(Terminé) Intrigue : Une journée comme une autre [Aaron]

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Sébastian Shayn*
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MessageSujet: (Terminé) Intrigue : Une journée comme une autre [Aaron]   Sam 15 Mar - 17:49

Samedi matin, 7h15, je venais tout juste d'embaucher au cœur de l'hôpital central après une semaine déjà bien agitée. A dire vrai depuis l'incident il y avait deux mois avec un supérieur, je préférais me montrer discret dans le service surtout à la vue de certains regards peu avenants qu'on me lançait. Visiblement, la pilule n'était toujours pas passée, pour eux j'étais un traître de la pire espèce, moi je restais moi, un infirmier avant tout là pour soigner mes patients et non pas pour l'argent comme la plupart du gratin de ce service pourri jusqu'aux fondations.

J'avais commencé à faire le tour des chambres tout en effectuant les premiers soins, j'avais beau être le paria aux yeux de l'équipe, les patients eux m'appréciaient énormément et c'était tout ce qui comptait, en particulier les enfants il me suffisait de les voir sourire malgré leur souffrance pour me rendre heureux pour le reste de la journée, je n'avais pas le don d'empathie pourtant mais un peu de gentillesse et de compassion n'avait jamais fait de mal à personne. Pourtant je ne me considère pas non plus comme un cœur pu hein mais ça ça n'existe pas, surement pas chez l'espèce humaine en général en tout cas.  
Je déambulais parmi les couloirs où l'odeur de neuf et de peinture fraîche emplissait mes poumons à certains endroits. Celle folie de l'argent comme je disais si souvent, il fallait bien qu'il soit dépensé quelque part, la nouvelle lubie ayant de remettre tous les locaux et le matériel à neuf, guère de place pour le personnel par contre qui était toujours autant débordé et à cran. Je connaissais tant l'établissement qu'à force je ne remarquais même plus cette course au luxe qu'au final seuls les plus riches pouvaient se payer, de quoi me faire dresser les poils sur toute la longueur de l'échine, je ne supportais pas cette association soins-argent, pour moi même le plus démunis avaient besoin des savoir-faire de l'équipe soignante. Il fallait d'ailleurs que je me calme d'ailleurs avec mes idéaux, ils avaient déjà déclenchés une bagarre une fois, un autre faux pas de ma part et j'étais définitivement mis sur le carreau. Inutile de gâcher des compétences et de la bonne humeur pour des valeurs que je défendais farouchement, plus facile à dire qu'à faire hélas, j'étais loin d'avoir un tempérament facile.
J'allais d'un train plutôt soutenu au fur et à mesure que je terminais mon tour de service, m'arrêtant quelques minutes pour discuter avec les patients, qu'ils soient là depuis quelques jours ou depuis quelques heures seulement. Il y avait toujours d'énorme flux et changements dans les urgences mais jamais je n'aurais raté quelques minutes de complicité avec une âme en souffrance. Même les blessés les plus graves, j'arrivais à les apaiser au simple contact de ma paume. J'avais cette immense part d'humanité en moi que peu d'Asariens possédaient en retour, j'étais tellement heureux et fier d'avoir conservé ce gène malgré mes multiples transformations. Je jetai un bref coup d'œil à ma montre, mon tour de garde si je pouvais dire venait de se terminer et ce fut d'humeur joyeuse que je descendis dans le hall principal pour prendre un café, ne prenant pas la peine de me changer dans ma tenue blanche et bleue, j'aurais le temps de le faire en revenant au bloc. Bref en un mot cette ambiance lourde me pesait, j'avais grand besoin de faire une pause !
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MessageSujet: Re: (Terminé) Intrigue : Une journée comme une autre [Aaron]   Mer 19 Mar - 8:17

Je plaçai les tubes à essai dans la centrifugeuse après les avoir soigneusement étiquetés et refermai le couvercle pressurisé avec précaution puis je la mis en route. J'allai m'asseoir à mon bureau pour noter sur l'expérience en cours dans le dossier du pc appartenant au centre. Des prélèvements de sang faits sur de malheureux cobayes humains à qui nous avions injecté la première dose de bio nanites. Je voulais vérifier l'impact de leur travail sur la numération globulaire des sujets. Ces dernières avaient été programmées pour augmenter la production de globules rouges afin de favoriser une meilleure oxygénation et donc une résistance plus grande à l'effort prolongé ou violent. Ces recherches visaient à améliorer les performances des esclaves humains mais je voulais les utiliser à une toute autre fin, les détourner de leur objectif premier pour soigner les humains ou asariens sans distinction, aider ceux qui souffraient d'une altération hématologique due à une exposition accidentelle au rayonnement solaire, entre autre. Je sortis ma clé USB de ma poche et copiai le dossier pour pouvoir le transférer sur mon portable au QG des Pacificateurs. Je ne prenais jamais le risque de l'apporter au Centre. La surveillance et la paranoïa du gouvernement étaient telles, surtout ces derniers temps, qu'aucun d'entre nous n'était à l'abri d'une perquisition des affaires personnelles ou des bureaux. Une petite clé était plus discrète à dissimuler dans un conduit d'aération par exemple, en cas de fouilles. L'étage était vide à cette heure-là. Un samedi à une heure si matinale ? Mes collègues étaient tous absents, en week end, probablement entrain de faire la grasse matinée avec leur famille, bien au chaud au fond de leur lit.

Je n'étais pas rentré chez moi depuis cet après-midi de détente que je m'étais accordé avec Audrey, la fille de mon amie Leana. La rencontre imprévue avec Jessica m'avait plus que troublé. Alors que je pensais qu'elle nourrissait pour moi un mépris sans borne, j'avais bien dû constater que ses sentiments à mon égard étaient plus complexes et ambivalents que cela. Cette révélation, si elle m'avait ôté un poids dans un sens, ne m'apaisait pas pour autant. Si mes sentiments n'avaient pas changé et s'étaient même renforcés de jour en jour, j'étais toujours aussi perdu quant à la ligne de conduite à tenir. Ce que j'avais entrevu d'elle me la rendait encore plus attachante mais tant de choses nous séparaient, même au delà de nos métiers et de nos choix de vie. Mon engagement aux côtés des Pacificateurs était en train de prendre une nouvelle dimension. Si je n'avais été jusque là qu'un espion, un observateur dévoué à cette cause, j'étais en passe de devenir ce qu'il convenait d'appeler un activiste. Amaria, mon amie généticienne, elle-même engagée dans le même combat, n'avait pas manqué de souligner combien mes intentions étaient risquées. C'était une des raisons qui me poussait, entre autres, à prendre mes distances avec mes parents. J'avais même envisagé de mettre au point un scénario visant à faire croire que nous étions irrémédiablement brouillés. Ce dans le but de les écarter des représailles si jamais j'étais démasqué. Quelle place pouvais-je donner à une relation sentimentale, avec quelque femme que ce fût, si je risquai de l'entraîner dans ma disgrâce ? Malgré les paroles de Mara m'encourageant à ouvrir mon coeur et à accepter qu'une femme fasse partie de ma vie, je n'arrivais pas à concevoir qu'on puisse mettre en danger quelqu'un qu'on aimait, d'autant plus s'il était tenu dans l'ignorance de notre combat. Je ne pouvais parler à personne de ce dernier sans le mettre en danger, pas même ma famille, mes amis en dehors du groupe des Pacificateurs et encore moins à Jessica.

Pour cette raison, j'hésitai encore sur la conduite à tenir au sujet du médaillon que j'avais perdu chez elle. Aller moi-même le récupérer en lui rendant visite, comme elle m'en avait laissé la possibilité ou envoyer Ghislaine à ma place, évitant ainsi le risque de succomber une fois encore à mes sentiments pour celle dont la pensé hantait mes nuits. Je me relevai pour extraire les tubes de la centrifugeuse et actionnai machinalement l'interrupteur avant d'ouvrir le couvercle. Plongé dans mes réflexions au sujet de mes tourments sentimentaux, je ne remarquai pas que la rotation, au lieu de ralentir puis de s'arrêter, se poursuivait à grande vitesse. Seconde anomalie, le couvercle qui aurait du rester fermé, bloqué par le système de sécurité, s'ouvrit sans difficulté. Je n'eus pas le temps de réagir. Sous l'effet de la vitesse, plusieurs tubes s'étaient désengagés de leur logement et brisés. La force centrifuge projeta des milliers d'éclats et de gouttelettes de sang à travers la pièce. Je fermai les yeux mais reçus en plein visage plusieurs morceaux fins comme des aiguilles. Je portai les mains à mon visage mais le mal était fait. Plusieurs micro coupures avaient entamé ma peau et je saignai, mon sang se mêlant à celui contenu dans les tubes brisés.

- Eh merde !

Je me précipitai au dessus du bac de nettoyage et ouvris le robinet pour me rincer le visage. Je savais qu'il était probablement trop tard. J'étais contaminé par les bio nanites, et accessoirement peut-être par les maladies dont pouvaient être porteurs les sujets. Je pris une compresse et tamponnai mes joues et mon front qui avaient le plus ramassé. Mon oeil droit me piquait également à chaque mouvement, ce qui voulait dire qu'un éclat l'avait probablement atteint mais pas dans la cornée puisque j'y voyais normalement. Enfin, un peu trouble mais sous l'effet de la sécrétion lacrymale. Je passai à la salle de bain pour contempler les dégâts. J'aurai certainement de multiples petites cicatrices  mais ce n'était pas le plus ennuyeux. Une séance de laser gommerait tout ça, sans compter le Blood haler qui accélérerait, en toute logique, la cicatrisation. En revanche, ce qui était sans doute entrain de se passer dans mes veines serait bien plus compliqué à contrôler. Et seul moi pourrais y parvenir, sans certitude. Je ne savais pas encore si j'en parlerai à Amaria, ou si je tairai cette exposition non voulue qui ne faisait finalement qu'avancer le début de l'expérience à laquelle je voulais me soumettre. Ce qui était certain, c'est qu'il fallait que je fasse soigner ces coupure avant lundi, sans quoi Ghislaine deviendrait hystérique, et pire, le directeur du Centre risquerait de me mettre en quarantaine au même titre que les autres cobayes, rendant impossible toute sortie hors des locaux et encore moins des Dômes.

Je pris ma veste au passage et sortis du bureau en trombe après l'avoir verrouillé avec ma carte pour que personne ne se blesse en entrant dans le labo puis je filai à l'hôpital tout proche. Je n'avais qu'à traverser la rue déserte à cette heure-là. Le Centre donnait sur l'arrière de l'hôpital, à l'opposé de l'entrée des urgences et j'empruntai une sortie secondaire, réservée au personnel. En ma qualité de chercheur, j'avais un pass au même titre qu'Amaria qui venait souvent opérer ou soigner des malades. J'arrivai dans un couloir désert qui desservait les locaux réservés au personnel mais je ne croisai personne. La mort dans l'âme, je dus me résoudre à diriger mes pas vers une zone plus fréquentée: le hall central. Plusieurs patients étaient déjà assis en salle d'attente. Je me dirigeai vers l'accueil et expliquai que la vitre de mon four venait d'exploser. La secrétaire me demanda mes papiers et commença à remplir une fiche puis m'invita à rejoindre les personnes en attente. Elle m'assura que mon statut et mon œil me vaudraient certainement d'être pris en charge dans les priorités ce qui m'énerva au lieu de me rassurer. Je n'avais même pas pris la peine d'enlever mon badge. A quoi bon, elle savait pertinemment qui j'étais et chaque dossier ouvert pour des soins était transmis aux archives du gouvernement. Le fait d'être privilégié me paraissait choquant. Je n'étais pas à l'agonie, loin de là ! J'allai m'asseoir et pris une revue people pour patienter, me donner une contenance, mais je préférais nettement observer mes compagnons d'infortune : un père avec son petit garçon, qui semblait souffrir d'une brûlure à la main, une dame avec une cheville enflée, un homme qui toussait bruyamment. Que de maux pourrait réparer ma découverte si je la menais à bien... Et encore, ce n'était là que des cas légers, les plus graves étant pris en charge dans les box.


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Sébastian Shayn*
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MessageSujet: Re: (Terminé) Intrigue : Une journée comme une autre [Aaron]   Jeu 20 Mar - 18:43

08h00, la pause était déjà terminée, dingue comme le temps pouvait défiler vite ce matin, encore une nouvelle journée que je ne verrais pas passer comme beaucoup d'autres. Ce fut donc d'un pas hâtif que je regagnai le service où le flot de patients en attente semblait avoir brusquement augmenté. me faisais-je des illusions ou étais-je plus fatigué que j'en avais l'air ? Une fois à l'intérieur du bloc, je prenais le temps de lire une à une les fiches d'entrée histoire d'en savoir un peu plus sur les divers terrains des malades, lecture que peu de mes collègues prenait le temps de réaliser d'ailleurs. A croire que le sort de tous ces patients les intéressait guère, seul la paye double ou triple de la fin du mois comptait, tsss j'étais vraiment loin d'être ainsi, je refusais de me confondre à eux, si bien que je me retrouvais souvent seul dans les locaux à la pause déjeuner par exemple mais peu m'importait.
Je glissais la fiche du prochain patient au fond de ma poche tout en prenant la peine de changer et de réajuster ma tenue de bloc, je ne voulais pas avoir l'air d'un pouilleux malpropre non plus, l'hygiène et la stérilisation étaient primordiales, je n'aurais jamais bafoué ces règles que peu d'anesthésistes pouvaient ignorer, sauf ceux qui se créent leur propre déontologie et il y'en avait beaucoup, je devais l'avouer !
Laissant mes pensées loin derrière moi, je pris la direction de l'accueil et après avoir franchi les portes coupe-feu, je me retrouvais dans le hall réservé uniquement à l'accueil des urgences. Un public habituel, hétérogène, la plupart présent pour la bobologie, terme souvent utilisé par l'équipe soignante mais aussi des cas graves.... Des enfants, des jeunes, des couples de personnes âgés et même quelques ivrognes dont un qui m'accrocha le bras au moment où je passais. Il fut vite retenu par un brancardier présent non loin alors que je poursuivais mon chemin sans broncher. Je sentis comme des centaines de regard se braquer sur moi au moment où je parvenais au centre du hall, j'avoue que j'avais été impressionné la toute première fois mais à présent j'avais l'habitude, je n'y prêtais plus vraiment d'attention. Je m'éclaircis la voix pendant quelques instants, avant de prononcer distinctement :
"- Monsieur Aaron Williams ?"
Le dossier informatisé patient en plus de la fiche fournissait d'amples informations sur les personnes que l'on rencontrait, le travail entre la secrétaire et l'équipe de soins était primordial, c'était tout un engrenage et qui faisait tourner le service, pas toujours dans la joie hélas. J'avais pourtant de bons contacts avec la secrétaire parfois même d'ordre intime, j'étais moi quoi, un dragueur né et aimant savourer la vie à pleines dents, on se faisait rien de mal pour autant. Bref je m'égarais juste un peu là... Le fichier électronique sur mon ordinateur m'avait fourni les renseignements nécessaires y compris la photographie d'identité, du coup je pouvais reconnaître mon futur patient d'un seul coup d'œil, les merveilles des nouvelles technologies n'est-ce pas ? Un gars de bonne stature apparemment, plus grand que moi au premier coup d'oeil. Bref j'étais là pour observer mais surtout pour soigner.
" – Vous venez avec moi ? Il faut vite soigner tout ça avant que ça ne s'infecte surtout dans une zone si fragile. Suivez-moi."
Je l'invitais donc à me suivre dans l'une des salles de soins située en aval des portes coupe-feu, à l'abri des regards indiscrets. Alors que je préparais habilement mon matériel et surtout avec soin, je ne pouvais m'empêcher de l'interroger, plus consciencieux que curieux en vérité, je n'étais pas du genre à poser des questions ou à parler pour ne rien dire.
"- Votre four a implosé et des éclats de verre de vitre se sont ancrés dans votre visage c'est bien ça ?"
J'étais un peu sceptique sur la cause mais après tout, je voyais de tout ici, du plus banal au plus incroyable qu'il soit.
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MessageSujet: Re: (Terminé) Intrigue : Une journée comme une autre [Aaron]   Dim 23 Mar - 11:47

Absorbé par l'observation discrète de mes voisins, je n'avais pas vraiment conscience du temps qui s'était écoulé lorsqu'un homme vêtu d'une tenue d'infirmier prononça mon nom, m'attendant sur le seuil de la salle d'attente. Poli, je me levai et dis au revoir à ceux qui restaient et me dirigeai vers cet homme qui devait avoir sensiblement mon âge.

- Bonjour, je suis Aaron Williams. Mais ne devriez-vous pas voir cet enfant qui a une brûlure à la main avant ? Il a l'air de souffrir?

Mais l'infirmier m'avait répondu avant même que je finisse ma phrase et exprimé l'urgence de me donner des soins. Sans doute était-ce l’œil qui l'inquiétait plus que le reste mais il ne me semblait pas si profondément atteint que cela. D'ailleurs le bloodhealer commençait à agir et les plaies sur mon front avaient cessé de saigner. Je m'étais assis sagement sur la table d'auscultation pendant qu'il préparait son matériel mais ce n'était qu'un calme apparent. Je marmonnai vaguement une réponse lorsqu'il voulut avoir des détails sur les circonstances de ma blessure.

- Oui comme je l'ai dit à l'hôtesse d'accueil, la vitre de mon four a explosé. Ce doit être marqué sur la fiche. Vous voulez connaître la marque du four, peut-être ?

Alors qu'il s'approchait de moi et me braquait un faisceau lumineux dans l'oeil, écartant les paupières pour l'examiner, je ne pus m'empêcher de le questionner à mon tour.

- Vous êtes nouveau ici, non ? Je ne vous ai jamais vu, pourtant je viens plusieurs fois par an à l'hôpital pour la visite du travail obligatoire et pour faire des prélèvements sur certains patients. Je suis chercheur au Centre. Vous avez entendu ce que je vous ai dit au sujet de cet enfant qui a la main brûlée ou vous vous en foutez parce qu'il est humain ? Je suis asarien et comme tout asarien, j'ai une capacité de régénération et de guérison supérieure aux humains. J'étais sérieux au sujet du gamin vous savez. Vous ne voulez pas qu'on aille le chercher et qu'on l'examine ensembles ? Sa plaie m'a tout l'air d'être due au rayonnement solaire. Vous vous occuperez de moi après...

Ce type avait l'air sympathique, un visage ouvert, un regard expressif, du genre populaire auprès des patients et qui plait aux femmes. Plutôt consciencieux et méticuleux, je l'avais vu se préparer avec soin avant de m'ausculter et prendre soin de ne rater aucune étape du protocole. Alors quoi ? Il était parfait dans son rôle d'infirmier sur le plan technique mais sur le plan humain ? Peut-être avait-il peur des représailles s'il soignait un humain avant un asarien, et cela pouvait se comprendre.

- Bon sang, n'êtes-vous qu'un robot qui exécute les taches qu'on lui a programmées sans se poser de question ? Ok, excusez-moi, je suis un peu injuste. Soignez le petit avant moi, je ne porterai pas plainte, vous avez ma parole...
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Sébastian Shayn*
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MessageSujet: Re: (Terminé) Intrigue : Une journée comme une autre [Aaron]   Mer 26 Mar - 20:26

J'étais du genre méticuleux dans mon travail, non un mot plus fort encore, perfectionniste était le mot qui me correspondait le plus, une grande qualité comme un défaut d'ailleurs. Je ne laissais jamais rien au hasard, même si ce n'était pas le cas aujourd’hui j'avais souvent des vies en jeu au bloc. Je n'avais le droit à aucune erreur autant parce que j'avais une épée de Damoclès sur ma tête c'était le cas de le dire, tout comme une conscience professionnelle qui se devait de ne jamais faillir. Mes gestes étaient répétitifs mais précis près du chariot de soins alors que mon regard ouvert avait tenté d'analyser la situation le plus près possible de la réalité, une erreur de diagnostic pour un infirmier spécialisé et puis quoi encore ?? Cet homme là avait visiblement l'air assez bavard mais guère enjoué pour autant. Bah quoi ? On n'avait même pas commencé à discuter que déjà le ton était donné. Je le sentais un peu impulsif et tendu... La douleur peut-être ? Non non, je ne croyais pas vraiment à cette théorie, j'avais l’œil à force et un ressenti auprès de mes patients très proche de la réalité. 
"- Non, non loin de là ne vous inquiétez pas. J'ai mieux à faire que de me soucier de ce genre de détail matériel et je suis loin d'être un passionné d'ustensiles ménagers. C'est juste que j'en vois des choses dans mon boulot et ça ne ressemble pas vraiment à des débris de vitre de four c'est tout."
Comme si j'étais du genre à vouloir en rajouter, en ce qui me concernait le sujet était clos, je n'étais pas là pour satisfaire ma curiosité personnelle auprès de ce patient. Il fallait que je me reconcentre dans mon travail. Les plaies étaient moins importantes que je le croyais au premier abord, pas même un point de suture, un bon nettoyage des yeux et cet homme retournerait vaquer à ses occupations. J'esquissais un petit sourire en attendant ses derniers mots, remarque cela ne m'étonnait guère il y avait tant de va-et-vient dans cet hôpital et il avait suffit qu'il vienne durant ma période de sursis pour mauvaise conduite par exemple.
"- Hum c'est parce que je suis infirmier anesthésiste, je passe les 3/4 de mon temps au bloc opératoire."

Je fronçai les sourcils, décidément il ne mâchait pas ses mots, impulsif, franc, sans peur des représailles, j'avais un peu l'impression de me voir en lui avec ce genre de tempérament similaire au mien. Pas pour cela que j'allais me laisser juger si facilement, il attaquait un point extrêmement sensible pour moi, douloureux, prêt à révéler mon caractère explosif d'un moment à un autre.
"- Non je ne m'en fous pas du sort de ce gamin bien au contraire. Vous parlez sans savoir alors ne me jugez pas. J'ai une conscience tout aussi élaborée que la vôtre."
Et puis quoi encore ? Personne ne m'avait jamais donné de leçon jusque là alors pourquoi commencer aujourd'hui ? Si je ne me contrôlais pas un minimum et si je n'avais pas cette menace d'être radié de mes fonctions au moindre écart, il y a déjà bien longtemps que je me serai préoccupé du sort de cet enfant. Mais là c'était quelque peu différent de la dernière fois, là je n'allais pas foutre mon poing à la figure d'un médecin qui avait refusé de soigner un être humain, j'allais contourner quelque peu les règles, certes, mais cela en valait la peine, du fond de mon cœur j'en avais la certitude. Pourquoi fallait-il que je sois si sensible hein ? Pourquoi moi moi intérieur était en guerre perpétuelle ? 
"- Vous savez j'ai eu de graves ennuis récemment pour avoir donné la chance à une humaine de vivre, je suis sur un siège éjectable depuis ce jour d'ailleurs. Moi aussi j'ai un cœur il ne faut pas croire."
Comme si la parlotte allait faire avancer les événements mais ça avait été plus fort que moi, il avait fallu que je crie haut et fort ce que je ressentais, au moins une fois dans ma vie. De rage, je jetais mon faisceau lumineux dans le chariot tout en me débarrassant rapidement de mes gants stériles.
"- Mais des fois il vaut mieux écouter son âme que les ordres, c'est ce qui fait la différence entre l'homme et la machine... Je m'en occupe, attendez-moi là."
Bon sang, pourquoi avait-il fallu que je reçoive ce genre d’électrochoc pour enfin prendre la bonne décision, je n'étais pas une machine de guerre tout de même, j'avais ma propre façon de pensée même si au fond j'étais terrifié...


Dernière édition par Sebastian Shayn le Mer 26 Mar - 23:50, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: (Terminé) Intrigue : Une journée comme une autre [Aaron]   Mer 26 Mar - 23:49

Au fur et à mesure qu'il me parlait, je voyais le visage de cet infirmier changer, comme s'il était pris dans un dilemme douloureux. J'y avais été un peu fort, toujours avec la franchise qui me caractérisait lorsqu'il s'agissait ds souffrances de personnes innocentes et plus encore d'enfants. J'avais de plus en plus de mal à composer avec ce rôle de collaborateur zélé du gouvernement. Je savais que ma couverture était stratégique pour les Pacificateurs mais mentir, dissimuler mes véritables sentiments me coûtait tellement ces derniers temps. J'avais perdu Jessica, je cachais à mes parents et amis la véritable nature de mon cœur et il fallait aussi que je renonce à mon sens de l'honneur et de la justice. C'en était décidément trop. La fatigue ajoutée au choc de l'accident dont je me cachais encore le véritable impacte sur ma santé, mon état d'esprit en passe de devenir dépressif, tout cela m'avait mené à secouer un peu trop ce brave infirmier que ne faisait que son travail et le faisait bien au demeurant, mais sur moi, pas sur cet enfant. Mais je voyais à son expression changeante qu'il était en conflit avec lui-même.

Il se justifia de sa conduite et je compris que j'avais vu juste. Ce type risquait sa place en soignant le petit et il avait déjà eu des démêlées avec sa hiérarchie pour avoir pris la défense d'une Humaine. Je commençais à regretter mon jugement hâtif. Bon sang, ça m'arrivait trop souvent ces derniers temps! Foutue impétuosité qui me poussait à être si blessant avec des personnes de valeur qui essayaient juste de survivre ! Qui étais-je pour juger ainsi ? Un asarien insignifiant, un grain de sable dans l'univers. Il fallait que je change, que je me montre plus indulgent avec les faiblesses de mes semblables. Mais peut-être était-ce mon impuissance à changer cet état de fait révoltant dans lequel nous évoluions tous qui me rendait si dur, si cruel parfois.

- Non, je comprends... Vous ne pouvez risquer de perdre votre place. Si vous êtes viré qui accordera de l'attention aux plus démunis...

Mais il ne me laissa pas finir ma phrase et partit bille en tête pour soigner cet enfant. Je n'allais pas le laisser compromettre sa situation déjà périlleuse à cause des paroles injustes que je lui avais lancées à la figure. Je le suivis dans le couloir et l'attrapai par le bras pour le retenir.

- Attendez, je viens avec vous ... Mes blessures ne sont pas très graves... On n'a qu'à dire que c'est moi qui veut l'ausculter... Vous savez je fais une étude sur les conséquences du rayonnement solaire sur les Humains et les Asariens. Une étude comparative. Ça m'intéresse vraiment de savoir comment ce gamin qui est humain a pu être brulé si sérieusement. Il y a vraiment un truc qui ne colle pas et j'aimerai aussi interroger le père  si ça ne vous dérange pas.

Je le regardai droit dans les yeux, accentuant la pression sur son bras et l'espace d'un instant le couloir disparut de mon champ de vision. Je le voyais dans un corps à corps avec un type en blouse blanche et j'entendais les cris de protestation de ses collègues qui essayaient de les séparer. "Laisse tomber Sebastian! Ce n'est qu'une Humaine après tout! Tu es fou, tu ne vas pas risquer ta vie pour cet insecte insignifiant..."  puis j'avais vu une assemblée de médecins devant laquelle il comparaissait, l'avertissement qui tombait. J'avais vu l'adolescent devenu un jeune homme sensible, révolté  par ce qu'il apprenait du monde et il me semblait voir un reflet de moi-même. Je le fixai abasourdi , le souffle coupé comme chaque fois que mon Armadan se déclenchait et je murmurai.

-  Je sais ce que vous êtes... Je me suis trompé sur votre compte... Laissez-moi vous aider ... les aider... C'est ma raison d'être ... la seule ...
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Sébastian Shayn*
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MessageSujet: Re: (Terminé) Intrigue : Une journée comme une autre [Aaron]   Dim 30 Mar - 12:45

Cet homme à côté de moi avait quelque chose d'étrange, je ne disais pas cela de manière négative bien sûr mais son attitude au sein du service pouvait nous valoir de violentes brimades de la part des médecins supérieurs. Son stratagème ne pouvait pas fonctionner tout simplement du fait qu'il n'était pas soignant alors à moins de rester tous deux cloîtrés sans la salle de soins, je ne voyais pas trop comment ce plan pouvait réussir. Je ne sondais aucune mauvaise intention dans son regard aussi azur que le mien, je savais donc que je pouvais lui faire confiance mais autant rester le plus discret possible et à cet instant précis, nous ne l'étions pas du tout. Continuant de progresser à travers le couloir d'un pas hâtif sans me soucier des dizaines de yeux braqués sur moi, je finis néanmoins par me retourner vers mon interlocuteur, patient de surcroît.
"- Écoutez, sans vouloir vous offusquer ou quoi que ce soit d'autre je pense que vous devriez retourner dans la salle de soins du fond. C'est moi qui vais aller chercher le gamin et on pourra faire comme vous dites. Je n'y connais que dalle en rayonnement solaire mais je sais distinguer les différentes brûlures. J'ai mes raisons d'agir ainsi mais si on vous voit avec cet enfant alors que vous n'êtes pas soignant, c'est la Direction entière qu'on aura sur le dos et je peux vous certifier qu'ils me surveillent de près. A moins que vous vous imaginez comme le père ou un scénario du genre mais ça reste risqué alors attendez-moi c'est plus raisonnable."
J’esquissai un petit sourire satisfait, à voir à présent si cet homme aurait la sagesse d'écouter les quelques conseils du simple infirmier que j'étais parmi le gigantesque mille-feuilles que constituait le service des Urgences-Réanimation. Quoi qu'il en soit, il me fallait à présent récupérer l'enfant, le fameux interrogatoire avec le père attendrait, je n'avais pas le droit de prendre plus de risques que j'en prenais déjà. Arrivé dans la salle d'attente, j'appelais le petit par son prénom, un certain Rafael d'après ce que j'avais lu brièvement sur le dossier patient informatisé. J'embarquai l'enfant sans poser plus de questions que cela, après tout mon rôle était de soigner et pas de rendre une certaine justice. Quoique ? Cela m'était déjà arrivé par le passé, je n'allais pas m'en cacher non plus. Le pauvre gamin avait l'air de souffrir le martyr, j'avais vraiment été un imbécile de l'ignorer ou alors je n'étais pas dans mon assiette ce matin... Bref limite s'il était conscient, je l'avais donc pris dans mes bras avec douceur pour le conduire dans la salle de soins où Aaron devait vraisemblablement m'attendre. 

"- Le petit est vraiment plus mal en point que je le croyais, j'ai tenté de sonder son esprit mais je n'ai obtenu aucune information. A ce que j'ai pu entendre, vous être parvenu à sonder le mien, j'ai pourtant de fortes barrières mentales mais vous avez quand même vu la vérité en face des yeux, j'aimerais que ça reste entre nous si possible, je déteste m'afficher en public. Quant à mon attitude, elle finira par avoir ma peau."


Bon sang comme si c'était le moment de parler de tout ça ! Je m'égarais là à exprimer cette vérité qui me polluait l'esprit depuis trop longtemps et que j'acceptais encore si difficilement. Je finis par m'écarter de la table d'auscultation pour prendre le matériel dont j'avais besoin sur le chariot pour soigner cette vilaine brûlure. La discussion pouvait très bien attendre, les soins non. Une fois la stérilisation faite, je pus commencer les soins à travers lesquels je m'appliquais profondément, pas d'erreur, pas d'écart possible, c'était ce que je me disais tout le temps.

"- Au fait, il s'appelle Rafael. Si vous voulez l''observer c'est le bon moment sous prétexte de me laisser terminer les soins avant."

Bien sûr ça coulait de source mais un enfant, un chercheur et un infirmier dans la même salle de soins cela avait tout de même quelque chose de louche perçu d'un point de vue extérieur non ?
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MessageSujet: Re: (Terminé) Intrigue : Une journée comme une autre [Aaron]   Dim 30 Mar - 18:09

Impulsivité quand tu nous tiens ! Combien de fois Amaria avait-elle dû tempérer mon impatience d'agir quand l'urgence de la situation me faisait perdre toute prudence ? Je n'étais pas un homme dénué de bon sens ni de capacité de réflexion mais il était des choses qui me faisaient oublier le danger dans ma volonté de secourir, de protéger, d'aider. La souffrance d'un enfant en faisait partie. Pourtant, aux propos plein de vérité de cet infirmier, je compris que mon attitude nous mettait tous deux en péril ainsi que l'enfant et son père. Si nos intentions étaient découvertes, si nous étions repérés, nous risquions, lui une sanction sans appel qui lui ferait perdre sa place et lui vaudra peut-être la prison, moi un interrogatoire et des soupçons qui pourraient bien faire tomber ma couverture au Centre. Quant au petit et son père, ils seraient tout simplement chassés sans avoir eu droit aux soins nécessaires. Je me rangeai donc à l'avis de cet infirmier dont je lus le nom sur le badge qu'il portait.

-Vous avez raison... Sebastian... Je vous laisse faire ... Dis-je en me dirigeant vers la salle de soins qu'il m'avait indiqué.

Je faisais les cent pas en me questionnant sur les derniers événements survenus au labo et sur Sebastian, tout se mêlant dans ma tête. J'avais toujours eu cette conviction intime que rien n'arrivait sans raison. J'avais été blessé, franchissant ainsi involontairement le pas que certains me déconseillaient de franchir, me soumettant à l'expérimentation de ma découverte, mais surtout, cet "accident" m'avait conduit jusqu'à Sebastian. Pour quelles raisons ? Si je l'ignorais pour l'heure, je demeurais convaincu que cela ne durerait pas. Il revint vers moi en portant l'enfant dans ses bras. Pendant mon auscultation, l'état du petit s'était encore aggravé et il était au bord de l'inconscience.

- Est-ce qu'il ne faudrait pas soulager sa souffrance avant ?

Je savais que les cliniciens avaient besoin des perceptions du patient pour déterminer la gravité de l'atteinte avant de neutraliser la douleur mais là le mal était par trop visible et la souffrance trop longue. J'eus un sourire gêné lorsqu'il fit allusion à ma vision.

- Je n'en parlerai à personne. Je suis désolé d'avoir fait intrusion dans vos souvenirs de cette façon mais l'Armadan est très imprévisible et il est terriblement puissant chez moi. Je vais essayer d'en savoir plus à son sujet mais je vous laisse d'abord le soigner. Avoir votre peau... Vous savez, je crois personnellement que la valeur de la vie d'un homme est liée à ce pour quoi il est prêt à la sacrifier. Vous êtes un type bien, c'est ce que je pense.

Je le laissai soigner le petit qui gémissait un peu sous l'effet de la douleur. Mon instinct protecteur et mon empathie me poussèrent toutefois à poser ma main sur sa tête pour caresser ses cheveux et écarter de ses yeux quelques mèches collées par la sueur. Je n'étais déjà plus dans la salle de soin qui avait disparu mais dans un endroit que je ne connaissais pas. Un endroit de désolation où s'élevait un capharnaüm de cabanes , assemblage de tôle et de cartons. L'enfant était là accompagné de son père, l'homme que j'avais vu dans la salle d'attente. Ils étaient tous deux penchés sur un monticule de débris, déchets en tout genre et furetaient dedans à la recherche de je ne savais quoi. Le petit dégagea quelque chose qui émit un rayon lumineux ou plutôt en reçut un. Il lâcha l'objet mais il était trop tard. Il hurlait déjà en se tenant la main. Le rayon n'avait duré que peu de temps mais j'avais bien vu sa provenance. Il avait filtré du dôme pour venir frapper cet objet en verre, un tesson de bouteille ou que sais-je. Comment cela était-il possible ? D'une part le dôme devait filtrer la lumière pour protéger les habitants d'Asaria, d'autre part l'enfant était humain. Je fermai les yeux pour me concentrer et tenter de revoir la scène. Quelques secondes après que le rayon eût cessé d'émettre, quelque chose avait été visible sur le dôme, comme une faille, une fissure, qui avait concentré le rayonnement du soleil en un faisceau destructeur sans doute à cause de la réfraction du tesson.

Deux révélations frappèrent mon esprit. D'une part, le dôme sous lequel vivaient ces gens avait une malfaçon ou était endommagé, d'autre part, le rayonnement solaire filtrant à travers cette faille pouvait blesser, bruler, même les humains.

- Sebastian, j'ai vu ce qui est arrivé à Rafael ... Nous n'allons pas avoir le choix.. il faut prévenir les autorités. Toute la population qui vit là- bas est menacée. Il y a une faille sur le Dôme... Je dois savoir où ils vivent... Ça ressemblait à ... un bidonville. Tu connais un endroit qui ressemble à ça...Une décharge, des cabanes en carton ? Des gens vivent là dedans ? Dans les déchets ? Comment peut-on tolérer ça ?

Je reculai, sous le choc, horrifié de mon ignorance. Pendant que je vivais dans le luxe et le confort, des gens souffraient, vivaient sur des ordures, manquant de l'essentiel. L'homme et son fils avaient dû marcher plusieurs heures pour arriver à l'hôpital, franchir des postes de contrôle pour accéder à ce dôme. Je devais parler au père mais surtout je devais être certain de la collaboration de Sebastian.

- Je ne peux pas laisser faire ça, Sebastian. Ils ne peuvent pas vivre ainsi... je dois ... Il faut que je vois des amis qui pourront les aider...
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Sébastian Shayn*
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MessageSujet: Re: (Terminé) Intrigue : Une journée comme une autre [Aaron]   Ven 4 Avr - 17:42

Décidément mon interlocuteur était quelqu'un de plutôt bavard du moins comparé à moins qui restait serein et bien concentré sur mes gestes. J'ajoutai une faible quantité de morphine dans la perfusion de l'enfant afin d'apaiser la douleur au maximum tout en tâchant de le rendre malade par le puissant médicament non plus. Jouer sur l'équilibre, je le faisais chaque jour qui passait, à force je finissais par connaître mes tâches par cœur sans tomber dans la routine pourtant. Ce jour là une vie ne se jouait pas néanmoins je restais réfléchi jusqu'au bout des soins, une erreur était plus vite arrivée qu'on le croyait et je ne supportais pas cette idée là, rien que d'y penser faisait dresser l'ensemble des poils de mon corps. Pourtant qui était immunisé à la faute ? Personne ou alors ceux qui ne faisaient rien.
"- Ne vous inquiétez pas, je m'occupe de lui. Tâchez donc de vous détendre un peu." Déclarai-je en infiltrant une autre dose infime de morphiniques par le biais d'une seringue directement dans la perfusion. Risqué ? Certes un peu, mais je n'avais guère le choix. A moins de l'endormir complètement, j'en étais capable c'était mon métier, mais j'en ressentais guère l'envie. La plaie n'était pas belle mais elle finirait bien par guérir avec le temps, les tissus se régénéreraient d'eux -même. Un baume extra fort dont j'avais le secret et quelques pansements le soulageraient énormément de sa douleur. J'avais déjà retiré pas mal de tissus brûlés, il me restait donc qu'à désinfecter et panser tout ça.
"- Hum c'est bien, t'as été très courageux bonhomme." Chuchotai-je à Rafael, toujours dans un état second mais conscient, à l'écoute de ce que je faisais pour lui. Aaron se tenait d'ailleurs près de lui comme si sa seule présence pouvait apaiser un minimum ses souffrances. Dommage que je n'avais pas encore ce pouvoir de guérir autrui au simple contact de la paume de ma main. C'était plutôt l'inverse chez moi, je pouvais détruire rien qu'au toucher avec des flammes destructrices, en contrepartie je n'avais pas de pouvoirs curatifs hormis mon propre sang peut-être.
"- C'est bien la première fois qu'on me dit ça. Pour mes supérieurs, je ne suis qu'un insecte à écraser le plus rapidement possible, je suis soit-disant dangereux. Ils peuvent toujours dire, je ne les écouterai pas et je changerai encore moins mes convictions. J'ai certaines valeurs que je défendrai jusqu'à la mort s'il le faut. "
Inutile d'en dévoiler trop sur moi non plus, je préférais rester secret, mystérieux, j'avais toujours été ainsi. Quant à mes valeurs de respect, de protection, elles ne vacilleraient pour rien au monde. Mais voilà que mon patient commençait à se perdre dans ses mots, comment pouvait-il être au courant de tout cela ? C'était donc ça le pouvoir de l'Armandan à côté de ça je faisais pâle figure avec ma télépathie certes avancée. Inutile de se disperser pourtant même si j'étais du genre fougueux et impulsif, j'étais sur mon lieu de travail, j'avais donc une certaine retenue surtout avec un enfant à soigner au plus vite.
"- Hé vas-y mollo, c'est tout confus ton histoire là. Non, je ne connais pas d'endroits de ce genre là. Pour moi déjà, les humains résident hors des dômes vu qu'ils ne craignent pas les rayons du soleil comme nous autres Asariens. Des bidonsvilles, j'en ai entendu parlé, je suis déjà allé pas mal de fois au dispensaire à la nuit tombée pour y prodiguer des soins. T'es vraiment sûr de ce que tu annonces ? Pour moi, il n'y a pas de bidonvilles sous les dômes mais je ne traite pas non plus de menteur, je suis infirmier et non pas géographe."
Sûr que j'étais loin de tout connaître sur ce monde, j'étais loin d'être savant ou monsieur je sais tout. J'avais encore des tas de choses à apprendre, j'en étais conscient, d'ailleurs j'avais une soif de savoirs quasi insatiable. Je laissais Rafael se reposer alors que je me dirigeai vers l'évier pour y stériliser mon matériel et ensuite retirer mes gants. Il partait vraiment dans tous les sens cet Asarien mais au fond il n'avait pas tord. Je bouillonnais de l'intérieur, je mourrais d'envie de foncer avec cet inconnu hors des sentiers battus mais, par de mon travail, ma place et ma position, il m'était impossible de le faire. Fallait-il donc que je joigne une sorte de faction rebelle pour enfin exprimer mes pensées authentiques au grand jour ? Etais-je prêt à rester à rester enfermé dans ce moule étroit, carré, que la société nous imposait ? Certainement pas, je suis différent ! Je l'ai clamé assez fort ça !
"- Mais qui donc ? La police ? La milice ? Laisse-moi rire, ce ne sont que des brutes épaisses assoiffées de sens, je les ai déjà vu faire, j'ai eu ma dose de violence."
Je n'étais pas un lâche pour autant, j'étais tout simplement réaliste mais incapable de rester sur mes positions. C'était tout moi ça que de me révéler contradictoire sans cesse. Je savais pourtant ce que je voulais bon sang ! Je voulais que toutes ces conneries prennent fin un jour ou l'autre. Peine perdue, c'était le genre de tous hommes de se détruire entre eux alors humains, Asariens cela ne changeait pas vraiment la donne au final. J'étais pour l'équité, la justice, des valeurs qui avaient disparu au gré du temps mais j'étais encore assez fort pour les défendre ces convictions. Etais-je assez fou pour le faire seul ? Sûrement pas sauf qu'intérieurement je savais bien que d'autres personnes partageaient ma façon de penser quelque peu divergente.
"- Cela a toujours été ainsi, il nous faudra bien plus que quatre bras pour changer ce monde corrompu jusqu'à l'os surtout pour déranger les pantouflards dans leur haut siège doré si tu vois ce que je veux dire ! Tu as ta propre vie... Et tu te soucies dans de celles des autres qui ne te rendraient pas forcément l'appareil, pourquoi ?"
Si nous arrivions à nous mettre en accord l'un comme l'autre, autant tenter de découvrir les grandes lignes de l'existence de mon interlocuteur.
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MessageSujet: Re: (Terminé) Intrigue : Une journée comme une autre [Aaron]   Dim 6 Avr - 12:54

Je plissai les yeux en écoutant Sebastian. Il y avait en lui une colère latente qui répondait à la mienne et se révélait au fil de la conversation. Même s'il était très concentré et professionnel dans les gestes de soin qu'il apportait à l'enfant, je le sentais entrain de livrer une sorte de combat intérieur avec lui-même. Il avait visiblement autant de mal à supporter ses relations avec ses supérieurs que moi. Et sans doute s'était-il risqué bien davantage que moi à exposer ses convictions au grand jour. Qui pouvait deviner les miennes, celles du scientifique dévoué au Gouvernement, pour le moment ? Personne hormis les Pacificateurs, ne savait à quel point je prenais des risques pour promouvoir mes idées égalitaires sur le sol asarien. Aux yeux du plus grand nombre j'étais un chercheur plutôt bien noté par ses supérieurs et estimé comme un atout majeur dans les stratégies de domination des tyrans qui nous dirigeaient, un nanti bénéficiant d'une vie plutôt confortable et dorée dont la seule contrainte était de travailler avec acharnement à l'aboutissement des projets du Grand Conseil.

- Me détendre ? Je me détendrai quand je serai mort ou quand de telles injustices n'auront plus cours dans le monde où je vis... Et je pense qu'il en va de même pour vous. Est-ce que je me trompe ?

Je fus étonné, néanmoins de l'éclat presque agacé que provoquèrent mes révélations sur le jeune infirmier. D'où sortait-il ? Se pouvait-il qu'il soit encore plus ignorant que moi des conditions de vie des Humains sous le joug asarien ? Peut-être venait-il d'une famille de nantis tout comme moi, mais n'ayant pas eu la chance d'avoir des parents sensibilisés à l'infortune des Humains. Nous avions une esclave à la maison, qui était attachée au service de Maman et la secondait dans l'entretien de la maison et la cuisine. Celle-ci avait sa famille qui résidait sous les Dômes. Ma mère parlait souvent du Dôme des Humains lorsqu'elle autorisait son esclave à s'y rendre en remplissant son coupon de circulation. Elle répétait inlassablement ses recommandations à Tania, cette jeune esclave, tout en glissant dans son sac quelques médicaments dont nous n'avions plus besoin et des produits alimentaires de première nécessité. Je me souvenais encore du regard reconnaissant de la jeune femme envers ma mère et du sourire de celle-ci. " Si ça peut aider ta famille... Je ne peux pas les prendre tous à notre service, mais personne ne devrait avoir faim sous les Dômes". Et lorsque Tania était partie, j'avais posé des questions et Maman m'avait expliqué que dans le Dôme de la division humaine, la misère régnait plus que l'opulence. Ce qui était resté assez abstrait pour moi se révélait à présent dans son effroyable réalité. Comment une civilisation qui se disait évoluée et supérieure pouvait-elle asseoir son pouvoir sur un tel asservissement? Contraindre des êtres humains à vivre comme des animaux ? Les puissants de notre monde n'entrevoyaient-ils pas qu'ils étaient assis sur un volcan ? Que notre société portait en elle les germes de sa destruction par l'iniquité qu'elle générait ? Folie que tout ça ! Alors que nous avions les moyens de donner une vie décente à tous... Je le savais, en ma qualité de scientifique. Il suffisait de développer la recherche agronomique pour augmenter la production. De réformer le système commercial des denrées alimentaires, d'éradiquer le trafic et le marché noir dont faisaient l'objet ces dernières. Mais le plus urgent, pour l'heure, est d'éclairer la lanterne de Sebastian.

- Et bien, le dispensaire auquel tu fais allusion, j'en ai entendu parler par une collègue et il est bien situé sous le Dôme de la division humaine, entre le marché aux esclaves et la prison, je crois. Je savais qu'il y avait un quartier très pauvre réservé aux Humains, mais j'étais loin d'imaginer que c'était aussi apocalyptique. Ce n'est pas un quartier populaire mais réellement un bidonville que j'ai vu...

Je suivais Sebastian dans ses déplacements, lorsqu'il se déplaçait pour aller nettoyer son matériel, comme pour tenter de faire peser davantage mes mots sur lui. Nous étions passés inconsciemment au tutoiement comme si quelque chose de tacite nous rapprochait.

- Tu as raison. A quoi bon alerter les responsables du Gouvernement ? Ils ne feraient que traiter le problème par dessus la jambe, tant que la sécurité des Asariens n'est pas directement menacée, ils ne lèveront pas le petit doigt. Ce qu'il nous faut, c'est enquêter et mettre sur le coup des gens fiables qui voudront vraiment agir pour sécuriser ce Dôme... j'en connais. Nous ne sommes pas aussi isolés que tu sembles le croire, Sebastian ...

Je pensais à Grant et Héléna qui ne manqueraient pas de mener une enquête discrète. Plus encore, Grant avait été architecte dans son ancienne vie, Gaïus Hasard laisserait-il les Dômes érigés par son ancienne entreprise devenir un danger pour les Humains par manque d'entretien et de restauration ? Certainement pas. Il devait y avoir un moyen de mobiliser une équipe d'architectes dévoués à notre cause pour y remédier... Il ne serait pas aisé de le faire discrètement, mais ne pas agir revenait à se faire complice de l'indifférence du Gouvernement face au problème. Les Dômes dédiés à la vie asarienne étaient régulièrement inspectés et entretenus, la nuit. Il n'était pas rare de voir de petits modules volants examiner et renforcer les parois des coupoles. Bien sûr cela avait dû être négligé dans le Dôme de la division humaine. Je sentis l’écœurement m'envahir en même temps que la rage.

Je croisai mes bras sur mon torse et pris une profonde inspiration.

- Je ne pourrais jamais être heureux dans un monde qui néglige une partie de sa population. Qui a décidé qu'un Homme est inférieur à un Asarien ? Certainement pas moi ! Un être qui ne se soucie que de son bien-être a une vie bien creuse et tu le sais Sebastian. Toi-même, tu n'es pas indifférent à la vie de tous ces gens. Tu l'as prouvé maintes fois ... Et mon Armadan ne m'a jamais trompé

Tandis que Rafael récupérait un peu, assoupi et enfin apaisé, je continuais, en chuchotant, à exposer les desseins qui se formaient dans mon esprit.

- Lorsque le petit aura un peu repris des forces, je me propose de les raccompagner, lui et son père dans leur quartier. J'en profiterai pour inspecter le Dôme vu du sol, et l'endroit où il a été blessé. Je pense que je ne verrais pas grand chose ainsi, mais c'est un début. Je ne peux pas rester sans rien faire. Ensuite, je contacterai une amie qui peut certainement nous aider. Tu peux choisir de nous accompagner après ton service ou d'en rester là. Tu as fait ta part en qualité de soignant, et très bien. Tu as déjà pris de gros risques. A toi de voir si tu veux me suivre et aller plus loin. Personne, et certainement pas moi, ne pourra te reprocher de préférer en rester là.

Je devais voir Mara pour lui parler de ces faits nouveaux, et envisager avec elle les mesures à prendre. Les Pacificateurs devaient délibérer avant d'agir et c'était une décision qui dépassait largement mes compétences. Je voulais aussi éventuellement tester Sebastian, et le cas échéant, le présenter à Mara. Elle seule pourrait le jauger et évaluer sa prédisposition à adhérer à notre cause.
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Sébastian Shayn*
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MessageSujet: Re: (Terminé) Intrigue : Une journée comme une autre [Aaron]   Mer 9 Avr - 19:45

Je ne savais plus trop où donner de la tête avec tant d'idées, de convictions, qui se mélangeaient en moi, surtout accentuées avec l'équilibre quelque peu fragile de ma personne. J'étais aisément influençable et surtout quand j'avais quelqu'un en face de moi en accord avec ce que je ressentais. C'était si rare, c'était même peut-être la première fois que ça m'arrivait. Sûr que je ne devais plus trainer au péril de le regretter jusqu'à mon dernier soupir sur cette terre tant corrompue par les autres... Une espèce à part, mon espèce tout simplement même si c'était difficile de se l'avouer comme de l'accepter. J'avais pourtant un mental d'acier, je n'aurais pas choisi ce boulot dans le cas contraire. Il en fallait un minimum de résistances, de barrières, quant on avait presque tous les jours des vies en jeu. J'avais beau ne pas être médecin, cela ne m'empêchait pas d'avoir des responsabilités aussi grandes que moi. 
"- Peut-être, ce n'est pas impossible." Répondis-je simplement, je n'avais pas non plus envie de me dévoiler complètement non plus. Question prise de risques, j'étais déjà sûrement au summum pour aujourd'hui. J'étais aussi quelqu'un de mystérieux,de secret,  tout en restant discret, néanmoins je n'avais peur de rien ni de personne, je n'aurais pas défié toute une hiérarchie dans le cas inverse. Bref, je faisais en sorte d'être indiscernable pour autrui, c'était fondamental. Seuls des personnes douées de forte empathie ou télépathie avancée auraient pu discerner mes pensées les plus profondes. A côté de lui, j'avais l'air d'être un ignorant fini. Ma foi rien d'étonnant, j'avais toujours vécu sous les dômes côté Asarien, j'en étais jamais sorti avant de devenir jeune adulte. Les membres de ma famille avaient toujours vécu dans le luxe sans le moindre souci à l'horizon, tous avaient eu des carrières prestigieuses. Il n'y avait que moi en gros comme vilain petit canard de toute une génération car j'étais tout simplement le seul à avoir mes propres opinions aussi divergentes qu'elles soient avec les leurs. J'étais ainsi, sensible, protecteur, altruiste, cela ne se commandait pas tout ça où ils auraient vite eu de changer mes gènes en conséquence. Pourquoi renier ce que j'étais au fond ? C'était plutôt antagoniste car j'étais quelqu'un de fier, aspirant à des valeurs nouvelles, les miennes et je n'étais sûrement pas le seul à partager ce genre d'idées que je n'étais pas encore apte à clamer haut et fort, question de temps probablement.   
"- Je ne me souviens pas vraiment, c'est assez flou dans mon esprit. Je n'y allais jamais seul, j'avais une équipe médicale à mes côtés d'ailleurs nous n'effectuons que le strict minimum. J'ai toujours été contre cette alternative d'ailleurs, je me suis retenu pendant des années puis j'ai fini par exploser et ça s'est terminé par des coups. Les faire se déplacer relevait déjà du miracle et nous agissions toujours de nuit. Franchement je sais que j'y retournerai un jour mais seul, ça m'est interdit car ça ne rentre pas dans mes missions et fonctions mais je m'en fous complètement."
Au diable les ordres une fois de plus ! Qu'est-ce que j'en avais à faire franchement ? J'avais déjà tapé là où ça faisait mal, j'étais sur un siège éjectable sans le moindre parachute doré pour me retenir. Que ce soit légalement ou illégalement je continuerai à prodiguer des soins car cela faisait partie intégrante de moi d'aider les autres, surtout les plus démunis. Bien sûr j'aurais pu me contenter de mon salaire convenable, de mon appartement au cœur du dôme résidentiel, mais ça ne me suffisait pas, il me manquait quelque chose d'essentiel à ma vie auquel je voulais donner du sens. C'était à trop vouloir en faire qu'on finissait par se casser les dents mais un risque de plus ou de moins, qu'est-ce que cela pouvait changer chez moi ? Certainement pas grand chose !
"- Ah ouais ? Et vous êtes qui au juste ? Des justiciers de la nuit ?" Demandai-je gentiment sans la moindre animosité dans le ton de ma voix. J'étais vraiment trop impliqué dans cette cause pour oser en plaisanter. Rafael n'était que le premier cas d'une longue série de blessés du même type, il ne me suffisait pas de faire parti du milieu médical pour le savoir, un peu de jugeote suffisait amplement. Cela allait même devenir de plus en plus grave car la faille ne pouvait que s'agrandir, provoquant un cercle vicieux de plusieurs centaines de blessés si ce n'était plus. Bref il fallait agir de suite le hic étant que je n'étais pas qualifié pour, je n'étais qu'un modeste infirmier rien de plus. Mais j'avais mon rôle à jouer dans cette histoire, je le savais inconsciemment, proposer des soins dans un but humanitaire, c'était déjà énorme. Peu d'Asariens avaient ce mérite, trop impliqués dans leur petite vie de bourge égoïste ou dans leur carrière autant bien renommée ! Tout ça me dégoûtait en gros, il était grand temps de faire un grand pas en avant, mais sans reculer... Je poussais un long soupir, comment prouver ce que je valais sans me risquer au suicide non plus. Cruel dilemme qui se proposait à moi, une fois de plus.
"- Bien sûr que je ne suis pas indifférent et d'ailleurs je ne me suis jamais voilé la face à ce sujet. J'ai eu de gros emmerdes et après ? Y a pas un jour où je regrette ce que j'ai fait, j'en suis même fier alors ça veut tout dire. J'incarne un double-jeu ici mais jouer le rôle du petit infirmier modèle et bien adapté au moule, très peu pour moi. Je finirai par retourner ma veste tôt ou tard, y a trop d'injustices, ce que t'as vu aujourd’hui est un cas parmi des milliers d'autres. Certains humains sont vraiment traités comme des animaux, renvoyés chez eux comme des pestiférés, je ne supporte plus ces conneries là. Je suis payer pour soigner, encore faut-il qu'on me laisse le faire justement !"
L'intonation de ma voix me trahissait de plus en plus c'était évident, un brasier ardent, un véritable volcan, voilà l'image qui devait me caractériser le mieux à cet instant précis. J'avais besoin d'exprimer la force de ma colère, de montrer à quel point j'étais outré de tout ce système, c'était plus fort que moi. Tempérament explosif, véritable bombe à retardement, c'était ce qu'on avait toujours dit sur mon caractère, peu de gens se trompait là-dessus. Je gardai néanmoins un minimum de sang froid, toute colère non canalisée était inutile. Il ne suffisait pas d'un simple coup de sang pour changer ce monde hélas surtout pour l'insecte insignifiant que j'étais. Un essaim d’insectes alors peut-être ? Je devais au moins y croire tout en gardant espoir, là était la clé de la réussite. Rien qu'à nous deux, nous avions cette volonté immense de défier les Titans qui régissaient ce monde, c'était déjà tellement énorme à mes yeux. Une chose était sûre, je me battrais jusqu'au bout pour aller au bout de mes idéaux, j'étais né pour ça au fond, c'était mon destin.
"- Je viendrai... Pour ça tu peux compter sur moi. Je finis mon service à 15h00 et par chance, je ne suis pas garde cette nuit ça me laisse donc le temps d'être disponible."
J'avais fait mon choix après tout, je ne revenais d'ailleurs jamais sur une décision que j'avais prise car j'étais ainsi, sûr de moi, déterminé. En attendant, il me fallait penser à autre chose, et j'avais tout un flot de patients à m'attendre dans le hall, il me fallait donc faire au plus vite. A l'écran, je consultais les possibilités d'accueil pour le jeune Rafael. Une fois le lit trouvé, je fis directement appel aux brancardiers pour qu'ils viennent le chercher.
"- Pour le moment, il doit se reposer. C'est hors de question qu'il reparte maintenant avec son père, il n'est pas en état de se déplacer. Pour les interroger, il faudra te rendre dans la chambre et les murs ont des oreilles là-bas donc je te conseille de te méfier plutôt deux fois qu'une."
Il y avait tellement de passage dans les unités de soins, s'en était presque affligeant mais telle était la réalité, aucun milieu n'était plus épargné qu'un autre, même dans mon équipe il y avait des clans d'ailleurs heureusement pour moi que je n'appartenais à aucun d’être eux. Un brancardier vint chercher l'enfant quelques minutes après mon appel, il était temps que je close mon entretien avec Aaron, j'étais attendu ailleurs quant à la prudence,  elle restait de mise.
"- Alors à ce soir. Ma journée est loin d'être finie et il faut que j'y retourne, ça n'attend pas. Je t'ai laissé mes coordonnées dans ce bloc numérique." Ajoutai-je en lui tendant le petit appareil contenant mes données personnelles.
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Aaron Williams*
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MessageSujet: Re: (Terminé) Intrigue : Une journée comme une autre [Aaron]   Ven 11 Avr - 22:37

Plus j'observais Sebastian, plus je l'écoutais parler et décelais chez lui une certaine réserve, plus je me reconnaissais à travers lui comme celui que j'étais avant qu'Amaria m'aborde un beau soir pour jouer cartes sur table et me sonder l'esprit avant de me dévoiler son engagement et de me proposer de marcher dans ses pas. Au delà de la fonction, de la profession de l'Homme, il y a toujours la façon dont il l'accomplit qui dévoile à l'oeil averti sa nature profonde. Elle avait su lire en moi, derrière le scientifique réservé et rigoureux, l'être qui se hérissait devant les injustices trop flagrantes de notre société. Tout comme j'avais vu en Sebastian un refus d'y adhérer. Je respectais sa prudence comme une qualité nécessaire à notre cause. Nous avions plus besoin de rallier des hommes ayant pesé leur choix que de chiens fous kamikazes qui fonceraient tête baissée dans un affrontement stérile contre les Milices de Von Brenner. Nous laissions cela aux Rebelles qui ne s'inspiraient que d'actions d'éclats visant à manifester leur hostilité envers la caste dirigeante et plus globalement les Asariens, et ne prônaient pas une solution pacifiste et apaisante mais un renversement des rapports de force. Ce qui faisait notre force était précisément que nous comptions autant d'Asariens que d'Humains convaincus que la cohabitation pacifique et harmonieuse entre les deux espèces était la seule planche de salut de notre civilisation.

- Je me doute bien que tu es très surveillé. Je le suis moi-même en permanence et peut-être bien que je tomberai un jour en disgrâce. Il faut que d'autres hommes prennent la relève de ceux qui périssent sous la répression du Gouvernement. Nous les aurons à l'usure. La Paix finira par s'imposer comme la seule solution viable et il nous faudra toujours lutter contre toutes les factions qui sont hostiles à cette solution. Nous savons tous deux qu'elles ne sont pas toutes issues des gouvernants. Si tu agis à nos côtés, ce sera à la fois dans l'exercice de ta fonction, ici-même, mais aussi clandestinement, en dehors de tes heures de travail. Cela laisse peu de temps à la vie personnelle...

Je souris, amusé, à sa boutade sur les justiciers de la nuit.

- Ceux de nous qui sont Asariens agissent en effet la nuit, mais nous avons aussi des Humains qui opèrent durant la journée pour préparer la logistique de nos actions.

Je hochai la tête en signe d'assentiment lorsqu'il m'exposa de quelle façon étaient traités les Humains les plus démunis et je lui tendis la main lorsqu'il accepta de m'accompagner la nuit tombée dans le Dôme de la division humaine. Je sentais qu'il luttait lui aussi entre deux pôles et deux statuts. Celui des apparences, et celui des convictions, mais aussi entre l'envie ardente d'en découdre avec tout ce qui faisait de la vie d'une multitude un enfer et cette retenue qui obligeait tout homme pour qui chaque vie comptait à ne pas prendre de décision sur un coup de tête. Il ne pouvait savoir à quel point ses mots résonnaient comme un écho en moi. Le double jeu était devenu ma vraie nature que ce soit avec ma famille, mes collaborateurs, mes amis, celle que j'aimais désormais et plus encore et cela nul ne pouvait s'en douter, avec mes frères de cause. Pour leur sécurité à tous, j'étais obligé de mentir et je savais que tôt ou tard je perdrais des deux côtés, qu'à trop jouer avec le fil du rasoir, la chute était inéluctable, mais c'était le prix à payer pour que la justice et la paix triomphent un jour.

- C'est bon, tu as raison une fois de plus. Je ne vais pas attirer l'attention sur ce pauvre bougre en l'interrogeant, dis-je en souriant d'un air mystérieux. Je vais juste aller le saluer dans la salle d'attente et lui donner une bonne accolade amicale. Si j'ai un minimum de chance et de cran, cela devrait me suffire pour savoir ce que je veux savoir.



Je le regardai droit dans les yeux en acceptant son bloc numérique. Je ne pouvais me tromper sur son compte ou alors cela revenait à accepter que l'Armadan pouvait mentir. Peut-être avions-nous là repéré une recrue de choix, mais c'était à Mara d'en décider. Tôt ou tard l'engagement serait total et je serais parmi les premiers à tomber, parce que pris entre deux feux et en première ligne. Il fallait, les Pacificateurs avaient besoin, des hommes de sa trempe pour prendre la relève dans les rangs et remplacer ceux qui se sacrifieraient alors.

- A ce soir alors, Sebastian. Prévois des chaussures de marche et un équipement de soins et de survie. Si nous en revenons vivants, il faudra que je te paie un verre un autre soir. Ajoutai-je avant de franchir le seuil du box.

Je me dirigeai vers la salle d'attente pour saluer le père de Rafael avec la certitude que le vent du changement ne tarderait pas à se lever, apportant avec lui bien des tempêtes , balayant bien des vies.
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