(Terminé) So much confusion [Aaron]

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Jessica Warner
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MessageSujet: (Terminé) So much confusion [Aaron]   Jeu 13 Mar - 18:31

Citation :
Qui n'a pas connu l'absence ne sait rien de l'amour.
Qui a connu l'absence a pris connaissance de son néant - de cette connaissance lointaine qui fait trembler les bêtes à l'approche de leur mort.

)



Ma plume glissait sur les différents documents que je signais  tous les jours : les diverses commandes, les salaires, les effectifs en place. Incapable de me concentrer sur ce que je devais  lire, mes pensées s’évadaient vers un douloureux souvenir, cette nuit où tout me paraissait si limpide, si vrai. J’avais tout gâché par fierté, par sécurité et par le fait que je ne pouvais pas replonger dans ne histoire dans laquelle ne pourrait plus me relever. Mon frère me répétait très souvent que j’avais un don inimitable pour leurrer n’importe qui. Je l’ai fait avec Aaron. Parfaitement en tout point qu’il est parti de mon appartement sans que je ne le retienne. A quoi ? C’était ce que je désirai non ? Mettre un point final entre lui et moi. Mettre un terme définitif à ce que j’avais ressenti  dans ses bras. J’étais devenue trop fébrile comme s’il avait su percer à jour qui j’étais vraiment juste par ses caresses et son regard. Ses paroles résonnaient en boucle dans ma tête, leitmotiv incessant telle une torture qui me rappelait à quel point mon jeu s’était retourné contre moi. La douleur était aussi vive que lorsque je l’avais perdu… Lui. Je m’étais faite une promesse que j’avais honorée pendant presque un an, et voilà qu’une petite faille venait faire tout éclater et remettre en question la solution qui m’avait parue la plus juste. Je m’étais trompée. Terrible échec.  Je posais enfin mon stylo pour admirer le médaillon qui brillait près de moi. Du bout de mon doigt, fébrile, j’en redessinais les contours : ceux d’un Loup. Il était animorphe. Je n’avais jamais connu personne avec un tel don. J’en étais presque à souhaiter qu’il passe cette porte pour venir chercher ce qu’il avait perdu durant notre union grisante et envoutante. J’inspirai nerveusement me laissant aller contre le dossier de mon fauteuil. Les yeux fermés, je revoyais son corps se tendre sous le mien, mon corps réagir à ses baisers. Son parfum m’envahissait encore comme s’il se tenait tout près de moi. Pourtant tout cela n’était que le mirage de ma pauvre imagination.

Jessica Warner, maitresse du Diamond se devait continuer d’avancer, d’être parfaite en tout point, de revêtir inlassablement ce masque que je m’étais forgée au fil du temps. Séductrice, sensuelle, vipérine, chaque soir je rejouais encore et encore la scène que je connaissais par cœur auprès des clients et de tous ces hommes qui virevoltaient autour de moi. Ne pas m’étendre, ne surtout pas montrer les émotions qui me rongeaient depuis ces derniers jours. Remettre ce faux sourire, cette séduction pour venir saluer les clients du Club, succube passionnée. Jouer encore et encore, ne pas baisser sa garde un seul instant car tout deviendrait encore plus terrible. Mots, gestes, cette rigidité, cette froideur, ce détachement qui dissimulaient ma douleur et ma peine. Mais tout à une fin. Un épuisement que je ne savais plus dissimuler aux yeux de mon frère.  Prendre du temps pour moi, voilà ce dont j’avais besoin.

Les galeries marchandes furent ma destination première. Toutes ces boutiques, ces couleurs, la foule qui se pressait devant des vitrines. Un autre monde que le mien. La nuit me seyait à merveille et j’en avais oublié l’attrait des journées ensoleillée où les rayons de l’astre diurne se reflétaient contre les grandes voutes de verre. Si je m’étais forcée à quitter mon appartement, au fil des heures, baignant dans cette ambiance particulière, j’avais repris le sourire et l’envie d’acheter ce qui me plaisait, les coups de cœur du moment, le caprice soudain d’un article. Des enseignes toutes aussi prestigieuses les unes et les autres défilaient devant mes yeux, et ce fut chargée de paquets que j’entrais dans une grande surface qui comptaient plusieurs étages à elle toute seule. Les escalators s’activaient un peu partout et les clients tout autant avec la même frénésie. Les rayonnages étaient immenses et je me perdais dans ce flot de tissus. La lingerie fine faisait partie de mes péchés mignons, et le choix en devenait presque honteux. Un puis deux, un troisième et encore un quatrième. Ensembles en dentelles, nuisettes, corset, porte- jarretelles, c’était avec tout  ce panel d’étoffes délicates que je me dirigeais vers les cabines d’essayages mixtes. Il y avait autant de monde ici que dans les rayons. Je patientais en faisant la queue, détaillant encore certains bouts de soierie qui attiraient mon attention. Je me retrouvais enfin devant les cabines aux rideaux fermés. Je n’avais pas suivi les allées et les venues de la clientèle. Heureusement qu’il y avait une employée qui indiquait les différentes cabines de libres. Je me dirigeais vers celle qu’elle m’avait proposée sans prêter attention au fait que le rideau était un peu trop bien tiré pour que la cabine soit libre. Et en ouvrant la tenture, le choc fut sans nom. Un homme se tenait devant le miroir, une chemise ouverte sur son torse. Son visage m’apparut comme une évidence foudroyante. Ses mèches blondes tout autant. Il se tourna vers moi, et à l’instant où nos yeux se croisèrent, les secondes qui s’écoulèrent me parurent interminables. Je me retenais au rideau, mes jambes ne me portaient plus et j’étais dans l’impossibilité d’articuler un seul mot. La force de mes souvenirs me percuta de plein fouet. J’étais entrain de perdre tous mes moyens face au seul homme que j’aurai aimé éviter aujourd’hui. Pourtant, je ne pouvais m’empêcher de le détailler, d’apprécier son corps que les pans de sa chemise ouverte dévoilaient virilement. La jeune employée s’approcha de moi. Elle me parlait mais je ne comprenais pas ce qu’elle me disait. J’étais  happée dans un tourbillon d’émotions contre lequel je me débattais.

- Je … je suis … navrée …

Je refermais vivement le rideau, m’excusant aussi auprès de la jeune femme avant de m’engouffrer dans une cabine qu’elle venait de me présenter. Une fois à l’intérieur et à l’abri des regards, je posais mes sacs et la lingerie sur le petit banc, épuisée émotionnellement par cette rencontre. Le miroir me renvoyait mon reflet : des traits tirés malgré le maquillage sophistiqué.

- Qu’est-ce que tu fais Jess ?... Murmurai-je à moi-même.






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MessageSujet: Re: (Terminé) So much confusion [Aaron]   Ven 14 Mar - 3:06





Rien n'avait changé autour de moi. Les mêmes personnes continuaient à vivre, aimer, haïr, se battre pour améliorer leur quotidien, travailler, sortir, s'amuser, discuter et rire. Pourtant rien n'avait plus la même saveur. Un voile gris avait recouvert chaque chose que j'aimais et rien n'avait plus d'éclat à mes yeux. Après avoir fui l'appartement de Jessica, j'étais resté quelque jours en état de choc, accomplissant comme un automate, les gestes que mes obligations professionnelles m'imposaient. Aller au centre, croiser les collègues, avancer dans mon travail, faire face aux tracasseries de ma hiérarchie qui fouinait partout ces derniers temps, contrôlant chacun de nos faits et gestes. Je vivais, je respirais mais j'étais une coquille vide. Puis il avait fallu sortir des Dômes, pour rallier le Phoenix et reprendre contact avec mes amis les Pacificateurs. Je pensais que me consacrer au combat qui nous unissait me redonnerait goût à la vie. Puis il y avait Mara. Même si je m'efforçais de l'éviter, savoir qu'elle était quelque part, tout près de moi, me réchauffait le coeur. Enfin, je devais absolument parler à Amaria de mes récentes avancées dans mes recherches, prendre de ses nouvelles, savoir où elle en était elle-même sur ce point, et aussi avoir des nouvelles d'Héméra dont l'épreuve m'avait bouleversé.

Si l'entrevue avec mon amie fut très fructueuse et pleine de satisfactions, teintée de tendresse et de bienveillance, porteuse de bonnes nouvelles et d'interrogations philosophiques, ma rencontre imprévue avec Mara qui était venue me rejoindre à l'impromptu au bord de l'océan où j'essayais de lâcher prise, tentant d'oublier le poids des responsabilités et la cuisante morsure d'une nouvelle déconvenue amoureuse, puisqu'il fallait bien que j'admette que c'en était une, ma rencontre avec Mara, donc, si elle dénoua nombre de tensions et de non dits entre nous, m'obligea à considérer les choses et notamment la débâcle de ma vie affective. Les sentiments passionnés que je nourrissais depuis des années à son égard furent enfin connus d'elle, mais, alors même qu'elle les comprenait et ne m'en tenait pas rigueur, elle m'avait ôté toute illusion sur ce qui pourrait advenir de notre relation. Je n'étais qu'un ami très cher pour elle mais elle m'incitait à trouver le bonheur... avec une autre. Ma réaction fut digne de ce que mon caractère fier et loyal pouvait engendrer. En mon fort intérieur, je m'étais résolu à faire le deuil de cet espoir qui m'avait porté toutes ces années et en faire une force pour mener le combat à ses côtés. C'est un homme brisé mais déterminé, comme seul j'étais capable de l'être, ambivalence faite homme, qu'elle avait laissé à ses rêveries tourmentées sur la plage. Un homme qui ignorait à quel point cette entrevue avait ravivé une autre douleur, un autre manque, un gouffre laissé par la dernière femme qui m'avait blessé. Une femme chez qui j'avais laissé plus que mon médaillon en forme de loup, et quelques vêtements, une femme qui avait volé mon cœur à mon insu et n'en voulait pas plus que Mara. Jessica.

J'étais reparti du Phoenix avec des espoirs brisés mais aussi foule de projets notamment organiser une fête digne d'Héméra pour lui faire une surprise et rattraper les anniversaires qu'elle avait manqués. Mais le célibataire que j'étais avait ses limites et j'étais bien en peine de trouver des idées de décoration pour cette fête. J'avais déjà le cadeau, mais je voulais ne laisser aucun détail au hasard. Mais je peinais, comme en chaque chose, ces derniers temps, à y mettre l'entrain que j'aurai voulu. Jessica occupait toutes mes pensées nuit et jour, ne me laissant aucun répit et je me levais chaque matin plus fatigué que la veille. Assis sur un banc sur la pelouse qui s'étendait devant le Centre, je ressassais encore les derniers mots que nous avions échangés, feuilletant distraitement un catalogue pendant la pause déjeuner, lorsque Leana, une de mes collègue de laboratoire arriva avec sa fille.

- Tiens, Aaron qui prend l'air ! C'est tellement rare ! Bonjour beau blond !

Je levai la tête et adressai un sourire un peu las à la mère et la fille.

- Bonjour Leana, bonjour Audrey. Tu accompagnes ta maman au travail aujourd'hui ?

- Oui, je vais m'ennuyer à la crèche du Centre, avec les bébés, parce que ma baby-sitter a un empêchement. Répondit la fillette qui devait avoir environ huit ans. Et toi qu'est ce que tu fais avec ce catalogue ?

- Audrey ! On ne pose pas ce genre de questions aux gens, ça ne te regarde pas ! Gronda sa maman en faisant les gros yeux.

- Mais Aaron, je le connais! C'est pas pareil ! Et puis il dit toujours que la curiosité c'est une qualité.

Leana et moi nous éclatâmes de rire.

- Je crois que nous n'aurons pas le dernier mot, tu sais ! Lui dis-je. Eh bien, Audrey, pour répondre à ta question. J'ai pris mon après midi pour acheter le nécessaire afin de faire une surprise à une amie, une petite fille qui a ton âge. Et ... je suis bien embêté. Il y a tellement de couleurs pour les ballons, les rubans, les serviettes de table. Regarde! Continuai-je en lui montrant la page. Je n'ai aucune idée de ce que peut aimer une fille de sept ans. Je crois que j'irai une autre fois, quand j'aurai réfléchi...

Audrey et Leana s'étaient assises à côté de moi et se regardaient bizarrement. Je fronçais les sourcils sentant venir une manigance.

- Vous n'avez pas le droit de vous moquer ! Intervins-je.

Elles hochèrent la tête négativement en prenant des mines de conspiratrices.

- On ne se moque pas, Aaron. C'est drôlement gentil ton idée. Elle en a de la chance cette fille d'avoir un ami aussi chouette que toi ! affirma Audey en croisant ses jambes, arborant un air d'experte en amis.

- Non, on ne se moque pas! Assura Leana à son tour en sortant un pique-nique de son sac. Je trouve au contraire que c'est une excellente idée, Aaron ! La meilleure que tu aies eu depuis longtemps! Prendre un après midi pour faire autre chose, toi qui passe toutes tes nuits au labo et parfois les week ends. Bon, ce n'est pas pour t'occuper de toi, mais c'est déjà pas si mal, tu vas te changer les idées. Et puis, je sais bien que ça te fait plaisir, et si ça te fait plaisir, ça te fait du bien, de préparer cette surprise à cette enfant.

- Tu exagères Leana, je ne suis pas toujours au Centre.

- Tu plaisantes ? Depuis trois semaines, tu y dors, tu y prends tes douches, tes repas, enfin s'il y en a ... Tu ne sors même plus le soir même en week end. Ghislaine s'arrache les cheveux ! Elle ne sait plus quoi faire ! Tu dépéris et tu commences à flotter dans tes pantalons. Voilà ce qu'elle me dit chaque fois que je la croise, et je suis d'accord avec elle. Tu as vu ta mine ? Comme tu es fatigué ? Pâle ?

Je soupirai et fit une moue gênée.

- Tu sais, le travail me laisse peu de temps ...

- Tu as toujours été un bourreau de travail! Ce n'est pas nouveau ! Rétorqua Leana en tendant un sandwich à sa fille qui le prit pour mordre dedans.

- Cha ché frai ! Ché pas nouffeau! Renchérit Audrey.

Sa maman lui décrocha un regard sévère et la fillette se tut, avalant sa bouchée.

- Tu vois, même les enfants le disent ! Mais ce qui est nouveau, c'est que tu ne t'intéresses plus à rien d'autre. Finies les discussions autour d'un café sur ce qu'on a fait le week end, fini ton petit sourire en coin quand tu revenais un peu .. fatigué d'une soirée trop arrosée ou d'une nuit blanche. Tu ne me donnes même plus des nouvelles de tes parents et pour cause! Ça fait combien de temps que tu n'es pas rentré chez toi Aaron ?  Qu'est ce que tu fais de tes soirées, seul dans ton labo ?

- Je pourrais te répondre que cela ne te regarde pas mais comme tu es mon amie, je te dirai que je travaille, tout simplement.

- Et pour les mêmes raisons, je te dirai, moi, que tu me mens et que tu es en train de faire un burn out! Ou pire ! Une dépression ! Aussi, tant de responsabilités si jeune ! Tu es trop sérieux Aaron !

- Être frivole ne me réussit pas vraiment ...

- C'est pas la question ! Sors, vois des gens ! La journée, si tu es lassé des fêtes nocturnes. Tu sais ce que tu vas faire ? Tu vas faire d'une pierre deux coups, tu vas aller faire tes courses avec une conseillère hors paire ultra qualifiée ...

- C'est moi ! Dit Audrey en se levant comme un ressort.

- Finis ton repas, toi et laisse parler les grandes personnes. Encore qu'on puisse se demander qui est l'enfant ici ! Répondit sa mère.

- Mais ...

Audrey et moi avions protesté dans un même élan et nous avions eu un fou rire qui me fit du bien.

- Tu vas y aller avec Audrey sitôt qu'elle aura fini son repas.

- Ohh oui! Dis oui, dis oui Aaron ! S'exclama la fillette en sautant de joie.

Je me levai et époussetai les miettes qui avaient sautées aussi sur mon pantalon et plissai les yeux en fixant Audrey.

- Est-ce que tu es experte aussi en chemises ? Parce que je dois aller m'en acheter quelques unes .

- Bien sûr ! Papa me demande souvent laquelle il doit mettre le dimanche. Je suis une très bonne conseillère, hein maman ?

Le regard tendre et aimant de Leana pour sa fille me fit chaud au coeur et je songeai à Héméra, à son père. Ma gorge se noua en pensant à ce que je ne connaîtrais sans doute jamais.

- Alors c'est dit. Nous serons à la galerie marchande si tu veux nous rejoindre après le travail. Dis-je en prenant la main d'Audrey.

Nous avions laissé Leana rassembler les effets du pique nique et se rendre au labo et nous étions monté dans ma voiture pour nous rendre à destination. Audrey ne tarissait pas d'enthousiasme et de reconnaissance à mon égard. Je l'avais sauvée des cris et des pleurs des bébés, des odeurs de couches douteuses. Ma voiture était trop belle, cette journée était formidable. J'étais trop chouette et génial. Adulé par une femme de sept ans. J'avais toujours eu un bon contact avec les enfants, naturellement. C'est avec les adultes que j'éprouvais plus de difficultés. Le début d'après midi se passa merveilleusement bien et je me laissais guider à travers les rayons par les conseils de mon cicerone en jupe. Nous eûmes bientôt les bras chargés de paquets. De quoi redécorer tout le Phoenix. Je chargeai le service livraison d'apporter tout cela chez moi. Restait la chemise ! Nous nous rendîmes à l'étage des vêtements qui était noir de monde. Alors que nous nous faufilions vers le rayon homme et ses chemises, je serrais bien fort la main d'Audrey pour ne pas la perdre. Mon choix, guidé par les avis de la demoiselle, s'arrêta sur une chemise en soie blanche très élégante que je comptais porter à la prochaine soirée de Damien Stark. J'avais écarté la chemise Mickey trop voyante à mon goût et celle avec une jolie sirène qui avait tous les suffrages de ma conseillère. J'avais mon compte en matière de sirènes. Voyant la queue qui s'étirait devant les cabines d'essayage, je jugeai plus prudent de confier Audrey à une hôtesse d'accueil pendant que j'irai passer la chemise. Un peu déçue de ne pouvoir me suivre, la petite se radoucit à la promesse d'une énorme crème glacée. Je patientai donc dans la file d'attente jusqu'au moment où une vendeuse m'indiqua une cabine libre. Je passai la chemise et fus bien obligé de regarder mon reflet dans la glace. Était-ce le blanc ? Je dus bien reconnaitre que le type que je voyais dans le reflet avait un teint de mort vivant, des cernes violacées sous les yeux, le regard vide et les traits tirés par l'épuisement. Je n'étais que l'ombre de moi même comme si mon âme ne pouvait porter ces deux coups fatals consécutifs.Je soupirai et m'apprêtai à boutonner la chemise pour finaliser l'essayage lorsqu'un mouvement derrière moi me fit me retourner.

Quelqu'un avait tiré le rideau, malencontreusement, croyant sans doute que la cabine était vide. Mon cœur s'arrêta, je crois. Et lorsqu'il repartit, le coup sourd et brutal me fit mal dans la poitrine. Je reculai d'abord au fond de la cabine, me collant le dos au miroir. Ma main se tendit vers elle. Ce devait être un mirage ... J'essayai de prononcer son nom mais les mots restèrent bloqués au fond de ma gorge. J'étais tétanisé, me demandant si je n'étais pas en train de devenir fou ou si j'étais en proie à une hallucination à force de laisser mes repas dans l'assiette. Ce devait être ça! Comment expliquer sinon, son regard s'attardant sur mon corps, cette détresse dans son regard, cette petite mine derrière le maquillage soigné. Ahhh imagination fertile qui nous fait prendre nos rêves pour réalité ! Je fermai les yeux, tentant de rassembler mes esprits puis ôtai la chemise fébrilement afin de remettre mes vêtements lorsque le son d'une voix que je reconnaissais trop bien m'assura que je n'avais pas rêvé. C'était bien Jessica qui se tenait là quelques secondes auparavant. Je roulai la chemise en boule et tirai le rideau, l'air égaré, bousculai la jeune vendeuse en lui demandant la voix brisée:

- La jeune femme qui était là il y a quelques secondes ? Où est-elle ?

- Ohh Monsieur, elle était désolée !Elle s'est excusée. C'est de ma faute aussi, je ne l'ai pas assez bien guidée...

- Si, au contraire ... Enfin, je veux dire... C'est une amie. Elle n'a pas du me reconnaître ... J'ai beaucoup changé ces derniers temps. Je dois lui parler. Pouvez-vous me dire quelle direction elle a pris ? Dis-je en criant presque.

Je devais passer pour un fou, avec ma mine d'ahuri, mes propos hachés. L'employée parut hésiter un moment puis son regard coula vers une cabine au fond du couloir.

- Elle est toujours là ? Vous en êtes certaine ?

La jeune femme hocha la tête en silence puis fut appelée par une cliente. Je fixai d'un regard éperdu le rideau immobile et tiré derrière lequel se trouvait celle qui avait bouleversé ma vie quelques semaines auparavant. J'avais une envie folle de tirer le rideau à mon tour pour la prendre dans mes bras mais une peur incoercible me clouait au sol. Alors quoi ? Rester ou partir ? Attendre ou essayer d'oublier ? Les battements de mon cœur avaient atteint une vitesse insupportable et mes oreilles bourdonnaient tandis que je fixais ce maudit rideau, insensible au brouhaha qui m'entourait.


Dernière édition par Aaron Williams le Dim 12 Avr - 18:15, édité 2 fois
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Jessica Warner
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MessageSujet: Re: (Terminé) So much confusion [Aaron]   Ven 14 Mar - 12:31


Il ne restait plus que mon reflet  brisé et moi, debout devant ce miroir, et une éternelle lassitude, un épuisement émotionnel qui vrillait mon cœur comme une multitude de piqures. Je ne n’étais plus que la pâle copie d’une femme qui se perdait dans ses propres tortures intérieures. Je fermais mes yeux pour échapper à cet enfer, secouant ma tête pour effacer et oublier son regard sur moi lorsqu’il me vit entrer dans sa cabine. J’aurai aimé disparaitre six pieds sous terre, devenir invisible et avoir la force de m’échapper. Au lieu de cela, je n’avais bredouillé que quelques mots d’excuses avant de m’engouffrer dans une autre cabine et me réfugier devant l’absurdité de mon comportement. J’inspirai douloureusement, mon visage caché entre mes mains. Qu’est ce qui n’allait pas avec moi ? C’était facile. C’était toujours facile de piétiner un homme, de lui faire comprendre que la petite partie de jambes en l’air était terminée et qu’il n’y aurait pas de suite après cela. Utiliser mes amants comme des kleenex, les jeter après sans regarder en arrière, sans aucun regret, je savais le faire ! J’avais toujours su organiser ma vie de cette manière-là. Mais par deux fois, j’avais franchi cette limite que j’avais pris tant de temps à construire entre moi et les autres avec minutie.  Par ma faute, le premier était mort. Par ma faute, l’homme qui se trouvait à quelques mètres de moi dans une autre cabine, me haïssait parce que je n’avais su lui montrer que la femme froide et arrogante que j’étais, parce que dans un élan de protection, ma carapace avait ressurgi en moins de temps pour le dire.  Bien barricader nos deux mondes. Deux mondes différents comme il me l’avait bien souligné. Je devais me ressaisir. C’était ainsi et il n’y avait pas d’autres voies à emprunter. Je finis par essayer la lingerie que j’avais pris soins de choisir mais je n’avais plus le gout à ces petites frivolités qui aurait pu me faire sourire. Je comprenais que quoi que je fasse, fuir  ne me donnerait pas la force de l’oublier. J’arrangeais mes cheveux leur donnant un aspect plus discipliné tout en me flagellant intérieurement en voyant la mine usée que j’offrais aux gens. Je rassemblais mes sacs et la lingerie, tirant enfin le rideau pour sortir de là. Une autre cliente passa près de moi pour prendre ma place, la gratifiant d’un maigre sourire poli alors que mes prunelles venaient de l’apercevoir au bout de l’allée. Figée, mes jambes tremblaient et ne me porteraient bientôt plus si je ne bougeais  de là. Je ne pouvais pas m’échapper encore et encore, avoir cette attitude si désinvolte à chaque fois que je le croiserai. J’inspirai profondément pour me donner toute la force de faire les pas qui me guiderait vers lui et arborerait un petit sourire. Peut-être pensait-il - avec raison- que je lui en voulais de tout ce qui c’était passé cette nuit-là. Or comment lui en vouloir alors que c’était moi qui l’avais poussé à agir ainsi ? Pourtant il se trompait sur quelque chose : je ne le connaissais pas mais lui non plus ne savais rien sur moi. Je n’avais pas eu cette prétention de savoir qui il était mais j’avais laissé Aaron ce complaire dans cette position qui creusait encore plus le fossé entre nous. La Gorgone… voilà à quoi je ressemblais. La glace alors que j’étais le feu. Des flammes étouffées et éteintes par un mal qui me rongeait. Un mal du coeur qui n’avait que pour nom le sien et les émotions grandissantes et passionnelles que j’avais pour lui. Il croyait que je l’avais simplement séduit  pour un assouvir un besoin naturel. S’il avait cherché à comprendre, un détail aurait évoqué sa raison : Aaron était un client habitué du Diamond et depuis tous ces mois, je ne l’avais abordé que lors de cette soirée. Mais là aussi, je ne l’avais pas contredit. Les mensonges me servaient de couverture mais ils me consumaient.

Je repris une posture presque princière et j’avançais vers lui. Chaque pas me donnait la terrible impression de m’enfoncer dans le sol. Où était la femme d’affaires qui dirigeait son night-club d’une main ferme dans un gant de velours ? J’avais envie de laisser tomber tous mes sacs et les petits bouts d’étoffes que je tenais dans mon autre main pour courir vers lui et me blottir dans ses bras. Malheureusement, la réalité était toute autre. J’en avais oublié tout le brouhaha de la clientèle et des essayages ne me focalisant que sur lui et ses yeux qui ne me quittaient pas.

- Bonjour.

Ma voix était restée fluette malgré toute l’intonation que j’avais voulu donner à ce bref échange. Mais cela resta vain. Je me retrouvais paralysée devant lui alors que j’avais entamé la conversation. Il était inutile de passer par les questions banales à savoir s’il allait bien ou pas car les traits de son visage tirés et fatigués fut un choc sans précédent. Je désirai prendre de ses nouvelles, qu’est ce qui pouvait le mettre dans cet état d’épuisement extrême que je devinais mais mes mots restèrent coincés au fond de ma gorge.

- J’ai … J’ai retrouvé … ton médaillon et je …

- Aaron ! Aaron !! Tu as trouvé ta chemise ?!

Une petite fillette venait de s’élancer vers lui, l’attrapant par la main et le tirant pour aller vers les caisses, impatiente de sortir d’ici. Et elle n’avait pas tort.

-  Vous aussi vous faites des achats ? Vous êtes une copine d’Aaron ? Vous aimez les crèmes glacées ?  Dis ! Dis Aaron, on l’invite ?

- Euh non … oui…  Oui, je fais des achats et … Je ne vais pas vous déranger plus longtemps.

- Pour une fois que je vois à quoi ressemble une copine d’Aaron ! Ma maman répète qu’Aaron ne prend jamais de temps pour lui ! Vous êtes chercheuse vous aussi ? Je m’appelle Audrey et vous ?

Ma crainte laissa place à un sourire sincère devant le débordement d’énergie de cette petite fille . Je secouais la tête en levant les yeux avant de les reposer sur elle.

- Non, je ne suis pas chercheuse et moi c’est Jessica.

Elle me tira par le bras pour m’éviter de faire tomber toutes mes affaires et elle nous entraina illico vers les caisses sans qu’Aaron ou moi puissions protester.

-  Vous avez acheté tout le magasin !!  C’est pour votre petit copain ? Votre mari ?

- Non, c’est pour moi ! C’est bien de se faire plaisir de temps en temps.




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MessageSujet: Re: (Terminé) So much confusion [Aaron]   Ven 14 Mar - 17:06

L'attente du moment où le rideau s'ouvrit me parut interminable mais lorsqu'elle apparut au fond du couloir, les bras chargés de paquets et de dentelles que j'identifiais comme des dessous féminins, ma respiration et mon cœur s'accélèrent alors que j'essayais de réprimer le tremblement de mes mains. Elle m'avait vu et ne me lâchait plus des yeux. Son regard était chargé de tristesse et de cet éclat que je ne lui avais jamais vu mais que je reconnus comme de la peur. Était-il possible que Jessica Warner eut peur de quelque chose, surtout venant de moi ?  Non, cela me parut improbable. D'ailleurs elle devait simplement être contrariée de voir son après midi de shopping très agréable gâché par cette rencontre inopportune. C'était ce que ma raison me soufflait alors que mon cœur ressentait tout autre chose. Il se serrait et s'inquiétait de la voir si pâle et fatiguée, toujours aussi belle et désirable mais comme touchée par une lassitude qui ne ressemblait guère à la femme d'affaire déterminée que j'avais toujours vu diriger son établissement et son personnel avec dynamisme et éclat. Était-elle malade? Avait-elle appris une nouvelle tragique depuis que nous nous étions quittés ? Balayant tous les griefs que ma fierté avait pu nourrir contre elle, mes sentiments, qui n'avaient fait que grandir du manque que j'avais d'elle, ne se portaient que vers le souci de savoir ce qui la terrassait. J'aurais voulu la serrer contre moi et la bercer comme je l'avais déjà fait après lui avoir fait l'amour mais je savais que cet élan me vaudrait encore des sarcasmes et des mots tranchants comme des lames. Que pouvait-elle lire de mon désarroi alors qu'elle s'avançait vers moi ? A quelques  centimètres seulement, elle s'arrêta. Je pouvais sentir son parfum si envoûtant et je me préparai à des propos acerbes ou méprisants. Mais ce fut une voix brisée qui s'éleva jusqu'à mon âme et alors que je m'inclinais, la dominant de ma stature, pour lui répondre, une autre voix retenti derrière mon dos, juvénile et pleine d'impatience.

Audrey! Je ne l'avais pas oubliée bien sûr mais si le temps semblait s'être arrêté pour moi, pour la fillette il avait du s'éterniser et elle avait supplié l'hôtesse de la conduire jusqu'à moi. Audrey était une petite fille très déterminée et je songeai qu'elle s'entendrait à merveille avec Héméra. Bien élevée par ses parents mais d'une curiosité sans borne, la fille de Leana s'adressait aux adultes avec la fraicheur spontanée et directe des enfants qu'on  a évité de brimer et qui sont dotés d'un caractère extraverti. Ce qui n'avait jamais été le cas de l'enfant secret et timide que j'étais, malgré tout l'amour que mes parents m'avaient prodigué sans jamais chercher à brider mon expression. Je ne sus si je devais remercier le ciel de cette intervention intempestive qui m'offrait une échappatoire face à une situation douloureuse ou si je devais le blâmer de différer une explication que je désirais tellement mais Audrey, avec cet instinct qu'ont parfois les enfants face aux difficultés relationnelles des adultes, avait pris la conversation en main sur un ton léger et amical. Elle était adorable de naturel, ignorant le poids des masques que peuvent porter les grandes personnes et son charme enfantin semblait faire mouche sur Jessica que je m'étonnais de voir si simple d'approche avec un enfant. Plus de façade froide ou séductrice, un sourire bienveillant et chaleureux. Le courant semblait bien passer entre ces deux femmes, l'une en devenir et l'autre tellement aiguisée aux jeux du charme. Quelle petite fille avait-elle été ?Songeais-je alors qu'Audrey nous entraînait vers la sortie en posant des questions propres à embarrasser et en lâchant ici et là des remarques bien senties à mon sujet. Une vraie inquisitrice ! Aahh les femmes et leur curiosité, leur envie irrépressible de colporter des informations. Cela commençait très jeune ! Pourtant, je perçus une réelle préoccupation derrière les propos de la fillette à mon sujet et cela me toucha. Je jetai un regard en coin à Jessica qui gardait une expression pleine d'indulgence à l'égard de sa jeune interlocutrice mais ne laissait rien paraître de ce qu'ils suscitaient en elle, si ce n'est un mouvement léger des sourcils qui trahissait peut-être une oreille intéressée par ce qu'elle entendait. Notre tour de passer en caisse arriva enfin alors que Jessica et moi-même n'avions pas échangé un mot. Je n'avais pas réagi à ses propos au sujet de mon médaillon, coupé dans l'élan par l'arrivée d'Audrey. Après avoir payé nos achats, nous nous retrouvâmes devant la sortie du magasin, debout l'un face à l'autre, et je ne savais comment renouer la conversation pour prendre congé.

- On va manger la glace maintenant ? Je connais un bon glacier où je vais souvent avec papa et maman, mais j'aimerai bien changer. Tu en connais un, toi Jessica ? Je suis presque sûre qu'Aaron ne mange jamais de glace!

Je jetai un regard gêné à Jessica, des souvenirs trop vivaces venant m'assaillir à ces mots, et je sus à son regard que les mêmes s'imposaient à elle. J'avais le cœur serré dans un étau mais j'avais promis.

- Je vais d'abord appeler ta maman pour lui dire que nous quittons la galerie commerciale. Elle doit avoir fini son travail. Je ne voudrais pas qu'elle nous cherche sans succès. Jessica, qu'en dis-tu ? Tu te joins à nous en attendant que Leana vienne chercher cette demoiselle ?

J'espérais secrètement qu'elle allait accepter. J'avais tant de choses à lui dire et à lui demander. Je voulais tellement savoir à quoi elle devait ce visage marqué par la fatigue mais je ne voulais en rien qu'elle se sente obligée.

- Si tu as des rendez-vous d'affaires, ne t'inquiète pas, nous comprendrons. Pour le médaillon, je suis soulagé que tu l'aies retrouvé. J'y tiens beaucoup, tu sais. J'enverrai Ghislaine, ma secrétaire, le chercher au Diamond si tu es d'accord.
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Jessica Warner
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MessageSujet: Re: (Terminé) So much confusion [Aaron]   Sam 15 Mar - 15:42

La petite fille m’émerveillait par son étonnante façon de mettre son petit monde à l’aise. De son innocence touchante qui ne pouvait deviner les secrets intimes que dissimulaient les deux adultes qui se tenaient devant elle, Audrey n’avait qu’une seule idée en tête : déguster une bonne glace. A cet instant même, les souvenirs communs que je partageais avec Aaron revinrent tourbillonner dans mes pensées que je chassais rapidement pour ne pas devoir replonger dans les méandres douloureux de mon cœur. Avant même que je puisse répondre à ma petite interlocutrice, Aaron avait repris les rênes de la conversation, indiquant qu’il fallait avant tout prévenir la maman de son espiègle invitée pour ne pas qu’elle se fasse de souci. Elle me regardait avec ses grands yeux joueurs et son sourire enjôleur mais je sentais l’insistance d’Aaron de mettre fin à cette comédie grotesque qui se passait entre nous deux, et plus que tout, que je sorte de son moment de tranquillité que j’avais transgressé. Il me donnait la possibilité de partir sans heurts. Il était temps que je me retire, que je tourne cette page et que j’oublie qu’il avait un jour existé. Que j’oublie qu’une nuit, j’avais été vivante dans ses bras, qu’il m’avait fait l’amour avec une telle intensité que mes nuits étaient encore bercées de nos soupirs. J’avais beau lutter, je savais que je n’aurai jamais le dessus sur mes sentiments que j’avais pour lui. Mon cœur battait la chamade et j’entendais les répercussions de ses battements à mes tempes. J’offris un tendre sourire à Audrey qui était suspendue à mes lèvres mais elle me prit de court me tirant par le bras alors que j’étais chargée de paquets.

- Allez ! Reste Jessica ! S’il te plait !

Je détaillais la petite fille puis les diverses boutiques qui nous entouraient. Il y avait très longtemps que je n’avais pas pris du temps pour déguster une glace. La dernière fois, je devais avoir son âge, voir même un tout petit peu plus. J’essayais de me concentrer sur mes souvenirs, cherchant une enseigne bien précise. Pivotant légèrement sur moi-même, je l’aperçus enfin.

- Là-bas, juste derrière nous, après le kiosque, il y a un fameux glacier. Du moins j’espère qu’il fait toujours d’aussi bonnes glaces. Cela fait des années que je ne suis plus venue ici.

Audrey se mit à courir au-devant alors qu’on ne pouvait que la suivre. Malgré la foule qui serpentait les allées, nous ne la perdions pas de vue. Elle avait vite repéré la boutique où un énorme cône géant clignotait devant l’entrée. Elle s’arrêta devant  la devanture, collant son petit nez contre la vitre pour observer tout ce qui se passait à l’intérieur. Quelques seconds seuls pour répondre à sa question.

- Bien sûr, il n’y a aucun problème pour ta secrétaire. Elle n’aura qu’à se diriger vers le bar et demander le responsable. C’est mon chef du personnel. Il sait toujours où je suis et il pourra la guider plus facilement. J’espère que ma présence ne te gêne pas … ? Je peux toujours trouver un prétexte pour vous laisser …

Audrey trépignait d’impatience alors que nous avions ralenti notre marche pour discuter un instant. Elle poussa les portes pour entrer la première, nous, juste derrière elle. Le décor n’avait pas changé, c’est ce qui me frappa en premier alors que les bonnes odeurs  sucrées et fruitées affluaient vers moi. La petite fille nous fit signe de la main pour avancer. Elle avait trouvé une table de libre.

- Tu venais avec ton papa et ta maman ?

Je posais mes paquets au pied de la table, tirant la chaise pour m’installer face à Audrey qui ne cessait de regarder partout et d’admirer les immenses banques qui dévoilaient tous les parfums inimaginables des glaces. Je me délestais de mon trench laissant apparaitre un chemiser de couleur beige. Je pris l’une des cartes qui trônaient sur la table

- Avec ma maman.

- Moi je veux savoir comment vous vous êtes rencontrés ! Je veux tout savoir ! Aaron ne parle jamais, il fait la tortue comme je dis toujours !

Devant l’entrain du petit bout de chou, j’éclatais de rire. J’avais oublié qu’un enfant pouvait vous faire voir le monde autrement, qu’il pouvait occulter tous les soucis encombrants que nous adultes, on s’efforçait de consolider pour ne pas faire face à la réalité. Je glissais mes prunelles vers lui, un sourire plus détendu, moins sombre ourla mes lèvres, comme si les traits fatigués de mon visage et les abimes de mon cœur s’effaçaient un peu.

- Je n’aurai pas vu Aaron comme une tortue mais l’image est plutôt  amusante !

- J’ai toujours raison moi ! Je veux une énorme coupe avec de la glace au chocolat, à la fraise, à la vanille, de la chantilly, du chocolat chaud, des éclats d’amandes et des petits bonbons de toutes les couleurs !  Et vous ? T’as pas répondu à ma question Jessica ! Comment vous vous connaissez ?

J’écarquillais mes yeux devant l’appétit inimitable de la jeune demoiselle qui semblait  voler sur un petit nuage comme la curiosité candide et rafraichissante d’Audrey. Je me plongeais dans la très longue liste de glaces que la boutique nous proposait.

- Une dame blanche pour moi ! je repliais la carte devant moi cherchant comment répondre aux interrogations de la fillette sans mettre Aaron davantage dans une situation de gêne.  Nous nous sommes rencontrés sur mon lieu de travail.

Et là je me disais que vraisemblablement ma réponse trop courte ne lui suffirait pas. J’avais vu juste puisqu’elle resta silencieuse, posant ses coudes sur la table en attendant que je raconte la suite. Un serveur arriva au même moment pour prendre nos commandes, invitant même Audrey à venir voir la confection des glaces qui fit les yeux doux à Aaron pour la laisser voir tout ce beau spectacle.

- Je peux Aaron ?!




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MessageSujet: Re: (Terminé) So much confusion [Aaron]   Dim 16 Mar - 17:26

Pendant que je conversais au téléphone avec Leana, lui résumant les péripéties de notre après-midi, Audrey ne désarmait pas pour convaincre Jessica de se joindre à nous et j'observais d'un œil amusé les trésors de charme qu'elle déployait pour arriver à ses fins. J'expliquai à mon amie que nous avions rencontré fortuitement une jeune femme de ma connaissance car elle se demandait avec qui conversait sa fille, ayant entendu sa voix. Les connections féminines d'intuition était troublantes car elle m'informa immédiatement qu'elle quittait son travail, ayant fini ce qu'elle avait à faire et serait dans trente minutes en mesure de venir chercher sa fille. Elle me demanda où nous étions et je l'informai que nous allions chez le glacier "italien", Gelati Reno, que Jessica venait de proposer à Audrey. Leana me remercia d'avoir permis à sa fille de passer une si bonne après midi au lieu de se morfondre à la crèche du centre. Je savais que mon amie Asarienne devait gérer beaucoup de choses, son conjoint étant souvent absent à cause de son travail sur lequel elle ne s'était jamais étendue. Si Dylan était un père aimant, il était un père très peu disponible. Je savais qu'Audrey en souffrait et la distraire de cette absence n'était pas facile pour la maman. Je me promis de libérer quelques heures les week end pour emmener Audrey dans le parc d'attraction du dôme des loisirs et peut-être à l'extérieur, si sa maman le permettait. Je raccrochai et m'approchai des deux demoiselles qui avaient déjà décidé de la façon dont s’achèverait notre après midi.
Audrey avait déjà fait mouvement et se rendait au pas de course vers l'enseigne indiquée par sa nouvelle amie. Sa célérité motivée par la gourmandise m'accorda quelque secondes avec Jessica et je la fixais intensément alors qu'elle craignait de s'imposer.

- Ghislaine va déployer des ruses innommables pour ne pas venir elle-même récupérer le médaillon. Il faut que tu saches qu'à ses yeux le Diamond est un lieu de rédemption pour elle: l'endroit où son "patron" s'accorde enfin un peu de détente. Elle ferait n'importe quoi pour que je m'y rende chaque jour ou même que je sorte. Une fois elle m'a même décroché une invitation au gala des fabricants de brosses, c'est dire ... Mais je serai ferme, je ne veux pas te mettre dans l'embarras en me présentant à nouveau sur ton territoire.

Territoire, ruse. C'était là des mots qui se rattachaient au loup. Des concepts que j'avais développés à cause de mon don mais aussi de ma vie de Pacificateur. Il était troublant de constater à quel point ils conditionnaient à présent ma vie. Constance dans le sentiment et l'attachement aurait aussi pu faire partie du lot. Jessica me touchait et me troublait toujours autant. Sa gentillesse envers ma jeune amie, tout d'abord. Combien de femmes hautaines avais-je connues qui trouvaient les "marmots" ennuyeux et gênants et proclamaient que les enfants commençaient à être intéressants vers dix-huit ans, c'est à dire quand ils constituaient des proies potentielles ou des rivales, s'ils s'agissait de jeunes filles?  Jessica semblait vraiment se plaire en la compagnie pétillante d'Audrey. Je remarquais combien son visage s'était détendu et le sourire un peu ému qui l'éclairait furtivement. Et ce côté maternel caché qui aurait refroidi bien des hommes de ma connaissance me bouleversait, me troublait profondément. Je sus au fond de moi que ce que j'avais ressenti, perçu d'elle lorsque je la tenais dans mes bras, était fondé. Derrière la façade, la Jessica mangeuse d'hommes, se cachait une autre femme, infiniment sensible et douée de compassion et d'amour. Et c'est de cette femme dont j'étais tombé amoureux. Mon aveu fut sincère lorsque je lui dis simplement:

- En acceptant de nous accompagner, tu fais deux heureux Jessica. Je crois qu'Audrey t'aime bien et ... moi ...

Cheminant lentement, nous avions fini par rejoindre Audrey dont l'impatience et la joie n'étaient que trop flagrantes.

- Qu'est ce que je te disais ? Tu vois comme elle est contente ! Oh, mais tu venais ici avec tes parents ? Autant que je me souvienne, les miens n'ont jamais réussi à me traîner chez un glacier, ni même à la fête foraine. J'étais un vrai bonnet de nuit, toujours dans mes livres ou à traîner au Musée. Je le regrette bien à présent. Je les ai privés de tellement de joies que tous les parents connaissent...Ils ne me l'ont jamais reproché. Je regretterai toujours que la vie ne leur ait pas accordé un autre enfant plus rieur, à l'image d'Audrey...

Tandis que nous nous installions, la petite chipie continuait ses investigations, posant une question abrupte et embarrassante au sujet de la façon dont j'avais rencontré Jessica. Hé , allez! Une tortue à présent ! Voilà comment ma jeune amie me décrivait ! Quelle image glamour! Le premier sourire depuis que j'avais croisé Jessica se dessina sur mes lèvres. Je soupirai et pris un air résigné en levant les mains en signe d'impuissance. Les femmes avaient décidé de se moquer de moi, et c'était de bonne guerre. Tout ce que disait Audrey était vrai. J'étais un homme très réservé et discret, et pour cause ...

Comme elle exprimait sa volonté de prendre une glace énorme, je rétorquai en me baissant pour tendre la joue à Audrey

- Alors, jolies demoiselles, vous êtes déterminées à déguster une bonne glace de Reno ? Je vous préviens, je vais prendre la plus grosse. Je suis un grand gourmand !Et c'est moi qui invite !

Jessica consulta la carte alors que je recevais un baiser claquant sur la joue et arrêta son choix. Elle répondit avec courage et habileté à la question restée en suspens. Nous nous étions  rencontrés sur son lieu de travail. Rien n'était plus vrai. Je fis taire en moi la mauvaise voix qui me disait qu'elle n'avait fait que se comporter comme une femme qui veut mêler l'utile à l'agréable lorsqu'elle m'avait entrainé dans son appartement. Mon coeur doutait qu'elle prenne le temps de déguster une glace avec tous ses clients. Bien sûr, elle pouvait le faire pour faire plaisir à une enfant, mais j'osais espérer qu'il y avait une autre raison qui l'avait décidée à accepter l'invitation. Comme je m'y attendais, la réponse de Jessica ne contenta pas vraiment Audrey mais la proposition du serveur de venir assister à la confection des glaces différa sa curiosité. Comme elle était sous ma responsabilité, elle me demanda naturellement l'autorisation et je ne sais quel démon me poussa à accepter. Nous suivîmes d'un regard amusé, notre petite gourmande qui emboitait le pas au serveur sitôt qu'il eut pris notre commande. J'avais opté pour une glace canadienne au sirop d'érable tandis qu'Audrey avait décliné ses souhaits pour une glace sur mesure.

- Tu peux être certaine qu'elle va demander un supplément pour chacune de nos glaces. Audrey ferait tout pour retarder son retour à la maison ...Surtout quand elle n'a pas eu toutes les réponses à ses questions.

Je tournai mon regard vers l'extérieur, observant les passants qui longeaient la vitrine dans la rue. J'avais du mal à regarder Jessica. J'avais peur que mes mots ou mon regard ne la gênent. J'avais peur de ce que je pourrais lire dans le sien et aussi de ce que ses paroles pourraient encore m'infliger. Audrey me semblait un terrain neutre de conversation, en apparence du moins, car même en parlant d'elle, je ne pouvais m'empêcher de me dévoiler un peu à la femme qui hantait mes pensées.

- Elle est géniale, non ? Sa maman a insisté pour que je l'emmène faire les courses avec moi, mais je ne le regrette pas. Les enfants sont tellement directs et francs, sans artifice, ni masque. Avec elle je peux être moi-même.

Je soupirai et finis par affronter son regard.

- Je suis désolé, Jessica. Jamais je n'aurais prononcé les mots que tu as entendu ce soir-là si tu n'avais touché un homme déjà blessé avant même que tes propos légers ne l'atteignent. Tu m'as reçu, chez toi. Tu m'as offert ton intimité. Et je t'ai remercié comment ? En me montrant presque grossier, colérique et ... insultant. Tu es une femme remarquable et tu es quelqu'un, un être de valeur. Tu ne méritais pas cette attitude de ma part. Je savais de quoi il retournait lorsque je t'ai suivi. Je ne sais pas ce que j'ai pu m'imaginer. C'est à mettre sur le compte de mon inexpérience en la matière. Je suis une tortue, ne l'oublie pas ... Me montrer si incorrect à ton égard. Tu as toutes les raisons de me mépriser, de me haïr même. Merci de n'en rien laisser paraître à Audrey. Elle n'a pas besoin de ça.



Dernière édition par Aaron Williams le Mer 19 Mar - 10:33, édité 8 fois
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MessageSujet: Re: (Terminé) So much confusion [Aaron]   Lun 17 Mar - 22:48

Le moment que je redoutais arriva au moment où Audrey fila vers la boutique  que j’avais proposé pour aller y déguster une bonne glace. Je pouvais me montrer intraitable quand il s’agit d’affaires concernant mon night-club, avec mon personnel aussi mais là, j’aurai tout donné pour suivre la petite fille pour éviter de me retrouver toute seule avec Aaron. Je ne désirai pas une nouvelle douche froide, ni encore moins entendre de sa bouche des mots blessants. Je me trompais terriblement lorsque je compris qu’il était certainement autant gêné et incertain que moi. Sans dévier mon regard d’Audrey de peur de me confronter à ce que je pourrai lire dans ses yeux, je répondis très sincèrement :

- Les portes du Diamond te seront toujours ouvertes et tu ne me mettras pas dans l’embarras si tu reviens passé une soirée comme tu l’as toujours fait depuis des mois. Que cela soit ta secrétaire ou bien toi qui viendrait chercher le médaillon, vous serez bien reçus, n’ai aucune crainte à ce sujet. Je ne t’ai jamais mis sur la liste des personnes indésirables de mon night-club.

On emboita le pas à la jolie demoiselle qui s’impatientait devant la vitrine. Je crus un instant que mon cœur s’était arrêté de battre avant de reprendre une course folle contre ma poitrine. Je serrais mes paquets de toutes mes forces, essayant de maitriser l’envie puissante de lui dévoiler tout ce qu’il ne savait pas sur moi, d’enfin déposer ce masque à ses pieds et d’être juste moi.

- ça me touche beaucoup …

Nos pas nous guidèrent vers l’immense cône de glace géant qui précédait l’entrée de la boutique. Audrey fila la première à l’intérieur comme happée par les trésors gourmands qui s’étalaient pour le plaisir des yeux et des papilles.

- Oui, je vois ça ! Elle est merveilleuse cette petite fille. Et pour ce glacier, non pas avec mes parents, avec ma mère seulement. Je n’ai connu mon père que beaucoup plus tard. Mon histoire n’était pas jalonnée de jolies histoires de petite fille riche. Ma mère était hôtesse d’accueil au centre de recherche. Elle guidait les personnes qui venaient en visite dans les laboratoires, s’occuper des plannings chargés de certains scientifiques. Un laboratoire explosa et ma mère-comme beaucoup de personnes- furent victimes des vapeurs de toxines dangereuses. Même son  blood healer  ne pouvait lui venir en aide. Durant un an, elle a essayé divers traitements pour enrayé le poison qui circulait dans son organisme mais tous furent des échecs. Elle m’avait toujours expliquée que mon père était mort à ma naissance à cause des Rebelles. Je l’ai cru pendant longtemps …

Une fois à l’intérieur les arômes sucrés des glaces étaient délicieux et Audrey nous trouva une table pour s’y installer. Curieuse et adorable, elle nous posait des questions et voulait tout connaitre sur notre rencontre. Mon récit était bien trop long et pointilleux pour pouvoir en discuter avec Aaron. Je préférai taire le reste une fois que nous étions arrivés au niveau de la fillette. Chacun commanda sa glace et Aaron lança un défi ambitieux face à sa petite partenaire.

- Moi je parie qu’Audrey va te battre !

- Oui ! Oui ! Je bats toujours Aaron !

Un serveur se présenta pour prendre nos commandes, invitant Audrey à le suivre pour observer et se régaler avec la confection des glaces. Aaron accepta, et de nouveau, on se retrouva seuls, en tête à tête. La petite fille, entre nous, temporisait notre échange et nous permettait d’oublier ce qui nous avait séparé ainsi que les douleurs.

- Elle ne me gêne pas et j’avais oublié combien c’était si naturel et plaisant de passer du temps avec des enfants. Je trouverai un moyen pour combler sa curiosité !

Il manquait l’insouciance des enfants dans mon entourage, c’était la réalité que j’observais soudainement en portant un regard attendri sur la petite silhouette espiègle qui se dandinait sur ses jambes  devant les différentes coupes que le serveur dressait pour nous. Je n’osais toujours pas affronter ses prunelles.

- C’est rare de voir un homme s’occuper d’un enfant qui n’est pas à lui. Elle semble tenir beaucoup à toi. C’est vraiment magique ce lien qui vous unit. Sa maman doit énormément compter pour toi … pour que tu puisses être si vrai, être toi-même … Elle a beaucoup de chance …

Je n’aurai pas dû poursuivre sur ce terrain-là mais j’avais été incapable de me raisonner au point de laisser parler mon trouble et ce sentiment envieux de m’apercevoir qu’une femme avait toute son attention. J’aurai aimé être à sa place, partager des moments aussi simples mais tout aussi importants… comme c’était si stupide de ma part de me dévoiler de cette façon-là. Cette-fois, je pris mon courage à deux mains pour plonger mes yeux ambrés dans les siens. Mes doigts jouaient nerveusement avec la carte des glaces que j’avais posée devant moi, sur la table.

- Ne sois pas désolée Aaron. Je t’ai poussé à agir ainsi. C’était tellement plus simple pour moi de revêtir ce masque froid, cette enveloppe distante pour me protéger des autres lorsqu’on commence à trop m’approcher.  En quelques heures, tu as réussi le tour de force à trouver une faille dans ma carapace et tu as fait exploser mes défenses. Il est si facile de se montrer abjecte et haïssable pour ne pas montrer son vrai visage. Je savais que je te ferai mal en devenant aussi hautaine. Un jeu que j’ai toujours su manipuler avec habileté … mais pas avec toi.

Ce n’était pas quelques lignes de ma vie qui arrivaient à tout résumer. Je souhaitais seulement qu’il prenne conscience que comme lui, comme ce que j’avais deviné derrière ses mots et ses aveux d’un homme blessé, j’étais aussi une femme avec un passé douloureux.

- Je ne te méprise pas, ni je te haïs. C’est moi qui dois m’excuser pour tout ce qui s’est passé entre nous. Tu penses peut-être de moi que je ne suis que la femme qui prend plaisir dans les bras d’un homme différent chaque nuit. Mais là encore, l’image que je montre est fort différente de celle qui je suis. Je n’aurai pas dû t’inviter chez moi  parce que je ne t’ai jamais vu comme un amant que je jette après avoir pris du plaisir... Pourtant, je ne regrette pas ce moment passer dans tes bras. Et tu te trompes sur un point : je ne suis pas une femme remarquable. J'ai fait tellement d'erreurs que je suis loin d'être comme tu me vois ...

Audrey revint avec le serveur qui tenait entre ses mains un énorme plateau. Il déposa nous coupes et offrit même à la petite fille des gaufrettes pour déguster son énorme glace de toutes les couleurs. Toujours aussi radieuse, elle ne se doutait pas des émotions qui pouvaient tournoyer autour de cette table. Je lui souris de nouveau, ne désirant pas éveiller ses soupçons ni encore moins de rendre mal à l’aise Aaron.

- Vous m’en direz des nouvelles !

Je plantais ma cuillère dans le nuage de chantilly où coulait par-dessus le chocolat chaud. C’était vraiment délicieux, souriant devant l’appétit vorace d’Audrey

- Chai trop bon Chechica !




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MessageSujet: Re: (Terminé) So much confusion [Aaron]   Mer 19 Mar - 14:07

J'avais l'impression que la chape de plomb qui s'était abattue sur moi le soir où j'avais quitté Jessica s'allégeait un peu au fil de la conversation. J'avais perçu la tristesse dans sa voix lorsqu'elle avait évoqué ses parents et j'avais frissonné lorsqu'elle m'avait expliqué la tragédie qui avait frappé sa maman. Ainsi avait-elle été l'une des nombreuses victimes de l’explosion dans le labo de bactériologie. Ce drame s'était déroulé avant que j'intègre le Centre mais l'horreur de cette journée était encore gravée dans la mémoire des collègues qui avaient eu la chance d'être en congé ou absents ce jour-là. Les locaux et le quartier avaient dû être bouclés pendant plusieurs semaines, le temps que les lieux soient décontaminés et le labo reconstruit. Un mémorial avait été érigé dans le hall d'entrée, portant les noms de tous les asariens qui avaient été victime de cette terrible fuite. Le nombre d'humains, en revanche et leurs noms ne furent pas mentionnés, ce qui me choquait encore en y repensant. Les plus anciens de mes collègues n'évoquaient jamais cet événement tragique sans une grande peine dans la voix. J'avais certainement du voir le nom de cette femme courageuse sur ce mémorial et aussi dans le dossier du personnel mais je ne m'en souvenais pas. Pourtant je n'aurais pas manqué de faire le rapprochement avec la ravissante patronne du Light of Diamond, un des rares endroits où j'aimais passer mes soirées. Peut-être la maman de Jessica ne portait-elle pas le même nom. Lorsqu'elle fit allusion à son père, un vague souvenir d'un scandale qui avait ébranlé la haute société me revint. Alors que j'étais encore adolescent, cela c'était étalé dans la presse, avait fait les gorges chaudes dans la cour du lycée et alimenté bien des conversations au cours des soirées où mes parents invitaient leurs amis "bien pensants". Papa faisait peu de cas de ces "ragots de bonne femme" selon son expression et maman n'avait fait que souligner un aspect de la question par une phrase qui m'avait marqué profondément  alors qu'elle me regardait étrangement: "Chaque enfant devrait avoir le bonheur de grandir dans une famille complète, avec ses deux parents. Cet homme a fini par reconnaître son enfant et c'est tout ce que je retins d'essentiel dans l'histoire. Il a retrouvé le chemin de l'honneur et des sentiments." Puis, habilement, maman avait changé de sujet comme s'attarder sur celui-là lui était pénible. Je ne relevai pas la phrase laissée en suspens par Jessica pour ne pas la mettre mal à l'aise. J'avais pris conscience, en écoutant ces bribes de révélations douloureuses que j'avais de la chance d'avoir mes parents et de la nécessité de les préserver du danger qui marquait mon engagement. Mais surtout, je mesurais combien la femme qui se tenait devant moi était forte et je comprenais à présent ce qui l'avait forgée en partie.

- Je maintiens ce que j'ai dit. Tu es une femme remarquable. Survivre dans ce monde de requins qu'est la société asarienne est déjà un exploit en soi. Et tu fais plus qu'y survivre! Tu y réussis parfaitement. Tu es la reine des nuits asariennes, ton établissement est une référence et très prisée de la haute société et tu le diriges d'une main de maître, tu tiens la dragée haute à tous ces hommes d'affaires vénales. Tu fais tes propres choix quant aux personnes que tu laisses graviter autour de toi. Tu es une femme de tête, avec bien plus de caractère que je n'en aurai jamais.

Je regrettai pour la première fois de devoir jouer cette comédie du type sans envergure ni ambition personnelle aucune, sans autre projet de vie, que ces recherches mandatées par le gouvernement. Bon chien savant qui exécute les ordres de son maître. Le seul aspect qui pouvait paraître positif à ses yeux était cette affinité que j'avais avec les enfants. Le seul trait humain qui pouvait susciter de la sympathie à un quelqu'un qui m'écouterait parler de moi.  Je souris lorsque Jessica exprima son impression au sujet de ce que j'éprouvais pour Audrey.

- J'aime beaucoup Audrey et les enfants en général. Ils sont l'espoir d'un avenir meilleur et c'est pour eux que je m'investis autant dans mon travail. Pour leur préparer des jours meilleurs, à tous, grâce aux avancées scientifiques. J'étais un enfant trop sérieux comme je te l'ai dit et je me dis parfois que je vis maintenant cette part d'enfance que je me suis refusé plus jeune. C'est peut-être pour ça qu'ils m'aiment bien aussi. Dis-je un peu ému. J'aime beaucoup Leana, même si nous adorons nous taquiner sur nos travers. C'est elle aussi une femme de tête à sa façon, très courageuse... Son mari est très occupé et elle doit souvent gérer seule le foyer tout en assumant son travail. Mais je l'envie parfois, tout de même. On peut avoir le métier le plus passionnant du monde, si on rentre le soir dans une maison vide, la vie est terne. Tu n'as jamais songé à cela, Jessica ? Je veux dire, avoir un enfant ? Aucun homme ne t'a donné envie de franchir le pas ? En dépit de ta réticence à t'enchaîner à un seul ? Cela se voit plus souvent qu'on ne croit.

Quelle blessure profonde cachaient ces magnifiques yeux dorés qui se troublaient à cette évocation ? Que dissimulait cette âme tourmentée et complexe? J'avais de plus en plus envie de me laisser aller à le découvrir "accidentellement" en lui frôlant le bras, pourtant, je m'y refusais, sachant que je ne pourrai me dévoiler à mon tour. Je ne concevais pas des confidences à sens unique et il y avait bien des choses qui me tenaient aussi à cœur et que je ne pourrais jamais partager avec elle. Mais la dissimulation était le prix à payer pour ne pas exposer ces personnes qui comptaient pour moi. Leana, même, était loin de se douter de l'existence de ma double vie et il devait en être de même pour Jessica. Quelle relation amoureuse ou même amicale pouvait se construire sur un tel mensonge ? Il n'y avait guère Amaria qui avait une vision d'ensemble de ce que pouvait être le vrai Aaron. Amaria qui menait elle aussi une double vie, au détriment de son couple alors que son compagnon partageait pourtant le même secret qu'elle.

Lorsque Jessica aborda le douloureux sujet de notre dispute en me fixant intensément, je perdis contenance. La gêne s'empara de moi. N'avais-je pas, moi aussi dressé des barrières entre elle et moi, me montrant sarcastique alors qu'elle était encore aimable à mon égard, m'invitant à rester auprès d'elle pour la nuit et manifestant son attirance pour moi sans dissimulation. Mais c'était là que le bât avait pourtant blessé. J'avais pris peur des sentiments qu'elle faisait naître en moi et d'une attraction naissante entre nous, qui allait bien au delà du plaisir physique, j'avais fait un simple rapport charnel, une passade d'un soir. J'avais remis les choses à la place où elles me paraissaient moins risquées: sur le plan purement physique, et nié cette fusion émotionnelle qui nous avait fait vibrer l'un pour l'autre. Je l'avais blessée pour mieux l'éloigner, j'avais préféré encourir sa haine et son mépris plutôt que de risquer de souffrir encore en dévoilant ce que j'éprouvais véritablement. Et j'y avais réussi au delà de toute espérance. Elle s'était montrée parfaitement sous le jour que je lui prêtais, telle que je prétendais la voir. Une femme qui consomme les hommes pour en faire des jouets sexuels. Sur le moment, je l'avais crue et elle m'avait parfaitement bernée, me confortant dans mon amertume et me poussant, de fil en aiguille, à prendre congé de cette manière outrageante et outrée.

Au fil des jours qui avaient suivis, tout se mélangeait pourtant dans ma tête et je n'étais plus en mesure de démêler le vrai du faux, mais ce dont je m'étais convaincu, c'est d'une part que Jessica me haïssait et me méprisait, et d'une autre, que j'avais perdu à jamais l'infime chance de lui plaire de quelque façon que ce fût. J'essayais de me convaincre, en vain, que c'était mieux ainsi, que nous n'avions aucun point commun, ni aucune raison de vouloir que nos chemins se croisent à nouveau. Nous étions si différents: elle une femme froide et manipulatrice, moi un homme timide et sans éclat. Il n'y avait aucune chance qu'elle me trouve attirant pour autre chose que le sexe et j'avais bien dû lui en faire passer le goût par mon attitude. J'avais sans doute déjà été remplacé dès le lendemain. Pourtant, je ne pouvais la chasser de mes pensées et même le jour où je livrais implicitement mes sentiments pour Mara et prenais conscience qu'il fallait que j'arrête de me bercer d'illusions, l'image de Jessica s'était imposée douloureusement, comme l'écho d'un nouvel échec. Deux femmes pour lesquelles j'éprouvais des sentiments amoureux si différents mais qui m'étaient toutes deux inaccessibles pour des raisons différentes. La première en aimait un autre, et la seconde ne m'avait vu que comme un divertissement d'un soir. J'étais d'ailleurs encore bien incapable de m'interroger sur l'étrange constat que j'éprouvais des sentiments pour les deux. Peut-être était-ce bien moi qui avait un problème et non elles ?

Je ressassai ces pensées en la contemplant d'un air songeur lorsque le serveur vint nous apporter la commande avec Audrey sur les talons et la bonne humeur réapparut à notre table. Je ris une nouvelle fois de la complicité des deux demoiselles et tentai d'objecter au défi qu'elles m'avaient lancé en voyant Audrey se précipiter sur sa glace tout en marmonnant de contentement.

- Bien sûr en parlant la bouche pleine, jeune fille, tu vas plus vite ! Mais que t'a déjà dit ta maman ? Ne pas faire les deux en même temps! C'est très impoli. Prends plutôt exemple sur Jessica et ses manière de dame raffinée. Dis-je en essayant de prendre un air sévère.

Je plongeai à mon tour ma cuillère dans le mélange onctueux de vanille des iles, de chantilly napée de sirop d'érable et parsemé de pignes de pin. C'était savoureux et si j'avais redouté manquer d'envie avec l'appétit défaillant que j'avais en ce moment, mes craintes se dissipèrent tandis que je me perdais dans les prunelles ambrées de Jessica. Une petite voix insistante me tira de ma rêverie éveillée tandis que la petite main de ma voisine me tirait la manche avec insistance.

- Hein ... Que, quoi ?

- Rhho!! t'écoute pas ! Je disais que tu as raison et que Jessica, je la trouve très belle. Tu trouves pas ?

Je manquai de m'étrangler et piquai du nez dans ma glace pour enrayer le feu qui me montait aux joues.

- Mais enfin ! Audrey, voyons ! On ne pose pas de telles questions !

- Je suis bien d'accord ! Appuya une autre voix féminine que je reconnus immédiatement. Jeune fille, ton impolitesse fait rougir Aaron! Je ne t'ai pas élevée ainsi. Et je pense que cette question est superflue. Il est évident que ...

- Maman !

- Ohh Leana ! Tu n'as pas eu trop de mal à nous trouver ? Bredouillai-je trop heureux de changer de conversation.

-Hmmm il m'a suffi de repérer le glacier qui fait les plus grosses glaces et d'écouter si j'entendais bien la voix d'une pipelette s'en échapper!  Mademoiselle, excusez-moi, vous allez finir par croire que je suis aussi impolie que ma fille: Leana Anders, la maman de ce petit monstre, comme vous l'aurez deviné! Enchantée de faire votre connaissance. Enchaina mon amie en tendant une main à Jessica et lui adressant un sourire chaleureux.

Jessica répondit, de la même façon en se présentant à son tour.

Leana était mon opposé. Aussi sociable que j'étais sauvage, aussi volubile que j'étais taiseux. Ce qui nous avait d'abord rapprochés c'était le goût de la perfection dans le travail. Elle devait plus tard reconnaître qu'elle m'avait trouvé chiant et pédant, froid et coincé comme un manchot la première fois qu'elle m'avait croisé au labo et je lui confiai que j'avais eu envie de la bâillonner le premier jour où elle m'avait assisté. La ressemblance entre la mère et la fille, tant sur le plan physique que du caractère, sautait aux yeux. La même silhouette menue, aux courbes graciles et plus féminines pour Leana, la même frimousse au teint laiteux parsemée de tâches de rousseur et encadrée de boucles rousses, le même regard vert de chat. Elles auraient pu passer pour sœurs.

- Tu veux prendre quelque chose, le temps que ta gourmande de fille finisse sa glace ? Dis-je en tirant une chaise à son intention. Un petit café ?

- Maman, tu veux goûter un peu de ma glace ? Tu sais, c'est Jessica qui a choisi le glacier. Il est chouette non ?

- Oh non merci ma puce. Et pas de café! Je suis déjà assez énervée ! Un petit thé plutôt ... Mais je ne voudrais pas abuser, tu as déjà consacré ton après-midi à Audrey. Jessica aimerait sans doute pouvoir profiter de ta présence tranquillement.

Je me tournai vers Jessica, un peu embarrassé mais elle coula un regard attendri vers Audrey qui léchait sa cuillère sous le regard exaspéré de sa mère.

- Ta langue, Audrey! On dirait un petit chat ! Bon alors d'accord mais je ne m'attarde pas ! Je rêve de me faire couler un bon bain chaud pour oublier cet après midi stressant. Répondit-elle en s'asseyant.

Tandis qu'elle appelait une serveuse qui passait, pour lui passer commande, je fronçais les sourcils. Qu'est ce qui pouvait entamer la bonne humeur légendaire de mon amie ?

- Mauvaise nouvelle ? Tu as eu un appel de Dylan ?

- Oh non, il est toujours retenu au travail. Ça va faire huit jours. Non, c'est le patron ! Il a fait retourner tous les bureaux par les secrétaires. Perquisition de la Milice! Ghislaine est complètement retournée elle aussi, tu t'en doutes ! Ils ont confisqué plusieurs dossiers du bureau du personnel et mis sous scellées certains ordinateurs! Super !

Mon cœur s'accéléra tandis que je m'efforçais de dissimuler mon inquiétude .

- Ahh mer.. euh, mince ! Mais notre labo ?

- Non, ils n'y ont pas encore touché, ils font secteur par secteur. Aaron ? Ça ne va pas ? Tu es tout pâle.

- J'ai juste horreur qu'on fouine dans les affaires. J'irai faire un tour ce soir...

- Ahh mais non! Tu peux toujours courir! Le centre est fermé, interdit d'accès pendant toute la durée de la perquisition. J'ai entendu dire par un des types que Van Brenner voulait à tout prix éviter que des informations sensibles "s'envolent".

- Ça veut dire que tu as des vacances, maman ?

Je me passai une main sur le front comme pour chasser le pli soucieux qui voulait s'y incruster. J'essayais de donner le change, mais intérieurement, j'étais atterré.

- Mange ta glace ma chérie. Oui, maman risque d'être plus disponible durant quelques jours. Ah et j'oubliai... Tout le personnel a interdiction de sortir des Dômes jusqu'à nouvel ordre. Je me demande quelle mouche les pique et ce qu'ils cherchent. Mais, bon n'importunons pas ton amie avec ces soucis de travail. Interrompit Leana pour déguster le thé qu'on venait de lui déposer.

Après avoir bu quelques gorgées, elle reposa sa tasse et demanda pour changer de sujet:

- J'espère qu'Audrey ne vous a pas trop ennuyée, Jessica ? Désolée de bourdonner comme ça ! Ahh, ce thé est excellent. Ma fille a raison, ce glacier, salon de thé est charmant. Pardonnez ma curiosité mais... votre visage ne m'est pas inconnu. Nous connaissons-nous ? Je n'arrive pas à me souvenir où j'ai bien pu vous voir. Seriez-vous journaliste ?
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Jessica Warner
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MessageSujet: Re: (Terminé) So much confusion [Aaron]   Jeu 20 Mar - 10:40

Ma crainte de me retrouver en tête à tête avec Aaron, alors que la jeune demoiselle nous laissait seuls suivant le serveur avec docilité et impatience pour découvrir les créations de nos glaces, m’avait fait peur un instant. Je m’attendais à beaucoup de reproches, à cette même facette froide et blessante qu’il m’avait montrée dès l’instant où moi j’avais laissé tomber mes barrières. Mais non ! Rien de tout cela. En deux adultes parfaitement raisonnables, l’échange avait une intonation presque intimiste. Ce n’était pas en quelques minutes que je pourrai me dévoiler mais je tenais absolument à lui démontrer que je n’étais pas la femme hautaine qui s’était parée de son dédain  lorsque nous étions chez moi, cette nuit-là tout comme je n’étais pas la femme remarquable qu’il semblait voir et qu’il me répétait. Aaron semblait être le seul homme à me voir véritablement à travers les quelques brides de ma vraie personnalité. Cela en était encore plus déstabilisant pour moi. Comment pouvait-il toucher mon âme avec une telle adresse et aussi vite ? J’inspirai tout doucement, fermant mes yeux avant de replonger mon regard dans le sien.

- J’ai commis beaucoup d’erreurs. Il y a deux ans, tu ne m’aurais pas vu comme une femme remarquable. J’ai ouvert les yeux sur beaucoup de choses alors que je me complaisais dans mon confort et l’opulence. J’étais celle que tu as entre- perçue au moment où tu m’as blessée avec tes mots. J’étais celle-là : hautaine et méprisante, écrasant ceux qui n’avait aucun intérêt pour elle, jouant avec les hommes et les jetant lorsqu’ils ne me servaient plus. Mon frère et moi nous avons hérité du Diamond à la mort de notre père. J’ai fait en sorte de devenir la jeune femme dont il aurait été fière : forte et sachant tenir tête dans le monde des affaires. J’ai effectivement plus de facilités que mon frère.

Je n’étais pas persuadée non plus qu’Aaron soit cet homme qu’il me décrivait, doté d’un caractère passif. Il m’avait prouvée cette même nuit que son esprit était tout aussi aiguisé que le mien lorsqu’il s’agissait de se protéger contre des émotions qui nous bouleversaient. Peu à peu, je prenais conscience que nous étions identiques sur ce plan-là. Si moi, c’était pour m’éviter une nouvelle douleur du cœur, pour éviter qu’à cause de moi un homme trouve la mort, que le bonheur n’était définitivement pas fait pour moi, je ne savais pas ce qui guidait le comportement d’Aaron. Son sourire m’affecta, et alors que mes doigts tortillaient la carte des glaces, j’avais un besoin fou de sentir sa peau sous la mienne, de caresser sa joue tendrement. Son explication sur le lien qui l’unissait à la maman d’Audrey soulagea mon cœur qui battait douloureusement contre ma poitrine. Suspendue à ses lèvres, j’aurai voulu les savourer de nouveau, retrouver leur chaleur et m’en abreuver. Une addiction que je n’avais pas su éradiquer depuis toutes ces semaines. Et ses derniers mots, ses dernières interrogations  me donnaient encore plus l’impression que j’avais raté ma vie, que j’avais fait peut-être les mauvais choix ou que simplement je n’étais pas fait pour tout cela. Je baissais mes prunelles avant de les dévier vers Audrey, amusée par le serveur qui venait de déposer un peu de chantilly sur son nez.

- J’étais moi aussi une enfant trop sérieuse mais j’étais avant tout une enfant comme les autres loin du monde doré de la société dans lequel je vis aujourd’hui. Avant je n’étais pas Jessica Warner, j’étais juste Jessica. Tu as bien raison de dire que la vie est terne sans enfants. Lorsque le Diamond éteint ses dernières lumières, je me retrouve toute seule dans mon appartement. Les amants d’un soir ne sont plus un amusement de ma part depuis un moment …

Je désirai lui faire comprendre à mi- mots que je ne l’avais pas remplacé, qu’après son départ, je n’avais pas plongé dans les bras d’autres hommes.

- Ma vie est trop compliquée pour avoir un enfant. Quelle vie pourrai-je lui offrir ? Vivre au-dessus d’un night-club ? Quel homme accepterait de me partager avec ces nuits que je passe au Diamond ? Le bonheur est pour certains … et pour les autres, comme moi, on passe à côté, on envie les autres mais je sais pertinemment que ce n’est pas pour moi.

Un silence s’installa entre nous deux comme si nous étions perdus dans notre réflexions.  J’avais tiré un trait sur le bonheur depuis sa mort. J’avais enterré tous ces sentiments merveilleux qu’on pouvait ressentir. Cependant, Aaron les avait fait renaitre, et si je continuais à marteler mon esprit comme quoi le malheur s’abattait sur mon bonheur quand je le touchais d’un peu trop près, il était vrai que ma raison fondait comme neige au soleil devant son sourire et son regard attendri. Oui, j’étais totalement incohérente avec moi-même parce que je luttais pour tenter d’imposer ma raison alors que mon cœur tentait de déchirer le carcan de sa prison dans laquelle je l’avais enveloppée. J’aimerai te dire tant de choses Aaron pour que tu comprennes qui je suis…

Audrey et le serveur revinrent tous les deux à notre table, nous apportant nos glaces. La petit fille fut la première à se jeter sur sa coupe glacée tandis qu’un défi était lancé à celui qui finirait en premier. J’observais Aaron si à l’aise face à Audrey, essayant tant bien que mal de la sermonner de ne pas parler avec la bouche pleine. C’était très plaisant de le voir ainsi, et plus je détaillais cet homme, et plus je l’aimais. Aveu évident qui me bouleversa encore plus lorsque nos yeux se croisèrent de nouveau. Son éclat mystérieux me happait, et tout mon corps se tendait vers lui. C’est la voix d’Audrey qui nous ramena sur Terre avec sa petite remarque qui accentua le trouble entre nous deux, tout comme une seconde voix plus féminine qui s’ajouta à la conversation. Ainsi, c’était la maman de la fillette sui nous avait rejoints. Je me présentais en lui serrant la main, écoutant l’échange entre la mère et la fille. Oui, cela devait être très agréable de fonder sa propre famille mais pour cela, il fallait être deux.

- Ne vous inquiétez pas pour moi, votre fille est adorable.

Léana poursuivit sur le problème qui était survenu au Centre de recherches ce qui inquiéta Aaron. Le personnel ne devait pas sortir hors des dômes et la Milice perquisitionnait les différents services en emportant avec elle des dossiers et des ordinateurs. A l’évocation de toute cette histoire, Aaron avait changé. Les traits de son visage s’étaient rembrunis. Une certaine agitation se peignait lentement dans ses yeux. Il n’y avait pas que le fait qu’il ne supportait pas qu’on fouille dans son travail … Il y avait autre chose mais je ne savais quoi. J’allais prendre congé, préférant les laisser continuer seuls sur ce sujet qui ne me regardait pas vraiment quand Léana me posa une question, changeant directement de sujet.

- Non, je ne suis pas journaliste ni encore moins une scientifique comme vous deux mais vous avez surement dû voir mon visage dans des magazines peoples. La notoriété c’est bien mais il faut savoir vivre avec les paparazzis. Je suis la copropriétaire du Light of Diamond.

- Haaaa ! C’est là-bas qu’Aaron t’as rencontrée !

- Oui, c’est bien ça Audrey.

- J’ai fini toute ma glace !! J’ai gagné ! Maintenant je sais qu’Aaron te trouve jolie parce qu’il parle souvent d’un night-club ! C’est le tien ! Vous allez faire des bébés ensemble ?

Alors là ! J’étais à même de tenir une conversation d’affaires sans problème, de gérer du personnel, des contrats, des salaires mais là … plus vraiment …

- Excusez ma fille, elle parle beaucoup trop !




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MessageSujet: Re: (Terminé) So much confusion [Aaron]   Ven 21 Mar - 21:34

Lorsque Audrey, avec sa spontanéité innocente et son esprit de petite femme déjà aiguisé en matière de déduction asséna une vérité trop évidente et enchaina aussitôt avec une question qui lui paraissait la conclusion logique de ses déductions, l'expression "un ange passe" prit toute sa dimension. Leana perçut sans doute l'embarras de l'instant pour Jessica et moi-même car elle décida immédiatement de mettre un terme au déluge de paroles qui risquait encore de sortir de la bouche de sa fille.

- Je crois qu'il est temps de rentrer pour nous. Audrey a école demain et elle doit encore faire ses devoirs, prendre sa douche et manger avant d'aller au lit. Elle a assez profité de votre gentillesse à tous deux.

La fillette faisait des yeux de chien battu mais je sus à l'inflexion de la voix de mon amie, que toute négociation était vouée à l'échec. Par ailleurs, ses arguments me semblaient tout à fait justifiés et je n'allais pas saper l'autorité d'une maman qui devait batailler seule pour élever sa fille avec certains principes en l'absence fréquente du papa.

- J'ai passé une excellente journée! Dis-je en souriant aux deux. Ta fille s'est révélée d'un grand secours pour me guider dans les achats pour l'anniversaire de cette fillette de mes amis. C'est donc à moi de vous remercier. D'ailleurs, si tu le permets, j'aimerai emmener Audrey à la fête foraine aux prochaines vacances scolaires et en pique nique nocturne dans les bois.

- Oh on aurait pu y aller tout de suite! Tout ça parce que j'ai parlé de bébés ? C'est vraiment pas juste !

- Audrey ...

- N'insiste pas Audrey ! Ta maman a parfaitement raison. Elle sait ce qui est bon pour toi. Mais ne va pas croire que c'est une punition pour ta curieuse question. Elle était surprenante parce qu'elle aborde un sujet très sérieux. Tu sais, pour faire des bébés, comme tu dis, c'est mieux que les deux parents s'aiment. Ce n'est pas toujours le cas, mais, tout de même c'est mieux. C'est une responsabilité merveilleuse que de donner la vie et d'élever un enfant. Tu vois, toi tu as cette chance. Tes parents s'aiment très fort et tous les deux font passer ton bonheur et ton éducation avant tout. Il y a des adultes dont la vie ne le permet pas, parce qu'ils ont déjà des responsabilités trop lourdes ou parce qu'ils n'ont pas encore rencontré avec certitude la personne qui serait un bon parent pour leur enfant. Précipiter les choses ne convient pas à tout le monde en plus. Certaines personnes savent tout de suite qu'elles ont trouvé l'être qu'elles cherchaient pour fonder une famille, d'autres ont besoin de plus de temps. Un bébé, ça ne se décide pas à la légère, enfin selon moi. Tu sais bien que je suis une tortue, je suis lent ! Mais je suis persuadé que Jessica sera une maman géniale quand elle aura trouvé le papa de son bébé.

Leana me jetait un regard en coin qui augurait une pluie de question le lendemain au téléphone, puisque nous ne pourrions nous voir au labo.

- Je vais réfléchir à ta proposition Aaron, pour les prochaines vacances. Le comportement d'Audrey dans les semaines qui vont venir pèsera dans ma décision. Je suis vraiment contente de voir que tu t'accordes enfin un peu de temps pour la détente. Si c'est en compagnie de ma fille, je ne peux que m'en réjouir et elle aussi, mais n'oublie pas que d'autres personnes veulent sans doute partager de bons moments avec toi. Des personnes de ton âge, par exemple. Ajouta-t-elle en coulant son regard d'émeraude vers Jessica qui paraissait aussi confuse que moi.

Puis, elle se leva et prit son sac d'une main et celle de sa fille de l'autre.

- Dis au revoir à Aaron et Jessica, mon trésor.

La petite rousse espiègle s'accrocha à mon cou pour me faire un gros baiser collant sur la joue et se faufila entre nous pour adresser la même marque d'affection à Jessica.

- Moi, j'aimerais bien que ce soit toi la maman. Aaron, il est gentil et très beau. Dommage qu'il soit déjà vieux. Je l'aurai marié sinon.

Je posai mon coude sur la table et appuyai ma tête dans ma main d'un air accablé mais secoué de fou rire nerveux.

- C'est pas vrai ...

- Audrey, j'espère que tu seras moins pipelette quand tu seras assez grande pour te marier... Je plains le pauvre garçon ! Plaisanta Leana d'un air faussement dramatique. Aaron, Jessica, je vous souhaite une soirée. Merci encore pour tout... et pour votre patience.

- Ce fut un plaisir! A bientôt Leana. On se tient au courant pour le Centre... Audrey promets moi d'être très sage...

- Promis craché juré ! répondit la fillette en nous faisant un petit signe de la main avant de passer le seuil du glacier, entraînée par sa maman.

Après le feu des questions embarrassantes le silence était revenu autour de la table, tout aussi gênant. Je jouais nerveusement avec une ombrelle en papier qui avait décoré ma glace et gardai les yeux obstinément baissés sur mes doigts. Je soupirai et cherchai mes mots pour engager à nouveau la conversation mais tout était moins facile maintenant que je ne pouvais plus détourner l'attention sur Audrey.

- Tu parlais d'erreur... Tu sais, nous faisons tous des erreurs d'appréciation. Il m'est aussi arrivé de me fourvoyer dans de faux espoirs... surtout avec les femmes ... Tu parles de ta condition, de la prise de conscience que tu as eu ... c'est plutôt encourageant. Peu des nôtres en sont capables. Se remettre en question, poser un regard critique sur le mépris qu'ils ont envers tout ce qui n'est pas de même nature qu'eux, beaucoup en seront incapables  à jamais.

Je me redressai pour affronter enfin son regard tout en essayant de le sonder.

- Jessica, tu n'as pas eu une vie facile. Je l'avais senti avant que tu ne le livres à mi mots. La rudesse de certaines épreuves nous endurcit parfois au delà de ce qui est supportable pour nous mêmes et pour les autres. L'important est que tu ne t'enfermes plus dans ce rôle que tu m'as joué à la fin de cette soirée... Nous jouons tous des rôles, pour nous protéger et protéger les personnes qui nous entourent mais l'essentiel est d'être sincère dans ses sentiments, non ? De ne pas se priver du bonheur qu'on peut saisir ou donner aux autres.

J'interpelai le serveur pour lui demander l'addition et proposai:

- Si nous marchions un peu ? Je ... peux te raccompagner jusqu'au Diamond, si tu es d'accord. Tu y vis en permanence ? N'as-tu pas envie d'un endroit où vivre en dehors de ton lieu de travail ? Si ton frère y demeure, tu peux être tranquille et lui faire confiance pour veiller sur votre affaire en son absence. C'est une chance que vous avez de pouvoir compter l'un sur l'autre.


On m'apporta l'addition que je réglai discrètement et une fois que le serveur fut reparti, je tendis la main vers celle de Jessica pour l'effleurer tout en plongeant mon regard dans le sien.

- Et ne dis pas que le bonheur ce n'est pas pour toi !  On dirait un kamikaze qui sait qu'il va mourir demain, qui est prêt à se sacrifier pour une cause. Mais, Jessica... Je ne cerne pas bien quelle est cette cause qui te priverait du bonheur ... Quel combat est le tien ? Tu peux changer de vie si celle-ci finit par te peser, tu sais ?


Dernière édition par Aaron Williams le Dim 23 Mar - 12:00, édité 5 fois
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Jessica Warner
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MessageSujet: Re: (Terminé) So much confusion [Aaron]   Sam 22 Mar - 16:16

Entre Audrey, sa mère et Aaron, j’étais devenue silencieuse et confuse. Je n’avais pas eu le temps de répondre à la question insouciante de la petite fille que sa mère avait compris le trouble que toute cette situation venait d’engendrer et encore plus lorsqu’Aaron s’était mis en tête d’expliquer qu’avant de fonder une famille, il fallait trouver la bonne personne. Pauvre Léana qui devait jongler avec l’embarras qu’avait provoqué sa fille et mon incapacité à rebondir. Peut-être que je n’avais plus le désir de chercher des arguments alors que la fillette percevait la situation avec une véracité toute précise. Je saluais la jeune femme tout en répétant une nouvelle fois que la rencontre avec sa fille avait été un plaisir. Audrey m’embrassa sur la joue avec la même fougue qu’elle venait de faire pour Aaron et je la gratifiais d’un tendre sourire, tout en  lui touchant le bout de son nez avec on doigt pour la faire rire. Sa mère était presque ennuyée de la verve de sa fille et Aaron secoué d’un fou rire nerveux.

- Comme ça tu préfères les blonds ?

- Oui, surtout comme Aaron. Pas toi ?

Je me penchais vers Audrey dont les yeux brillaient d’un éclat malicieux, lui parlant au creux de l’oreille comme si nous partagions un secret entre filles. Elle bougea la tête en faisant un signe sur ses lèvres comme quoi elle ne dirait rien tout en suivant sa maman. La gêne revint immédiatement entre nous. Il n’y avait plus la petite fille pour nous distraire ou pour nous retrancher derrière un autre sujet de conversation. Je terminais la dernière bouchée de ma glace essayant  de ne pas croiser le regard d’Aaron perdu dans ses pensées. Je suivais le mouvement de la petite ombrelle en papier qu’il agitait au bout de ses doigts. La salle était bondée par tous les clients qui venaient et sortaient mais tout ce brouhaha ne m’atteignait pas comme si nous étions plongés dans une bulle qui nous séparait des autres. Il brisa le silence déroutant, revenant sur les paroles que j’avais prononcé un peu plus tôt. Je ne lui avais confié que des brides de mon enfance et de ma douleur concernant l’amour et le bonheur. Je ne savais pas si je devais tout lui dévoiler surtout que nous n’étions pas seuls. Un mot entendu et tout pouvait envenimer les choses. Je le laissais continuer sur sa lancée alors qu’un serveur arriva à notre table. Il paya l’addition et m’invita à poursuivre notre discussion en me raccompagnant chez moi. Je me levais de ma chaise prenant sa main qu’il m’offrait, hésitante dans ce geste pourtant si simple. Le contact de sa peau contre la mienne raviva des souvenirs brulants, m’obligeant à retirer ma main, trop nerveuse. Je nouais la ceinture de mon trench et récupérais mes paquets. Nous sortîmes du glacier et l’heure avec Audrey avait tourné. L’après-midi touchait à sa fin. J’étais venue dans les galeries marchandes à pieds et le chemin pour retourner sous le dôme où se trouvait le Diamond allait être long. On emprunta la voie piétonne qui reliait les dômes entre eux. J’avais dû mal à faire le tri dans mes idées et je ne savais pas par où commencer pour lui répondre.

- Je ne suis pas une héroïne, je ne combats pour aucun idéal.

Mes émotions m’empêchaient de tenir un discours logique et compréhensible. Je savais que mes paroles allaient être assez confuses et disparates.

- Je ne désire aucune compassion de ta part ou celle des autres sur mon enfance. Ma mère m’a élevée toute seule pour m’éviter toute cette médiation autour de moi mais lorsqu’elle fut contaminée par cette toxine, elle a décidé de me révéler toute la vérité au sujet de mon père. Je ne lui en ai jamais voulu. Mon père, James Warner m’a reconnue et il m’a donnée une place dans sa famille. J’ai découvert l’existence de mon demi-frère et ma belle-mère a toujours été très agréable avec moi alors qu’elle aurait pu me détester.

Commencer par le début pouvait m’aider à y voir plus clair dans tout ce que je voulais lui dire. Cependant, cet exercice n’avait rien de facile et je savais que je me perdrai dans mes explications et dans les émotions que je souhaitais faire passer. Mais je m’étais lancée et je devais poursuivre, m’ouvrir entièrement quelle que soit la réaction qu’il aurait après tout cela. Je me raccrochais à mes sacs pour ne pas flancher et je marchais la tête haute.

- Tu m’as blessée alors que je t’ai donné plus que mon … corps … plus qu’un moment charnel entre nous deux. Bien sûr, on ne peut pas connaitre une personne en quelques heures mais je ne te pensais pas aussi cinglant alors que je t’avais laissé entrevoir une partie de ce que j’étais véritablement. Je me suis sentie insultée et anéantie, et je n’ai fait que me protéger en réagissant de cette manière. Puisque tu ne voyais de moi qu’une croqueuse d’hommes qui changeait d’amants au fil des nuits, je ne t’ai pas prouvé le contraire.

C’était si facile à dire d’arrêter de jouer un rôle, d’ôter les masques, de laisser tomber les barrières mais beaucoup plus complexe à le faire concrètement. Je freinais mes pas pour mettre fin à notre marche. Nous étions arrivés sous un porche, presque seuls. Je posais ses paquets contre le mur. J’osais, depuis notre départ du glacier à plonger mes prunelles dans les siennes, à contempler son regard bleuté.

- Sincère avec les sentiments ? Je ne sais pas si tu as vraiment raison. Parfois, il est nécessaire d’étouffer ses sentiments parce qu’on sait au bout on souffrira et qu’on fera souffrir l’autre. Cela revient à ce que je te disais : je ne suis peut-être pas faite pour le bonheur. C’est un peu ce que tu expliquais aussi à Audrey, certaines personnes ne sont pas faites pour être parents, certains ne trouvent jamais leur moitié. C’est ainsi qu’est la vie.

Nous n’étions plus très loin du Diamond. Nous avions franchi le dôme des plaisirs, là où se dressait tous les établissements de luxes que les Asariens adoraient fréquenter dès que la nuit tombée.

- Pourquoi voudrais-tu que je parte de mon appartement ? Pour me retrouver toute seule dans une grande demeure ? Autant que je reste là où je suis. Mais tu as raison, je pourrai alléger mon planning au night-club. Mon frère ne serait pas seul pour gérer le Diamond en mon absence, nous avons le responsable du personnel et celui de la sécurité qui savent parfaitement leur travail et qui sont là depuis très longtemps. Je ne me fais pas du souci pour ça et Casey serait très compréhensible si je prenais du recul.

Je tournais mon visage par-dessus mon épaule pour laisser les gens s’éloigner de nous avant de poursuivre mon récit. Les ombres du porche semblaient nous envelopper et nous préserver des regards indiscrets. Ma voix devint alors un murmure que lui seul pouvait entendre.

- Tu veux savoir ce qui m’a changée ? J’étais une Asarienne comme toutes celles que tu peux croiser.

A cet instant, une femme d’une beauté extraordinaire passa dans l’allée. Elle hurlait sur son esclave qui venait de faire tomber ses affaires au sol, lui infligeant une gifle cuisante pour le punir.

- Voilà qui j’étais … Comme elle. Les humains n’étaient rien pour moi. Mon frère a toujours eu des esclaves sexuelles. Et lorsqu’elles ne lui convenaient plus, il les ramenait au marché ou alors, il les tuait. Un jour, j’ai décidé d’en avoir un pour moi. Il était rebelle, bougonneur et hargneux. Pourtant, il m’a ouvert les yeux sur sa condition, et sur qui j’étais vraiment, que ce n’était pas parce qu’étais la fille d’un Ancien que je devais me comporter comme tous les autres. Il avait raison. Nous nous sommes aimés, bravant tous les interdits. Même mon frère n’a jamais su la relation que j’entretenais avec lui. Mais la vie que nous menions le rongeait. Il travaillait au Diamond comme serveur et nous devions jouer le jeu de la maitresse et de son esclave en public. Je me suis battue pour notre amour mais il n’avait plus la foi et la force de se dresser contre tout ce qui nous séparait. Un jour, il m’a demandée de le laisser partir pour une semaine, il désirait retrouver sa sœur qu’il n’avait plus revue dans les bidonvilles. Il n’est jamais revenu … Il a été abattu par les soldats …

Mon cœur pulsait douloureusement dans ma poitrine à l’éveil de tous ces souvenirs que j’avais tenté d’oublier pour avancer.

- Je suis consciente que tu peux appeler la Milice en cet instant pour me faire jeter en cellule parce j’ai aimé un humain et que je peux représenter l’image une traitresse aux yeux du gouvernement.

Je frissonnais soudainement alors qu’il ne me semblait pas faire très froid. Je frictionnais doucement mes bras pour me réchauffer.

- Se battre pour un amour, je l’ai fait mais c’était à sens unique. Je ne sais plus si je suis capable de le faire aujourd’hui, si je suis capable de vouloir m’ouvrir à un homme totalement. Mes blessures et mes failles sont énormes. Ce sont mes faiblesses qu’il pourrait retourner contre moi s’il le désirerait. Alors, je me protège comme je peux et avec les moyens dont je me sais capable.




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MessageSujet: Re: (Terminé) So much confusion [Aaron]   Dim 23 Mar - 13:44

Malgré cette rencontre inattendue qui avait un peu apaisé et éclairci la situation entre nous, la tension demeurait et j'en pris conscience avec les mots de Jessica, sitôt qu'il n'y avait plus Audrey pour adoucir le dialogue. Je m'en voulus d'avoir effleuré sa main intentionnellement parce que cela avait provoqué en moi un afflux d'images que j'identifiai soudain comme ses propres souvenirs. Je voyais quelques instants brulants de notre nuit, mais par ses yeux à elle et je compris que j'avais déclenché l'Armadan sans y penser. Je me passai une main sur le front, bien incapable de répondre à ses propos. La dernière fois que j'avais usé de ce pouvoir, c'était sur un collègue qui me surveillait de trop près à mon goût. Dans ces circonstances, ce don m'était très utile, mais sur le plan personnel ce pouvait être un véritable fléau, qui condamnait tout respect de l'intimité de la personne en face de moi, et pire que la télépathie, me permettait aussi de voir, dans certains cas, ce que l'avenir lui réservait. Mais toujours par bribes, et sans aucun moyen de contrôler le début ou la fin des visions. C'était, à mes yeux, plus une malédiction qu'un bien. Revivre des moments de cette soirée à travers le regard de Jessica me fit ressentir la souffrance qu'elle avait enduré, et, tandis qu'elle continuait à me parler, m'expliquant, me dévoilant enfin les raisons des barrières qu'elle avait dressées entre nous, je peinais à avancer et l'arrêt qu'elle préféra sous un porche m'offrit une trêve. Dans l'ombre, sans qu'elle put s'en douter, je m'appuyai contre le mur, l'éclairage public ne laissant voir que l'éclat de mon regard lorsqu'elle y plongea le sien. Je ne savais si elle pouvait y lire l'émotion que suscitaient ses confidences mais superposée au bouleversement que l'Armadan avait initié en moi, tout cela devait me donner un air complètement hébété. C'était comme si notre courte histoire se superposait à celle qu'elle me confiait entre cet esclave et elle. Tout se mélangeait dans ma tête. Je tendis à nouveau la main pour la poser sur son bras mais me retins.

- Jessica, je comprends que tu aies une piètre opinion de moi. Mais croire que je pourrais te dénoncer, c'est tout simplement insultant. Je sais qu'on ne peut faire confiance à personne mais tu devrais avoir perçu une certaine droiture en moi. Je ne dénoncerais que quelqu'un qui menace d'autres vies. L'amour n'a jamais été une menace pour la vie, bien au contraire. Et je suis tellement mal placé pour te juger d'avoir aimé un Humain ...

Je m'adossai davantage contre le mur pour fermer les yeux et chasser les images obsédantes qui défilaient dans ma tête.

- Je suis désolé si ma réaction a pu te paraître de la compassion, bien que je ne trouve pas toujours ce sentiment négatif. Il ne faut pas le confondre avec de la pitié. Mais soit, ce n'était ni l'un ni l'autre. Plutôt de l'admiration. Mais je crois que tout ce que je ressens pour toi est voué à être déformé par la façon dont je l'exprime et dont tu le perçois. Cela à cause de nos blessures.


Ma voix s'était faite murmure et mes mains tremblaient de façon inquiétante. Je n'avais jamais eu ce genre de réaction avant mais je peinais à calmer les battements de mon cœur.

- J'ai compris t'avoir blessée et je n'aurai pas assez de toute ma vie pour me le pardonner. Mais c'était peut-être mieux que de te plaire, de te séduire. Je ne peux pas me le permettre. T'écarter, c'est plus une preuve d'amour que de mépris, mais tu ne peux pas le comprendre. Pas sans savoir certaines choses. Il vaut mieux que nous restions amis, si c'est encore possible. Ou que tu me haïsses si tu ne veux pas de mon amitié.

Je glissai lentement pour m'accroupir contre le mur. L'Armadan quand on manquait de sommeil, très mauvaise idée! Je retiendrais la leçon !

- Je comprends l'homme que tu as aimé, tu sais. Je comprends que c'était devenu invivable, qu'il n'arrivait plus à respirer ce mensonge et je pense que son geste est peut-être l'ultime geste d'amour. Il est parti pour ne jamais revenir, il t'a libéré de lui et de cet amour voué à la mort. Mentir, jouer la comédie chaque jour, chaque minute. Un homme ne peut le faire très longtemps sans y perdre son âme, qu'il soit Asarien ou esclave ne change rien au problème. Il savait qu'il te faisait courir un grand danger et que jamais vous ne pourriez vous aimer au grand jour. Tu n'es pas responsable, lui non plus. Ce sont ceux qui vous contraignaient à cette clandestinité qui le sont.

Avait-elle perçu l'éclat de la haine dans mes yeux quand cette asarienne avait molesté son esclave, pouvait-elle imaginer combien ce qu'elle m'avouait me bouleversait tout en me rappelant cruellement que mon engagement aux côtés des Pacificateurs me condamnait aussi à une forme de clandestinité, à mentir aussi, mais pas seulement à des gens que je méprisais comme lui l'avait fait, mais à ceux que j'aimais. Ma famille, mes amis, elle. Pour eux je ne devaiS être que ce scientifique à la solde du gouvernement.

- Excuse-moi, j'ai peu dormi ces derniers temps. Dis-je en me relevant lentement. Pas vraiment l'homme protecteur et invulnérable dont rêve chaque femme hein ? Peut-être as-tu raison finalement ? Il vaut mieux taire ses sentiments et les ressentir seul dans son coin, quand on voit les désastres que cela entraîne et les malentendus lorsqu'on se révèle ... Et puis parfois on n'a vraiment pas d'autre choix que se taire. Nous avons tous des combats à mener, et il vaut mieux être solitaire pour cela, sans entrave ni famille... Dis-je en tournant un regard assombri vers la rue.

Je me baissai pour prendre ses paquets et m'avançai dans la rue pour l'engager à poursuivre notre marche.

- Le Diamond ne doit plus être très loin... Pourquoi je te suggérai de vivre en dehors de ton lieu de travail ? Simplement parce que tu disais que ce n'était pas l'idéal pour y élever un enfant et aussi parce que ce serait donner sa vraie place à ta vie privée, un lieu avec un jardin secret, un autre regard sur le monde, une autre façon de rencontrer de nouvelles personnes. Car finalement, tous les hommes que tu rencontres sont avant tout des clients, avant d'être des hommes. Rien que pendant le trajet qui irait du Diamond à chez toi, tu pourrais rencontrer quelqu'un dans la rue ou dans le tram ... Pas à travers ce filtre artificiel qu'est ton club. Tu comprends ce que je veux dire ? Tu aurais une vie en dehors de ce lieu et je pense que ce serait bien. Une personne ne se limite ni se définit par sa seule profession, tu sais Jessica.

Nous étions arrivés devant l'entrée du personnel afin de ne pas attirer l'attention des clients qui commençaient à faire la queue devant les portes.

- Ils arrivent tôt avant l'ouverture à ce que je vois ...

Je me tournai vers elle et lui tendis ses paquets.

- Quant à avoir la force de te battre encore, je crois effectivement qu'il faut être deux pour le faire, sinon le seul qui y croit s'épuise vainement et la fin ne peut qu'être dramatique. Mais je suis certain qu'un jour viendra où tu rencontreras cet homme qui aura assez de force pour abattre les barrières que tu dresses entre lui et toi. Un homme libre de t'aimer et de se battre pour cet amour. Et cela te redonnera la force d'en faire autant. Je suis tellement désolé ... pour tout le mal que je t'ai fait. Pardonne-moi si tu le peux, ou oublie-moi ...

Respirant profondément, je caressai sa joue du bout de mes doigts et me penchai pour déposer un baiser sur son front, luttant de toutes mes forces, pour ne pas l'embrasser et la serrer dans mes bras.


Dernière édition par Aaron Williams le Mer 2 Avr - 21:31, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: (Terminé) So much confusion [Aaron]   Dim 23 Mar - 16:08

« Le destin conduit celui qui consent et tire celui qui résiste. » Cette citation me percuta de plein fouet en écoutant les  sentiments d’Aaron sur tout ce que je venais de lui révéler. Les ombres du porche nous enveloppaient, nous empêchant à la fois d’être perçus par les passants et nous dévoiler un peu trop l’un à l’autre. Pourtant, j’avais baissé totalement mes barrières pour lui confier qui j’étais, et pourquoi cette tension s’était créée entre nous deux avant son départ précipité de chez moi. Même mon propre frère ne savait pas toute l’histoire avec mon esclave. J’avais fait d’Aaron un confident pour lui prouver combien mon passé était tortueux et pour lui faire prendre conscience que certaines fois, nous étions obligés d’étouffer nos émotions pour protéger les personnes qui nous étaient chères. Il s’était adossé au mur, et sa silhouette semblait fusionner totalement avec les noirceurs qui nous entouraient. Seuls ses yeux m’observaient tout comme je faisais avec lui. Chacun de ses mots me traçaient un chemin vers l’homme qui se cachait sous cette apparence. Derrière chacune de ses paroles, il y avait autre chose que je ressentais sans savoir pourquoi j’avais ce pressentiment de plus en plus insistant qu’Aaron dissimulait toute autre chose que des blessures du cœur. A sa place, un autre Asarien m’aurait jetée ma faiblesse au visage, m’aurait piétinée parce que notre race, Oh combien puissante, ne pouvait pas s’abaisser à s’apitoyer ou à aimer des humains. Mais lui, il était différent et j’apercevais une voie toute aussi différente sous ses propos. Aurait-il déjà aimé une humaine ? C’était la possibilité qu’il me laissait entrevoir. Il ne me jugeait pas et ne me condamnerait pas. Qui était-il pour penser de la sorte ? Pour donner aux humains une place autre que celle que le gouvernement et nos lois nous imposaient comme la plus logique des pensées ? Qui es-tu donc Aaron Williams ? Qui se cache derrière le scientifique ? Des questions que je tairai mais qui ne cesserait pas pour autant de me hanter tous ces prochains jours. J’inspirai nerveusement, chassant  tout ce tourbillon émotionnel qui me troublait. Reprenant alors ses mots, je tentais de lui répondre.

- Tout ce que je ressens pour toi est tout aussi voué à l’échec … parce que nos blessures et les secrets que nous renfermons nous contraignent à ce genre de comportement.

Je secouais ma tête alors qu’il glissait le long du mur. Sa fatigue et son épuisement se répercutaient autant dans le ton de sa voix que dans sa posture. Son visage, qui avait semblé un temps plus détendu lors de cette escapade au glacier avec la petite fille, avait repris ses traits tirés.

- Tu n’as pas à le faire, Aaron. Je ne t’ai jamais détesté ou haï.  Si cela avait été le cas, je ne serai pas devant toi, aujourd’hui, ni je t’aurai confié toute mon histoire. Tu es le seul qui sache cette partie douloureuse de ma vie, même Casey ne s’en doute pas. Les vrais amis s’aiment pour ce qu’ils sont et non pour ce qu'ils veulent qu’on soit. Je n’ai pas l’intention de t’oublier. J’en serai bien incapable de toute façon. J’ai tenté de le faire, mais je dois bien avouer que ce fut un échec total.

Mon aveu avoué à mi- mots se voulait plus profond et plus sincère mais il était bien évident que ni lui ni moi ne pouvions franchir ces limites que nous nous imposions. Quelle que soit la vérité sur mes sentiments pour lui, il y aurait toujours  un fossé qui nous séparerait. Inévitable.

- Tu n’as pas à t’excuser pour ta fatigue, et je préfère un homme avec ses faiblesses, un homme vrai qu’un homme beaucoup trop sûr de lui et trop hautain. C’est peut-être l’image de cette femme séductrice et arrogante que je donne qui me vaut cela. Je ne peux m’en prendre qu’à moi-même puisque j’ai façonnée cette Jessica depuis des années.

J’aurai voulu l’aider à se redresser mais il aurait sans doute mal interprété mon geste. Aaron eu la gentillesse de prendre mes paquets pour le reste du chemin que nous avions à faire jusqu’au Diamond. Contournant l’entrée principale du night-club, l’établissement possédait aussi une entrée plus privée qui desservait les appartements aux étages. Les premiers clients se pressaient déjà devant les deux grandes portes où les agents de la sécurité calmaient leur impatience.

- Oui, c’est toujours comme ça.

Je pris ma carte magnétique que je glissais dans la fente et la porte d’entrée du couloir s’ouvrit dans un petit déclic discret. Ses derniers mots sur l’amour et le combat que l’on pouvait mener pour l’Etre que l’on désir et que l’on aime plus que tout me donna les larmes aux yeux. De nouveau, il s’excusa pour son comportement. Mais au-delà de son regret, il me laissait la possibilité de couper tous liens avec lui. Cela aurait été la finalité la plus logique pour nous deux mais j’étais dans l’impossibilité de prendre cet engagement. Je fermais mes yeux au contact de ses lèvres contre mon front, et ma main enserra doucement son poignet. Mes larmes coulèrent le long de mes joues, représentation parfaite de ce que mon cœur subissait en cet instant auprès de lui.

- Je te souhaite de trouver cette femme qui réussira à te donner l’envie de te dévoiler totalement, de partager avec elle ce qui te fait peur, d’exalter ta passion dans tes idéaux. Le véritable amour est une force qui peut abattre tout sur son passage. Je le crois encore …
Merci pour tout …


Je me reculais de lui, à regret, détournant mon visage de lui pour cacher mes larmes. Je récupérai mes paquets et je m’engouffrais à l’intérieur du couloir sans me retourner parce que je luttais avec ce sanglot qui ne tarderait pas à se libérer. J’appuyais sur le bouton d’appel de l’ascenseur et lorsque les portes coulissantes s’ouvrirent devant moi, je laissais mon chagrin me submerger.




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