tu connais beaucoup trop bien et avec minutieux les rouages du pouvoir et ma façon de procéder. Si demain j’ordonnais ton arrestation, tu serais déjà très loin, à l’abri quelque part. Si tu me connais, je sais aussi comment tu fonctionnes. Tu me crois assez stupide pour penser que tu n’as pas mis au point un plan de repli au cas où ma colère se retournerait contre toi ? La question est de savoir si tu es capable de me tenir tête ou si tu es comme certains qui se courbent et mettent leur queue entre leurs jambes. J’ai horreur de perdre mon temps avec ce genre de personnes. À toi de savoir où tu te places …

Je commençais à faire tourner la fourchette dans les pâtes et la porter à ma bouche. Mmmm, c’était  très bon. Je n’aurai pas imaginé Tomas en si bon cuisinier, mais je n’oubliais rien de notre discussion.

- Ta vision de notre relation est très phallocrate. Tu n’as pas attendu qu’on est une liaison pour éliminer mes amants. Ton soit disant protocole de sécurité n’était là que pour pouvoir te donner accès aux hommes que je fréquentais. Elle est où cette liste ? Tu l’as affichée dans une pièce, un bureau et tu barres chaque nom au fur et à mesure ou alors, tu joues aux fléchettes dessus ? La loi du Talion, c’est moi qui aurais dû m’en servir et faire la même chose à tes maitresses, à toutes ces femmes qui se pendaient à tes bras comme des sangsues. Ne me sous-estime pas. Je connais ta jalousie et ce qu’elle peut te pousser à faire. Tu ne connais pas la mienne. Tu l’entrevois seulement.

Tomas s’entretenait avec la femme de pouvoir, il baisait avec la panthère. Il  était informé de tous mes faits et gestes. Cependant, il n’avait aucune notion de ma jalousie et comment je pouvais réagir.

- Tu ne veux pas croire à mon amour, mais tu fais tout pour que je sois à toi, uniquement. Tu m’aimes, mais tu refuses mon amour en retour. Tu ne veux pas me partager et moi je ne tiens pas à te partager non plus. Tu as peur de perdre, comme tous ceux que tu as vus passé avant toi. Je ne peux pas t’en vouloir, si la situation était inversée, je serai restée sur ma réserve.

Je posai mes bras sur le rebord de la table et je me penchai vers lui. Mes yeux de glace cherchèrent les siens tout aussi clairs.

- La femme que tu aimes est pleine de zones d’ombres. Si tu y entres, tu ne pourrais plus faire marche arrière. Bien sûr, tu peux me dire que nous avons tous un long passé, peu glorieux. Le mien est obscur. Tu peux avoir une imagination à toute épreuve … tu es loin du compte. Ce que je t’ai révélé à propos de mon histoire avec Ahmad et Jake, ce n’est rien. Reste à savoir si tu es prêt à entendre ce que je suis véritablement et si tu seras encore capable de dire que tu m’aimes.

La balle était dans son camp. Je me lançais dans quelque chose d’énorme. S’il acceptait d’entendre la suite, je lui parlerai de la mort de Gabriel. C’était la seule partie de ma vie que je n’avais pas abordée avec lui. Je goûtai, après quelques coups de fourchettes, à ce vin qui n’avait eu de cesse d’attirer mon attention tant sa couleur m’ensorcelait.

- Très bon vin ! Une cuvée de Vérone ? ! C’est un trésor que tu as là.




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Tomas Van Brënner*
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MessageSujet: Re: (Terminé) Dans l'Antre du Lion {Alianka}   Dim 29 Nov - 1:44

Je souris à sa phrase au sujet de la hantise et je levai mon verre pour boire encore à la prospérité d'Asaria et à sa santé.

- Tu hantes déjà toutes mes nuits depuis fort longtemps, le changement ne serait notable que si tu deviens maléfique. Mais ne l'es-tu pas déjà ? Quant à brûler ton corps, je préfère le faire d'une autre façon.
Murmurais-je en me glissant derrière elle.

Elle s'installa à table et fit honneur temps que j'avais consacré à cuisiner ce qui me fit plaisir. J'aimais qu'on apprécie le temps que je passais pour faire simplement plaisir à quelqu'un et mes parents n'avaient jamais démontré un quelconque plaisir devant tous les efforts que j'avais déployé dans mon enfance à leur plaire. Depuis mon adolescence, les occasions de faire plaisir à quelqu'un de mon entourage s'étaient amenuisées pour disparaître totalement. Sauf au lit où j'avais fait beaucoup plaisir à beaucoup de femmes. Mais il hors de question que je m'étale sur ce sujet auprès d'elle. Bien qu'il eût été amusant d'attiser sa jalousie par pure provocation. Mais je n'avais guère l'esprit à cela. Elle arguait de son autorité pour menacer mes maîtresses de mort mais cela me fit sourire alors que j'aurais pu me mettre en colère. J'étais plutôt serein sur ce plan, n'ayant plus cédé à aucune femme gravitant autour de moi depuis que j'avais ostensiblement manifesté ma jalousie au Luxor. Il faudrait qu'elle les invente ou qu'elle fabrique des preuves si elle voulait tuer quelque malheureuse en l'accusant d'être ma maîtresse. Quant à moi, je n'avais aucune certitude à ce sujet. Après tout, elle avait, de son propre aveu, trompé allègrement son défunt mari, alors que je n'avais pas de telle casserole à mon actif.

En revanche, elle avait absolument raison au sujet de ma capacité à anticiper sa colère et son ordre de mise aux arrêts ou à mort. L'instinct de survie était chez moi une seconde nature, celle du fauve, du prédateur, celle qui m'avait maintenu en vie durant l'exil alors que tant d'autres succombaient. Celle qui m'avait porté au somment du pouvoir à ses côtés. Qui pouvait savoir d'où je tenais cette incroyable rage de survivre ? De mes ancêtres germaniques ? Peut-être. De l'éducation qui m'avait forgé ? Plus certainement. Survivre malgré l'indifférence, faire front face à l'adversité, faire face à la duplicité des gens. Était-ce vivre ? Peut-être pas. Et finalement, c'est à cette conclusion que j'étais arrivé lorsque j'avais joué avec mon arme le soir où elle m'avait bafoué au casino. Vivre sans elle ne m'avait pas paru une option envisageable et j'avais vraiment pensé à une issue radicale. Une solution qui se retournait contre moi, cette fois-ci et non contre ses amants. Mon point de vue m'avait pas tellement évolué depuis et même son allusion à la faiblesse, à ces types qui se soumettaient la queue entre les jambes n'arrivait pas à me faire entrevoir le suicide comme une forme de lâcheté. Cela me paraissait au contraire comme l'ultime pied de nez face à quelque chose qui vous brise, qui est plus fort que vous, bien entendu mais que vous ne voulez pas laisser prendre ce qui vous reste: votre dignité. Bien sûr, elle, pourrait le voir comme la dernière des faiblesses et elle cracherait sur mon cadavre plutôt que de verser une larme. Mais finalement, ce qui comptait le plus dans l'esprit d'un homme qui va partir, était-ce ce qu'il savait éprouver au fond de lui, cet accord avec lui-même, cette apaisante certitude d'avoir été honnête envers lui-même ou l'image qu'il laisserait à la postérité.

J'avais conscience d'avoir toujours voulu servir Asaria du mieux que je le pouvais, de toutes mes forces, et de n'avoir jamais aimé qu'une seule femme. Si un jour on me jetait à la fosse commune ou qu'on me prêtait mille amours, si je laissais cette empreinte derrière moi, quelle importance ? Je n'avais jamais vécu pour la gloire en elle-même, ni pour être dans la lumière, sinon j'aurais mis sur pied des putschs et soit j'en serais mort soit je serais à sa place aujourd'hui. Je savais m’accommoder de l'ombre et faire le sale boulot pour elle, je savais accepter de mourir pour elle ou pour Asaria, ce qui était dans son esprit la même chose. Mais je ne pourrais jamais accepter de déchoir à ses yeux. Elle pensait que je choisirai la solution de repli, l'exil, la quête d'un ailleurs... Elle ignorait qu'Asaria était mon dernier port d'attache, que j'y avais jeté mes dernières forces et qu'aller ailleurs, très loin, à l'abri. Hormis si on considérait la mort comme un abri, un ailleurs, un lointain ... J'eus un sourire triste et je m'assis de l'autre côté de la table, ce qui matériellement instaurait une distance étonnamment grande entre nous mais symbolisait le retrait qui était en train de se produire en moi.

- J'ai en effet prévu un plan de repli ... Qui en lui-même est tout sauf une abdication à ce que je suis. Si tu apprécies l'Asarien que tu as devant toi, tu apprécieras aussi sa décision en cas de disgrâce. Peut-être pas immédiatement. Mais avec le recul, tu te diras que c'est le choix d'un homme fidèle, honnête et loyal.

J'avais la voix un peu enrouée et le regard brillant. Je pris à nouveau mon verre pour boire.

- Au phallocrate que je suis. Puisse-t-il rôtir en Enfer, la seule place qui soit digne de lui. Tu exagères, je n'ai éliminé que ceux avec lesquels tu aurais dérogé en leur accordant une seconde nuit. Brennan, Wright et Nicholson sont encore en vie que je sache ...


Je commençais à manger ce que j'avais préparé et fus soulagé de constater que malgré la tension, je restais bon en cuisine comme je pouvais l'être à la guerre ou au lit. Elle s'interrompit et plongea son regard dans le mien. Je pris cet air faussement sévère avec une moue boudeuse et le front plissé. Mais ce que j'allais répondre sur un ton faussement comique fut balayé par sa dernière phrase. Je ne savais comment rétablir le début de ma réponse.  

- Alors si tu avais fait exactement comme moi, tu peux comprendre que je ne peux pas y croire ... Oui en effet. Surtout après ce que je t'ai confié sur mon passé. Tu as été aimée, toi. Tellement fort... Ton mari, ton amant, tes parents, ton fils... Si on considère le pendant de mon côté on ne trouve que du vide ... vide ... vide. Considère que la vie t'a offert tous ces trésors. Je sais que tu les as tous perdus, qu'ils t'ont été arrachés. Ce qui est arrivé à ton fils ... Je crois que j'aurais perdu la raison... J'aurais pu mettre Asaria à sang et à feu pour retrouver les responsables et je te laisse imaginer ce qu'ils auraient subi.

Je la fixai sans ciller, fasciné par ce que j'énonçais. Comment avait-elle pu survivre à cela ? Sans sombrer dans la folie ? Peut-être qu'elle avait déjà retrouvé les responsables et peut-être les avait-elle fait payer de la plus atroce des façons. Était-ce cela qu'elle était en train de m'avouer à mots couverts ? Elle avait châtié les coupables mais le tenait secret afin de ne pas émousser l'élan de haine que la population asarienne vouait aux Humains. Elle se servait de la mort de son fils comme d'un levier psychologique pour manipuler le peuple asarien. Comment pouvait-elle être si forte ? Et pourtant si faible ? Son absence de compassion et d'empathie, d'émotion envers elle-même, me parurent soudain tellement monstrueux. Elle s'infligeait cela depuis dix ans... Ne pas pouvoir hurler "Je les ai étripés!!! De mes mains, lacérés, torturés éviscérés, lacérés en petits morceaux , en dés, en lanières. J'ai enfoncé mes doigts dans leurs plaies pour leur arracher les organes. Je les ai entendus crier cent fois pour chacune des balles qu'il a reçu."

Et elle jouait à celle qui trouvait mon vin fameux, parlait de petit trésor. Alors qu'elle gardait tout cela en elle. Je reposai ma fourchette et hochai négativement la tête.

- Non, mon amour, je ne veux pas savoir... Je t'aimerai toujours quelque soit l'ombre que tu retiens. Je sais déjà ce que tu t'infliges... Et pourquoi tu le fais. Tu n'auras bientôt plus besoin de le faire, puisqu'ils seront tous morts, tous, absolument tous éliminés, anéantis. Tu n'auras plus de raison de taire ta vengeance. Tu as le droit de t'accorder les larmes. Viens-là.

Je me levai et lui pris la main pour l'attirer contre moi et la serrer dans mes bras.

- Écoute bien ce que je vais te dire. Peu importe ce que les autres penseront, diront de toi. Rien ne changera mes sentiments pour toi, même si c'est toi-même qui médis sur toi. Je me fous de ce que tu as pu faire. Tu as perdu ce qui t'était le plus cher. Personne, pas même moi, puisque je ne suis pas père, ne peut savoir quelle souffrance tu combats au quotidien. Cela vaut toutes les absolutions, ce qui t'es infligé. Alors, peu importe ce que tu as fait, ça ne changera rien jamais.


Merci merci merci a écrit:
Ce message sera le dernier de ce rp pour ma part. Je te remercie Alianka pour ce bel échange plein de passion et de rebondissements. Le suspens et la tension de ce rp n'ont jamais manqué de me tenir en haleine durant tous ces mois. Un morceau de bravoure du genre
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