Les Survivants [Evan]

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MessageSujet: Les Survivants [Evan]   Lun 17 Oct - 21:32

La pluie tombait en rafales sur les terres sauvages, recouvrant de boue ce qui avait été des routes et des toits de pierre. Les coulées dévalaient dans les fossés, et les rares passants qui s'aventuraient encore à l'extérieur, manquaient à chaque pas d'y glisser - plusieurs avaient d'ailleurs renoncé à lutter, et marchaient désormais dans les tranchées, ignorant la terre molle qui maculaient leurs vêtements. Bientôt chez eux, bientôt rentrés, bientôt en sécurité… Si tenté qu’on puisse prononcer ce mot dans un monde aussi sujet aux bouleversements que la grande et impitoyable Asaria. Pour ne rien arranger à la nature même de cette cité, les bas-fonds de la ville avaient récemment connu un terrible événement.

Sang. Cris. Chasseurs résolus et proies affolées. Chute. Fuite. Luttes inégales et morts en rafale. Le Bidonville n’est plus qu’un tas de ruines, et les Humains qui s’y étaient réfugiés sont devenus cadavres ou fuyards, migrants parmi eux vers le Village Humain… Et à leurs côtés, les Rebelles.

Mais Adriana ignorait ce dernier détail. Elle n’avait vécu qu’à travers ses propres yeux, ce tragique événement, et, comme beaucoup de ses voisins – du moins ce qui avaient eu la chance de survivre – c’était contentée de le subir au mieux possible, évitant simplement les balles qui pleuvaient autour d’eux, les cris affreux de leurs concitoyens, et le sang, le sang partout… Il n’y avait rien d’autres à en dire selon elle. La Milice avait frappé un grand coup. Des gens étaient morts. Des Humains, tombés comme des milliers d’épis lors d’une moisson meurtrière. Le sang est mauvais engrais, et sans doute, plus rien ne repousserait jamais sur ces terres désolées qu’ils avaient quitté. Alors, pourquoi rester… ?

Elle, en tout cas, avait couru. Couru du Dôme des Plaisirs, jusqu’à l’antre où elle avait laissé son frère. Il avait hurlé, il avait hurlé de peur et de rage, fou de douleur et à la fois de soulagement de la voir revenir pour lui… Pleurant et tremblant, il s’était laissé hisser sur les épaules solides de sa jumelle, tandis qu’elle se hissait sur le toit pour échapper aux soldats qui se pressaient en bas de leur petit immeuble. Et tandis que la pluie de feu les poursuivait, Adria avait défié pesanteur et balles lâchées en l’air pour s’éloigner le plus possible de leurs tortionnaires… Plus que la peur, c’était la nécessité qui la fit tenir, elle, qui lui fit surpasser encore ses capacités physiques et mentales, la nécessité de survivre, survivre pour protéger Hadrian, protéger leurs fragiles vies pour lesquelles elle s’était tant battue… Non, non, jamais elle n’admettrait avoir lutté en vain.

La jeune danseuse avait marché. Marché jusqu’à un convoi clandestin par nécessité – un convoi d’Humains, criminels envers l’État Asarien au nom de leur survie, ne songeant qu’à fuir pour protéger leurs familles,… jamais elle n’aurait rejoint une caravane de Rebelles et d’Insoumis. Puis, hisser son frère fragile, qu’une douce jeune femme avait gracieusement pris en charge pour elle le temps du voyage. Elle put régler ainsi leur voyage en rendant des services aux chefs de la petite communauté, forte de sa pugnacité et sa résistance, allant d’un bout à l’autre de la file de camions sur une vieille moto pour porter les messages, apporter les provisions, puis, soulever les charges les plus lourdes aux côtés des hommes… Elle était l’une des rares dans cette file d’êtres décharnés et livides, à n’avoir été blessé que légèrement – une entorse au poignet, qu’elle s’était empressée de comprimer dans un bandage sommaire. Et puis, ils avaient roulé, roulé le plus vite possible vers un havre de paix et, plus encore, de sûreté.

Le Village Humain, donc…

Adriana avait réussi à trouver un petit abri – une bergerie… ou plutôt une chèvrerie considérant sa taille, abandonnée – pour son frère et elle. Cela faisait deux jours qu’elle tentait de se renseigner sur la situation en ville… elle devait retourner travailler. Il fallait qu’elle ait un salaire, et tant pis si cela voulait dire se risquer dans la gueule du loup… Voilà pourquoi, suivant le chemin inverse des habitants du village, elle bravait la pluie et l’orage, vêtue d’une longue cape noire et d’un jean fatigué, en direction de l’Auberge – haut-lieu de discussions et de rumeurs.
Ce fut quand elle ouvrit la porte et que des dizaines d’yeux méfiants se tournèrent vers elle, qu’elle comprit que quelque chose venait de se passer. Quelque chose d’important. Et le détail qu’elle avait ignoré jusqu’à présent, se manifestait de plein fouet. Chose qui n’était pas du tout pour la réjouir…

Elle n’était pas idiote, loin de là. Elle eût tôt fait de deviner l’identité – ou du moins le rôle – des survivants qui se trouvaient là. Des Rebelles… Rebelles qui avaient excité l’appétit sanguinaire de leurs chasseurs, du moins à ses yeux… Rebelles, rebelles idiots, idéalistes, trop fous, trop dangereux… comme Hadrian et elle avaient pu l’être à une lointaine époque. Alors qu’elle s’accoudait au comptoir et demandait un grand verre de thé froid – la boisson des pauvres qui veulent quand même faire pilier de bar – quelques paroles l’interpellèrent…

« Une immense clarté.. un ange, j’te dis ! Il nous a sauvé !  C’est grâce à lui qu’on a pu arriver ici… »
« Quand ça se saura, plein de gens nous rejoindront, et là, on pourra se battre à armes égales contre les Asariens ! On se vengera, j’en fais le serment ! »


Ses lèvres se serrèrent brutalement. Elle ignora presque la première phrase – elle refusait l’existence d’une quelconque magie ou divinité depuis qu’Hadrian avait perdu sa jambe, seule comptait pour elle la Volonté. Lentement, elle retourna ses yeux noirs vers les deux hommes. Sa voix froide rompit brutalement le léger brouhaha qui régnait dans l’Auberge.

« Se battre ? Pour quoi faire ? Attendrais-tu plus de morts, imbécile ? Plus de blessés ? Plus de sang et de violence ? A quoi la Rébellion a-t-elle menée jusqu’ici, si ce n’est cela ? Si vous n’avez ne ce serait qu’un gramme de jugeote, vous devriez vous contenter de prier ce soi-disant miracle, et s’il vous a aidé à fuir, saisir l’occasion de survivre. »

Sa déclaration laissa s’installer un silence glacial. Mais elle ne baissa pas les yeux. Chaque mot était dicté par un sentiment froid, cynique, et à la fois brûlant de passion et de rage. Elle ne renoncerait pas à la moindre de ses assertions. Elle n’avait jamais reculé devant la menace de prendre des coups… jamais. Quitte à en finir blessée. Du moment qu'elle et Hadrian survivaient... rien ne comptait.
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Evan Cassidy
Leader des Rebelles
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Localisation : La cité et ses terres
Côté coeur : Il brûle pour une seule femme

Activité/Profession : Leader de la Rébellion / Recruteur et Propriétaire de la Taverne de l'Enfer

MessageSujet: Re: Les Survivants [Evan]   Mer 19 Oct - 12:23

Après la neige, la pluie venait de faire son apparition. Les Rebelles étaient arrivés à la vieille auberge la nuit dernière, mais très vite pour éviter de se faire piège, le Faucon avait été averti et les agents avaient aidé certains à rallier le QG en toute discrétion pour ne pas éveiller la curiosité des humains même blessés. Il restait pourtant encore de nombreuses personnes ici, autant des rebelles que des survivants. Le plan avait été donc de surveiller l’auberge et permettre à tous ceux qui avaient subi de graves blessures et qui avaient marché durant des heures, de se reposer. Le Faucon avait dispersé ses hommes valides dans la campagne, tout autour de la bâtisse, prêt à alerter la venue d’éventuels chars de la Milice. Evan se doutait qu’ils n’auraient pas de répit. Peut-être que les Asariens savouraient leur victoire, mais ils ne feraient pas l’erreur de leur laisser trop de temps pour se remettre et retrouver leur force. Le village des humains étaient lui aussi en danger. La Milice pouvait frapper à n’importe quel moment dès que le soleil ne serait plus une menace pour eux.

Deux jours étaient passés depuis.
L’auberge s’était allégé de ses occupants, mais la priorité d’aider les villageois restait la plus importante pour Evan. Il avait décidé d’y aller à son tour après avoir tenu son rang auprès de Diana au QG. La leader pouvait se débrouiller seule et il avait bien la ferme intention d’aller faire un tour là-bas.  La vieille bâtisse qui se dressait en amont du village et qui le séparait de lui de quelques heures de marches gardait en son sein quelques rebelles et des clients habitués à venir prendre leur repas.  Il était revenu ici pour écouter les conversations des uns et des autres : de ceux qui avaient vécus l’enfer et des autres qui voulaient connaître les détails de cette sordide histoire. Chacun l’agrémentait à sa façon, c’est certainement une manière d’oublier la mort et pour beaucoup ‘avoir tout perdu.

Assis au bout du comptoir en bois, il buvait son troisième café noir. Evan était Recruteur à la Rébellion et depuis des mois, son statut avait glissé et il s’était transformé en co-leader pour suppléer Diana ainsi qu’en homme de terrain, lui qui passait la plus part de son temps derrière ses dossiers. L’homme avait changé. Sa Cause restait quant à  elle, identique. Cet Ange, il ne l’avait pas vu. Etait-ce encore une manière d’améliorer la situation et de panser les blessures que d’imaginer cela ? Une silhouette lumineuse  leur était apparue à beaucoup et elle les avait guidés à travers un portail. Il aurait pu croire à une folie commune, un symptôme de la guerre, mais ce n’était pas ça, car certains humains parlaient de ce portail, d’avoir passé ce tunnel et de s’être retrouvés instantanément dans le village alors qu’une seconde avant, ils avaient les pieds dans le bidonville. Les Asariens avaient d’étranges pouvoirs, est-ce que cela pouvait être le labeur d’un Pacificateur ? Evan avait déjà croisé leur leader, une humaine et sa bonté comme sa force l’avait marqué. Il voulait bien croire à un Asarien doté d’un don exceptionnel, mais pas d’un Ange. Non !

Il fit tourner sa tasse entre ses doigts quand la porte de l’auberge s’ouvrit, laissant filtrer le froid de l’hiver et l’humidité de la pluie. C’était une jeune femme vêtue d’une longue cape noire. Sa démarche le fit sourire en revoyant l’image de Mara Jade à la taverne. Elle était elle aussi vêtue d’une longue cape quand il l’avait vue. Cette femme était mystérieuse et belle. Une Pacificatrice qui se battait pour un idéal fort différent du sien, mais cela ne l’empêchait pas de la trouver séduisante, et si fragile derrière cet aspect de  force et de respect. La fine silhouette était différente, peut-être moins assurée que la leader, pourtant avec une même audace. Elle n’aurait pas dû se mêler à la conversation de ces hommes. Elle venait de mentionner la Rébellion et Evan savait qu’aucun de ces types n’en faisaient partie. C’étaient des survivants. De simples humains.

Pour l’instant, il ne faisait qu’écouter. Se mettre en avant, dévoilerait son appartenance au Faucon et tous les Rebelles avaient une priorité : restez discrets ! Il devait néanmoins la faire taire, détourner l’attention des hommes sur ce petit bout de femme. La tenancière de l’aubergiste se nommait Sally, une femme d’un âge avancé et qui connaissait tous les secrets de tout le monde sans jamais en divulguer aucun. Elle présenta à Evan son bol de soupe et il la gratifia d’un sourire sincère en humant la bonne odeur qui s’en dégageait. Il leva les yeux au ciel en bougonnant quelques mots dans sa barbe de quelques jours qu’il n’avait toujours pas rasée. Il récupéra son bol et se leva de son tabouret. La conversation état tendue près de lui et les hommes ne se laisseraient plus longtemps parler de cette manière-là par une femme. Il arriva dans le dos de la silhouette féminine et il la bouscula au point de renverser un peu de sa soupe sur la cape de la jeune femme. « Veuillez excuser ma maladresse. »

Il lança un regard noir aux deux  hommes qui ne firent aucun mouvement, retournant à leur conversation, le nez dans leurs boissons. « Sally, pourriez-vous servir un bol de soupe à la Demoiselle, elle est mon invitée et trouvez de quoi essuyez sa cape … Je suis vraiment distrait …»

Evan la détailla et ne bougea pas. Il attendait qu’elle lui fasse des remarques ou bien qu’elle s’obstine à continuer à agacer les deux clients. « Vous comptez rester là ou bien partager un repas avec moi ? Il y a une table de libre au fond de la salle. »




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