(Terminé) Bras de fer et coup de poker dans les hautes sphères pv Alianka

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Tomas Van Brënner*
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MessageSujet: (Terminé) Bras de fer et coup de poker dans les hautes sphères pv Alianka    Dim 24 Juil - 14:42



Tomas salua l'hôtesse d'accueil sise derrière son guichet et les Miliciens en place dans le grand hall de la tour gouvernementale. Il apprécia avec cet humour qui lui était propre les réactions que son retour provoquait sur ces visages dont certains avait du mal à contenir un décrochement de mâchoire. Il prit l'ascenseur, ses lunettes de soleil toujours sur le nez et un sourire conquérant sur les lèvres. Le temps était révolu où il faisait profil bas tout en refusant de répondre à la convocation d'Alianka. Il avait assez supporté une disgrâce non méritée et en avait soupé de faire les frais de l'incompétence de certains Ministres. Il avait continué à œuvrer dans l'ombre, avec pour seul soutien celui d'Elijah Huyana que l'affront touchait également de plein fouet.  La Grande Conseillère l'avait sommé, lui, Tomas Van Brënner, de venir s'expliquer au sujet de son implication de le scandale de l'eau. Ainsi les médias asariens les plus téméraires, dont le Times Asaria, appelaient-ils l'esclandre provoquée par ce Majors Vickers. Les autres, plus consensuels et dans le ton politique l'avaient appelé "le scandale de l'hologramme" ou "l'affaire Vickers". Aucun média ne se serait hasardé à spéculer sur la trahison supposée du Lion de Feu. Personne n'aurait osé ou pu l'envisager, tant la dévotion de l'Ancien pour Asaria était connue de tous et incontestable même pour ses pires ennemis. Mais ELLE, elle avait osé ! ELLE AVAIT PU ENVISAGER UNE TRAHISON DE SA PART ! Cette seule pensée le rendait fou de rage comme avait pu en attester son bureau ravagé au QG de la Milice et les quelques habitations adjacentes au QG calcinées par ses accès de quasi démence. Fort heureusement ou malheureusement du point de vue de Tomas, elles étaient vides à cette heure-ci, les Humains étant partis vaquer à leurs occupations sans intérêt.

Pour l'heure, le Lion dissimulait cette rage folle sous une apparente assurance et dégageait une impression de force tranquille et d'arrogance qui lui était si caractéristique. La porte de l'ascenseur s'ouvrit et il s'engagea dans le long coulour qui menait au Département de la Sécurité, SON territoire. Il ne ralentit pas lorsqu'il passa devant la porte vitrée qui donnait sur le secrétariat de la Grande Conseillère et poussa celle qui ouvrait sur le bureau de la sienne.

- Bonjour Aniston ! Le retour à la maison se passe bien ?

Le lieutenant Aniston se leva et se mit au garde à vous.

- Mes respects mon Général ! Contente de retrouver mes quartiers ici, mon Général ! Même si travailler pour vous au QG est également un honneur. Bon retour à vous. Voici votre courrier papier. J'ai transféré les mises à jours de dossiers sur votre ordinateur  personnel et j'ai informé les différents services gouvernementaux que vous étiez de retour de vos ... "vacances".

Le Général ôta ses lunettes, se saisit de la liasse de courrier impressionnante et sourit largement à la mention des différents services gouvernementaux. Aniston avait une manière très élégante d'englober l'essentiel dans le superflu. Alianka aurait droit au même mail impersonnel type "Le département de la Sécurité vous informe que le Général Van Brënner est revenu de congés. Vous pouvez demander un rendez-vous en vous adressant à son secrétariat. Qualitas Potentia Nostra! "

- Je vais travailler sur le dossier Airas. Veuillez me transférer tous les rapports audio et vidéos au sujet des concordances morphologiques.

Il s'enferma dans son bureau et se mit immédiatement au travail. Un banal subalterne, un simple Général, aurait jugé sa situation désespérée ou du moins très fâcheuse. Mais Tomas Van Brënner n'était pas homme à reculer devant l'adversité. Plus les obstacles se dressaient sur son passage et plus sa rage de vaincre se décuplait. Soupçonné à tort de haute trahison par celle qu'il avait servie sans faillir, mystifié par un de ses propres agents dont il commençait à douter très fortement, Tomas se retrouvait acculé au mur face à des accusations très graves qui pouvaient le conduire en cour martiale et devant le peloton d'exécution. Il était en train de perdre un atout maître, son agent de renseignement le plus doué. L'homme lui glissait entre les doigts, plusieurs fois localisé et jamais appréhendé. Un véritable fantôme aussi insaisissable que la brume qui se jouait de lui alors qu'il espérait justement en tirer des informations nouvelles susceptibles de le disculper. Il avait espéré des preuves concrètes de son innocence à mettre sous le nez d'Alianka quand elle viendrait lui demander des comptes. Car oui, c'est elle qui allait venir et pas l'inverse ! Lui qui comptait sur Airas pour pirater tous les systèmes de ses collaborateurs afin de débusquer celui qui avait œuvré à sa perte, qui espérait que cet atout dans sa manche lui apporterait des informations susceptibles de donner à l'opération Catacombes une ampleur qui marquerait Asaria à jamais, découvrait que cet agent ... était un traître correspondant de manière troublante au profil du complice de Williams.

Cela faisait émerger une hypothèse que le pragmatique Lion de Feu ne pouvait ignorer plus longtemps, même s'il lui faudrait admettre avoir été berné comme un débutant. Airas se révélait un rideau de fumée, un spectre insaisissable affolant le nouveau logiciel d'analyse morphologique mis au point par Wright lequel était un spécialiste incontestable et incontesté de la question. Comment un homme pouvait-il être aperçu quasi simultanément à quatre endroits différents et avec autant d'apparences différentes. Comment un mort pouvait-il apparaitre dans les identités concordantes ? Tomas avait presque été tenté de téléphoner à Wright pour lui dire "votre logiciel c'est de la merde !" mais il s'était ravisé en remarquant que ce manipulateur d'Airas avait été "identifié" par le logiciel dans tous les endroits fréquentés par Alianka. Il ne pouvait pas y avoir de hasard et quand on disait qu'au delà de deux, des coïncidences n'en étaient plus, que dire lorsqu'il s'agissait de plus de quarante ? Que dire encore de cette identité parmi tant d'autres que le logiciel de morphing avait révélé ? Un mort ... Un proche du gouvernement... Et pas n'importe lequel. Tout concordait, mais les conclusions qui s'imposaient étaient tellement difficiles à croire que Tomas avait conscience de manipuler de la nitroglycérine. Ce type, sous ses différentes apparences, traquait littéralement Aly. SON Aly ! Il doutait qu'elle fût au courant d'être filée ainsi et cela lui donnait un avantage incroyable pour regagner sa confiance. A moins que ... Tout au contraire, elle ait toujours su et été complice de ce mystificateur... Qu'elle soit la première actrice de la mise en scène de cette mort. Celle de son propre fils !

Plus que jamais Tomas Van Brënner était prêt à jouer son va-tout. Un phénoménal coup de bluff. Elle lui avait retiré tout crédit et donnait à penser à tous qu'elle ne lui accordait plus aucune confiance. Mais dans le même temps, elle ne lui avait retiré aucun des pouvoirs liés à sa fonction et il allait en user pour transformer une disgrâce en un formidable vote de confiance. Il serait le sauveur de l’État d'Asaria, de la Cité, du Gouvernement, d'Alianka. Quand le feu et le sang de l'Apocalypse se déchaîneraient, elle viendrait le supplier de prendre la tête de cette magnifique machine de guerre qu'il avait patiemment édifié. La Milice Asarienne et ses cinq lames, dont le fer de lance était SON escadron d’Élite. Le reflet de flammes dévorant les Dômes dansa un instant dans les yeux de Tomas tandis qu'il faisait pivoter lentement son fauteuil pour embrasser la vue magnifique sur sa bien aimée Asaria. Il la libérerait de son impureté, par le feu et le sang autant qu'il serait nécessaire !


Dernière édition par Tomas Van Brenner le Sam 4 Mar - 23:22, édité 4 fois
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Alianka De Nephthys
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MessageSujet: Re: (Terminé) Bras de fer et coup de poker dans les hautes sphères pv Alianka    Dim 24 Juil - 18:44




- Maman !
Mamaaaan …


Le verre d’eau tomba violement sur la moquette dans un bruit sourd, amorti par les fibres de couleur ivoire. Ma main droite trembla sans que je puisse arrêter ces spasmes. Je me laissai aller contre mon fauteuil, la tête en arrière et je fermai les yeux pour chasser cette horrible migraine qui ne me quittait pas depuis plusieurs jours. Quelle ironie, n’est-ce pas ? Une Asarienne… connaitre des crises de migraines alors que mon organisme était le plus puissant de tous et que mon blood healer fonctionnait parfaitement. Mais ce n’était pas de simples céphalées. C’était ma télépathie qui me jouait de mauvais tours. Et une télépathie mal contrôlée à haut niveau provoquait des effets néfastes sur l’individu propriétaire du don et son entourage. Lorsque j’ouvris mes prunelles, je pouvais deviner leur éclat aussi blanc que la neige, aussi lumineux que la glace qui coulait dans mes veines. Je perdais la maitrise de mon esprit depuis ce concert et je sombrais dans un tourbillon éprouvant mes souvenirs passés, ceux que j’avais enterré depuis dix longues années …

On toqua deux fois à ma porte et la seule personne qui pouvait entrer sans se faire annoncer sauf ordre contraire de ma part, c’était ma secrétaire personnelle, Marissa.  Je me redressai devant sa gêne et sa discrétion et je lui tendis la main pour lui faire signe d’avancer.

- Madame la Grande Conseillère, vous avez dû recevoir un mail important et je vous apporte les dernières notes concernant le rapport sur Aquanet.

- Un mail ? Voyons ça ?

Elle posa le dossier sur mon bureau tandis que je pianotai sur mon clavier et que j’ouvris ma boite mail que je n’avais pas activité depuis ce matin. En cliquant sur le message, ma télékinésie entra en action bien avant que j’ai pu prononcer un juron que j’étouffai devant ma secrétaire, entre mes lèves.  Les tiroirs se mirent à trembler. La porte se referma d’un coup sec et les bibelots, placés sur la belle étagère de mon coin salon personnel, vibraient de la colère qui m’anima.

- Le département de la Sécurité vous informe que le Général Van Brënner est revenu de congés. Vous pouvez demander un rendez-vous en vous adressant à son secrétariat. Qualitas Potentia Nostra!

Je levai mon regard froid vers Marissa qui avait reculé sans que je m’en rende-compte. J’inspirai grandement pour faire cesser le vacarme que j’avais produit inconsciemment. Le silence revint petit à petit dans mon bureau.

- C’est une blague ?

- Non Madame. Il est arrivé, il y a un moment. Il s’est enfermé dans son bureau sans plus de précisions.

- Vous pouvez disposer. Prenez tous mes appels et faites savoir que je suis momentanément indisponible.

Ma secrétaire savait qu’il n’y avait rien à ajouter à cela et elle s’éclipsa. Je ne savais plus le nombre de mails et même de courriers papiers apportés par un coursier que j’avais fait parvenir au ministre Van Brënner aux locaux de la Milice pour avoir une explication, mais il avait toujours refusé mes convocations. Je poussai vivement du bout de mon talon aiguille mon fauteuil et je me redressai. J’aurai préféré attendre le début de soirée, là où je savais qu’il y aurait le moins de personnel possible à l’étage, pour l’affronter, en dehors de toutes oreilles curieuses. J’aurai dû suivre mon raisonnement, mais j’étais poussée par un tout autre sentiment. Je passai devant le miroir qui se fissura immédiatement, comme mut par une force invisible. Je savais que je n’avais pas pu faire cela. Je m’approchai pour observer ces lézardes et j’entendis de nouveau cette voix …

- Maman …

Le verre se brisa au contact du coup de poing que je venais de donner et des dizaines de petits morceaux tombèrent à mes pieds.  Le sang à ma main disparu progressivement grâce à mon blood healer ne laissant plus aucune trace sur ma peau, juste quelques gouttes vermeilles sur la moquette blanche. J’allais devoir enfouir cette folie pour affronter Tomas. Je sortis d’un pas vif de mon bureau devant la surprise des secrétaires et du personnel. Mes talons claquèrent sur le carrelage de ce couloir qui me menait au bureau du Lion, mes hanches chaloupaient au rythme de mes pas, moulées dans un tailleur-jupe immaculé. Reine puissante, la panthère de glace se dirigeait droit vers l’antre du feu. L’assistante du Général avait repris son poste et elle se redressa à mon arrivée pour m’arrêter dans ma démarche.

- Excusez-moi … Madame La Grande Conseillère, le Général Van Brënner ne reçoit personne aujourd’hui  et …

Je tournai mon visage vers cette femme et son fauteuil, sous l’impulsion de ma télékinésie, roula jusqu’à butter contre l’arrière de ses cuisses et elle se rassit instantanément. Elle allait devoir comprendre qu’on ne me donnait aucun ordre. Elle baissa les yeux et s’empressa de reprendre son travail devant son écran d’ordinateur. La porte du bureau s’ouvrit avec la force de mon pouvoir et se referma aussi sec dans mon dos avec le petit cliquetis fort familier du verrou qui s’actionne. L’affrontement allait pouvoir commencer et il valait mieux pour les curieux de rester loin de cette pièce.




Le Feu contre la Glace
Le Lion contre la Panthère
L’Homme contre la Femme


- Tu croyais vraiment que ton message allait m’impressionner ? Tu penses que j’ai besoin de passer par ta maîtresse pour avoir un rendez-vous ?! Tu as décidé de sortir de ta tanière ! Tes secrétaires ne savent plus passer sous le bureau correctement ?  Tu crois pouvoir aller et venir à ta convenance et ne répondre à aucune de mes convocations ?

La glace piquait toujours. C’était rare qu’elle fonde … et ce n’était pas maintenant que j’allais me … liquéfier …




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MessageSujet: Re: (Terminé) Bras de fer et coup de poker dans les hautes sphères pv Alianka    Dim 25 Déc - 23:07


Un froncement de sourcils, la contraction de tous ses muscles au dessus du bassin. Elle venait de faire irruption dans son bureau, vitupérant, dardant ses carreaux de glace.

- Je croyais simplement que suffisamment de temps s'était écoulé pour me permettre de reprendre mon travail... Madame la Grande Conseillère. On s'est joué de moi, on s'est joué de vous. C'est dire si cette entité est puissante. Croyez-vous que je reviendrais me jeter dans la gueule de la Panthère de Glace, si je n'étais exempt de toute souillure ?

Il cliqua sur un dossier et sourit, mais tristement.

- Que tu me haïsses Aly, après ce que tu vas voir, je peux le concevoir. Mais, après tu verras que je suis le seul, en qui tu puisses trouver un allié loyal jusqu'à la mort. Si tu ne l'as pas compris, alors je tenterais de t'ouvrir les yeux jusqu'à saigner, jusqu'à la mort.


Se dressant devant Alianka de toute sa stature, il darda son regard de feu dans les prunelles encore glacées.

- Si tu penses que j'ai pu t'aimer un peu, si tu m'as aimé un peu. Sois attentive à ce que je vais te montrer. Aly ...




- Qui est ce personnage, Madame la Grande Conseillère, que vous êtes allé voir en concert, hors de ma présence, et qui vous traque à chacun de vos déplacements ?  Sous diverses identités ?


Tomas tenait là une piste qui pouvait éclairer la mystification dont il avait fait les frais au Grand Conseil. Et même si ce qu'il avait compris, pressenti lui paraissait douloureux à assimiler pour celle qu'il aimait, cela avait le mérite d'expliquer, d'éclairer beaucoup de zones sombres autour d'Alianka de Nephthis  qui restaient jusqu'à ce jour mystérieuses à ses yeux.

- Aly ... Quel qu'il soit, je ne jugerai pas. Mais ce type te suit partout. Cela fait plusieurs mois que mon service de renseignement accumule des prises de vue sur lesquelles il figure... toujours des lieux où tu as fait une apparition. Aux yeux de l'Escadron d’Élite dont une des missions est ta garde rapprochée, c'est un danger potentiel. Tirer à vue sera ma consigne au prochain débriefing, sauf contre ordre de ta part...

Tomas, en fin stratège qu'il était, afficha plusieurs images sur l'écran, tout en observant discrètement les expression sur le visage de sa maîtresse. Il n'était pas aisé, même au plus habile des observateurs, de déceler un trouble dans le regard de glace, mais Tomas, avait d'autres témoins tangibles de l'émoi qui pouvait animer la Panthère de glace.

- Voici ce que les tests de concordance morphologique ont révélé. Je ne fais cela que par dévouement et loyauté... Et bien davantage, Madame la Grande Conseillère. Ces deux personnes sont-elles bien, comme je le suppose, un seul et même individu ?
Spoiler:
 


- Madame la Grande Conseillère, s'agit-il du même individu ?  Si oui, quel est-il ? Il en va de votre sécurité et de celle de cet individu.


Tomas avait conscience de jouer avec un feu terriblement dangereux, de jouer quitte ou double. Mais cet individu mystérieux entre coupait depuis trop longtemps les rondes du Lion de Feu autour de la Panthère. Quel qu'il fût, Tomas voulait l'identifier et sentait instinctivement qu'il avait un lien avec sa disgrâce. Cela lui donnait des envies de meurtre qu'il devrait différer pour un long, très long moment.


Dernière édition par Tomas Van Brenner le Dim 5 Fév - 20:42, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: (Terminé) Bras de fer et coup de poker dans les hautes sphères pv Alianka    Ven 6 Jan - 20:33







La folie est un mécanisme d'horlogerie très fin, on n'en voit les rouages que lorsqu'il se brise.
Mon esprit était en train de voler en éclat. Edouard m’avait expliqué que cela venait de sentiments très forts que je refoulais depuis de très longues années et aujourd’hui, mon corps et surtout mon esprit de télépathe se libérait de cette oppression que je lui imposais. Je perdais le contrôle et c’était un luxe que je ne pouvais m’octroyer, pas devant Lui, pas devant le ministre de la Sécurité, pas devant le Lion de feu. Il ne savait pas. Il ne se doutait pas à l’instant précis où j’étais entrée dans son bureau, toute l’agitation qui régnait en moi. La porte s’était ouverte et refermée avec la même intensité, sous l’impulsion de ma télékinésie. Nous ne serions pas déranges et lieux valait aux pauvres âmes stupides qui voudraient s’approcher d’un peu trop près de cette pièce verrouillée. De toute ma hauteur et moulée dans un tailleur-jupe vermeille, je jaugeais Tomas Van Brënner assis derrière son bureau. Il avait planté le décor et il avait décidé de jouer avec la politesse et nos rangs d’Anciens. Je ferai de même.

Mes poings fermés sur mes hanches. Il me résumait brièvement ce qui s’était passé lors de la réunion du grand conseil. J’avais été aussi le témoin de cette manifestation étrange et j’avais mis le meilleur informaticien sur cette histoire. Mathias Zaminsky, un Asarien hautement qualifié qui avait décortiqué toutes les vidéos de la réunion et de la tour gouvernementale en sa possession. Depuis, je n’avais eu de cesse de relire toutes ses conclusions qui se regroupaient vers une seule et unique donnée. J’arquai un sourcil devant presque trop de mièvrerie de la part de l’Allemand. Ce n’était pas en me caressant dans le sens du poil ni en utilisant notre histoire, ce que nous avions vécu ensemble qu’il obtiendrait le calme de ma part. Il avait éveillé et nourri la tempête. Elle ne tarderait pas à s’abattre sur lui et sur moi. Je maintenais comme je le pouvais, encore, les douleurs incessantes de mes migraines et ces voix … Non … cette voix familière dans ma tête qui ne cessait de résonner. Tomas ne devrait pas deviner ce qui se tramait en moi, ce qu’un esprit aussi puissant couvait sous cette couche épaisse de glace.

Je fis quelques pas pour m’approcher de son bureau et de l’ordinateur qu’il tourna vers moi. J’étais demeurée silencieuse en écoutant ses arguments sur sa disparition, sur le fait qu’il n’avait jamais répondu à aucune des messages et de sa loyauté envers moi et la cité. Je finis par croiser les bras en dardant mes prunelles sur cet écran. Et là, à la seconde où l’image apparut … Les minces chaines que je contenais pour éviter que mon pouvoir ne se déverse autour de nous, cédèrent soudainement face au visage que je découvrais … que je redécouvrais.
Tomas venait de réveiller une Puissance contre laquelle il ne pourrait rien faire.  Ni moi.





La grande baie vitrée dans son dos explosa dans un bruit sourd. Des centaines de petits morceaux de verres jaillirent partout dans la pièce. Tous les meubles tremblaient et bougeaient comme ils étaient dotés d’une conscience destructrice. Le fauteuil de Tomas en faisait tout autant. Le sol et les murs remuaient, agités par une force indescriptible : la mienne. Mon regard blanc était resté figé sur ces deux images de mon … fils qui le montraient simultanément à deux âges différents. Je n’avais plus conscience de ce qui se déroulait autour de moi. Tout volait, tout se brisait, tout s’entrechoquait. Derrière moi, j’entendis dans un lointain écho, quelqu’un qui tambourinait à la porte et qui s’inquiétait du vacarme. Celle-ci ne se romprait pas. Tomas venait de le comprendre lorsque je relevai mes yeux sur lui. Cette porte serait notre prison, notre supplice. Je ne maitrisais plus cette puissance que je déchainais, une combinaison dangereuse de ma télépathie associée à ma télékinésie.

- Tu n’aurais pas dû … Il y a parfois des secrets qu’il ne faut pas déterrer …

Ma voix était si différente que quelque chose, comme un déclic se passa. Ce n’était pas moi. Je devais résister à cette folie qui me rongeait et qui allait nous tuer, car la tempête faisait toujours rage dans le bureau. Je me laissai glisser à genoux, portant mes mains à mes tempes. Je luttais contre mes émotions, contre ce geste intolérable d’une mère tuant son fils, acte horrible.

- Il  est … Il est … revenu … Je l’ai su … dès ce soir-là … Il est vivant … C’est mon …fils

Mes mots n’étaient que des murmures sans compréhension, peut-être pour Tomas. J’essayais de répondre à ces questions, d’une manière désordonnée, certes avec un seul objectif en tête :

- Non … NOOON ! Aucun ordre ! Je t’interdis de lui faire du mal ! … Noooon !!

Le déchainement de mon pouvoir provoquait une sorte de cyclone furieux qui désirait me protéger contre toute approche de Tomas. Je devais me concentrer, je devais le faire si je ne voulais pas voir la tour gouvernementale et toutes ces personnes se désintégrer. Je fermai les yeux, cherchant en moi, la force de taire cette rage qui s’abattait dans le bureau. J’ouvris mes prunelles qui reprirent un bref instant leur couleur bleutée d’origine.

- On ne peut pas refaire le passé. On ne peut pas le réécrire. Ne lui fait aucun mal ! Je suis responsable de ce qu’il est devenu.

Le peu de contrôle que j’avais repris me permis de déverrouiller la porte. Des larmes glacées coulèrent sur mes joues et mon sanglot se libéra.

- Sors de là  avant que tout n’explose, se dématérialise en poussière ! ! Laisse-moi tant  qu'il est encore temps de te mettre à l'abri.
C’est à moi d’en payer le prix. Tu dois me promettre de taire tout ceci …




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MessageSujet: Re: (Terminé) Bras de fer et coup de poker dans les hautes sphères pv Alianka    Dim 5 Fév - 22:24



Thomas s'était préparé à un déferlement de colère et de reproches acerbes, à une avalanche de griefs au sujet de son manque de respect envers elle dont il avait ignoré les messages. Il redoutait aussi ses réactions en lui dévoilant les résultats de ses recherches au sujet de l'imposteur. Il avait imaginé ce qu'une mère pouvait ressentir en apprenant qu'un fils pouvait la trahir à ce point. Un fils qu'elle avait considéré mort depuis des années... Combien elle pouvait être déchirée entre la joie de le revoir vivant et de découvrir qu'il était un être dévoyé, félon coupable  du crime de haute trahison. Un crime passible de la plus dure des sanctions en Asaria: la mort bannissement. Cette peine condamnait non seulement le coupable mais aussi sa famille. Le coupable était exécuté en place publique et sa dépouille abandonnée aux terres sauvages sans possibilité pour ses proches de venir se recueillir sur sa tombe. Quant à la famille, elle était déchue et perdait tous ses droits et privilèges. A moins de renier le traître et de l'exclure officiellement du cercle familial. Rien à voir avec la fille de Huyana qui avait simplement fuit et embrassé la vie de la vermine des souterrains. Elle avait perdu tous ses droits civiques ce faisant, et bien que son choix n'eût aucun retentissement sur les droits de ses parents proches ou éloignés, son propre père avait pris la précaution de la renier afin de ne pas voir rejaillir l'opprobre sur son nom. Si toutes les conclusions de Tomas étaient exactes, le fils d'Aly était un traitre à la Nation et pire, un traitre à la subsistance même de la vie sur la surface de la Terre. Et pourtant un génie de la musique et de l'informatique. Un génie au service du Mal et du Vice. Comment une mère, une femme aussi passionnée qu'Aly, une femme d’État aussi investie et dévouée à Asaria pouvait-elle réagir en retrouvant son enfant qu'elle pensait avoir perdu pour le préserver, pour le perdre à nouveau et définitivement puisque il se révélait traitre et criminel ? Oui, il s'était préparé à voir une mère désespérée de retrouver et de perdre à nouveau un enfant adoré mais indigne d'elle. Il y avait pensé des jours et des nuits durant. Aux réactions qu'elle aurait quand elle comprendrait qu'il avait lui aussi compris le secret du fils indigne qu'elle protégeait.

Tomas avait aussi réfléchi à ses propres réactions lorsqu'il serait confronté à Alianka, à son chagrin, à sa détresse de mère aimante et trahie. Il s'était remémoré cette nuit où il lui avait ouvert son antre et durant laquelle, de confidences en confidences, ils s'étaient livrés un peu plus l'un à l'autre. Il se souvenait de ce sentiment d'être sur le seuil d'une pièce qu'il ne faut pas violer. Il se souvenait avoir préféré ne pas savoir. Ce terrible secret, c'était donc cela. Elle avait mis en scène la fausse mort d'un fils indigne pour le mettre à l'abri des sanctions qui viendraient immanquablement souiller son nom. Peut-être dans l'espoir qu'il guérirait de sa folie, elle avait, durant des années, laissé croire au Monde que son fils avait été abattu par des terroristes et gisait dans ce cercueil au Cimetière d'Asaria. Pour protéger cet enfant fou, qu'elle aimait plus que tout. Malheureusement où qu'il fut maintenu et contenu durant toutes ces années, il avait sans doute trouvé moyen d'échapper à ses geôliers et avait refait surface sous de multiples fausses identités... Bon sang ne pouvait mentir, il était doté d'un esprit acéré et d'une intelligence telle que couplés à ses dons asarients terriblement puissants, il était devenu une menace redoutable pour Asaria. Et bien entendu il devait nourrir des désirs de vengeance envers ceux qu'ils considéraient comme ses ennemis. Après maints débats avec lui-même, Tomas, tiraillé entre sa loyauté envers Asaria et celle envers Alianka, se retrouvait devant un  choix ultime et inédit. Pour lui Asaria et Alianka n'avaient toujours fait qu'une et en servant l'une il servait l'autre. Des intérêts fusionnants et convergents. Il avait passé des nuits à sillonner les rues de la Cité et même des Terres Sauvages au volant de son bolide pour tenter d'apaiser son âme. Et peu avant l'aube d'un matin, l'évidence lui était apparue. Il pourrait survivre hors d'Asaria si Aly était bannie mais que serait Asaria sans elle ? Sa loyauté avait toujours été à la femme avant d'être pour la Grande Conseillère. Il serait banni avec elle. Ils pourraient reconstruire un rêve ailleurs. Si elle disparaissait de sa vie, si elle était bannie, seule, il ne pourrait plus se battre pour une Cité qui lui prenait sa raison et sa flamme. Il savait qu'il l'aiderait à reprendre, contenir et protéger ce fils dégénéré qu'elle avait caché à la face du monde par une mascarade habilement mise en scène.

Cependant, il ne s'était pas préparé à un tel déferlement de fureur et de destruction. La baie avait volé en éclats et criblé son dos qui, fort heureusement rejeta les pointes de verre et guérit  les coupures grâce au bloodhealer.

- Aly ... Je ne suis pas ton ennemi... je ... j'ai pris la décision de t'aider, quoi qu'il puisse advenir ... Ne me repousse pas ... Tais-toi ... Ne dis rien qui ne doit être entendu par un autre que moi ...

Il s'était dressé au milieu de la tempête, témoin de l’extraordinaire puissance des pouvoirs de l'Ancienne. Le Lion de Feu était connu pour son premier talent et ses retours de flamme redoutables mais beaucoup moins pour ses deux autres. Esquivant les objets qui volaient et fermant les yeux à demi, il avança pas après pas vers la femme qu'il aimait. Derrière la porte, les employés tambourinaient, alarmés par le vacarme. Il hurla à travers les bourrasques.

- Tout va bien ! Nous traitons des dossiers sensibles avec la Grande Conseillère. Elle sera disponible dans une heure. D'ici là ne nous dérangez pas et retournez à vos postes espèces de fainéants pour justifier de votre solde !


Aly s'était à présent agenouillée et Tomas comprit qu'elle avait du mal à contrôler ce qu'elle avait déclenché. Jamais il n'avait été aussi ébranlé par la manifestation de ses pouvoirs. Impressionnée, amusé, provoqué oui, plus d'une fois, mais jamais au point de douter pouvoir les contenir. Or là, c'était un déferlement irraisonné de puissance qui menaçait même l'édifice de la Tour. Jamais Aly ne se serait autorisé une telle fantaisie même par caprice. Son sens des responsabilités incombant à son pouvoir surpassait sa mégalomanie. En cela, ils étaient très proches. A la différence que Tomas la ferait passer avant son devoir, ce qui n'était sans doute pas réciproque. Au lieu de s'agenouiller à son tour pour la protéger de ses bras, ce que son instinct basique de mâle amoureux lui dictait de faire, il resta debout et écarta les bras dans la tempête. Les yeux fermés, il se concentra mentalement et, au prix d'un effort terrible, figea l'écoulement du temps pour tout ce et ceux qui les entourait. Excepté eux. Alors seulement il se mit à genoux et la prit dans ses bras. Et une autre force, qu'il avait toujours répugné à utiliser avec elle, se mit en œuvre. Le regard limpide de Tomas changea soudain et devint plus intense, le bleu de ses iris semblant irradier une lumière douce qui les rendaient encore plus bleu. Sa voix aussi avait changé.

- Aly, regarde moi ... Regarde autour de toi. Tout est arrêté, tout est calme. Regarde moi et écoute. Tu n'es pas responsable de ce qu'est devenu ton fils. Pas plus que ton père ou le mien ne sont responsables de ce que nous sommes devenus. Enfin, je ne sais pas pour le tien, mais je peux te garantir que le mien n'a jamais imaginé que je puisse devenir ce que je suis, et encore moins voulu.

Lentement les mains de Tomas se réchauffèrent plus que de nature et il caressa le dos de cette femme qu'il aimait plus que tout.

- Je suis là Aly, et quelle que soit ta décision à son sujet, je t'obéirai. La seule chose que je ne permettrai pas c'est qu'il s'en prenne à toi. Mais il y a d'autres moyens que de tirer à vue... Tu m'entends, tant qu'il n'attente pas à ta vie, je te promets de ne pas prendre la sienne.


Son regard à présent plongé dans celui de la Panthère aux abois il souriait de son sourire de Lion.

- Tu pensais que j'étais un chien soumis à tes ordres ? Que j'allais accourir quand tu me siffles après m'avoir fait d'injustes reproches ? Tu pensais que j'allais disparaitre sur un mot, alors que tu as besoin de moi ? Je ne suis pas ton chien de garde Aly, je suis ton partenaire, le Lion de Feu et la Panthère de Glace. Tu commandes à la Cité, mais tu dois savoir que tu ne commandes pas aux personnes qui t'aiment, de ne plus t'aimer.

Il prit le visage d'Alianka entre ses mains chaudes et les yeux toujours rivés aux siens, il murmura ces mots.

- Écoute bien, Aly, je ne partirai pas ! Bien sûr que non ! Et je te rendrai ton fils, tel que tu le voulais ... Nous allons lui faire entendre raison. Il y a des traitements pour  le ... Le contenir et lui faire prendre conscience de tout ce que tu as fait pour le préserver, par amour ... Je mesure le poids du secret que tu as porté durant toutes ces années. Je comprends ta détresse quand je te montre que ton dispositif pour le sauver a finalement échoué... Mais nous pouvons encore le sauver, ensemble, Aly ... Fais moi confiance ... Ce sera entre nous, je ne dirai rien, je te le promets. Fais moi simplement confiance Aly ! Confiance !
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Alianka De Nephthys
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MessageSujet: Re: (Terminé) Bras de fer et coup de poker dans les hautes sphères pv Alianka    Ven 10 Fév - 21:42






La tempête se déchainait. Elle était vivante et elle se nourrissait de mes pouvoirs et de mes émotions mises à rudes épreuves depuis ce fameux concert au Multiplex. Elle possédait à la fois sa propre intelligence calquée sur le peu de contrôle que j’avais encore d’elle. Mes dons avaient toujours servi à me protéger, à me défendre. Là, ils se transformaient en une sorte de maelstrom puissant pour empêcher Tomas d’accéder jusqu’à moi. Le tourbillon télékinétique couplé avec la télépathie prenait des proportions gigantesques qui emplissaient le bureau du ministre. A mon niveau la télépathie n’était plus une question de communication ente deux esprits, mais bel et bien la puissance de ma psyché. Un condensé hautement dangereux de la combinaison de mes facultés. La cryokinésie fut la dernière à entrer en jeu. La température avait instantanément chuté. De petits flocons volaient autour de nous et à mes pieds la glace s’étalait comme un Linceul pour accueillir sa Reine.

Le Lion s’avançait. Pas après pas, il défiait ma fureur et mes pouvoirs. Il n’y avait qu’un Ancien pour me tenir tête et pour affronter et lutter contre la violence de ce cyclone que je provoquais pour le maintenir assez loin de moi. Mais il était aussi déterminé. Je l’avais toujours connu ainsi et malgré mon avertissement de me laisser seule dans ce bureau qui se désagrégeait, Tomas s’approchait de moi encore et encore, ne se souciant pas de sa vie et des blessures que je lui imposais. L’amour que je portais pour cet homme et pour Asaria me donna la chance d’arrêter le massacre que je nous imposais, mais je savais que quel que soit le répit, il ne serait que de courte durée.  L’espace d’un moment tout se calma, tout se figea et je pus alors déverrouiller la porte que j’avais condamnée. C’était sa seule et unique occasion de sortir de là idem. Je devais faire tout mon possible pour ne pas faire exploser la tour gouvernementale et toutes ces personnes qui s’y trouvaient.

Derrière cette porte, les employés tambourinaient et en une brève seconde mes prunelles qui avaient retrouvé leur teinte bleutée virèrent au blanc glacial. J’étais prête à terrasser n’importe qui oserait pénétrer ici. Tomas l’avait deviné et il ordonna que tous rejoignent leurs postes et que personne ne nous dérange. Le silence revint et mon regard se posa de nouveau sur lui. Mes pouvoirs s’étaient tus, mais je ressentais leur colère et leur puissance. Édouard avait raison. J’avais emmuré dans un coin de mon cœur l’histoire de mon fils en pensant que jamais elle ne ressortirait, que jamais elle ne m’atteindrait. J’avais condamné mon âme à ce moment – là et celle de mon enfant.

Les mots de Tomas avaient pour seul but de délivrer ce cœur froid de ces chaines. Il ne savait pas … Il était si loin de cette horrible vérité. Ses paroles me touchaient et pourtant elles n’étaient pas pour moi parce qu’il croyait en une version moins malsaine de la femme qu’il aimait. Je me laissai tomber à genoux sur le sol glacé.






Le visage baissé, mes longues mèches dissimulaient mon visage meurtri par la douleur, par le mensonge que je portais depuis toutes ces années. Seules mes larmes tombaient devant mes genoux et se transformaient à leur tour en glace. La silhouette de ses pas se dévoila  dans mon champ de vision et soudain tout se figea autour de nous. Ce n’était plus de mon fait. C’était lui qui venait de suspendre le temps. Je levai mes yeux et je détaillai cette pièce où chaque objet, chaque meuble, chaque débris qui flottaient, venaient de s’immobiliser. Il bougea et s’agenouilla alors et me prit dans ses bras.

- Non …

Le froid. Son corps ne supporterait pas la température du mien à ce niveau-là. Ma peau s’était peu à peu recouverte d’une pellicule blanche. Je ne sentais pas ce changement. C’était mon pouvoir qui en était responsable, mais Tomas ne pourrait pas se préserver de ce gel mortel qui se répandrait très vite dans ses veines. Cependant sa voix me berçait. Elle avait changé. Son timbre s’était mué en une douceur magnifique, en une caresse qui traversait les strates de glace jusqu’à mon cœur. Je me reculai d’un mouvement vif pour éviter tout contact avec mon corps, me rappelant nos pouvoirs bien distinctifs : la Glace et le Feu. Ce que je vis me bouleversa. Ce n’était pas cette scène figée autour de nous. C’était son regard d’un bleu  profond que je découvrais. Comment pourrai-je le regarder alors que j’étais l’incarnation exacte de la mère qui a assassiné son fils pour le pouvoir … Je ne voulais plus l’entendre me trouver des raisons … qui n’étaient pas les bonnes …

- Je t’en prie … Arrête …

Arrête de parler.
Arrête de m’aimer.
Arrête de croire que je suis cette mère qui ait pu protéger son enfant.
Arrête de me trouver des raisons sur mon comportement.

- Tu ne comprends pas …

Je désirai qu’il me haïsse. C’était le mieux pour rendre la liberté à son cœur, et non qu’il me console. Tomas pouvait dépasser de nombreuses limites, mais pas celle d’aimer un assassin, une matricide. Mon sanglot se libéra nerveusement et je pleurai comme une enfant. Ses bras m’enlacèrent de nouveau et je me calai contre lui. Je ne méritai pas son amour et je ne pouvais plus lui mentir, lui cacher ce que j‘étais, ma vraie nature. Ses mains dans mon dos suscitèrent  une chaleur qui redonna la vie à mon corps et à ma peau gelée par mon pouvoir. Ses mots caressaient mon âme, la réchauffaient, mais à quel prix ? Je désirai qu’il se taise. Il était si loin de la réalité concernant la disparition de Gabriel. Je pris une longue inspiration lorsqu’il s’éloigna un peu de moi, mais pas pour partir, pour prendre mon visage entre ses mains. Ses mains chaudes qui contrastaient avec ma peau encore froide. Doucement, je posai mon index sur ses lèvres. Il en avait trop dit. Je ne pouvais pas le laisser dans cette confusion.

- Je ne suis pas cette mère que tu idéalises. Tomas, malgré ton instinct infaillible de déduction et de stratège, tu es loin de la vérité. Une fois que tu sauras … Une fois que tu auras compris … Promets-moi une chose … garde cela pour toi, entre nous. Tu pourras me haïr, me rayer de ta vie, partir … mais ne t’en sert jamais contre Gabriel et ne dévoile rien.

Je retirai ses mains de mon visage, lentement et au prix d’un sacrifice immense et je rompis tout contact avec lui. Je ne méritai pas ses attentions …

- Il est en droit de s’en prendre à moi. Il en a tous les droits. Je l’ai sacrifié sur l’autel du pouvoir. Tu comprends enfin ? Je ne suis pas la mère protectrice qui a cherché à défendre son enfant … J’ai … j’ai … donné l’ordre de l’assassiner … Je connaissais ses relations avec les Pacificateurs. Il avait tout pour garantir ma succession … Il s’est fourvoyé et aucune discussion n’a été possible. Je … Je l’ai tué … C’est moi … MOI !

Je ne savais pas ce qui pouvait se passer en lui et j’étais bien impuissante pour deviner.

- Je ne commande pas aux personnes de ne plus m’aimer … Tu le feras tout seul. Éloigne-toi de moi. Garde ton amour pour une femme qui en vaut la peine … Je ne suis pas celle que tu crois. Le Lion doit trouver sa Lionne. Je suis une Panthère. Je suis la Glace. Tu es mon opposé. C’était déjà tout tracé.

Je lui offris un sourire. Pas celui d’une partenaire de décisions politiques, pas celui d’une Dirigeante envers un homme qu’elle admire. Un sourire d’une femme amoureuse.

- Laisse le venir à moi. Pardonne-lui si tu ne peux pas me pardonner. Il n’est pas responsable de cela, de ce qu’il est devenu. C’est uniquement ma faute. Non, tu ne mesures pas le poids de ce mensonge que je porte en moi. La glace est parvenue à condamner mon cœur dans une gangue infranchissable. Voilà pourquoi tu n’as jamais pu réellement m’atteindre. Tu ne savais pas tout. Il te manquait ce pan de ma vie inévitable.

Ce fut à mon tour de prendre son visage entre mes mains qui avaient retrouvé temporairement une chaleur humaine.

- Je t’ai toujours fait confiance. N’en doute jamais. Gabriel est un danger pour la cité à cause de moi et c’est moi qu’il vise. Si tu te mets sur sa route, tu en deviendras toi aussi une cible. J’ai déjà sa haine, sa vengeance. Tu dois assurer la protection d’Asaria. C’est la cité qui est la plus importante. Ma sécurité passe au second plan dorénavant.




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MessageSujet: Re: (Terminé) Bras de fer et coup de poker dans les hautes sphères pv Alianka    Dim 19 Fév - 18:42


Tomas avait toujours été un lion solitaire, un enfant retranché dans ses songes d'ingénierie révolutionnaire, un rêveur dont les ailes avaient été rognées par un père jaloux et amer de voir son fils le supplanter là où il avait atteint ses limites. Il avait poursuivi son ascension entre réunions, champs de bataille et laboratoires où son génie mécanique s'exprimait librement. Son talent s'était rapidement mis au service d'Asaria. Il dessinait, concevait, et les autres fabriquaient chars, véhicules d'assaut, limousines de luxe blindées pour acheminer les membres du Gouvernement, robots de surveillance, de maintenance, de guerre. Son catalogue s'était étoffé au file des années. S'il passait par d'autres génies pour parachever ses prototypes, s'il faisait appel à Wright, à Stark ou à d'autres pontes de la technologie de pointe, les prototypes qui se dressaient pour défendre Asaria étaient tous sortis de son esprit fiévreux, ardent à défendre la Cité, leur Cité, celle d'Aly, la sienne. Cette femme avait fait surgir d'un chantier chaotique et frénétique engendré de la volonté de survivre des migrants une Cité, un État, une puissance indépendante dont elle s'était auto proclamée Souveraine avec la bénédiction de tous les Anciens. A cette époque Tomas n'était qu'un petit ingénieur obscur travaillant sur des robots motorisés auto chenilles. Cependant son premier prototype allait s'illustrer dans la lutte contre les grands loups de l'extérieur et contre les premiers émeutiers du Bidonville. Il admirait déjà secrètement la femme de tête. Il allait sortir de l'ombre lors du décès de l'héritier. Lors de la cérémonie funèbre de Gabriel Nicholson, comme tous les officiers présents, c'était à une femme brisée qu'il avait présenté ses condoléances sincères. Mais il s'était engagé plus loin que les autres en promettant solennellement de retrouver le coupable de cet abjecte assassinat. Il était loin de se douter qu'il l'avait alors en face de lui.

Tomas pouvait aimer une meurtrière, d'ailleurs il savait en aimer une depuis longtemps. Le pacte de sang et de folie était scellé entre la Panthère de Glace et le Lion de Feu. Depuis des décennies. C'est sur ce pacte tacite et implicite que s'était bâti une des légendes d'Asaria. Rien ne pouvait s'opposer très longtemps aux deux fauves unis, sans s'effriter et sombrer dans la destruction. Côte à côte, on les disait invincibles. Et maintes tentatives d'atteindre le pouvoir en place furent avortées dans l’œuf, alimentant ainsi la légende déjà bâtie sur leur magnificence. Un couple hautement séducteur et prédateur, doté d'un instinct, d'une intelligence sans commune mesure avec les autres Anciens. Certes Tomas faisait figure de petit nouveau dans la cour d'Alianka. Il était le rejeton d'une bonne lignée mais piétiné par son géniteur là où elle était la petite princesse d'une parentèle aimante. Le prestige auréolait cette Ancienne magnifique, veuve et mère convoitée par de vieux loups. Il venait de l'ombre, fruit renégat d'un puissant industriel de l'Ancien monde. Elle était déjà inscrite dans une Destinée toute tracée. Il arrivait de nulle part, libre, sans famille, sans attache. Le jeune Lion solitaire face à la Panthère rouée à la manipulation des Hommes. Ils se reconnurent. Elle le rallia à sa cause sans aucune difficulté, puisqu'il rêvait de se dévouer corps et âme à la cause comme à la femme.

Leur alliance fut des plus prolifique pour le règne des Anciens et pour les affaires en Asaria. Elle sonna le glas d'une fragile espérance de la caste humaine. Tant il est vrai que ce qui cimenta ce couple fut un mélange de mégalomanie aspirant à leur grandeur et à celle d'Asaria et de haine envers les Humains qui leur avaient tellement pris. Plus leurs victoires partagées s'accumulaient, plus elles les liaient dans un pacte de sang et d'horreur. Tomas avait conscience d'accomplir la part la plus sombre de leurs desseins communs. C'était lui qui avait le sang sur les mains. Lui, l'exécutant. Son amour transcendait tout et justifiait tout. Chaque bribe de conscience émanant d'un subalterne était impitoyablement réduite au silence par la mort. Cette réalité se répandit vite dans les rangs de la Milice et personne n'osa plus émettre un objection morale face à certaines missions extrêmes. Tomas avait ordonné le massacre d'enfants dans le Bidonville. Dire qu'aucune pensée n'avait traversé son esprit lorsqu'il avait ordonné le tir au napalm sur l'orphelinat serait faux. Son âme abandonnait un pan de liberté. Pourtant, son amour pour Alianka, Asaria avait vite trouvé une justification rassurante. Certes, ces malheureux enfants gisaient sous les décombres. Mais quelle vie s'offrait à eux avant son arrivée, à lui, Tomas ? Une vie de vicissitudes à mendier, à crever dans l'indigence par faute d'intelligence pour s'en sortir. Par le fait même que ces gosses étaient nés, tels des lapins pullulant, humains et non asariens, ils étaient condamnés à la misère. Il les avait libérés de leur vie médiocre. Il était le bienfaiteur de cette Cité. Un tueur d'enfants qui n'étaient après tout, pas les siens. Son père l'avait aussi laissé sans défense et il s'en était sorti, lui.

Tomas s'était rendu coupable de tant d'ignominies que cela suscitait des questions au sein même de la Milice, même si cela n'était jamais exprimé de façon claire. Il n'y avait guère que le Commandant Huyana qui approuvait ses méthodes sans réserve et Tomas le savait. Plusieurs de ses subalternes commençaient à avoir des attitudes indésirables, à commencer par ce Capitaine Carlyle. Une femme... Dommage qu'il ne puisse plus la sauter. Il devrait peut-être le proposer à Elijah. La défense d'Asaria passait par des sacrifices. Éradiquer la vermine qui menaçait Asaria était une priorité. Pacificateurs, Insoumis, Rebelles ... Autant de noms qui devaient disparaitre des Terres asariennes. D'ailleurs la machinerie était en marche pour noyer les rats qui peuplaient les galeries de l'ancien métro. Tomas était terriblement réactif quand il était question d'ennemi extérieur, mais pour la logistique intérieure, Aly n'avait jamais fait appel à lui et c'était peut-être là que le bât blessait. Tuer des enfants n'était plus un problème pour lui.

Mais ce qu'elle venait d'avouer entre deux hoquets glacés ...

- Tu as ... tu veux dire que tu as ordonné son exécution ?

Le bras ballants, agenouillé, Tomas scrutait cette femme qu'il aimait. Essayant de comprendre ce qu'elle venait de dire.

- Ton enfant ... Ok... Des signes de démence ou de tout autre handicap ont été détectés, c'est ça ?


Tomas respecta la distance qu'elle imposait désormais entre elle et lui. Non que ses sentiments pour elle avaient changé mais que sans doute la révélation provoquait en elle un besoin de retrait.

- Ton fils a perdu le sens commun et tu n'as trouvé que cette solution ... Qui n'a pas fonctionné. Maintenant, il est encore en vie et t'en veut. Nous conviendrons tous deux qu'il a des raisons pour cela. Mais tu dois te réjouir qu'il ne soit pas mort. C'est comme une seconde chance. Capturons-le, rallions -le à son devoir.... Ou empêchons le de nuire à Asaria sans pour autant te priver de sa présence chérie.


Tomas s'était scindé en deux. Une part de lui échafaudait déjà des plans qui intégraient l'absolution de la matricide. L'autre part reculait dans l'ombre, terrée, terrorisée par ces parents qui annihilent leur progéniture sans l'once d'un scrupule.

D'une voix glaciale, fixant le panorama à travers les vitres pulvérisées, Tomas acheva ainsi

- Je m'engage à servir Asaria et à la protéger contre ses ennemis, de toute nature et rang qu'ils soient, d'où qu'ils viennent et quel que soit la nature adverse.


Dernière édition par Tomas Van Brenner le Dim 26 Fév - 12:15, édité 9 fois
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MessageSujet: Re: (Terminé) Bras de fer et coup de poker dans les hautes sphères pv Alianka    Mer 22 Fév - 12:38








J’ai toujours été une enfant choyée. D’aussi loin que m’emportait mes souvenir, j’avais grandi au cœur d’une famille qui même à cette époque ancienne, était puissante. De ma naissance aux bords des rives du Nil jusqu’à mon arrivée aux USA, j’avais reçu une éducation non pas de Princesse naïve, mais bel et bien celle d’une femme de son temps, indépendante et séductrice.  J’avais appris toutes les ficelles de la haute société et celles du monde des affaires. J’étais devenue à dix-huit ans une femme d’affaires redoutables qui gérait elle-même sa carrière dans le Mannequinat. Mon objectif n’était pas seulement de rester une femme fatale sur papier glacé, j’avais trop but qui se dessinait dans ma tête et au fil des années, j’avais pu rencontrer des personnes puissamment influençables quel que soit le pays et les nations. J’avais mes entrées quasiment partout et c’est d’ailleurs ce qui me permit de rencontrer Ahmad Saria alors que j’étais une toute jeune femme mariée à un homme plus âgé qu’elle. Je sais déjà ce qui vous vient en tête : que Jack Nicholson m’avait donné son amour et son argent et que je l’avais épousé seulement pour le prestige. Il n’en était rien. Je possédais déjà la richesse et le prestige. J’ai aimé Jack, mais il est vrai qu’il avait beaucoup plus l’image du mentor que de l’époux, du protecteur que de l’amant.

Puis les années sont passées et la pluie de feu est arrivée. J’ai fait partie des survivants et je me suis élevée pour fonder cette cité qui serait à même de nous protéger contre les rayons du soleil qui nous étaient devenus mortels. J’aurai pu rester en retrait, mais il fallait des hommes et des femmes pour organiser et bâtir notre avenir sur cette terre d’accueil.  Nous cacher dans les grottes à l’abri de la lumière n’était pas une option pour moi. Alors, je fus l’une des premières à faire entendre ma voix et d‘autres m’ont suivis. Je me suis battue pour me faire obéir. Je me suis dressée contre ceux qui me pensaient incapable de prendre des décisions. Ils avaient torts. Asaria est mon enfant, une sorte de grand frère ou de grande sœur que j’ai offert à mon fils. Gabriel Nicholson Saria ne l’a jamais compris de cette manière-là … A moins que je sois celle qui se soit fourvoyée depuis des années … C’est ce que je ressens aujourd’hui, ce que j’ai perçu depuis ce soir-là au Multiplex. Mon fils a semé les graines du doute et de la folie dans mon esprit. C’est ce que j’en avais déduit, mais c’était totalement faux. J’avais muselé ma folie sous une couche de glace éternelle dès que j’avais donné l’ordre d’exécuter mon sang, ma chair, il y a de cela plus de onze années.

Un secret épouvantable que seul Kylian E. Wright partagé. Même mon ex beau-frère, Grégory Nicholson ne savait pas toute la vérité. Il savait son neveu partisan des Pacificateurs et le malheur avait fait que Gabriel se soit retrouvé au milieu d’une fusillade. C’était tout. Une grande douleur pour moi, la mère qui n’avait pu sauver son fils de son voie destructrice alors que son destin était tout tracé : celui de régner à ma place, d’être le Grand Conseiller de la cité quand son tout serait venu. Grégory en voulait terriblement à son neveu de cette haute et inqualifiable trahison à son rang. Kylian avait tu le secret qu’il partageait avec moi et tous les autres Anciens m’avaient confié leurs condoléances et ils avaient renouvelé leur allégeance comme … Tomas.

Tomas Van Brënner, certainement l’un des derniers Longues-Vies à avoir rejoint le gouvernement, si on excepte Leroy McStone qui n’était que simple Conseiller avant de prendre la place de la ministre  de l’Education, Esperanza Alvarez, assassinée par les Rebelles. Mon ex beau-frère avait qui j’avais entretue une relation après le décès de Jack, mon époux, avait toujours vu d’un très mauvais œil, l’arrivée de cet Allemand dans ma vie, autant dans ma sphère professionnelle que dans ma sphère privée. Les deux félins que nous étions avaient trouvé dans l’autre comme une sorte d’écho, de reconnaissance et d’attirance. Nous partagions les mêmes idées. Nous passions des nuits enfermés ensemble dans les bureaux de la Tour gouvernementale à émettre des nouvelles lois, à discuter sur les nouvelles sécurités et technologies. Lors des réunions, nous n’avions pas besoin de parler. Il suffisait d’un seul regard pour que l’autre comprenne. Nous étions un tout, un ensemble, les deux facettes d’un même joyau : les éclats du Feu se mêlant à la brillance de la Glace.

Aujourd’hui dans le bureau de Tomas, je n’étais plus rien qu’une femme sombrant dans sa folie aux prises avec ses terribles erreurs. J’avais enfin libéré mon cœur et j’avais tout révélé à Tomas qui ne semblait pas vouloir comprendre que j’étais une matricide. Son esprit aiguisé pour les plus grandes théories n’arrivait pas à intégrer qu’au-delà de la femme qui avait maintes fois ordonné l’ordre de tuer … avait pu aussi donner l’ordre d’exécuter son propre fils. Encore une fois, il cherchait des contre-arguments à ma terrible vérité. Je ne lui répondis pas. Il savait. S’il cherchait au fond de son cœur, il trouverait les réponses à ses questions.

- Je ne peux lui en vouloir de cette haine qu’il me porte. J’en suis la seule responsable. Mais en m’attaquant, il attaque aussi la cité, ses fondations et le gouvernement. Sa vengeance n’a certainement aucune limite.

Tomas se releva et me tourna le dos. Il se tenait au bord de ce précipice, de cette baie vitrée qui avait volé en mille éclats. A mon tour je me remis sur mes jambes et lentement la glace se soumit à mes intentions. La tempête s’était calmée et le froid commençait à disparaitre.

- Le capturer? Il ne laissera personne lui priver une seconde fois de sa liberté. Tu n’imagines pas combien son esprit est puissant … Il est la combinaison exceptionnelle des pouvoirs et du génie d’Ahmad Saria et de mes capacités. La perfection des gênes.

Je levai ma main et ma télékinésie qui avait provoqué cette tempête dans le bureau de Tomas s’activa cette fois-ci pour remettre en ordre la pièce telle qu’elle était au tout début de mon entrée. La destruction de la baie vitrée ainsi que les meubles et les bibelots bousculés et dégradés  demeureraient les témoins vivants du chaos que j’avais suscité. Concentrée sur chaque objet, je tentais de tout remettre en place, mais ma résolution s’estompa aux mots glaçants que Tomas prononça toujours en me tournant le dos.

- C’est une phrase que j’ai entendue de ta bouche par deux fois … La première quand tu as accepté le ministère et la seconde fois aux funérailles de mon fils … Je n’ai pas besoin de l’entendre une troisième fois pour savoir que tu mettras tout en œuvre pour protéger Asaria.

Je fis quelques pas pour m’approcher de lui. La glace fondait à chacun de mes déplacements. L'air frais provenant de la bouche béante de la baie vitrée faisait virevolter mes longs cheveux.

- Asaria … c’est Moi … C’est Nous. Es-tu encore capable de me regarder dans les yeux sans que je ne te dégoute ? Retourne-toi Tomas … s’il te plait … Ta loyauté a toujours englobé la cité et ma personne, mais aujourd’hui  … que tu connais enfin cette vérité …




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MessageSujet: Re: (Terminé) Bras de fer et coup de poker dans les hautes sphères pv Alianka    Dim 26 Fév - 21:40


La voix d'Aly le tira de cette transe dans laquelle le mettait le serment d'allégeance à chaque fois qu'il était amené à le prononcer. Elle avait raison. Lorsqu'il l'avait prononcé jusqu'ici, c'était aussi un serment d'amour et de loyauté envers la femme qui symbolisait Asaria à elle seule. Cela avait-il changé ? Quelques mots, un aveu monstrueux, avaient-ils suffi à faire vaciller cette dévotion qu'il portait pour la Grande Conseillère ? Tomas se retourna, les mains le long du corps, et fit face à cette femme, un étrange sourire aux lèvres. Une part de lui, celle qui aimait cette femme, voyait une victime, une mère réduite aux pires extrémités par la faute d'un fils traître et ingrat. Certes, elle avait ordonné son exécution, mais ce faisant, elle s'était infligé la plus grosse part de souffrance. Quelques fussent celles endurées par Gabriel Nicholson à la suite de ces événements, Alianka ne les avaient jamais souhaitées. Il aurait dû mourir, et par définition ne plus souffrir. En condamnant son fils à mort, Aly lui avait épargné l’infamie d'une arrestation, d'interrogatoires douloureux, d'un procès public et enfin d'une exécution et d'un double bannissement. Ce traître était devenu "un martyre, le symbole du dévouement des familles Nicholson et de Nephthys à la Cité. Ces familles avaient été privées de leur héritier parce qu'il cristallisait toute la haine des terroristes envers le Gouvernement". N'était-ce pas les mots que Grégory Nicholson, oncle du défunt, avait prononcé lors de l'oraison funèbre du fils sacrifié ? La pire des souffrances revenait à cette mère privée de son enfant. La mort est souffrance pour ceux qui restent, pas pour le défunt. Ce traitre méritait sa mort. Aucun parent aimant ne méritait de survivre à son enfant et d'en supporter l'absence.

La véritable question était là: Alianka était-elle une mère aimante, ou au contraire une femme avide de pouvoir et de prestige, qui n'avait pas supporté la honte que lui inspirait ce fils dégénéré ? Ou pire, une femme qui craignait que l'aura de son enfant ne supplante la sienne ? Après tout, Tomas était bien placé pour savoir que certains parents ne supportent pas que leurs enfants divergent de la voie qu'ils ont tracé pour eux. Fusse-t-elle vertueuse. Qui était véritablement Gabriel Nicholson avant sa mort ? Un traître ou un visionnaire ?  Qui était-il devenu après ? Un traître doublé d'un être avide de vengeance ?  

Tomas ferma les yeux et soupira longuement avant de reprendre la parole.

- Rien ne prouve, pour le moment, qu'il souhaite se venger, de toi, du Gouvernement et même qu'il ait l'intention de s'en prendre à la Cité. C'est mon rôle de chercher les réponses à ces questions et qui, mieux que lui, peut nous les apporter ?


Il ne lui révéla pas à quel point il savait que Gabriel était puissant. Ni qu'il s'était fait mystifier par lui sous des traits et un nom différents, qu'il l'avait lui-même engagé à son service et infiltré dans le Centre de Recherches de son rival,  en le faisant nommer responsable de la maintenance d' O.C.C.R.S.E.A., l'ordinateur principal du Centre. Il ne lui dit pas que durant des années, son fils en  avait fait le plus puissant ordinateur de calcul et de compulsion de données d'Asaria et qu'il y avait eu accès jusqu'à la mise sous séquestre de tous les ordinateurs du Centre, suite à l'affaire de la taupe. Enfin, Tomas ne lui dit pas  que par la suite quelqu'un avait passé toutes les sécurités des systèmes du Gouvernement, qu'il était probablement le complice de ce Vickers dans l'affaire du Grand Conseil, et aussi probablement la taupe du Centre de recherches, donc le libérateur de l'hybride. Il osa cependant quelques mots.

- Certes, ton fils est très puissant, digne héritier de sa mère et de son ... amant.

Ce dernier mot lui fût difficile à prononcer car il le mettait en concurrence avec l'inventeur du S.E.E.R., le père de tous les Asariens. Qu'était-il, lui, Tomas Van Brënner, comparé à cet homme devenu une légende fondatrice ?  Celui-ci n'avait qu'un fils connu à ce jour: Gabriel Nicholson. Ou devait-on dire Gabriel Saria ? Faudrait-il le laisser menacer ce que son père avait permis de créer ?

- Jamais je ne ferai du mal à ton enfant, sauf, s'il s'en prend à toi. Je ne te promettrais jamais davantage, Aly. Ne me demande pas de te sacrifier pour l'épargner. Mais il y a d'autres façons d'affaiblir un homme, car avant d'être asarien, il reste un mâle avec ses affections, ses prédilections, ses faiblesses.

Tomas se redressa, retrouvant ses marques, sitôt qu'il s'agissait de parler de la gestion des missions sur le terrain et du renseignement. Même en disgrâce, ses services avaient continué à le tenir informé des différents mouvements des personnalités du Gouvernement et des prisonniers. Consciemment ou pas, Alianka, malgré la colère et les soupçons injustes qu'elle avait exprimés à son égard,n'avait pas ordonné qu'il fût mis à pied.

- C'est ainsi, tu le sais, que nous avançons sur le dossier Vickers/ Williams. Elijah Huyana, notre très dévoué Ministre et Commandant de la Milice, ainsi que ton cher Archiviste, se sont ainsi missionnés pour soumettre à la question tous les proches de ce traître de scientifique. Ne crois-tu pas que nous puissions utiliser les mêmes leviers chez ton fils. Dans mon souvenir, il avait beaucoup de succès avec les femmes... Et ce Gabriel Laymann en a tout autant, selon mes renseignements.

Un petit sourire moitié provocant, moitié admiratif se dessina sur les lèvres du Général. Il attrapa un des ordinateurs qui venaient d'être remis en place par la magie des dons d'Alianka et l'alluma.

- D'ailleurs, tu as raison, ton fils a du génie. Tu sais que je suis fan de sa musique ? Connais-tu celle-ci ?

Tomas chercha la vidéo sur Asarnet et appuya sur lecture.


- Je me disais même, en l'écoutant dans ma voiture il y a déjà quelques temps, que cela ferait un très bel hymne de la Milice. Une fois retravaillée de façon symphonique bien entendu ... Mais il saurait le faire. Aly ... J'ai une idée qui va te plaire ... Fais moi juste confiance...  

Tomas souriait à présent franchement car il avait trouvé le moyen de tendre un piège à l'enfant renégat.

- Depuis le temps que nous parlons d'un Jubilé ... Il faut fêter l'anniversaire de la  fondation d'Asaria par de grandes festivités vouées aux arts et aux savoirs faire des Asariens et des Anciens. Le fleuron de l'industrie de la recherche, de l'art d'Asaria. Gabriel ne pourrait qu'y figurer parmi les invités, mais aussi les artistes dont il défend aussi la cause. Il en serait même le Maître de cérémonie. Je sais ce que tu vas dire : il peut refuser.

C'était en effet une possibilité à ne pas écarter mais Tomas avait déjà son idée sur la façon de mener l'agneau dans la tanière du loup.

- Si l'envie de venir chanter sous ton nez une fois de plus ne suffit pas à l'attirer, nous pourrons fort bien faire arrêter et soumettre à la question ces personnes afin de mener une enquête de "loyauté" sur son entourage. Je pense d'ailleurs généraliser cette pratique aux personnes qui, par leur métier, sont amenées à approcher les membres du Gouvernement.

Tomas cliqua sur un dossier et une liste de noms apparut à l'écran. Alianka s'approcha lentement comme peinant à croire que le plan du Ministre de la Sécurité puisse fonctionner.

Mara Jade
Leanna Anders
Audrey Anders
Scarlett Rose Clane
Zack Vandroy
Dirk Sanders
Fez Bower
Manz Parish
Amaria Saria

- Comme tu le vois, c'est une liste déjà longue mais je peux encore la rallonger avec Jessica Warner, un couple de scientifiques dont il semble proche, sa secrétaire, ses employés. C'est fou ce qu'un homme aussi médiatique peut croiser de monde en une année. Je suis certain que la majeure partie d'entre eux est innocente, mais refuser de faire honneur à Asaria et de participer à son Jubilé est presque un acte de trahison en soi et paraîtra suspect à tous. Il sera alors logique que nous le questionnons sur sa loyauté et à défaut de lui mettre la main dessus, que nous soumettions à la question toutes ces aimables personnes qui sont ses proches.

Tomas tira sa chaise de bureau et invita Ali, encore très pâle, à s'y asseoir.

- Tu as raison, personne ne doit savoir nos soupçons. Comportons-nous avec lui comme nous le ferions avec la coqueluche de la jeunesse asarienne et l'artiste qu'il nous présente. Ne laissons rien filtrer et mettons en place la toile dans laquelle notre papillon viendra engluer ses ailes. Personne ne doit soupçonner Gabriel Laymann. J'y veillerai moi-même. Il te reviendra Alianka. Nous saurons le rallier à la cause d'Asaria. La force  a échoué. Laissons l'art agir ... Une fois Gabriel à notre merci, il y a des "moyens" de lui faire "voir" les choses autrement et de le débarrasser de cette illusion dont les Pacificateurs ont usé pour le corrompre. Il est très puissant, certes. Mais aucun homme ne peut accepter de voir ses proches torturés à mort, je peux te l'affirmer... Mais, attention, laisse moi le soin de mettre en scène leur "interpellation". Qu'elles aient l'air de disparition ou de voyage, jamais d'arrestation. Cela mettrait la puce à l'oreille des complices que nous ne connaissons pas encore.  

Tandis qu'Alianka s'était assise mais peinait à se détendre, Tomas posa ses mains sur les épaules de sa maîtresse et se pencha pour lui murmurer ces mots.

- Je sais, mon amour, et je comprends à quel point tu as souffert et souffres encore. Je sais combien tu es bouleversée. Je le suis moi-même d'avoir appris jusqu'à quel point ta dévotion pour Asaria t'a menée. Cela me surprend à moitié. Oui je savais que la mort était le prix si on te trahissait, ou trahissait Asaria. Oui je savais devoir payer ce prix si je venais à te trahir ou à trahir Asaria. Je n'en ai jamais douté, tu le sais. Mais je n'aurais pas pensé que cette "loi" s'applique même à ton propre fils ... Je pensais devoir défendre une mère qui a essayé de protéger son enfant fou de la loi asarienne, je prends conscience que je dois défendre une matricide contre elle-même et sa victime. Et contre mes propres ... démons...

Il ferma les yeux pour retenir des larmes que ne couleraient pas. Il se l'interdisait depuis bien trop longtemps. Pleurer encore à ce souvenir, c'était accorder à un père ce qu'il ne méritait pas.

- Ce que tu as fait ... Aly ... Mon père a essayé de me le faire  d'une autre manière, il y a bien longtemps ... Je te mentirais si je te disais que tes aveux n'ont pas réveillé de vieilles blessures. Je te mentirais si je disais que je n'éprouve pas de la sympathie pour ce gamin qui te tient tête... et une certaine admiration ... Mais s'il menace Asaria, je ne le laisserais pas faire. Je vais le neutraliser de la façon la moins brutale possible, je te le promets. S'il te menace toi, alors je ne promets rien. Autant que tu le saches...

Il fit tourner la chaise de bureau l'attira contre lui.

- Ali ... Si j'avais été ton conseiller, à l'époque ... Je sais, qu'il ne sert à rien de réécrire le passé, mais ... Je ne t'aurais jamais laissé tuer ta propre chair... Celui qui t'a soufflé cette idée ne pouvait que te vouloir du mal ...  Il y avait tellement, tellement d'autres solutions pour l'empêcher de se fourvoyer ... J'aurais tout fait pour te dissuader.

Le regard de Tomas devint sombre, comme si l'azur avait viré à l'orage.

- Rien de bon n'est à espérer dans le fait de tuer sa descendance, si ce n'est la déchéance et la mort... Mon père l'a apprit à ses dépens... La nature finit toujours par se venger. Mais elle t'a donné une seconde chance. Il faut y voir un signe ... Tu ne voulais pas réellement sa mort, n'est-ce pas ?  J'en suis certain. Je t'aiderai à l'en convaincre. S'il est ton fils, il ne peut vouloir la fin d'Asaria. Laisse lui une chance ... Voyons s'il la saisit. Laissons-nous une chance ...  

Il se pencha sur le visage d'Alianka, et la serra contre lui, prêt à toute réaction. Il la sentait tiraillée dans son corps entre l'envie de se laisser aller, d'abdiquer dans ses bras et celle de le griffer, de le lacérer et de réduire en lambeaux cet homme qui savait désormais tout de ce qu'elle appelait ses "faiblesses" mais qu'il voyait plus comme de grandes flaques d'ombres, dans lesquelles il pouvait se noyer. Il avait les siennes également, qu'elle ne soupçonnait pas encore. Dans les jours à venir, elle aussi serait ébranlée par le côté monstrueux de l'homme à qui elle avait toujours confié la sale besogne. Il y avait un accord, tacite entre eux, oui. Mais quelles étaient ses limites dans la guerre totale qu'il s'apprêtait à livrer ? Elle l'ignorait probablement. Le plus effrayant était qu'il l'ignorait lui-même. Il ne laisserait jamais quiconque s'en prendre à Alianka. Même si le prix à payer était démentiel, même si elle le haïrait pour cela...

Le suivrait-elle jusqu'au bout dans ce défi ou la disgrâce définitive s'abattrait-elle sur lui ? Pour l'heure, il avait encore la possibilité de la prendre dans ses bras et de l'embrasser. Il cessa de réprimer le désir qu'il avait tu jusqu'à présent et ses lèvres effleurèrent celle de sa maîtresse dans une provocante caresse.

Puis il agita la main avec une certaine désinvolture et le temps reprit son cours dans la tour gouvernementale.


Dernière édition par Tomas Van Brenner le Sam 4 Mar - 23:06, édité 1 fois
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Alianka De Nephthys
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MessageSujet: Re: (Terminé) Bras de fer et coup de poker dans les hautes sphères pv Alianka    Sam 4 Mar - 15:15








Tomas avait figé l'écoulement du temps pour tout celles et ceux qui nous entouraient, sauf pour nous deux. Personne ne se souviendrait d’avoir été le témoin d’une folie destructrice dans le bureau du ministre de la Sécurité, juste l’altercation entre deux caractères puissants et dangereux peut-être autour d’un dossier brulant, pourrait-on en déduire. Nous avions une image médiatique à conserver et même si tout le personnel de la tour était sélectionné de manière méticuleuse et employé sous des conditions de contrats drastiques pour qu’aucun secret ne sorte d’ici, nous n’étions pas à l’abri d’une faille. Seul Tomas serait le témoin de ma fureur  ainsi que tous ces milliers d’éclats qui jonchaient le sol provenant de la baie vitrée qui avait explosé lorsque mes dons s’étaient mués en quelque chose d’incontrôlable. Debout, au milieu de cette pièce que j’avais si souvent foulée, où j’étais venue tant de fois le retrouver pour des réunions tardives, pour mettre en œuvre l’évolution d’Asaria, je ressentais un soulagement. Celui de lui avoir révélé l’horrible vérité sur mon geste atroce envers mon fils même si rien n’effacerait ce que j’avais fait subir à Gabriel. Rien ne me rachèterait à mes yeux ni aux siens. Je n’étais pas une mère, peut-être n’avais-je jamais eu en moi cette passion, cette fragilité qu’on toutes les mères à défendre leur chair et leur sang. Moi j’y avais mis fin pour éviter de le voir souffrir, pour éviter qu’il n’emprunte une voie désordonnée et si loin de son héritage. Je n’avais pas choisi son prénom au hasard. Mes origines égyptiennes auraient pu me guider vers un prénom plus ancien aux notes orientales, mais j’avais choisi Gabriel pour la nature même de ce qu’il représentait : mon fils était mon Ange et déjà tout bébé, il était curieux et attentif au monde qui l’entourait. En grandissant, sa perception était différente, plus accrue, plus sensible et ses pouvoirs lui conféraient cette particularité d’un Etre doué dans ses gênes et dans son sang.

Je n’aurai su dire ce qui se passait en Tomas après cette révélation odieuse. Oh, il m’aurait été facile d’aller chercher mes propres réponses, de m’insinuer dans son esprit, mais c’était quelque chose que je m’étais toujours refusée avec lui, par respect et par amour. Il avait prêté ce serment pour Asaria, pour moi, mais aujourd’hui il revêtait une dimension différente, encore plus personnelle, plus intime. Ce serment nous liait tous les deux d’une manière irrévocable et sans limite. Il continuait à chercher des solutions contre l’ultime sacrilège d’une mère à son enfant. Son esprit demeurait son arme la plus tranchante, la plus effrayante.

- Ce concert au Multiplex a été la première pierre à son édifice, à celui de son retour. Il savait que j’étais là, que j’étais présente. J’ai su que c’était lui … Je l’ai su dès cette nuit-là … Son esprit, je l’ai effleuré … Si j’en étais pas consciente véritablement, il y a eu tout de même une déchirure dans mon cœur, quelque chose s’est produit … Gabriel sait que son meurtre n’est pas dû en un règlement de compte ou simplement le fait qu’il se soit trouver là au mauvais endroit au mauvais moment. Il sait que c’était lui la cible. Il ne se laissera pas approcher. Il ne se laissera pas piéger. Toutes ces années lui ont permis très certainement d’acquérir un  niveau incroyable. Ses dons ont toujours été puissants. Et imagine une telle puissance alliée à la vengeance …  

Gabriel était l’héritier de deux Entités, fils d’un génie créateur, d’un jeune scientifique de son temps et de mes capacités. Je fixai Tomas qui me tournait le dos et je sentis cette colère, cette jalousie par rapport à Ahmad Saria.

- J’ai lu, il y a longtemps des articles écrits par le Docteur Amaria Saria sur ses recherches en génétique où elle démontrait que l’on pouvait classer les Asariens selon leurs pouvoirs. Elle liste 4 groupes : le premier étant celui des Asariens de niveau 1. L’individu nait avec un don plus puissant que les 2 autres, mais rien n’entraine de perturbation. Le niveau 2 : Ce même pouvoir plus puissant que les 2 autres dérange quelque peu la personne. Il lui faudra apprendre à le contrôler, à acquérir de la concentration au cours des entrainements, mais tout reste maitrisable. Le niveau 3 regroupe les Asariens dont le pouvoir trouble le quotidien. Le pouvoir peut devenir dangereux pour la personne qui le possède ainsi que pour son entourage s’il n’est pas bien conseillé ou guidé par un mentor. Le niveau 4 est le plus dangereux. Elle les nomme les Omégas. Ces personnes doivent chaque jour de leur existence lutter contre la puissance qui les anime et qui les ronge à la fois. Un don qu’ils ne peuvent pas toujours maitriser. Certains, avec beaucoup d’efforts, arrivent à le canaliser, au détriment d’une concentration qui demande beaucoup d’énergie et affaiblisse le corps. Mon fils fait très certainement partie de la dernière catégorie. Des tests quand il était tout petit confirmaient déjà sa puissance et sa capacité intellectuelle.

L’esprit de Tomas s’était modifié et sublimé. Je percevais ses ondes psychiques sans même faire appel à ma télépathie. Je serrai les poings à cette trame qu’il me dessinait.

- Ne me force pas à t’ordonner de ne pas le blesser, ni à ne pas le tuer.

Je connais la mission sur laquelle le ministre Huyana et l’Archiviste Ravenwood s’étaient accordés pour faire avancer le dossier Williams puisque j’étais présente lors de son premier interrogatoire. Je laissai Tomas poursuivre sur son idée d’appliquer les mêmes procédés que sur le scientifique : aborder les proches de Gabriel Laymann, les faire parler, les obliger, utiliser la force, la violence pour permettre à mon fils de sortir de sa tanière, de se dévoiler, d’avouer et de rendre les armes.

Je n’avais pas bougée, immobile, figée au milieu de cette pièce tandis qu’une musique se faisait entendre de l’ordinateur qu’il avait éclairé. Je reconnu … SA voix. J’avais longuement hésité après le concert, refoulant et refusant d’admettre tous ces indices si précieux dont j’avais été le témoin. Puis les jours et les semaines étaient passés et j’avais trouvé la force d’aller chercher des renseignements sur le net à son sujet. J’avais écouté d’autres chansons, j’avais analysé toutes ses paroles …

- Je connais …

Qu’avait-il en tête ? Ce fameux jubilé ? Gabriel ne pourrait pas refuser de venir encore une fois s’amuser avec mon esprit et ceux des Anciens.

- Il pourrait accepter, mais il se montrera redoutable. S’il était totalement maitre de ce concert au Multiplex tant par la surprise qu’il a créée à se dévoiler  par ses chansons, par les effets qu’il a produit, les messages subliminaux qu’il m’a envoyés … Il risque fort de refuser cette invitation parce que ce n’est plus lui qui contrôlera. Perdre la main, perdre l’avantage, c’est donner plus de force à son ennemi. Tout contrôler, tout maitriser c’est parer à quasiment toutes les situations. L’arrestation de ses proches provoquera sa colère, son désir de nous faire payer cette pratique. C’est un jeu à double tranchant.

Je m’approchai enfin du bureau que je contournai pour me placer près de lui et observer la liste qui était apparue sur l’écran de l’ordinateur. Ma main en appui contre le meuble majestueux, je tentais de lutter contre la fatigue, résultat de cette fureur et de l’énergie que j’y avais laissée.

- Je ne connais que deux noms parmi cette liste : cette trainée d’humaine et sa sœur. Si tu touches à Amaria Saria, tu touches à l’aura qu’elle possède, à son héritage, celle d’être la fille du Fondateur, du Prophète. Fais attention quand tu avanceras tes pions Tomas. Mara Jade est introuvable depuis des années. Un fantôme qui se déplace avec autant de facilité m’a toujours impressionné même pour une simple humaine. Au moins, mon fils savait choisir ses jouets humains. Jessica Warner est connue aussi. Elle est la fille d’un ancien ministre, c’est une femme d’affaires redoutables.

Ma main trembla et je la retirai immédiatement du bureau.

- Laisse à Gabriel illusion de tout gérer jusqu’au détail du Jubilé. C’est la seule manière que tu auras pour le séduire et il aura un défi de plus à apprécier.

Toma devina aisément mon état de faiblesse et il m’invita à m’asseoir. J’avais de plus en plus de mal à répondre à toute l’imagination que le Lion de feu déployait devant moi pour capturer mon fils, pour le faire céder. Il avait raison sur un point : tout ce plan devait être mené avec la plus grande délicatesse. Si Gabriel s’apercevait de ce piège trop vite, il serait capable de mettre à l’abri ses proches et nous n’aurions plus aucun moyen de persuasion sur lui. Je tenais mes deux mains, plaquées l’une sur l’autre contre ma poitrine en imaginant la progression du plan de Tomas. Ses mains sur mes épaules, la caresse de ses doigts sur ma peau, la chaleur de son corps contre le mien, tout cela me tira de mes réflexions. Il se pencha contre mon dos et ses mots eurent un effet dévastateur sur mon cœur. Je peinai à maintenir mes larmes, à crier, hurler pour me libérer et retrouver une once d’équilibre. Le mot matricide m’acheva. Je l’avais entendu. Mon esprit n’avait eu de cesse ces derniers temps de me le rappeler, de s’amuser avec ma raison et de la faire chanceler. Mon corps s’agita nerveusement de spasmes et il frissonna à la vérité qu’il me murmurait à mon oreille. J’étais capable de tout, d’ordonner l’élimination d’un Ancien, d’un ministre sans ressentir le moindre sentiment. Il le savait. Si j’avais été capable de tuer mon fils, j’étais tout aussi capable de mettre un contrat sur la tête de Tomas et de le faire éliminer malgré tout l’amour que je lui portais. J’étais devenue l’âme glacée d’Asaria. Ma dévotion pour cette cité s’apparentait à de la pure folie. Une condamnation sans appel … Sans retour.

Tomas n’avouait pas seulement aimer une matricide, il embrasait tout ce que j’étais, tout ce que j’étais devenue, tous mes actes, mes choix et même là, dans la noirceur la plus totale, il y trouvait un chemin, une voie pour m’en sortir, pour m’en délivrait. Son histoire que je découvrais me bouleversa au point de laisser perler mes larmes sur mes joues. Il tenait près de lui une même créature qui ressemblait à son père. Comment pouvait-il m’aimer, m’aider, me protéger, alors que je lui renvoyais des souvenirs douloureux ? Comment pourrait-il me regarder alors qu’il verrait le reflet de son père à travers moi ? J’étais perdue, anéantie, épuisée et doucement ma chaise pivota et on se fit face. Il m’attira dans ses bras et je me laissai faire sans pouvoir à mon tour le serrer.  J’en étais incapable parce qu’il ne me mérita pas. Mon menton posé sur son épaule, mes pensées se perdaient dans les méandres de mon passé. Je n’étais plus que l’ombre de moi-même, cette apparence que je haïssais, que je ne supportais pas. Tomas avait déchiré la membrane protectrice pour en faire ressortir mes faiblesses, les étaler et me mettre à nue, analyser et étudier pour en retirer les éléments qui serviraient à aider à piéger Gabriel. Nous étions aujourd’hui liés par beaucoup plus que la loyauté envers Asaria, par notre force commune, par nos idéaux et nos actions, par son sentiments. Il y aurait à partir de cet instant, un lourd secret entre nous, celle de cette vérité que j’ai apprise a masqué durant toutes ces longues années. La vérité sur ma nature.

Voulais-je vraiment la mort de mon fils ? Je ne savais plus. La femme de pouvoir avait été guidée pour accomplir cet acte impardonnable, pour retirer du système son fils qui n’était pas en mesure de régner à sa place. N’avais-je donc pas réfléchi à cette monstruosité que je provoquais ? Je me souvenais de la voix de l’Assassin qui me demandait et me répétait si elle devait tirer. Mon silence lui avait donné la possibilité de faire ce pourquoi elle était payée …  Si j’avais le choix de réécrire le passé, qu’aurai-je fait ?

- Je ne l’aurai … pas … tué …

J’avais prononcé ces mots ans un murmure presque inaudible, s’en me rendre-compte que je parlais à haute voix. Oui, je n’aurai pas sacrifié mon fils. Il y aurait eu certainement d’autres solutions comme me le répétait Tomas. Je fis remonter mes bras le long de son dos pour le serrer enfin contre moi.

- Rien n’arrive au hasard. S’il est vivant, s’il a échappé à cet enfer, c’est pour une raison … et nous le saurons bientôt.

La caresse de ses lèvres sur les miennes étouffa mon sanglot prêt à surgir. Je m'abandonnais à lui pour m'abreuver à sa force.

- Pour l’Éternité.

 Deux mots contre sa bouche et ma main agrippa sa nuque et ses cheveux. Le provoquant baiser devint enivrant puis incendiaire. La Glace marquait le Feu … où était-ce le Feu qui gravait la Glace de son aliénation ?




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(Terminé) Bras de fer et coup de poker dans les hautes sphères pv Alianka
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